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23 août 2012

Fantaisie


Il parait qu'on ne nage pas dans l'Ain
Deux fois. C'est Héraclite qui dit ça.
Mais on peut visiter trois fois Troyes,
Pour le voir d'un oeil neuf. 

On peut monter les escaliers quatre à quatre, 
Puis partir cinq semaines en baillant.

On peut rouler très vite sur l'A6,
Pour arriver à Sète, 
et manger des z'huit, mais attendez décembre.
(les z'huit ça s'mange les mois où on fait brr)

grapheme-color synesthesia: numbers

21 juillet 2011

On aurait presque pu manger dedans

Ça a commencé par une certitude, ou plutôt un pari sur l'optimisme ; un rayon de soleil filtrait entre les feuilles, quelques abeilles bourdonnaient dans les lavandes, un nuage sympathiquement rondouillard décorait un ciel bleu électrique. C'était à la fin du printemps, une fin de printemps qui sentait déjà l'été, ou qui jouait à faire semblant.

Alors on a sorti la table en plastique du garage, lavé les chaises, frotté la nappe, questionné le parasol. Non, pas le parasol, c'est encore prématuré. On s'est installés à mi-ombre, entre le vieux cerisier et le gravier crissant de la cour. Quelqu'un a amené les assiettes, ou une pile de verres à moutarde emboîtés ; un autre les serviettes, la corbeille à pain avec la baguette croustillante posée en travers par-dessus ; un troisième s'est chargé des couverts, du pot à eau et de la bouteille de vin. 

En quelques allers-retours le melon, la salade de tomates, les asperges ou les radis ont fait leur apparition. Le café est en route, les fruits posés sur un coin de nappe, les convives autour de la table : à cette saison, le beau temps risque de ne pas durer, il n'y a pas une minute à perdre. Mais il y a toujours quelqu’un qui a oublié de se laver les mains, ou alors c'est le téléphone qui sonne au dernier moment. Souvent, c'est à cet instant qu'une première goutte tombe. Mais on fait mine de ne pas l'avoir sentie, on conjure le mauvais sort en regardant le ciel encore bleu, le nuage de tout à l'heure est bien un peu plus gris, mais bon, ça va encore.

Pourtant, l'envie n'est déjà plus tout à fait là, on sent que quelque chose ne va pas, mais un accord tacite uni tout le monde dans la négation du vent qui se lève, le démenti de la petite pluie fine et l'ignorance de la température pourtant de moins en moins estivale. 

Bientôt, quelqu'un aura le courage de rompre le charme et ira chercher un gilet. Quelqu'un d'autre se plaindra des nuages, des gouttes de pluie intermittentes -il faisait pourtant si beau tout à l'heure- et blâmera la témérité qui nous a poussé a dresser la table dehors, aussi tôt dans la saison.

Franchement, on aurait presque pu manger dedans.


***

Ce petit texte est bien évidemment un clin d’œil au délicieux "On pourrait presque manger dehors" de Philippe Delerm ; tout est parti de l'idée de dire exactement l'inverse...

11 avril 2011

Les arts de la table

J'ai des soucis d'argent, mon banquier remet le couvert avec mon découvert. C'est ma faute, je ne suis pas vraiment économe, je suis même un vrai panier percé, et je passe beaucoup de temps dans les casinos, devant les machines à sous vide. Je suis sur le grill, et j'ai décidé de m'adresser à un conseiller fiscal afin de calculer l'assiette de mon impôt, au moins à la louche, histoire d'avoir une fourchette. La situation devient en-effet assez sérieuse : pour tout dire, le Trésor public et moi, c'est à couteaux tirés.(1)

J'attendais beaucoup de cette entrevue car entre-nous, les ennuis financiers, j'en ai soupé. Après les considérations météorologiques d'usage en guise de hors d'œuvre, j'ai sorti mes documents de ma serviette, et nous sommes passés au plat de résistance. Après quelques minutes passées à éplucher mes comptes, il m'a regardé par-dessus son verre (il est très chic et porte le monocle), et m'a dit qu'en trente ans de carrière, il n'avait jamais vu une situation aussi bouillante. 

Trente ans ! me suis-je exclamé malgré moi. Il est bien un peu poivre et sel, mais je ne l'imaginais pas si vieux. Tant mieux, un conseiller qui a de la bouteille, c'est toujours bon à prendre, il ne doit pas être du genre à se prendre les pieds dans la nappe au premier pépin. C'est très sérieux, a t-il poursuivi, avec toutes vos casseroles, je ne serais pas étonné que ça finisse par tourner au vinaigre. Vous avez bien fait de venir me voir, votre gestion a vraiment besoin d'un coup de fouet. Bien sûr, si vous aviez des espérances... Hein ? Qu'est-ce qui est rance ? demandai-je surpris.

Non, des espérances corrigea t-il. Un héritage si vous préférez. Jouons cartes sur table poursuivi t-il : vous n'êtes pas né avec une petite cuillère en or dans la bouche, et à moins de décrocher la timbale, il ne va pas être facile de passer l'éponge sur vos dettes. Vous pourriez aussi cuisiner votre banquier pour qu'il soit moins regardant... et allez-y piano sur les dépenses.

Pour mon banquier, faut pas y compter, il est complètement toqué. Mais pour le reste, vous êtes un chef, je vais suivre votre recette !



(1) Image CC bensutherland

20 mai 2010

Ménage de printemps

Peut-être l'avez-vous remarqué, ou peut-être ne l'avez-vous pas remarqué, mais ça sent le neuf sur ce bon vieux blog de Sammy, le changement d'habillage n'étant que la partie la plus visible de ces transformations, qui  m'ont demandées un peu de travail.


Jugez par vous-même : j'ai ralingué les boutargues, drissé les étancoules, afouraillé les fibroches et rencroné les cormolants qui commencaient à valtoguer, avant de chiboucler les rapiots, agrandir le petit cormac et raccourcir le grand rabouliot ; et encore, ce n'était rien à côté de la micardière, dont le tripolant a été complétement débrogué et les fibroines déclatopées, mais vous l'aurez sans doute constaté par vous-même, je pense que c'est assez visible.


