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05 décembre 2011

Le goût du quignon

Le bouquinovore -dont le blog fait partie de mes belles découvertes de l'année 2011, je voulais faire un article là dessus mais n'en ai pas eu le temps- publiait ce matin un court billet où il s'interroge, à la manière de Marcel Pagnol dans ses souvenirs d'enfance, sur son goût pour les mots,ceux que l'on aime plus pour leur sonnorité que pour leur sens.

Le sien, c'est capuchon.

D'autres aiment flanelle, tarabiscoté ou emberlificoter.

Moi c'est quignon. Il a le goût de l’extrémité ronde d'une baguette, de la toile cirée sur la table en bois, des verres duralex et des couteaux pradel inox. Je l'associe, je crois que je l'associerai toujours, à mon arrière-grand-mère. Est-ce parce qu'elle était la seule à employer ce terme ? Est-ce une association créée par le temps qui passe ? Je n'en saurais sans doute jamais rien.

Mais toujours le mot quignon évoquera en moi ce léger souvenir de l'enfance et des mots à la sonorité douce et familière.

24 mars 2010

Rêverie du bureau solitaire

Cet après-midi, j'avais pourtant des tonnes de bonnes intention. J'étais prêt à accomplir mon travail avec rigueur et honnêteté, me coltiner toutes les tâches un peu ingrates que je repoussai depuis plusieurs jours maintenant, et même téléphoner à ce gars qui doit m'expliquer comment faire pour débloquer le machin qui empêche le truc de fonctionner. Mais ne nous attardons pas dans de vaines précisions techniques.

Cet après-midi, j'aurais bien voulu travailler, mais je sens que, comme l'affirme l'expression consacrée, "ça va pas être possible". Mon couloir est devenu le dernier salon où l'on cause. Encore suis-je bien péremptoire de m'approprier ce lieu de passage, dont le seul lien avec ma petite personne se borne au fait de desservir mon bureau, au sujet duquel je me dois de faire la même remarque : il ne m'appartient que dans la mesure où j'y passe une bonne partie de mes journées.

Que faire contre l'insidieux bourdonnement ? J'ai bien tenté de me joindre à la conversation, mais j'ai fini par retourner vaquer à mes occupations, tout en me demandant si on vaquait aussi librement devant un écran d'ordinateur, qu'on le fait cheveux au vent et esprit léger dans un champ au printemps. 

C'est un exemple, on peut aussi vaquer dans les rues piétonnes et commerçantes d'un centre-ville en plein hiver, ou dans les allées mélancoliquement romantiques du Père Lachaise, qui est le plus beau jardin de Paris quel que soit la saison. Et je ne dis pas ça pour encourager les pilleurs de couronnes funéraires dans leur basse besogne, mais bien plutôt pour vous encourager à vous perdre dans le coeur de cette nécropole, jusqu'à en oublier Paris tout autour, le bruit des voitures assourdi par la distance et les arbres, et ne plus voir autour de vous que les troncs de ceux-ci, se balançant à peine au gré du vent, qui souffle moins fort ici que sur le boulevard.


Un jour d'inspiration fougueuse et créatrice, je vous parlerai plus longuement de ce lieu charmant et poétique, où le regret éternel s'allie assez souvent avec la découverte cocasse, quand ce n'est pas le culte du disparu célèbre.

Pendant que je mets la dernière main à cette chronique rêveuse, le vacarme dans le couloir s'estompe comme une mer qui se retire, la molle quiétude de papier et d'étude revient à pas feutrés, la vie ronronnante et rassurante de l'étage reprend son cours.

Et le téléphone, jusqu'alors étrangement silencieux, se remet à sonner. La pause est vraiment terminée.

10 décembre 2009

Vaccin, le retour de la vengeance. Chronique pleine de 8

Les choses ne se passent jamais totalement telles qu'on les prévoit, ou telles qu'on les espère. Il n'est donc pas étonnant qu'il en soit ainsi pour la vaccination anti-pandémiedelagrippeA. Comme je l'expliquais il y a 8 jours, c'est d'un pas décidé à prolonger mon espérance de vie que je m'étais rendu dans mon centre de vaccination, dans l'espoir déçu d'un rendez-vous.

