C'est ce que j'ai fait cet été, en exhumant (pendant la sieste) d'un tiroir virtuel la consigne n°55, qui m'avait vaguement inspiré à l'époque, mais sans doute pas plus que ça, puisque je n'en avais rien fait ; toujours le même principe : une photo et une phrase. Cette fois là, il s'agissait de la phrase de fin : "Il lui donna solennellement les clefs de la maison."
18 août 2008
Au fil de l'eau
C'est ce que j'ai fait cet été, en exhumant (pendant la sieste) d'un tiroir virtuel la consigne n°55, qui m'avait vaguement inspiré à l'époque, mais sans doute pas plus que ça, puisque je n'en avais rien fait ; toujours le même principe : une photo et une phrase. Cette fois là, il s'agissait de la phrase de fin : "Il lui donna solennellement les clefs de la maison."
15 mai 2008
Il faut un début à tout
L'incipit proposé était : "Ce matin, pour la première fois depuis longtemps..."

Appelez-moi Ismaël. Il m'est arrivé une aventure étrange. Officier dans l'armée française, je me trouvais au siège de Saragosse. Pendant toute la journée d'automne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourd et bas dans le ciel, j'avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre et, enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique maison Usher.
Je me souviens que Reda Caire est passé en attraction au cinéma de la porte de Saint-Cloud. Nous étions à l'Etude, quand le proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Il me suffit de fermer les yeux pour entendre encore ronronner les becs de gaz de la petite étude, voir les murs verts et les grandes cartes géographiques, le Bassin Parisien avec ses auréoles, le Tonkin violet, l'Annam rose, et trente têtes penchées patiemment sur des cahiers.
07 avril 2008
L'homme des foules
Aujourd'hui, je ne saurais pas dire pourquoi, je suis descendu dans la station de métro, celle qui est en face de chez moi. Je ne pense pas que ce soit par nostalgie du temps, qui me semble déjà si lointain, où je prenais place moi aussi sur un strapontin crasseux ou bien restait debout, agrippé à une barre, tassé contre des congénères dont je fuyais le regard. Non, je ne sais pas pourquoi je suis là. Je regarde mes cheveux gras, luisant à force de n'être pas lavés, dans la vitre garantie incassable d'un panneau d'information où se reflètent également les voyageurs montant dans la rame. Dans un instant les portes vont se refermer, ils vont repartir et je vais rester seul sur ce quai, seul dans ma vie, seul avec les rails électrifiés sous les yeux. Il suffirait d'un si petit effort pour passer de l'autre côté du miroir dans lequel je contemple cette vie qui s'agite juste à deux pas de moi, que j'en ai les larmes aux yeux.
Si peu de choses ; je me retourne, je m'approche de la foule, un pas, deux pas, et je m'intègre à cette cohue bruyante et odorante, je retrouve ma place dans ce manège un peu vain, juste pour quelques minutes, quelques tours supplémentaires, juste pour rester vivant encore un moment. J'ai bien fait le tour de la question, j'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac, (je n'en avais jamais parlé à personne), et j'ai commencé à observer mes biens chers frères et leurs attitudes plurielles. Je crois que je vais rester encore un peu finalement.
12 décembre 2007
221b, Baker Street
- écrire un texte sur le thème de l'envie mêlée de convoitise, ce sentiment ressenti soit dans nos relations, soit devant des gens possédant des talents ignorés
- le texte prendra obligatoirement la forme épistolaire
- et il ne devra jamais faire apparaitre l'avant-dernière voyelle de l'alphabet français (il s'agit donc d'un lipogramme)
J'ai noté ces derniers temps votre récente propension à râler, pester, grogner, renâcler, morigéner le chat, massacrer votre violon, prendre de la cocaïne en cachette (ne tentez pas de le nier, je le sais) et même accabler de reproches votre belle-mère, cette sainte femme ; bref, afficher sans cesse ce caractère ostensiblement désagréable. Pas forcément antisocial, mais honnêtement je pense à mes années de service et je perds mon sang froid.
J'ai mis en application vos méthodes si longtemps observées et analysées, et j'en ai tiré ces réponses, dictées par la voix de la raison, et conforté en cela par le sentiment de Mrs Hedson, notre concierge. Interrogée par mes soins, cette brave dame m'a révélé la véritable raison de ce comportement aberrant comme des scarabées traversant Abbey road : elle a compris comme moi votre tendance à prendre ombrage des lignes nées de ma bien faible prose.
Corrigez-moi si je me trompe, mais votre ego est marri d'imaginer mes livres devenir célèbres, et éclipser votre gloire. Ils sont ressentis comme un attentat à votre génie, tant est grande votre vanité. Sachez-le, ce n'est pas moi le détective, et je n'envie pas ce rôle dépassant de très loin mes modestes talents. Croyez bien mon désir de ne rien faire de tel, mon objectif étant de raconter vos exploits à mes enfants, et à la descendance de mes enfants, même si ce faisant je me condamne à vivre caché dans votre ombre.
N'ai-je point raison, Holmes, mon vieil associé ?