Par contre, et malgré plusieurs avis contraires, j'ai gardé mon vieux crasatin, un mécanisme génial, que beaucoup aujourd'hui échangent contre de tristes pigontiers, alors que ceux-ci ont des affélures en bicarde et des foupanières en tanite, tandis que l'ancien système, comme le sait tout un chacun, est entièrement monté en arpochon, avec un incroyable contre-balancier en zigraste. Mais j'ai bien conscience que c'est essentiellement une question de goût.


Assez parlé de technique, je sais bien que ça n'intéresse pas tout le monde. Pour le confort des visiteurs, je me suis déciddé à installer un raponiot et, même si j'étais d'abord réfractaire à cette idée, je dois convenir que ça rend plutôt bien, ne serait-ce que parce que ça augmente la pérodacèle du mitolan, ce qui est plutôt flatteur pour l'oeil.


Il y a encore, de-ci de-là, quelques autres changements mineurs, mais je vous laisse les découvrir par vous-même !


Bon blog à tous ! 


(Et n'oubliez pas votre pidacrèle en sortant, j'en récupère au moins cinq chaque semaine)

02 avril 2009

La patrie reconnaissante (2)

Le silence retomba d'un coup sur la salle du conseil, lourd comme un drap mouillé. Les conseillers se regardaient en coin, de côté, en chien de faïence, par en-dessous, ou fermaient tout simplement les yeux pour faire semblant de réfléchir, car la séance était publique. Bref, ils tentaient de se donner une contenance, n'y parvenaient pas, et n'en craignaient que plus une nouvelle envolée lyrique et tonitruante du maire.

L'angoisse devenait palpable. Malgré l'ampleur des moyens mis en oeuvre -tripotage de portable, croisage de doigts, invocation silencieuse à Sainte Rita Mitsouko, fixation intensive d'un point au sol ou sur le mur d'en face dans l'espoir d'en faire jaillir la vérité- aucune solution ne semblait en vue.

C'est à ce moment précis qu'un jeune conseiller à qui l'on ne demandait jamais rien, sinon voter parfois et se taire le reste du temps, prit la parole. Il n'était pas consulté ordinairement, car chargé de la culture, il ne prenait la parole qu'une fois par an, au moment du vote du budget. Encore avait-on l'obligeance de lui laisser un quart d'heure pour exposer les demandes de la bibliothèque et des associations, le temps que ces messieurs du secteur "sécurité et maintien de l'ordre" prennent un café avant de poursuivre le bilan de l'année écoulée en terme d'installation de vidéo-surveillance dans les rues commerçantes du centre-ville.


Thank you for your suffering


Mais cette fois-ci, le désarroi était si grand qu'il fut écouté presque religieusement, par une assemblée attentive, et dans un silence tel que l'on entendit très nettement le bruit de plastique cassé que fit le portable dernier cri du maire lorsqu'il l'échappa sur le sol carrelé.

Après quelques secondes d'un silence étonné, le brouhaha fut général et instantané :

"- Jeune homme, je ne sais pas si vous vous rendez bien compte que...
- Moi je pense au contraire qu'il...
- C'est de la folie !
- ... et puis d'un point de vue politique ce n'est pas si...
- oui mais...
- cela dit...
- moi je...
- Silence !

[à suivre]

***

Episode précédent : La patrie reconnaissante (1) - 5 janvier 2009

La photo "Thank you for your suffering" est de Locace ; elle est publiée sous licence creative commons

05 janvier 2009

La patrie reconnaissante (1)

En ce temps là, tous les lieux de la ville avaient été baptisés du nom d'un homme célèbre. Les grands boulevards, les avenues, les rues de taille moyenne et les petites rues sans importance s'étaient vu octroyer des patronymes d'écrivains étudiés dans les écoles, de présidents des siècles passés, de scientifiques connus, de navigateurs trépassés et d'astronomes hirsutes.

On avait à ce point bien fait les choses que la moindre placette portait le nom d'un ancien maire, le moindre passage couvert celui d'un écrivain régionaliste. Il ne restait plus rien à nommer ; même les places de stationnement inoccupées devant le cimetière s'enorgueillissaient de la gloire passée d'un maréchal qui avait grandement contribué à garnir ledit cimetière.


Mais l'on continuait pourtant à construire, et il arriva un jour où l'on fut à court de noms à distribuer. Il n'y en avait plus. Même les notoirement oubliés et les injustement méconnus avaient été utilisés. Tout ce que la ville comptait d'intellectuels se mit alors à réfléchir. Mais les architectes, les bibliothécaires, les instituteurs, les agents de la circulation et madame Michu, concierge au 17, rue Amédée Bollée, avaient beau se creuser la tête et éplucher leurs dictionnaires, la situation paraissait sans issue.

Le conseil municipal au grand complet, réuni dans la grande salle des mariages de l'Hôtel de ville pour se pencher sur cette crise, était bien en peine de trouver une solution. Il n'était pas question d'éluder le problème avec les habituels dérivatifs fabriqués à partir d'un nom de lieu, la ville ayant déjà son lot d'avenue de la gare, rue de la poste et autres place de l'église.


Quelqu'un proposa bien de réutiliser le système déjà employé pour le tout récent quartier résidentiel, aux maisons agglutinées et identiques, où les rues trop étroites et toutes semblables portaient des noms d'oiseaux apportant, avec force rossignols, cigognes et mésanges, une poésie de toute façon à jamais absente de ce lieu sans âme.

Le maire s'emporta, demandant ironiquement pourquoi ne continuait-on pas le système, après tout c'était bien pratique, avec les animaux, les insectes, les légumes, et puis aussi les planètes, et les astéroïdes, c'est vrai qu'on en parle pas assez ! Après tout, quitte à subir les quolibets des journalistes, autant que ce soit pour avoir inauguré une rue 1998 SM165 ou un square 951 Gaspra, que pour avoir dévoilé, devant un parterre médusé, la plaque de l'allée des nénuphars.