Le lendemain même de cette chronique, le dieu de la vaccination préventive a bien voulu que quelqu'un réponde au bout du fil - à moins que la dame préposée au téléphone ne lise mon blog, ce qui m'étonnerait quand même un peu- dès 8 heures du matin.

Rendez-vous fut donc pris pour le 8 décembre, soit ce mardi, c'est donc un tout nouveau vacciné qui écrit ces lignes. Premier constat : toujours aucun effet secondaire. Deuxième constat : j'ai écrit trois fois le chiffre 8 en quelques lignes, c'est peut-être ça, l'effet secondaire ?



Photo de Pterjan


Troisième constat : l'affaire est pliée en un quart d'heure. Accueil, discussion avec la dame de l'accueil, signage et remplissage de formulaires, attente du docteur qui papote, papotage à mon tour avec le docteur, réponse d'icelui à mes questions (car je suis très curieux), passage à l'étage piqûre, piqûre, redescente : un quart d'heure.

Il va sans dire que je suis très déçu. Non, je ne suis pas déçu que le barbarisme "signage" ne provoque pas chez vous une onde de colère qui serait ressentie jusqu'en Papouasie-Nouvelle-Guinée  (mais peut-être ne suis-je lu par aucun instit ?). Je suis déçu de ne pouvoir exercer un légitime courroux (Guyane) à l'encontre d'une organisation administrative à laquelle je n'ai rien à reprocher.

Moi qui m'étais préparé physiquement (gants, écharpe, chapeau), mentalement (stock d'intéressantes lectures) et moralement (Fear is the path to the dark side. Fear leads to anger. Anger leads to hate. Hate... leads to suffering), je n'ai même pas eu le temps de m'impatienter. A telle enseigne que j'ai commencé par croire le centre de vaccination fermé.

Puis j'ai vu la lumière à l'intérieur.

Mais quoi, un quart d'heure ! Bon, je veux bien aller jusqu'à 20 minutes, mais c'est bien parce que c'est vous. Mais je reste persuadé que je ne suis resté que 16 minutes. Deux fois 8 minutes. C'est mieux. Moi qui avais prévu de râler, d'écrire une chronique magnifique, avec des tas de mots compliqués, où j'aurais dénoncé l'incurie, la gabegie, le ratage, la désorganisation complète... Eh ben c'est raté.

20 juillet 2009

Vacances !

Je crois que ça se passe de commentaires. Reprise de l'activité bloguesque en septembre, peut-être avant si le temps le permet. Et quand je parle du temps, je ne parle pas que de la météo, mais surtout de celui qui est mesuré par l'écoulement du sablier... Songez-y quand vous serez sur la plage : tout ce sable bêtement gâché !

Photo de JL62, publiée sous une licence Creative Commons

Si mon temps me le permet donc, j'aimerais vous entretenir de XXI, magazine hors-norme et trimestriel, du Petit Nicolas, de Sherlock Holmes et de Henry David Thoreau. Rien que du grand et du magnifique.

Et des crêpes, parce que tout ça donnera forcément un peu faim.

Et de l'auditorium de Dijon, qui est un très bel endroit, mais dont les dirigeants devraient cesser sans délai la consommation d'herbes exotiques, vraiment..

Et peut-être aussi finir ma série La Patrie reconnaissante, bien qu'elle ne semble pas avoir rencontré son public, comme on dit pudiquement dans le milieu du spectacle après avoir fait un bide !

Et beaucoup plein quelques petites choses encore !

Jusqu'à la fin du mois d'août, vous retrouverez la musique libre de l'été tous les lundis, et de nouveaux articles paraitront dès le 1er septembre. Ou peut-être avant. On verra bien.