Votre fidèle ami,
John H. Watson
28 septembre 2007
Les comprachicos

Je lui ai dit de se taire, j'avais besoin de me concentrer. Ce n'est déjà pas chose aisée de tenir la plume au milieu de l'ouragan, mais mon âge avancé et la faible lumière ne m'aident pas. Par tous les diables de l'enfer, que ma main ne tremble point au moment où je couche sur le vélin la vérité sur cet enfant que nous avons tout à l'heure abandonné à son sort, sur cet ange au sourire de démon que nous avons fabriqué.
Si elles ne se sont pas brisées avant, je glisserai tout à l'heure ce parchemin dans la plus petite de ces trois bouteilles ; elle est trapue, ronde et noircie par les ans et les embruns, je trouve qu'elle me ressemble un peu. C'est la bouteille d'Hardquanonne le flamand, une fripouille de la pire espèce qui pourrit pour l'heure dans le donjon de Chatham.
La tempête s'est arrêtée mais l'eau est dans la cale. Nous n'avons plus de pompes, plus de voiles et plus de mat. Le vent ne souffle plus et les étoiles ont disparu du ciel. Nous avons allégé le navire, mais je sais que nous serons morts avant l'arrivée d'un nouveau jour. Et puisque nous ne pouvons plus rien jeter à la mer, confions lui au moins l'aveu de notre crime.
06 juin 2007
Nouveau départ
Je vous propose de vous laisser "prendre" par une photo que m'a transmise Arthur. Non pas pour écrire un texte "moral" sur la pauvreté, mais pour écrire VOTRE texte à vous que vous inspire cette photo. Et pour vous compliquer la tâche (oui, vous savez que j'adooooooooore ça!), voici une phrase d'incipit "chipée" à Philipe Claudel, (auteur à lire de toute urgence) dans son livre "J'abandonne" (dur dur) paru en collection folio : "Le samedi, c'est plus tranquille. Il y a moins de monde." (p56)

Le samedi c'est plus tranquille. Il y a moins de monde. C'est le jour ou jamais pour partir. Les gosses sont prêts ? Dépêchez-vous, vous allez nous faire repérer. Allez, fais pas cette tête, on a rien à se reprocher. Ce sont eux les voleurs. Ils nous ont volés notre vie, notre bonheur, notre liberté. Allez viens, on s'en va.
Jamais je ne me suis habitué à voir la femme que j'aime vivre dans ce taudis. Tu mérites mieux que ça ma beauté. Combien de temps avons nous pourri dans cette cage ? Je ne sais plus. Cinq ans ? Cinq ans déjà ? Ce n'est pas possible. Cinq années à mourir sa vie tous les jours, à quatre dans dix mètres carrés. Avec l'espoir d'une vie meilleure qui s'en va tous les soirs davantage. Allez viens, on s'en va.
Mais tout ça c'est fini. On s'en va. Oui je sais, je l'ai volé cette caravane. Oui je sais, ce ne sera pas le grand luxe, mais nous aurons au moins la route comme refuge,l'espoir comme bagage et le soleil pour témoin. Allez viens. Il est temps. On entend presque plus les voitures. Il sont déjà tous partis. Viens, allez, c'est aujourd'hui qu'on s'en va. Le soleil est magnifique, on roulera le plus longtemps possible. Et ce soir, je te prendrai en photo devant notre nouvelle maison.
09 avril 2007
Le premier pas
J'ai pas creusé, j'ai attendu que ça vienne... et c'est venu une fois de plus au gré de mon humeur et des circonstances. Il arrive souvent que l'on mette plus de soi-même qu'on ne le pense dans un texte ; l'inconscient travaille en permanence. La plupart du temps, on s'en rend compte après coup. Cette fois-ci, je le savais en l'écrivant. Mais pouvais-je réellement écrire autre chose ?
Alors pour répondre à ta question Tilu oui, ça sent terriblement le vécu tout ça, même si c'est bien sûr transformé, travaillé, transposé... Ce n'est pas de l'autobiographie, et il n'y a vrai dire pas beaucoup de similitudes entre ce texte et la réalité, si ce n'est le sentiment qui sous-tend l'un et l'autre...
Allez zou, assez papoté, bonne lecture !
PS pour les lecteurs de PP : le dix-huit minutes de la fin s'est changé en vingt-huit... c'est quand même plus cohérent. Ce qui prouve que l'on a beau lire et relire, on laisse toujours passer des détails...

Encore cinquante minutes. Non, quarante-trois très exactement. Ca passe plutôt vite finalement. Je suis vraiment à côté de mes pompes. A tel point que je me suis demandé tout à l'heure si je n'étais pas pieds nus. Quelle idée de choisir des chaussures neuves pour un premier rendez-vous ! En plus elles sont moches ; pieds nus je me serais presque senti mieux. Elle va me trouver ridicule, c'est sûr.
Quelle heure est-il ? Encore trente-six minutes. C'est fou le monde qu'il y a sur cette petite place. Pas de boulistes ce soir. Le sable fin est laissé aux passants et aux amoureux. Et si elle ne venait pas ? Ils ont de belles chaussures les autres. J'ai l'impression de ne voir que ça. Leurs chaussures. Les femmes sont très attentives aux détails parait-il. Elle va voir que les miennes sont horribles, c'est sûr.
Encore vingt-huit minutes à attendre, seul au milieu de la foule. Et si elle... oh... la voilà. Elle a presque une demi-heure d'avance.