A suivre...

13 novembre 2008

Devisons gaiement

Tu m'connais, j'suis tolérant. J'ai rien contre ces gens là. J'en connais même, ouais, j'ai des amis qui sont... comme ça. Enfin des amis, on se comprend hein, des relations... enfin, des relations, tu vois ce que je veux dire ! Des connaissances quoi !

Non... ça me gêne pas d'en parler mais... ouais pas ici quoi, je connais du monde. On pourrait s'imaginer des trucs, tu sais comment sont les gens. Tout le monde ne peut pas être comme moi, open... tolérant. Ben ouais mon pote, chuis tolérant moi, ça t'étonne à ce point ?

Allez, à la tienne !

Parce que tu vois, on dira ce qu'on veut, mais les mentalités, elles évoluent pas si vite que ça. Ah ben si, t'as qu'à regarder les infos : dès qu'il y a un problème, c'est eux qu'on accuse. Ouais d'accord c'est facile, mais n'empêche, doit bien y'avoir une raison, non ?

Et puis tu me diras pas que c'est pas vrai qu'ils contrôlent pas la télé ! On en voit tout le temps, aux infos, chez Ruquier, chez Drucker aussi, partout ! J'ai rien contre eux, mais tu comprends, au bout d'un moment... Tu demandes qui c'est qu'est normal !

Patron ! Tu nous remet ça ?

J'en étais où ? Ah oui, les... les autres, là. C'est pas des gens comme nous, faut bien l'dire. Comment t'dire ? On fréquente pas les mêmes milieux, c'est clair (rire gras). Et puis même la façon de s'habiller, la façon de parler, y sont pas pareils... Mais bon, j'te dis ça, ça me choque pas, tu m'connais, hein Dédé, chuis tolérant... mais j'comprend qu'y en aient qui comprennent pas... c'est normal.

Y'en même qui pensent qu'il faudrait tous les éliminer, tu vois l'genre ? Tous contre un mur, et pan, pan ! Et après on serait plus heureux sans eux... Ouais, y'en a qui pensent ça. Michel par exemple. Ben ouais. Moi j'trouve qu'il exagère. C'est vrai qu'ils nous gonflent des fois, mais moi, je préfère en rire, ils me font marrer, et j'me dis que c'est pas eux qui vont m'empêcher de penser c'que j'ai envie de penser tu vois ?

Allez, une dernière ! Ca c'est de la boisson d'homme !

Mais t'en penses quoi, tu dis rien depuis tout à l'heure. T'as pas d'opinion ? C'est pas possible ça, d'avoir pas d'opinion ! Tu peux tout m'dire, tu sais, t'as même le droit de penser qu'ils sont moches, puants, que c'est des parasites, des inférieurs, on est en démocratie, t'as le droit de tout dire !

Rien me choque moi, j'suis tolérant ! Eh ouais ! Et tu sais c'que j'me dis mon Dédé ? Ben des fois j'me dis que ça aurait pû nous arriver à nous aussi... nous aussi on aurait pû en être... t'marre pas ! Nous aussi on aurait pû en être... des hommes politiques.


Bon, j'te laisse Dédé, Maurice va encore m'engueuler parce que j'suis en retard. Fais la bise à Claude de ma part.

***

Comme l'a si bien dit Chateaubriand, il faut être économe de son mépris, tant est grand le nombre de nécessiteux. Disant cela, je pense à M. Christian Vanneste ; la bêtise aussi est une menace pour la survie de l'humanité, comme il dit.

Pour aller plus loin sur ce sujet :

18 août 2008

Au fil de l'eau

Alors voilà, Paroles plurielles c'est donc vraiment fini. C'est dommage, mais pas trop triste, il faut bien que les choses aient un début et une fin. Et le blog reste en ligne pour pouvoir retrouver les anciens textes et les anciennes consignes, ce qui représente une source d'inspiration assez conséquente : je n'ai fait que 14 consignes sur les 72 proposées depuis la création du site, il m'en reste donc... euh... un certain nombre à (re)découvrir de temps en temps.

C'est ce que j'ai fait cet été, en exhumant (pendant la sieste) d'un tiroir virtuel la consigne n°55, qui m'avait vaguement inspiré à l'époque, mais sans doute pas plus que ça, puisque je n'en avais rien fait ; toujours le même principe : une photo et une phrase. Cette fois là, il s'agissait de la phrase de fin : "Il lui donna solennellement les clefs de la maison."


Il s'accouda à la barrière rouillée et laissa son regard errer jusqu'au fleuve en contrebas, au-delà du quai en friche où l'herbe gagnait sur les pavés. A ses pieds, quelques marches usées, encadrées par deux rambardes qui ne pouvaient dissimuler l'atteinte des années, se donnaient encore de faux airs d'utilité.

Il était en avance, et cette pensée le fit sourire. Après toutes ces années sans avoir revu la maison, il se rendait compte qu'il était capable de se remémorer le moindre des détails de sa façade bourgeoise. Bien qu'il lui tournât le dos, il voyait se dresser à nouveau devant lui son portail hautain, ses fenêtres hostiles, ses sévères balcons de fer forgé. La vie prend parfois de bien étranges détours, comme autant de raccourcis vers le passé. La dernière fois, il avait pensé se jeter dans ce fleuve qui roulait ses eaux toujours indifférentes. La dernière fois, il était jeune et sans le sou, et on lui avait clairement fait comprendre qu'il n'était pas, pour mademoiselle Charlotte, le mari idéal.

Et aujourd'hui, en cet automne de sa vie, le notable de Rouen qu'il était devenu, le notaire installé depuis plusieurs décennies qui comptait parmi ses clients la plupart des fortunes locales, s'était déplacé en personne sur le lieu de son amour perdu, peut-être pour mieux se rendre compte du temps écoulé, peut-être pour éprouver sa nostalgie ; en ce début d'octobre frileux, lui-même ne le savait pas vraiment.