20 octobre 2008

Chronique des bouts de parapluie

Je suppose que tout le monde connait Flickr. Le vétéran des services de partage de photos en ligne est devenu tellement populaire qu'il n'est guère besoin de le présenter. Comme tout le monde je me suis créé un compte, dont je ne me sers quasiment pas ; les photos commencent d'ailleurs à dater.

J'ai reçu ce matin un mail, tout en anglais rédigé, envoyé par un éditeur de guides de tourisme, ou quelque chose dans ce genre. Un de mes modestes clichés à eu l'heur de plaire, et l'on m'explique qu'il faut que je coche la case indiquée pour autoriser ces gens à l'utiliser dans leur futur guide, tout en précisant au passage les conditions -exceptionnelles- de rémunération :
Hi sammyfisherjr,

I am writing to let you know that one of your photos has been short-listed for inclusion in the fifth edition of our Schmap Lyon Guide, to be published late November 2008.
[...]
While we offer no payment for publication, many photographers are pleased to submit their photos, as Schmap Guides give their work recognition and wide exposure, and are free of charge to readers. Photos are published at a maximum width of 150 pixels, are clearly attributed, and link to high-resolution originals at Flickr.

Ce que je traduis par "on va pas te donner un rond, mais estimes toi heureux, il y a plein de photographes, des vrais, des pros, qui nous supplient à genoux pour figurer dans notre guide, tellement qu'il est beau."

Bof.

De toute façon, les photos que j'ai stocké sur Flickr, ce ne sont pas vraiment des chefs d'œuvre, et si j'avais voulu en faire le commerce, j'aurais plutôt ouvert une petite boutique dans une rue du centre-ville, de celles qui proposent en vitrine des myriades de premiers communiants, mariés souriant et portraits chics et classieux avec sourire guindé et pose tout à fait naturelle et décontractée.

Je suppute, non sans quelque naïveté, qu'une éventuelle publication pourrait ramener vers ce blog des foules délirant d'enthousiasme, rêvant d'en savoir plus sur l'auteur d'un tel cliché, tout empli d'émotion artistique, sincère mais original, impertinent dans le traitement du sujet, bref, du vrai Doisneau en couleurs...

Ou pas.

Jugez donc par vous-même :

Parapluie cassé


Cliché qui nous ramène à la genèse de ce blog... c'est fou comme le temps passe vite !

***

Voir la galerie sur Flickr

17 juillet 2008

Pause estivale !

 Je ne sais pas si on peut vraiment parler de pause étant donné ma faible cadence de mise à jour... Toujours est-il que je vais continuer à ne pas raconter grand chose pendant les semaines qui viennent ; mais cette fois, le travail ne sera pas cause de mon silence, puisque que je serai en vacances ! On se retrouve à la rentrée, avec plein de choses à lire (je vous fais confiance !) ou à raconter (je vais essayer) !
Bon été à tous !

Charles Lapicque - L'embarquement pour Cythère - 1980

07 juillet 2008

Bluetooth connection, chronique sur un air de Sanseverino

Nous vivons une époque moderne et fascinante. Au temps du fier mousquetaire d'Artagnan, quand on souffrait des dents, on vous faisait asseoir sur une robuste chaise dont on vous priait de tenir fermement les accoudoirs, puis le barbier, se saisissant de sa plus grosse tenaille, vous soulageait, d'un coup de poignet vigoureux, d'un écu et de quelques molaires. Voire davantage si le besoin s'en faisait sentir. Aujourd'hui, non seulement nous pouvons être soignés préventivement, mais en plus ceci se fait dans des sièges de science-fiction qui montent, descendent, s'inclinent, pivotent, comptent jusqu'à huit, donnent la patte, font le beau, font mille autres tours variés, sans le moindre bruit. Pas le plus petit chuintement de vérin. C'est un vrai régal de s'allonger sur un tel bijou technologique.