29 mars 2007
Dimanche en famille
L'association de cet incipit et de cette photo a produit son lot de cadavres, noyades, crimes et aveux ou, chez les moins morbides des participants, trésors cachés et autres secrets engloutis. C'est étrange ? Peut-être pas tant que ça. Il est beaucoup facile d'inventer des choses tristes, que d'écrire légérement sans tomber dans la miévrerie, ceci expliquant sans doute cela.
Ce qui n'enlève rien au réel talent de certains des participants. Aussi est-ce avec une certaine fierté que je vous annonce que je fais désormais parti des administrateurs de ce blogatelier d'écriture, et que les prochaines consignes, c'est moi qui vais les mettre en ligne ! Je lève et les bras et je souris, hop !

Il faut que je vous dise... j'ai comment dire ? Menti. Ce n'est pas le petit coin de paradis que je vous avais décrit. Vous ne pourrez pas vous baigner. Mais au moins on est au calme ! Et puis cet endroit est magnifique! Regardez ces spécimens de Bryophyta Andreaeapsida ! De la comment dire, mousse chérie, de la mousse. Oh, et ces Lemna minor sont ravissantes ! C'est ce que l'on appelle des lentilles d'eau Stéphanie. Savais-tu que dans le Nord, on s'en servait parfois pour, comment dire, nourrir les cochons et que... Oui, tu t'en fous, d'accord. Je me demande ce qui t'intéresse d'ailleurs. Moi à ton âge...
Mais non il ne fait pas froid ! Quelle idée de se balader le nombril à l'air toi aussi ! C'est bien les jeunes ça. Et après tu tires sur ton, comment dire, T-shirt toute la journée pour le cacher. Oui chérie tu as raison, il faut la laisser faire ses, comment dire, choix. N'empêche que... oui, bon, on attaque ? Commencez donc à déballer les comment dire, provisions. Quoi encore ? De la vase ? Vous exagérez là. Mais c'est la nature ! D'accord, je vais chercher la, comment dire, couverture dans la voiture.
Qu'est ce qu'il y a encore ? Tu le trouves que l'étang est quoi ? Effrayant ? Tu ne crois pas que tu, comment dire, exagères ? Tu devrais peut-être arrêter tes comment dire, jeux vidéos, ça te pourrit le cerveau. Je ne vois pas ce qu'un étang a d'effrayant ! Mais tu ne vas pas la soutenir quand même ! Je suis, comment dire, abasourdi par votre attitude. On pourrait passer un dimanche agréable en famille et... pourquoi vous criez comme ça ? Un serpent ? Où ça ? Mais non, c'est une superbe Colubridae natrix, une comment dire, couleuvre à collier tout à fait inoffensive !
Mais... vous... partez ? Mais comment dire... non ! Revenez !
09 mars 2007
Mauvais sang
Un petit texte écrit très vite, je me suis bien amusé à le faire. Je me rend compte que si ce texte avait été publié hier, on aurait pû lui chercher un rapport avec la journée de la femme... Je m'aperçois également que j'ai une fois de plus légérement détourné la consigne...
Une jolie maison aux volets bleus, dans une rue tranquille, dans un quartier tranquille, quelque part où il fait bon vivre...
Pourtant dans cette maison se passe quelque chose de "secret", que personne ne sait...
Racontez...
Avec comme incipit: "Ça fait huit jours exactement que... "

Je sais bien que ça a été vite. Mais non, je ne regrette pas ! Oui c'était super, tu sais bien que c'est pas de ça que je te parle. Commence pas à changer de sujet ! Depuis le temps que je me cherchais un mec, je vais pas dire que c'était pas cool ! Et tu m'as réservé des surprises hein ! Notre première soirée dans ce resto asiatique, le mois dernier, puis la nuit qui a suivi... et dire que je te croyais timide !
Putain, mais ouvre pas les volets ! T'as envie que tout le monde me voit à poil ? T'aurais mieux fait de les repeindre ce jour là... ras le bol de ce bleu... ras le bol de tout... non, je pleure pas ! Me regarde pas, je veux pas que tu me voies pleurer ! Et tu comprends rien, va t-en ! Mais... reste avec moi, merde ! Serre-moi, serre-moi fort... Qu'est ce qu'on va faire ? Mais qu'est ce qu'on va faire hein ? Ca fait huit jours, huit jours exactement... et je suis en retard.
24 février 2007
Beaucoup de vent pour rien
En s'appuyant sur cette photo, il fallait écrire un texte dont l'incipit serait : "Il choisit toujours la solution la plus compliquée" (c'est pour moi que vous dites ça ? Ah bon. Parce que ça aurait pû...)
Ainsi que je l'ai expliqué à Coumarine, l'idée de ce texte m'est venue hier lors d'une réunion interminablement inutile ; j'en ai jeté les principales idées à la hâte sur mon cahier (j'ai renoncé à arracher les pages, les brouillons de textes se mêlent désormais aux notes de réunions, c'est un mélange assez sympathique) Cela dit, évitez d'en tirer des conclusions définitives ! Il m'est arrivé de participer à des réunions courtes et productives !

Il choisit toujours la solution la plus compliquée. Au début le problème était relativement simple, du moins ses manifestations n'étaient-elles pas trop dramatiques. Quelques infiltrations d'eau au sous-sol, rien d'insurmontable. Il suffisait de passer un marché avec une entreprise, engager des travaux d'étanchéité, peut-être installer un drain autour du bâtiment, et l'incident aurait vite rejoint la longue liste des mésaventures de cette vieille maison, bien insignifiant derrière le grand incendie de 1757, ou les soulèvements populaires de 1863, encore présents dans toutes les mémoires.