Il fut interrompu dans ses réflexions par l'arrivée bruyante de l'acheteur, jeune cadre trop dynamique venu de Paris. Il ne répondit pas à ses considérations météorologiques, se contentant du demi-sourire de celui qui est pressé d'en finir avec une formalité ennuyeuse. Il traversa la chaussée à pas pesants, serra la main de son client. Encore quelques papiers à signer et ce fut bon. Il lui donna solennellement les clefs de la maison.

15 mai 2008

Il faut un début à tout

Pour la consigne 69 de Paroles plurielles, je n'avais pas d'idées, alors j'ai décidé de m'amuser un peu. Si ce texte vous parait un peu décousu, c'est normal, mais je vous laisse réfléchir au pourquoi de la chose. Au demeurant, l'explication n'est pas très difficile à trouver. Cela pourrait même faire l'objet d'un petit concours...

L'incipit proposé était : "Ce matin, pour la première fois depuis longtemps..."


Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je me suis levé assez tard, et quand Mavra m'a apporté mes bottes cirées, je lui ai demandé l'heure. Commencer par commencer ; commencer par je... D'accord : je suis pensionnaire d'une maison de santé. La première chose que je peux vous dire c'est qu'on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes, c'était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines.

Appelez-moi Ismaël. Il m'est arrivé une aventure étrange. Officier dans l'armée française, je me trouvais au siège de Saragosse. Pendant toute la journée d'automne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourd et bas dans le ciel, j'avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre et, enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique maison Usher.

Je me souviens que Reda Caire est passé en attraction au cinéma de la porte de Saint-Cloud. Nous étions à l'Etude, quand le proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Il me suffit de fermer les yeux pour entendre encore ronronner les becs de gaz de la petite étude, voir les murs verts et les grandes cartes géographiques, le Bassin Parisien avec ses auréoles, le Tonkin violet, l'Annam rose, et trente têtes penchées patiemment sur des cahiers.

07 avril 2008

L'homme des foules

Paroles plurielles poursuit sa route de mots avec une consigne n°66 où il fallait illustrer cette photo de NarB en s'inspirant de l'incipit suivant : "C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué"... Le titre est un emprunt à Edgar Poe, bien sûr.
C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Quitter mon lit est chaque matin plus difficile que la veille. Le moindre effort me coûte, et sortir de chez moi m'est de plus en plus odieux. Mes journées s'écoulent lentement, toutes semblables, comme tissées d'une même étoffe grise, sale et usée. Rien ne parvient plus à m'intéresser, les jours glissent l'un après l'autre, les saisons se suivent, et ma vie est comme un long tunnel sans lumière. Lors de mon pot de départ, entre deux claques dans le dos, ils m'avaient pourtant assuré de ma chance : "Quel veinard ce René ! La retraite a 60 ans, tu seras dans les derniers a en profiter !" A quoi bon ? Je n'ai pas de femme, pas d'enfants, pas vraiment d'amis ; pas de passions, aucun vice à assouvir. J'ai passé ma vie à thésauriser sans le moindre but. Mon travail, pour peu passionnant qu'il fut, donnait au moins un sens à mon existence. Maintenant je ne sers plus à rien. Je ne prend même plus la peine de faire semblant d'exister.

Aujourd'hui, je ne saurais pas dire pourquoi, je suis descendu dans la station de métro, celle qui est en face de chez moi. Je ne pense pas que ce soit par nostalgie du temps, qui me semble déjà si lointain, où je prenais place moi aussi sur un strapontin crasseux ou bien restait debout, agrippé à une barre, tassé contre des congénères dont je fuyais le regard. Non, je ne sais pas pourquoi je suis là. Je regarde mes cheveux gras, luisant à force de n'être pas lavés, dans la vitre garantie incassable d'un panneau d'information où se reflètent également les voyageurs montant dans la rame. Dans un instant les portes vont se refermer, ils vont repartir et je vais rester seul sur ce quai, seul dans ma vie, seul avec les rails électrifiés sous les yeux. Il suffirait d'un si petit effort pour passer de l'autre côté du miroir dans lequel je contemple cette vie qui s'agite juste à deux pas de moi, que j'en ai les larmes aux yeux.

Si peu de choses ; je me retourne, je m'approche de la foule, un pas, deux pas, et je m'intègre à cette cohue bruyante et odorante, je retrouve ma place dans ce manège un peu vain, juste pour quelques minutes, quelques tours supplémentaires, juste pour rester vivant encore un moment. J'ai bien fait le tour de la question, j'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac, (je n'en avais jamais parlé à personne), et j'ai commencé à observer mes biens chers frères et leurs attitudes plurielles. Je crois que je vais rester encore un peu finalement.

30 janvier 2008

Lettre au Père Noël

La consigne de la première semaine de Kaleïdoplumes était la suivante :
On a tous cru, un jour, au père Noël.
Enfant, on rêvait de cadeaux.
Adulte, on a peut être voulu encore y croire, pour un jour, une minute, une seconde.
Une lettre, adressée au père Noël, écrite par un adulte, ou bien un enfant, avec, à l'intérieur, une demande très particulière.
Vous êtes cet adulte, ou cet enfant. Ecrivez cette lettre.
N'oubliez pas de mettre un titre et de signer la lettre.
A vos plumes
"Papa Noël, je veux pas de cadeaux"

Papa Noël,

Il parait que tu vis au ciel, ou au Pôle Nord, on sait pas trop où en fait. Il parait que tu viens sur un traineau volant tiré par des reines. Il parait que c'est des lutins qui fabriquent les cadeaux. Il parait que tu es très très vieux. Il parait que tu as un gros ventre. Il parait que tu apporte toujours les cadeaux que les enfants ils te demandent.