Malgré tout, vous fermez les yeux pour ne pas trop en voir, il ne faut pas abuser de tels plaisirs, et on pourrait finir par se blaser. De temps en temps vous les rouvrez, louchez sur ceux du praticien, et replongez aussitôt dans une intense méditation. Celle-ci ne tardera pas à être troublée, quand l'homme de l'art vous demandera de vous rincer la bouche. Ne vous y trompez pas, ce n'est qu'un prétexte pour ajuster à sa lance quelque nouvel harpon. Profitez-en pour noter le drôle de petit jet d'eau qui sort de vos lèvres disjointes, de façon totalement incontrôlée, à cause des premiers effets de l'anesthésie. C'est très rigolo, on peut jouer à se prendre pour un cachalot. Ne jouez toutefois pas trop longtemps, sinon il va se rendre compte que vous le faites exprès. D'autant plus qu'il continue à jouer de son côté, en vous enfournant toute la ménagère en argent de tatie Germaine dans la bouche. Et son petit miroir de sac. Et un petit aspirateur -le balai brosse ne pouvait plus rentrer- qui apporte une touche que vous pensez finale à l'ensemble. Hormis les charmants petits outils d'amateur de modélisme qu'il manie avec une grâce et une dextérité faisant plaisir à voir, vous ne doutez pas que le test de vos compétences d'avaleur de sabres ne s'arrête là. Lourde erreur.


Alors que vous commencez à vous détendre -vous venez de comprendre que vous crisper ne servirait à rien- il en profite pour vous attaquer au matériel de travaux publics. Kärcher, disqueuse et marteau piqueur rentrent dans votre bouche et en action, signalant leur arrivée par d'inquiétantes vibrations qui menacent de séparer votre mâchoire inférieure de sa voisine du dessus. De temps en temps, sans doute pour se repérer dans ce chantier, il vous braque dans la bouche une torche bleue, dont il se protège à l'aide d'un petit disque couleur d'ambre. Mais les travaux touchent à leur fin. Il enlève les bandes de chantier rouge et jaune, pose son casque sur une petite table, essuie la sueur perlant de son noble front. Au loin, on entend un camion reculer tandis qu'une assistante dévouée ramasse un à un les cônes de signalisation. Encore quelques minutes et vous pourrez couper le ruban inaugural. D'ailleurs il vous tend un petit papier bleu qu'il vous demande de mordre. C'est sans doute un rituel. Mordez-le de toute votre énergie pour lui prouver votre reconnaissance. Le papier, pas le dentiste.


Profitez maintenant du calme revenu pour lui poser moult questions ; il ne pourra refuser de vous répondre, maintenant que vous êtes devenus des intimes ; vous lui avez quand même montré votre intimité buccale, ce n'est pas rien. Et il est toujouws won d'awrendre de ses wairs les connaissanches qu'ils zont à vous tranchmettre. Ne tentez même pas d'articuler. Vous ne feriez qu'accentuer votre ridicule. Sortez en reculant et en vous inclinant tous les dix pas en signe de soumission. Et n'oubliez pas : avoir peur ne permet pas de payer moins cher.


05 mars 2008

Chronique du temps qui passe, mais pas tant que ça

Ce blog a aujourd'hui deux ans. Deux ans déjà ! C'est fou comme le temps passe vite. Je sais à quel point cette phrase fait cliché, mais c'est le moment ou jamais de la placer. "C'est fou comme le temps passe vite", c'est toujours mieux que "Ouhlala comme il a grandi", "Il vous ressemble de plus en plus" et autres "Ah ben ça nous rajeunit pas tout ça". "C'est fou comme le temps passe vite", ça mange pas de pain, c'est un truisme consensuel, tout le monde s'y retrouve et les plus malins pourront toujours réfuter en citant Léonard de Vinci : "C'est à tort que les hommes se plaignent de la fuite du temps, en l'accusant d'être trop rapide, sans voir qu'il s'écoule à la bonne vitesse." Oui, j'ai décidé que cette troisième année serait culturelle. Alors autant commencer tout de suite.

Chaque début d'année s'accompagnant de son cortège de bonnes résolutions, voici un petit florilège de mes meilleurs penchants affichés pour la saison de blog 2008-2009. Je dis florilège exprès, parce que c'est d'un niveau de langue plus soutenu que sélection, et toujours préférable au hideux "best of". Mais j'eusse pu j'aurais aussi bien pu dire anthologie. Ou pas. C'est moi qui décide.