En quelques mois, tout aurait été réglé. Mais il a préféré sortir le grand jeu. Brainstorming, séances de réflexion, groupes de travail et réunions interminables dans les grandes salles au plafond trop haut où les voix des uns et des autres se perdent en d'infinis échos. Chacun n'écoute que soi-même et personne n'entend les autres. D'une fois sur l'autre seul changeait le nombre de participants, toujours plus nombreux, toujours plus qualifiés, toujours plus brillants, mais incapables de se mettre d'accord sur quoi que ce soit. Et pendant ce temps l'eau continuait à monter. A l'automne elle avait déjà inondé la salle des archives.
Mais lui, il parade. C'est son heure de gloire. C'est lui qui a réuni toutes ces têtes pensantes, ces sommités, ces détenteurs du savoir. Et aussi ces journalistes devant lesquels il enchaine les conférences de presse, les interviews, les reportages. Il explique comment il va sauver "ce joyau inestimable de notre patrimoine national", de quelle façon il dirige les travaux de cette "magnifique commission d'éminents experts". Car il aime s'écouter parler. Il discourt, use de périphrases ampoulées devant les caméras, et d'un jargon technocratique lors des réunions. Il n'est question que de communication impactante, d'éléments de langage et de référentiel de procédure. De décisions que l'on acte, de problèmes qui sont vrais et de considérations extrêmement actuelles aux jours d'aujourd'hui. Ce qui n'a pas empêché l'eau d'atteindre le rez-de-chaussée. Elle baignait les premières marches du grand escalier à la fin de l'été.
La dernière réunion s'est tenue hier. Dans les combles. Tous avaient la mine abattue, lui seul semblait ignorer le naufrage imminent. Dernière réunion, deux ans après le début de cet inutile remue ménage. Nous sommes sorti par un vasistas et avons regagné le rivage à bord d'une petite barque sous les huées de la foule. Ce matin, l'eau avait tout recouvert.
25 janvier 2007
Circonstances exténuantes
Ca devait arriver. A trop différer la rédaction de ma nouvelle chronique, ma dernière participation à Paroles plurielles parait avant que je n'aie pu vous faire partager ma visite d'un grand musée tout entier rempli de petites choses... Tant pis, ça vous fera toujours de la lecture, et vous donnera matière à réflexion. Parce que cette consigne 38 ne manque pas d'originalité, jugez donc un peu : après avoir écouté autant de fois que nécessaire la chanson d'Hubert-Félix Théfaine "Confessions d'un never been", il s'agissait de s'en inspirer pour écrire un texte dont la première phrase serait les mots phares de la chanson : « J’ai volé mon âme à un clown… » avec pour consigne d’aller dans le décalé, le déjanté, le farfelu, l’hermétique… à l'instar d'un HFT présenté ainsi par Coumarine :
Les mots de Thiéfaine dans ses chansons sont de l’ordre 50/50
50% de mots qui veulent dire quelque chose, qui frappent, qui touchent, qui percutent
50% de mots en écriture volontairement hermétique, qui sont là pour la sonorité ou pour le fun
On ne saurait mieux dire. J'ai donc fait dans le décalé, l'hermétique, le presque poétique. J'ai eu beaucoup de mal à faire dans le déjanté. Comme dirait quelqu'un qui se reconnaîtra, il est difficile d'arriver à maintenir le même rythme endiablé de vocabulaire déjanté sur la totalité du texte, nous faut qu'on fasse des pauses à dire les choses bêtement morales ou logiques. C'est exactement ça. Mais il est temps que je vous laisse découvrir par vous même. La vidéo, c'est du bonus.
Succombent au noir désir qui inspire des reproches
En suçant les glaçons qui inondent mes poches
Pour s'enfuir du bocal où l'espace s'est noyé.
Ca grésille, ça palpite, ça fusille et ça fume,
Tout finit par rêver dans un dernier soupir
Car la faux a sonné et ça pourrait être pire
Quand tes faux cils retombent sur mon marteau enclume.
J'ai volé mon âme à un clown
Lycanthrope dans la nuit du jardin orangé
J'ai volé mon âme à un clown
En criant sans syllabes l'amour irrégulier
Un léopard en string qui dévore sous la pluie,
Un saltimbanque pressé qui casse des coquilles,
Et puis enfin s'étire comme un voleur futile
Pour finir un travail qui n'a pas d'alibi.
Un champ d'algues cruel, archipel d'échos morts
Seulement visité de corbeaux lunatiques
Apprend à mieux mentir pour rester sympathique
Car voilà de la peur, la paie et le sale or.
J'ai volé mon âme à un clown
Puis j'ai dormi à mort, en espérant renaître
J'ai volé mon âme à un clown
Puis j'ai dormi toujours, pour enfin disparaître.
16 janvier 2007
Le mot de la faim
Un texte un peu moins "écrit" que les autres à mon sens, c'était surtout pour reprendre le fil de l'écriture. Je l'ai écrit assez vite, autour d'un clin d'oeil que je vous laisse découvrir, et le dernier jour encore...