Papa Noël, il parait que tu lis toutes les lettres qu'on t'envoie. Momo il m'a même dit que des fois tu répondais. Par contre, Lulu il arrête pas de dire que tu existes pas. J'espère que tu ne lui en veux pas et que tu lui amèneras quand même ses cadeaux. Papa Noël, moi je sais que tu existes, et je sais que tu liras ma lettre.

Moi je veux pas de cadeaux papa Noël. Je veux pas de vélo avec une sonnette à réaction et des pédales en laiton, j'veux pas de trompette à cou lisse, et pas non plus de plaie station ou de AlainIxe Boxe. J'veux pas de trucs pour jouer. Tu comprends, j'ai 8 ans, je suis presque grand maintenant.

Moi tout ce que j'voudrais, c'est que mon papa il revienne.

15 janvier 2008

Forum Kaleïdoplumes

Des fois il y a des gens, ils ouvrent un forum consacré à l'écriture. Et comme ce sont des gens qui gravitent autour de Paroles plurielles, comme c'est par Coumarine elle même que j'apprends la chose, je ne peux faire autrement que d'aller voir de quoi il retourne. Et il se trouve que pour être admis en cette confrérie, il faut écrire un petit texte sur notre rapport à l'écriture. Après avoir gaiement sauté à pieds joints par-dessus la consigne (je suis juvénile dans mes enthousiasmes parfois), un petit peu râlé, un petit peu réfléchi, j'ai fini par écrire ça :
Écrire, ça commence par des ratures et des phrases de travers, seule compte l'idée. Puis on rajoute, on empile, on déplace, on élague et on coupe dans le tas. Ecrire c'est juste trouver les mots pour dire ce que l'on a envie de dire. Mais pour le dire avec sa petite musique, celle que l'on a dans sa tête, et qui n'est pas la même que celle du voisin.

C'est partir d'une idée, aussi ténue soit-elle, et tirer dessus pour voir comment elle se transforme. Le grand et indispensable Vialatte utilise l'image de la pelote de laine ; elle me plait beaucoup. On tire sur le bout de la pelote, et au fur et à mesure qu'elle se dévide on regarde ce que ça donne. Et qu'importe le bout de la pelote sur lequel on tombe, aucun n'est meilleur que l'autre. Le principal c'est de débuter. Le début c'est le plus dur, mais c'est aussi le plus facile. On peut dire tout ce qu'on veut. C'est pour ça que j'ai commencé avec cette phrase là. Le reste, je l'ai ajouté après, en aller-retour incessants entre le début et la fin de ce texte.

Ecrire, c'est un peu comme ce sujet : la version initiale n'a pas beaucoup de rapport avec ce qui sera finalement publié. Chacune de ces phrases a été corrigée plusieurs fois. Car le plus important dans l'écriture, ce sont les ratures. Un texte est terminé quand on ne peut plus rien enlever.

Forum Kaleïdoplumes

12 décembre 2007

221b, Baker Street

Consigne 59 de Paroles diverses, consigne tripartite :
  • écrire un texte sur le thème de l'envie mêlée de convoitise, ce sentiment ressenti soit dans nos relations, soit devant des gens possédant des talents ignorés
  • le texte prendra obligatoirement la forme épistolaire
  • et il ne devra jamais faire apparaitre l'avant-dernière voyelle de l'alphabet français (il s'agit donc d'un lipogramme)
L'apport de jovialité personnelle sera apprécié...

***

Cher ami,

J'ai noté ces derniers temps votre récente propension à râler, pester, grogner, renâcler, morigéner le chat, massacrer votre violon, prendre de la cocaïne en cachette (ne tentez pas de le nier, je le sais) et même accabler de reproches votre belle-mère, cette sainte femme ; bref, afficher sans cesse ce caractère ostensiblement désagréable. Pas forcément antisocial, mais honnêtement je pense à mes années de service et je perds mon sang froid.

J'ai mis en application vos méthodes si longtemps observées et analysées, et j'en ai tiré ces réponses, dictées par la voix de la raison, et conforté en cela par le sentiment de Mrs Hedson, notre concierge. Interrogée par mes soins, cette brave dame m'a révélé la véritable raison de ce comportement aberrant comme des scarabées traversant Abbey road : elle a compris comme moi votre tendance à prendre ombrage des lignes nées de ma bien faible prose.

Corrigez-moi si je me trompe, mais votre ego est marri d'imaginer mes livres devenir célèbres, et éclipser votre gloire. Ils sont ressentis comme un attentat à votre génie, tant est grande votre vanité. Sachez-le, ce n'est pas moi le détective, et je n'envie pas ce rôle dépassant de très loin mes modestes talents. Croyez bien mon désir de ne rien faire de tel, mon objectif étant de raconter vos exploits à mes enfants, et à la descendance de mes enfants, même si ce faisant je me condamne à vivre caché dans votre ombre.

N'ai-je point raison, Holmes, mon vieil associé ?

Votre fidèle ami,

John H. Watson


28 septembre 2007

Les comprachicos

Pour la consigne 54 de Paroles Plurielles, j'aime autant vous le dire tout de suite que je ne me suis pas foulé, puisque j'ai piqué mon idée sur un certain Go, Victoru de son prénom. Il a écrit il y a quelque temps un petit roman, intitulé L'homme qui rit, et je me suis inspiré d'un passage du début de celui-ci pour répondre à la consigne de Coumarine : la photo de 3 bouteilles et l'incipit : "Je lui ai dit de se taire"


Je lui ai dit de se taire. La tempête faisait suffisamment de vacarme pour me ralentir dans ma tâche, et de toute façon l'heure n'était plus aux discours. L'imbécile n'avait jamais pris la mer, il n'était pas même assez intelligent pour voir le péril qui nous menaçait. Ce bateau ne gagnerait jamais la France, encore moins l'Espagne, et nulle autre terre de ce monde ci. Cette nuit serait notre dernière nuit, cette mer notre linceul, et notre mort un juste châtiment.