Le 1er mars, sans doute dans l'optique d'avoir matière à écrire dans cet article d'anniversaire, je suis allé m'inscrire à la bibliothèque de Dijon. D'emblée, on voit le côté culturel de la chose. Les plus perspicaces noteront également qu'il m'aura fallu quatre années depuis mon arrivée dans cette ville pour en trouver la bibliothèque, à croire qu'elle était décidément bien mal indiquée. Mais la douce pression de Chérie de Sammy, associée à un manque de place de plus en plus flagrant m'ont aidés à en trouver le chemin. Plus exactement, il s'agit de l'annexe la plus proche de chez nous, dont le responsable m'a gentiment assuré la visite guidée des 40 m². J'aime beaucoup les bibliothèques. C'est juste le fait de devoir rendre le livre après l'avoir lu qui me chagrine. C'est paradoxal pour quelqu'un dont le métier de bibliothécaire aura été la première formation, (et dire que ça remonte à presque 10 ans ! C'est fou comme le temps passe vite !) mais je pense que tous ceux qui se sentent plus ou moins proches de la chose littéraire comprendront ce que je veux dire.

La bonne résolution suivante n'en est pas une, ce qui fait que ce florilège ne comptera qu'un élément. C'est comme ça. Il ne faut pas être trop ambitieux. Il s'agit d'une petite nouveauté sur le blog, la nouvelle version de la "blogroll", qui permet notamment d'afficher ses blogamis en fonction de la date de leur dernière publication. Les liens sont "en dur", je ne sais pas ce que ça veut dire, mais il parait que c'est bien. Je la teste depuis une bonne semaine, et je trouve que c'est plutôt pas mal. Ca prend juste un petit peu plus de place que l'ancienne version, mais ça met mieux en valeur vos productions respectives, que j'ai eu le loisir de découvrir ces deux dernières années. Déjà. C'est fou comme le temps passe vite.

18 octobre 2007

Point de Vues, images du monde (des blogs)

Il y a longtemps, tellement longtemps que j'avais fini par croire le projet abandonné (en fait c'était au mois de juin), j'avais été contacté par la "Directrice du développement et des partenariats" du site Vues.fr, qui me proposait de contribuer à cette revue en ligne, compte tenu de l’originalité [mon] style ainsi que le ton utilisé dans [mes] articles. Puisque je vous le dit ! Ne tenant plus de joie, j'ouvris un large bec et envoyai séance tenante le texte que je jugeais le plus digne d'être publié, m'attendant à une parution immédiate et conséquemment, des hordes de visiteurs enthousiastes.

Il faut croire que les textes envoyés sont lus minutieusement, car je ne parait en ligne que ce jour, et seulement deux textes me précèdent !


Je vous ai déjà parlé de La Demeure du Chaos il me semble ? Une petite allusion par ci, un long article par là, puis une touche d'auto-satisfaction par-dessus. Oui, il me semble que j'en ai parlé... C'est ce long article du 12 janvier que je choisis d'envoyer, avec quelques petites retouches. Il est publié aujourd'hui, et je dois dire que j'en tire de la satisfaction. Il faut reconnaître que ça en jette, surtout avec la biographie de l'auteur en préambule... Cliquez sur l'image pour accéder au site.

01 juin 2007

Chronique du Sammy saltimbanque

Descendant l'esplanade en pente douce qui mène au centre Pompidou, Chérie de Sammy et moi-même avons été attirés par un attroupement de personnes assises, assistant vraisemblablement à un spectacle. Nous approchant, nous nous rendons compte qu'il s'agit d'un artiste de rue. Pantalon noir, chemise blanche et bretelles qui s'avéreront très utiles pour tous les effets de comique visuel qu'elles permettent, il prend à partie le public, imitant les touristes asiatiques, singeant voire poursuivant les malheureux qui passent dans son périmètre et regroupant autour de lui un public nombreux auquel nous nous joignîmes.