L'incipit imposé était celui-ci : "Je suis un génie... et je suis modeste"

Je suis un génie... et je suis modeste. Je ne connais personne de plus intelligent que moi, c'est un fait. Encore ne suis-je pas seulement intelligent, je suis également un être raffiné. Il n'est jusqu'au meurtre que je ne commette avec délicatesse. A vrai dire je trouve mes confrères tellement ridicules, et les hommes en général tellement pitoyables...
Oui, c'est ça, approche toi encore un peu...
Personne n'est aussi intelligent que moi, c'est impossible. Et si ce petit flic m'a arrêté, c'est uniquement de la chance, rien de plus. Il est tout de même assez intelligent dans son genre, assez intelligent pour un homme normal je veux dire. Dès que je sortirai d'ici je l'inviterai à déjeuner pour le féliciter à ma façon. Il parait que c'est un homme de goût.
Encore un peu plus près... Montre moi ton cou, continue...
Mais quel dommage qu'il soit tellement impoli. Je ne peux pas tolérer le manque de courtoisie. Je devrais le féliciter, mais également lui apprendre la politesse. Il aurait dû se mêler de ses problèmes, pas des miens. Si je peux lui faire rentrer quelques principes dans le cerveau, je n'aurais peut-être pas totalement perdu mon temps.
Si seulement je pouvais bouger la tête...
Oui, je suis modeste, vraiment. Ils n'ont pas la moindre idée de mes facultés. Ils ont bien trop peur de moi pour m'appréhender dans ma complexité. Tout au plus suis-je un sujet d'étude pour quelques binoclards diplômés. Encore ne prennent-ils pas le risque de rentrer dans ma cellule.
C'est ça, continue de prendre des notes, mon agneau...
Ce n'est même pas une cellule, c'est une cage transparente à travers laquelle ils me questionnent. Ils aimeraient tellement me comprendre. Ils me filment, ils m'étudient, ils m'observent en permanence. Dix ans que je suis fermé dans cette cave. Je ne risque pas d'attraper un coup de soleil.
Ce morveux ne s'est pas lavé depuis combien de temps ? Il empeste l'écurie.
Je suis désentravé quelques heures par jour, avec deux gardes prêts à m'abattre si je bouge de mon lit. Ils sont tellement effrayés. J'en profite pour lire. Je suis un grand lecteur, il est vrai. De temps en temps, j'arrache une page et j'en fais un origami. Ca m'amuse beaucoup de les imaginer en train de chercher une signification à mes moindres gestes.
Hum, il a fait tomber un trombone sous le lit...
Je suis un génie, vraiment. Ce crétin de directeur qui vient me tourmenter tous les soirs me traite de génie du mal. Il ne comprend vraiment rien à rien. Lui aussi est invité à partager ma table, mais il ne le sait pas encore. Mais maintenant je sais que c'est pour très bientôt.
Une jeune femme doit me rendre visite aujourd'hui. Il parait qu'elle s'appelle Clarice...
01 décembre 2006
TOC TOC TOC, qui est là ?
Surtout, bien rester sur les pavés. Ne pas marcher sur le sable. Non mais... je rêve ! Il était vraiment temps que ça s'arrête ! Un peu plus et je devenais comme lui Lui et ses problèmes, ses névroses, ses manies. Ses TOC ! Allumer la lumière pour vérifier qu'elle est bien éteinte. Revenir sur ses pas quatre fois, cinq fois, dix fois, juste pour s'assurer encore et encore que la porte est bien fermée. Faire une crise quand je ne egarde pas si le congélateur ne s'est pas rouvert tout seul. Et si ce n'était que ça. Ca resterait supportable. Mais non, monsieur cumule ! Il collectionne, il compile, il innove ! Il invente des tares auxquelles les psychiatres les plus doués n'avaient pas pensés. Marcher sur les bandes blanches, contourner les obstacles par la droite, faire le ménage toute la journée, prendre une douche toutes les heures ! Ne pas toucher un objet que quelqu'un a déjà touché, exiger que l'on prépare sa nourriture devant lui, se laver les mains cinquante fois par jour, porter un masque dans la rue ! Ouais, un masque, parfaitement. Pour éviter la contamination. Pendant cette histoire de grippe aviaire, j'ai cru qu'il allait me rendre folle. Je crois que c'est là que j'ai compris que je ne pouvais plus le supporter.
J'ai pourtant tout essayé. Tout. La thérapie comportementale, la psychologie cognitive, la psychanalyse, les cures de sommeil et même l'hypnose. Rien à faire. A croire qu'il se complait dans ses obsessions. Qu'il se pourrisse la vie si il veut, moi j'en ai ma claque. Qu'il en trouve une autre pour supporter ses délires. Moi c'est fini. Je veux fumer une clope quand j'en ai envie, pas en cachette. Je veux boire si je veux. Je veux inviter des amies sans être obligée de supporter son cirque. Non, parce qu'il fallait le voir, avec sa lingette désinfectante, en train d'essuyer tout ce qu'elles touchaient. A cause de lui, Véronique et Dorothée ne me parlent plus. Et ce repas chez mes parents ! J'ai cru qu'il allait faire une syncope. Ils habitent dans le Loir-et-Cher, mais quand même... Et ça c'est rien à côté du sermon de ma mère... la pauvre femme s'est fait des cheveux blancs à cause de moi. Maintenant que je l'ai plaqué, elle pourra vivre centenaire, c'est décidé...