Je lui ai dit de se taire, j'avais besoin de me concentrer. Ce n'est déjà pas chose aisée de tenir la plume au milieu de l'ouragan, mais mon âge avancé et la faible lumière ne m'aident pas. Par tous les diables de l'enfer, que ma main ne tremble point au moment où je couche sur le vélin la vérité sur cet enfant que nous avons tout à l'heure abandonné à son sort, sur cet ange au sourire de démon que nous avons fabriqué.

Si elles ne se sont pas brisées avant, je glisserai tout à l'heure ce parchemin dans la plus petite de ces trois bouteilles ; elle est trapue, ronde et noircie par les ans et les embruns, je trouve qu'elle me ressemble un peu. C'est la bouteille d'Hardquanonne le flamand, une fripouille de la pire espèce qui pourrit pour l'heure dans le donjon de Chatham.

La tempête s'est arrêtée mais l'eau est dans la cale. Nous n'avons plus de pompes, plus de voiles et plus de mat. Le vent ne souffle plus et les étoiles ont disparu du ciel. Nous avons allégé le navire, mais je sais que nous serons morts avant l'arrivée d'un nouveau jour. Et puisque nous ne pouvons plus rien jeter à la mer, confions lui au moins l'aveu de notre crime.

06 juin 2007

Nouveau départ

Cela faisait quelques semaines que je n'avais pas eu le temps de participer aux consignes dispensées par Coumarine sur Paroles plurielles (on se demande pourquoi...) ; étant pour cette quinzaine chargé de mettre en ligne les textes des participants, je me suis un peu plus penché sur la question. Voici la consigne, présentée par Coumarine :

Je vous propose de vous laisser "prendre" par une photo que m'a transmise Arthur. Non pas pour écrire un texte "moral" sur la pauvreté, mais pour écrire VOTRE texte à vous que vous inspire cette photo. Et pour vous compliquer la tâche (oui, vous savez que j'adooooooooore ça!), voici une phrase d'incipit "chipée" à Philipe Claudel, (auteur à lire de toute urgence) dans son livre "J'abandonne" (dur dur) paru en collection folio : "Le samedi, c'est plus tranquille. Il y a moins de monde." (p56)


Le samedi c'est plus tranquille. Il y a moins de monde. C'est le jour ou jamais pour partir. Les gosses sont prêts ? Dépêchez-vous, vous allez nous faire repérer. Allez, fais pas cette tête, on a rien à se reprocher. Ce sont eux les voleurs. Ils nous ont volés notre vie, notre bonheur, notre liberté. Allez viens, on s'en va.

Jamais je ne me suis habitué à voir la femme que j'aime vivre dans ce taudis. Tu mérites mieux que ça ma beauté. Combien de temps avons nous pourri dans cette cage ? Je ne sais plus. Cinq ans ? Cinq ans déjà ? Ce n'est pas possible. Cinq années à mourir sa vie tous les jours, à quatre dans dix mètres carrés. Avec l'espoir d'une vie meilleure qui s'en va tous les soirs davantage. Allez viens, on s'en va.

Mais tout ça c'est fini. On s'en va. Oui je sais, je l'ai volé cette caravane. Oui je sais, ce ne sera pas le grand luxe, mais nous aurons au moins la route comme refuge,l'espoir comme bagage et le soleil pour témoin. Allez viens. Il est temps. On entend presque plus les voitures. Il sont déjà tous partis. Viens, allez, c'est aujourd'hui qu'on s'en va. Le soleil est magnifique, on roulera le plus longtemps possible. Et ce soir, je te prendrai en photo devant notre nouvelle maison.

09 avril 2007

Le premier pas

Comme promis hier, voici ma nouvelle participation à Paroles plurielles ; sur cette photo de Gilbert Garcin et à partir de l'incipit "J'ai presque une heure d'avance..." il fallait une fois de plus se creuser la tête...

J'ai pas creusé, j'ai attendu que ça vienne... et c'est venu une fois de plus au gré de mon humeur et des circonstances. Il arrive souvent que l'on mette plus de soi-même qu'on ne le pense dans un texte ; l'inconscient travaille en permanence. La plupart du temps, on s'en rend compte après coup. Cette fois-ci, je le savais en l'écrivant. Mais pouvais-je réellement écrire autre chose ?

Alors pour répondre à ta question Tilu oui, ça sent terriblement le vécu tout ça, même si c'est bien sûr transformé, travaillé, transposé... Ce n'est pas de l'autobiographie, et il n'y a vrai dire pas beaucoup de similitudes entre ce texte et la réalité, si ce n'est le sentiment qui sous-tend l'un et l'autre...

Allez zou, assez papoté, bonne lecture !

PS pour les lecteurs de PP : le dix-huit minutes de la fin s'est changé en vingt-huit... c'est quand même plus cohérent. Ce qui prouve que l'on a beau lire et relire, on laisse toujours passer des détails...


J'ai presque une heure d'avance... et si elle ne venait pas ? J'avais tellement peur d'être en retard que je suis presque venu en courant. Et maintenant je vais devoir attendre cinquante-cinq minutes. Ca fait combien de secondes ça ? Cinquante-cinq multiplié par soixante, ça fait, ça fait... je ne sais pas. Je n'arrive pas à compter, j'ai la tête bien trop évaporée. Oui, évaporée. Impossible d'aligner deux idées. Mais quelle heure est-il ?

Encore cinquante minutes. Non, quarante-trois très exactement. Ca passe plutôt vite finalement. Je suis vraiment à côté de mes pompes. A tel point que je me suis demandé tout à l'heure si je n'étais pas pieds nus. Quelle idée de choisir des chaussures neuves pour un premier rendez-vous ! En plus elles sont moches ; pieds nus je me serais presque senti mieux. Elle va me trouver ridicule, c'est sûr.

Quelle heure est-il ? Encore trente-six minutes. C'est fou le monde qu'il y a sur cette petite place. Pas de boulistes ce soir. Le sable fin est laissé aux passants et aux amoureux. Et si elle ne venait pas ? Ils ont de belles chaussures les autres. J'ai l'impression de ne voir que ça. Leurs chaussures. Les femmes sont très attentives aux détails parait-il. Elle va voir que les miennes sont horribles, c'est sûr.