Non mais quand j'y pense. Ce type est complètement malade. Son dernier truc, c'était les ondes nocives, il en voyait partout. Du coup, plus de micro-ondes, plus de portable, plus d'ordinateur. Si je l'avais laissé faire, on s'éclairait à la bougie. Mais sur la fin, il allait vraiment trop loin. Exterminer tous les insectes de la création passe encore, mais tuer les chiens blancs et les chats noirs, c'est trop pour moi. Surtout que les voisins commencaient à se douter de quelque chose. Les vieilles surtout. Je crois même que certaines ont prévenu les flics. Mais je m'en fous. Désormais c'est son problème, plus le mien.
En réponse aux futurs commentaires :
- mon frigo va très bien - seule la D de Sami peut comprendre ;-)
- non, je ne regarde pas Ca se discute ^^
09 novembre 2006
Les sentiers de la mémoire, intermède providentiel
Eh ben... il patauge un peu. Il ne faudrait jamais prendre de vacances. Ne prenez jamais de vacances ! C'est bien trop dur de revenir. Reconnecter les neurones et l'ordinateur, remplir le frigo, vider sa valise. Mettre le réveil en batterie et la chemise sur le cintre. Se raser. Réviser les leçons et dire bonjour à la maîtresse. Rien ne change vraiment depuis la toute première rentrée des classes.
Heureusement, il y a Paroles plurielles. Sammy a quand même pris le temps nécessaire de s'affronter à la consigne 33, et la publication de sa quatrième participation tombe à point nommé pour vous donner à lire. Et là, attention, ce n'est plus du remplissage... puissiez-vous prendre autant de plaisir à lire ces phrases que j'en ai eu à les écrire.
Mais, avant toutes choses, la consigne : sur cette peinture de Léon Spilliaert, et avec comme phrase finale C'est décidé, elle vivra centenaire, il fallait à nouveau inventer une histoire...

Dans la boue et le sang, dans le froid de Craonne, son bel amour est mort, emporté par la nuit. Fusillé face au mur, tombé au champ d'horreur, il est mort dans le froid, le sang et la boue noire. Abattu comme un chien qu'on jette dans un trou, il est mort pour l'acier et pour le prix du blé, il est mort pour la gloire et pour l'honneur infâme. Elle hait l'humanité comme elle hait de survivre, alors c'est décidé, elle vivra solitaire.
Voici la mort, voici les pleurs, voici le crêpe et le linceul. Le vent d'ignominie souffle sur sa douleur, son bel amour est mort, sa mémoire est souillée. Elle a reçu hier le courrier officiel. Condamné pour l'exemple et traître à la patrie. Femme de déserteur et non veuve de héros, elle doit subir l'opprobre et le dédain muet. Qui entendra sa voix au milieu des fanfares ? Mais elle criera justice, et elle restera fière. Jusqu'à la der des der, jusqu'à la fin du siècle. Alors c'est décidé, elle vivra centenaire.
Encore quelques mots pour finir...
Souvenez-vous des mutins de 17, fusillés pour l'exemple. Souvenez-vous des bouchers galonnés. Souvenez-vous de la chanson de Craonne.
26 octobre 2006
Paraskevidékatriaphobie et autres histoires
Vous allez vous mettre dans la peau du sexe opposé et raconter quelque chose, de drôle ou de tragique, peu importe. Si vous êtes UN participant, votre texte se placera du point de vue de la femme ou de la fillette. Si vous êtes UNE participante, votre texte se placera du point de vue de l'homme ou du garçon.De plus, il y a des mots absolument interdit : valise, départ, vacances, femme, mari, fils, fille, attente, retard, et lunettes...
Pas d'incipit cette fois, pas de phrase finale imposée non plus...ouf!
Paraskevidékatriaphobie
Ca fait combien d'heures qu'on est là ? J'ai froid, je n'ai pas eu le temps de m'habiller quand ils sont venus nous chercher. Prenez le strict nécessaire qu'ils nous ont dit. Juste un bagage par personne. Mais on a pas eu le temps de réfléchir. Et maintenant on est là. Et j'ai froid. Au moins, le petit a son écharpe. Mais pourquoi on est là ? Maintenant que j'y repense, ça fait un an que ça va mal. Je me souviens. C'était un vendredi 13. C'est étrange comme on peut retenir ce genre de détails. C'est ce jour là que tout a commencé, juste après cette loi. D'abord il a perdu son poste, ensuite on nous a pris la maison.
Il a sa gabardine, c'est bien. Il rentrait du travail quand ils sont arrivés. Si on peut appeller ça un travail. On a pas eu le temps de réfléchir. Pas eu le temps de trier le peu qu'il nous restait. A coup de crosse qu'ils nous ont fait sortir du hangar. A coup de crosse ! Jamais je n'ai eu aussi peur. Heureusement on est tous ensemble. Cette femme, là bas, n'a pas cette chance. Il me semble que je l'ai déjà vue. A force de vivre entassés, c'est normal.