Encore vingt-huit minutes à attendre, seul au milieu de la foule. Et si elle... oh... la voilà. Elle a presque une demi-heure d'avance.

29 mars 2007

Dimanche en famille

Les brèves s'intercalent entre les chroniques, et les textes de Paroles Plurielles apportent leur petite touche littéraire à intervalle régulier. Voici déjà la consigne N°42, pour laquelle l'incipit imposé était : "Il faut que je vous dise... j'ai menti"

L'association de cet incipit et de cette photo a produit son lot de cadavres, noyades, crimes et aveux ou, chez les moins morbides des participants, trésors cachés et autres secrets engloutis. C'est étrange ? Peut-être pas tant que ça. Il est beaucoup facile d'inventer des choses tristes, que d'écrire légérement sans tomber dans la miévrerie, ceci expliquant sans doute cela.

Ce qui n'enlève rien au réel talent de certains des participants. Aussi est-ce avec une certaine fierté que je vous annonce que je fais désormais parti des administrateurs de ce blogatelier d'écriture, et que les prochaines consignes, c'est moi qui vais les mettre en ligne ! Je lève et les bras et je souris, hop !


Il faut que je vous dise... j'ai comment dire ? Menti. Ce n'est pas le petit coin de paradis que je vous avais décrit. Vous ne pourrez pas vous baigner. Mais au moins on est au calme ! Et puis cet endroit est magnifique! Regardez ces spécimens de Bryophyta Andreaeapsida ! De la comment dire, mousse chérie, de la mousse. Oh, et ces Lemna minor sont ravissantes ! C'est ce que l'on appelle des lentilles d'eau Stéphanie. Savais-tu que dans le Nord, on s'en servait parfois pour, comment dire, nourrir les cochons et que... Oui, tu t'en fous, d'accord. Je me demande ce qui t'intéresse d'ailleurs. Moi à ton âge...

Mais non il ne fait pas froid ! Quelle idée de se balader le nombril à l'air toi aussi ! C'est bien les jeunes ça. Et après tu tires sur ton, comment dire, T-shirt toute la journée pour le cacher. Oui chérie tu as raison, il faut la laisser faire ses, comment dire, choix. N'empêche que... oui, bon, on attaque ? Commencez donc à déballer les comment dire, provisions. Quoi encore ? De la vase ? Vous exagérez là. Mais c'est la nature ! D'accord, je vais chercher la, comment dire, couverture dans la voiture.

Qu'est ce qu'il y a encore ? Tu le trouves que l'étang est quoi ? Effrayant ? Tu ne crois pas que tu, comment dire, exagères ? Tu devrais peut-être arrêter tes comment dire, jeux vidéos, ça te pourrit le cerveau. Je ne vois pas ce qu'un étang a d'effrayant ! Mais tu ne vas pas la soutenir quand même ! Je suis, comment dire, abasourdi par votre attitude. On pourrait passer un dimanche agréable en famille et... pourquoi vous criez comme ça ? Un serpent ? Où ça ? Mais non, c'est une superbe Colubridae natrix, une comment dire, couleuvre à collier tout à fait inoffensive !

Mais... vous... partez ? Mais comment dire... non ! Revenez !

09 mars 2007

Mauvais sang

Et hop ! Consigne 41 de Paroles Plurielles ! Comme le temps passe vite...

Un petit texte écrit très vite, je me suis bien amusé à le faire. Je me rend compte que si ce texte avait été publié hier, on aurait pû lui chercher un rapport avec la journée de la femme... Je m'aperçois également que j'ai une fois de plus légérement détourné la consigne...

Une jolie maison aux volets bleus, dans une rue tranquille, dans un quartier tranquille, quelque part où il fait bon vivre...
Pourtant dans cette maison se passe quelque chose de "secret", que personne ne sait...
Racontez...
Avec comme incipit: "Ça fait huit jours exactement que... "



Ca fait huit jours exactement. Oui j'en suis sûre, je sais compter quand même ! Huit jours je te dis. Pas dramatique, pas dramatique, t'es bien un mec toi ! Moi je dirais plutôt que ça commence à faire ! Je m'énerve si je veux ! Et me touche pas ! C'est trop tard pour être désolé ! Ben voyons, c'est pas ta faute ! Tous pareils hein ? T'as qu'à dire que c'est la mienne tant que tu y es ! Ouais ben tes sarcasmes tu te les gardes ! Evidemment qu'on était deux !

Je sais bien que ça a été vite. Mais non, je ne regrette pas ! Oui c'était super, tu sais bien que c'est pas de ça que je te parle. Commence pas à changer de sujet ! Depuis le temps que je me cherchais un mec, je vais pas dire que c'était pas cool ! Et tu m'as réservé des surprises hein ! Notre première soirée dans ce resto asiatique, le mois dernier, puis la nuit qui a suivi... et dire que je te croyais timide !

Putain, mais ouvre pas les volets ! T'as envie que tout le monde me voit à poil ? T'aurais mieux fait de les repeindre ce jour là... ras le bol de ce bleu... ras le bol de tout... non, je pleure pas ! Me regarde pas, je veux pas que tu me voies pleurer ! Et tu comprends rien, va t-en ! Mais... reste avec moi, merde ! Serre-moi, serre-moi fort... Qu'est ce qu'on va faire ? Mais qu'est ce qu'on va faire hein ? Ca fait huit jours, huit jours exactement... et je suis en retard.

24 février 2007

Beaucoup de vent pour rien

Paroles plurielles, consigne 40. Comment ça, on passe de la consigne 38 à la consigne 40 ? Ben... je n'ai pas eu le temps de faire la 39. C'est balot. Mais je vois avec plaisir que vous suivez et qu'on ne vous égare pas aussi facilement !