Qu'est ce qu'il m'a dit tout à l'heure ? Quand je lui ai parlé du vendredi 13 ? Il a rigolé. Je suis... quoi déjà ? Parakevitriaphobe. Non, c'est pas ça. Mais c'est un mot comme ça. Je ne sais pas comment il fait pour me faire rire dans une situation pareille. Mais je vois bien qu'il a peur lui aussi. Il a peur de cette attente, de cette gare. Et ce froid ! Je dois avoir l'air ridicule habillée comme ça, et à moitié démaquillée. Tout le monde me regarde. Non. Tout le monde regarde par terre en fait. Bien des hommes ça. Hier ça gueulait. Et on va se révolter. Et on va pas se laisser faire. Et ils n'ont pas le droit de faire ça. Et là ils regardent leurs chaussures. Ils font ça depuis qu'ils ont tué le vieux tout à l'heure.
Et la gamine se cache derrière son père. Comme ma soeur quand on était gosses. C'est comme si tout recommençait. J'espère qu'elle a pu partir. Même avec son musicien, l'autre crétin avec son violoncelle. Je ne l'aime pas ce type. Mais tant pis, le principal est qu'elle soit loin. Ce que j'ai froid. Je tremble... Ou alors j'ai peur. Je ne sais pas. Il faut que je me calme. Pour les enfants. Ca va s'arranger. Oui, je suis sûr que ça va s'arranger. De toute façon, ça ne peut pas être pire...
C'est sur ces quelques phrases que votre bloggueur préféré vous abandonne pour une petite dizaine de jours, s'octroyant de biens méritées vacances. Si, si, contrairement à une idée largement répandue, les fonctionnaires ça bosse.
Rassurez-vous, j'ai quelques chroniques sur le feu, qui n'attendent qu'une crise de courage pour sortir de l'état brouillonnesque :
- Une visite de l'église de Talant, au son des grandes orgues et en compagnie de Sammy
- Un commentaire du film Indigènes
- Les graffitis à messages des murs de mon quartier (chose promise...)
- et tout ce qui me passera par la tête d'ici là !
13 octobre 2006
Deuxième intermède littéraire
Pour l'instant, je me cantonne aux consignes de Coumarine, que je remercie de ses compliments qui me font toujours tout drôle quand je les lis. Si, si. Ca me donne vraiment envie de continuer.
Dans la forme qui vous convient (poésie, prose poétique ou prose) vous écrivez un texte à couleur surréaliste comme la photo nous y invite... C'est une photo piquée sur le blog photo de notre ami Alainx.Incipit : Au matin, le verre était vide.
Au matin, le verre était vide, et ta main dans la mienne était déjà si froide. Ta main dans la mienne comme l'oiseau prisonnier. Au matin, tu dormais, ma belle abandonnée, couchée sur le côté où je t'avais laissé. Ma belle abandonnée au sommeil apaisé. Le verre était vidé, tout était achevé. Tu dormais innocente, dans la pénombre bleue où glissent des clartés. Tu dormais, innocente, attendant un signal qui jamais ne viendrait, espérant un fanal qui ne luirait jamais.
La mer sur les rochers fracassait sa chanson, l'écume des années jamais ne t'atteindra. La mer douloureuse peut chanter sa chanson ! Criant dans les embruns, j'ai libéré l'oiseau qui ne palpitait plus. Au bout de la jetée j'ai libéré ton âme, par ton corps enchaînée. Courant dans les embruns, j'ai donnée à la mer ta tête aux yeux si bleus, qui troublait ton sommeil.
Le verre était vide au matin, tu l'avais bu heureuse, tes cheveux dans les yeux, souriant à la vie. Le bleu de tes yeux envahissait l'espace, l'oiseau criait sa peine, comment ne pas l'entendre ? La peine des oiseaux est bien trop douloureuse. L'oiseau emprisonné voulait la liberté. L'oiseau emprisonné maintenant peut voler.
26 septembre 2006
Intermède à prétention littéraire
Voici donc une nouvelle facette de Sammy, petite interruption (récréation ?) dans les chroniques ; ce petit exercice est purement littéraire, ne commencez pas à chercher des rapport avec ceci ou cela... J'ai essayé au maximum de partir de la consigne, de ce que l'image et l'incipit imposé m'inspiraient, et de m'adapter en conséquence. Je dois avouer que l'incipit m'a donné du fil à retordre... J'ai fini par me lancer sans trop savoir ce que je voulais dire, l'idée directrice est venue petit à petit. C'est amusant de voir comment une simple phrase peut influencer toute la suite.
Allez, bonne lecture ! (enfin, j'espère)

Je ne l'aime pas mais tant pis. Ou plutôt tant mieux, c'est plus simple comme ça. Ca m'évitera des histoires à n'en plus finir. Pas comme la dernière fois. Je ne l'aime pas. Qui a dit que je devais l'aimer ? C'est elle qui est amoureuse, je n'ai rien demandé à personne moi. Je crois bien que je suis ivre. Je ne l'aime pas. Et ce concert. Je joue comme un automate ce soir. Un limonaire, un orgue de barbarie. Je joue, mais c'est l'alcool qui tourne la manivelle. Je bouge mes mains mécaniquement sur le corps de ce fichu instrument que j'adore, en essayant d'oublier son corps à elle.