En s'appuyant sur cette photo, il fallait écrire un texte dont l'incipit serait : "Il choisit toujours la solution la plus compliquée" (c'est pour moi que vous dites ça ? Ah bon. Parce que ça aurait pû...)

Ainsi que je l'ai expliqué à Coumarine, l'idée de ce texte m'est venue hier lors d'une réunion interminablement inutile ; j'en ai jeté les principales idées à la hâte sur mon cahier (j'ai renoncé à arracher les pages, les brouillons de textes se mêlent désormais aux notes de réunions, c'est un mélange assez sympathique) Cela dit, évitez d'en tirer des conclusions définitives ! Il m'est arrivé de participer à des réunions courtes et productives !


Il choisit toujours la solution la plus compliquée. Au début le problème était relativement simple, du moins ses manifestations n'étaient-elles pas trop dramatiques. Quelques infiltrations d'eau au sous-sol, rien d'insurmontable. Il suffisait de passer un marché avec une entreprise, engager des travaux d'étanchéité, peut-être installer un drain autour du bâtiment, et l'incident aurait vite rejoint la longue liste des mésaventures de cette vieille maison, bien insignifiant derrière le grand incendie de 1757, ou les soulèvements populaires de 1863, encore présents dans toutes les mémoires.

En quelques mois, tout aurait été réglé. Mais il a préféré sortir le grand jeu. Brainstorming, séances de réflexion, groupes de travail et réunions interminables dans les grandes salles au plafond trop haut où les voix des uns et des autres se perdent en d'infinis échos. Chacun n'écoute que soi-même et personne n'entend les autres. D'une fois sur l'autre seul changeait le nombre de participants, toujours plus nombreux, toujours plus qualifiés, toujours plus brillants, mais incapables de se mettre d'accord sur quoi que ce soit. Et pendant ce temps l'eau continuait à monter. A l'automne elle avait déjà inondé la salle des archives.

Mais lui, il parade. C'est son heure de gloire. C'est lui qui a réuni toutes ces têtes pensantes, ces sommités, ces détenteurs du savoir. Et aussi ces journalistes devant lesquels il enchaine les conférences de presse, les interviews, les reportages. Il explique comment il va sauver "ce joyau inestimable de notre patrimoine national", de quelle façon il dirige les travaux de cette "magnifique commission d'éminents experts". Car il aime s'écouter parler. Il discourt, use de périphrases ampoulées devant les caméras, et d'un jargon technocratique lors des réunions. Il n'est question que de communication impactante, d'éléments de langage et de référentiel de procédure. De décisions que l'on acte, de problèmes qui sont vrais et de considérations extrêmement actuelles aux jours d'aujourd'hui. Ce qui n'a pas empêché l'eau d'atteindre le rez-de-chaussée. Elle baignait les premières marches du grand escalier à la fin de l'été.

La dernière réunion s'est tenue hier. Dans les combles. Tous avaient la mine abattue, lui seul semblait ignorer le naufrage imminent. Dernière réunion, deux ans après le début de cet inutile remue ménage. Nous sommes sorti par un vasistas et avons regagné le rivage à bord d'une petite barque sous les huées de la foule. Ce matin, l'eau avait tout recouvert.

25 janvier 2007

Circonstances exténuantes

Ca devait arriver. A trop différer la rédaction de ma nouvelle chronique, ma dernière participation à Paroles plurielles parait avant que je n'aie pu vous faire partager ma visite d'un grand musée tout entier rempli de petites choses... Tant pis, ça vous fera toujours de la lecture, et vous donnera matière à réflexion. Parce que cette consigne 38 ne manque pas d'originalité, jugez donc un peu : après avoir écouté autant de fois que nécessaire la chanson d'Hubert-Félix Théfaine "Confessions d'un never been", il s'agissait de s'en inspirer pour écrire un texte dont la première phrase serait les mots phares de la chanson : « J’ai volé mon âme à un clown… » avec pour consigne d’aller dans le décalé, le déjanté, le farfelu, l’hermétique… à l'instar d'un HFT présenté ainsi par Coumarine :

Les mots de Thiéfaine dans ses chansons sont de l’ordre 50/50
50% de mots qui veulent dire quelque chose, qui frappent, qui touchent, qui percutent
50% de mots en écriture volontairement hermétique, qui sont là pour la sonorité ou pour le fun

On ne saurait mieux dire. J'ai donc fait dans le décalé, l'hermétique, le presque poétique. J'ai eu beaucoup de mal à faire dans le déjanté. Comme dirait quelqu'un qui se reconnaîtra, il est difficile d'arriver à maintenir le même rythme endiablé de vocabulaire déjanté sur la totalité du texte, nous faut qu'on fasse des pauses à dire les choses bêtement morales ou logiques. C'est exactement ça. Mais il est temps que je vous laisse découvrir par vous même. La vidéo, c'est du bonus.


Les anges d'ammoniac des vapeurs sans clartés
Succombent au noir désir qui inspire des reproches
En suçant les glaçons qui inondent mes poches
Pour s'enfuir du bocal où l'espace s'est noyé.
Ca grésille, ça palpite, ça fusille et ça fume,
Tout finit par rêver dans un dernier soupir
Car la faux a sonné et ça pourrait être pire
Quand tes faux cils retombent sur mon marteau enclume.

J'ai volé mon âme à un clown
Lycanthrope dans la nuit du jardin orangé
J'ai volé mon âme à un clown
En criant sans syllabes l'amour irrégulier

Un léopard en string qui dévore sous la pluie,
Un saltimbanque pressé qui casse des coquilles,
Et puis enfin s'étire comme un voleur futile
Pour finir un travail qui n'a pas d'alibi.
Un champ d'algues cruel, archipel d'échos morts
Seulement visité de corbeaux lunatiques
Apprend à mieux mentir pour rester sympathique
Car voilà de la peur, la paie et le sale or.

J'ai volé mon âme à un clown
Puis j'ai dormi à mort, en espérant renaître
J'ai volé mon âme à un clown
Puis j'ai dormi toujours, pour enfin disparaître.