Je ne l'aime pas. Pourquoi est-ce que je n'arrête pas de penser à elle ? C'est uniquement sexuel. Oui, c'est ce que je vais lui dire. Juste du sexe. Je ne l'aime pas. Si je l'ai cru un moment, c'était dans la fièvre de la première rencontre. Je sais bien que je ne l'aime pas. Je croyais qu'elle le savait aussi. Mais après ce qu'elle m'a dit, c'est différent. Oui, c'est différent. Je vais lui dire ça aussi. Je ne peux pas continuer. Elle va sûrement pleurer. Tant pis. Peut-être va t-elle crier, m'insulter. Pourvu qu'elle ne fasse pas de scandale. Pourvu qu'elle n'appelle pas ma femme. J'aimerais que tout ça soit fini. Et ce concert...
Quelle migraine. J'ai vraiment trop bu. Les sons me rentrent par le sommet du crâne, comme si j'étais un entonnoir. J'entends la musique, mais elle me semble comme atténuée. Tout est étrange autour de moi d'ailleurs. Les autres musiciens semblent bouger à toute vitesse, ils semblent se gondoler, s'effacer, n'être que des formes et du mouvement. Je n'arrive pas à croire que personne n'ait rien remarqué. Il y a bien Paul, qui m'a jeté un drôle de regard tout à l'heure, mais Paul me jette tout le temps de drôles de regards. Va savoir à quoi il pense celui là. Je ne l'aime pas lui non plus. Mais c'est sans importance. Il n'est rien pour moi. Alors que elle... et pourtant je ne l'aime pas. J'aime juste ses formes rondes comme celles d'un violoncelle. Je sais la faire vibrer comme personne. J'aime faire l'amour avec elle. Oui, c'est juste ça que j'aime. Elle, je ne l'aime pas. Ou alors juste son regard. Son regard et son rire aussi. Mais tant pis. Je dois lui dire ce soir. Après ce sera trop dur.
Mais comment lui dire ? Je ne l'aime pas, mais je ne veux pas la faire souffrir. C'est étrange. Mais de quel droit s'accroche t-elle ainsi à moi ? Mais qu'est ce qu'elle croit ? Que je vais tout abandonner, ma femme, mes gosses, ma vie, tout ça juste pour elle ? Et elle, elle me regarde comme si j'étais un dieu. Pauvre folle. Non, je ne l'aime pas. Je ne peux pas l'aimer. Et de toute façon je ne vais pas tout foutre par terre pour elle. Même si elle est bien mieux que Monica. Mais tant pis. C'est quand même la mère de mes enfants. Et je n'aime pas les histoires. Je ne veux pas encore souffrir. Il suffit juste de se dire que je ne l'aime pas. Et qui dit qu'elle me plaira encore dans dix ans ? C'est mieux comme ça. C'est plus raisonnable. Je suis sûr qu'elle comprendra. Je ne l'aime pas, c'est si simple.
J'ai l'impression de flotter à côté de mon corps et de me regarder jouer. Fichu concert. Putain de migraine. J'ai l'impression d'avoir un casque de moto sur la tête. Mais un casque qui péserait une tonne. Mes yeux se ferment malgré moi, mais à ce moment là c'est encore pire. Le casque devient noir et encore plus lourd. Et j'ai tellement mal aux bras. Ce violoncelle est trop lourd. Je ne l'aime pas. Je n'aime rien ce soir. Je n'aime pas la musique. Je n'aime pas cette fille. En même temps, elle est trop belle. Oui, c'est ça : elle est trop belle. Ce n'est pas une femme pour moi. Elle aussi croit m'aimer, mais elle partirait. C'est mieux d'arrêter maintenant. C'est ça que je vais lui dire. Ca ne peut pas marcher entre nous. Elle finirait par partir. Je vais lui dire ça. Je vais la regarder bien en face.
J'aime sa façon de me regarder. Je sais qu'elle me comprend, pas comme l'autre. Mais ce n'est pas de l'amour. Non, je dois vraiment être sûr. Ce n'est pas parce qu'on pense pareil que je vais l'aimer. Ce sont deux choses très différentes. Elle est forte pourtant. Comment fait-elle pour tout deviner comme ça ? J'ai l'impression qu'elle sait tout de moi. Monica ne m'a jamais compris, elle. Elle m'a toujours fait chier en fait. Je ne l'aime plus comme avant c'est vrai. Mais c'est quand même ma femme. Et je ne vais pas tout plaquer comme ça. C'est juste un fantasme. Oui, c'est ça. Juste un fantasme. Ca ne pourrait pas marcher. Et puis divorcer... non, décidemment non. Je délire. Je suis ivre. Complétement. Les partitions semblent danser à mes pieds, je ne suis plus très sûr d'être dans la mesure. Tant pis. Je n'aime pas cet orchestre. Je n'aime pas cette vie. Je devrais tout plaquer et partir avec elle. Non. Non, je ne l'aime pas. Je dois l'oublier. C'est mieux comme ça. Et pourtant elle va me manquer. Tant pis.
J'étreins le violoncelle et je pense à elle. Mes mains deviennent des griffes qui vivent toutes seules. Je voudrais la griffer, la serrer, lui dire... lui dire quoi ? Lui dire que je ne sais plus où j'en suis ? Non, ce serait trop simple. Elle n'attend que ça. Je dois être fort. Je dois penser aux conséquences. Je suis certain que je ne l'aime pas. Tout me parait si simple maintenant. Je ne dois plus hésiter. Vivement que ce concert se termine. Elle m'attend. Comme les autres fois. Mais cette fois c'est différent. Je vais lui dire. Oui, ce soir je lui dis.
Après tout, je ne l'aime pas...