Alors que nous avions finalement décidés de nous assoir, il s'avise de notre arrivée et s'approche en vociférant, désignant un emplacement au sol : asseyez-vous LA ! Noooon ! Làààà ! déclenchant de nouveaux rires de la foule. Amis des arrivés discrètes, passez votre chemin ! Le spectacle continue, ou plutôt commence, car il se met bientôt à expliquer qu'il va sélectionner parmi le public des collaborateurs (vieille ficelle pour s'assurer l'attention de l'auditoire) pour participer à la réalisation d'un épisode de Dallas à la chinoise... Il choisira donc successivement un italien barbu qu'il ornera d'un nunchaku et un tibétain qui prendra la fuite dès qu'il aura le dos tourné, qu'il remplacera aussi sec par un américain chauve (sans doute pour contrebalancer la barbe). Le malheureux se verra affublé d'un béret, d'un revolver découpé dans du carton et d'une française qui jouera l'héroïne de ce street-soap opera.

Il adjoint à ce petit monde un clapman -c'est celui qui est chargé de gueuler (c'est le terme le plus approprié) le numéro de la scène entre chacune des prises virtuelles- auquel il projette de faire exécuter sur les pavés des bonds de cabri et autres fantaisies gracieuses et aériennes. La première victime sur laquelle il avait primitivement jeté son dévolu s'excuse, remonte une jambe de son pantalon et dévoile une attelle qui l'empêchera de faire toutes les choses grandes et magnifiques que l'on attend de lui. Qu'à cela ne tienne, notre metteur en scène hystérique va choisir quelqu'un d'autre dans le public... Inutile de faire durer plus longtemps un artificiel et vain suspens, c'est bien évidemment vers moi que son index tendu va se pointer !

Votre serviteur, agrémenté pour la circonstance d'un chapeau trop petit (le maître de cérémonie aura sans doute mal évalué la taille de ma caboche) a par conséquent fait l'andouille pendant vingt bonnes minutes devant un parterre hilare et bigarré, sautant, courant, traversant la "scène" à pas chassés en tournant le dos au public, ou regardant mon temporaire et hilarant chef avec une frayeur feinte. J'avoue que j'ai pris un plaisir certain à en rajouter au passage ce qui me valût force mimiques et autres moqueries de l'artiste, mimant tantôt l'homme ivre, tantôt le fou, tantôt le fumeur d'herbes exotiques... Dans mes moments d'inactivité (je n'avais finalement qu'un rôle fort modeste) j'ai observé la fascinante facilité qu'ont les gens -moi compris- mûs par le charisme du clown et la pression du groupe, à obéir aux ordres les plus incongrus que l'on peut leur donner.

Après ce quart d'heure de gloire improvisée, nous nous dirigeons enfin vers le musée convoité, devant lequel nous serons restés assis à peine plus longtemps que prévu. La prochaine chronique ne pourra dès lors qu'être parisienne et artistique. Et un petit peu pluvieuse. Mais les grands artistes ne se soucient pas de considérations aussi mesquines que l'eau tombant du ciel...

23 avril 2007

Chronique des dragons, des fauteuils rouges et des yeux grands comme des soucoupes

Samedi soir, entre minuit et minuit 30. Sammy et Chérie de Sammy (qui est trop pudique pour accepter de voir son nom divulgué sur internet, et puis c'est joli, Chérie de Sammy non ?) rentrent du cinéma. Mais vous pouvez aussi dire Blanc d'oeuf et petit jaune d'oeuf, c'est joli aussi.

Place Saint Bernard, nous sommes abordés par un quidam en phase d'alcoolisation avancée, désireux de connaitre le chemin le plus court pour se rendre au bar "Le Broque" où ses amis l'attendent pour d'autres libations ; après une courte délibération, nous lui indiquons le chemin avec grand volontiers, comme dirait Melle Bille. Ce charmant jeune homme -on peut être pété comme un serre joint et rester poli, je ne pense pas que ce soit génétique, c'est plutôt une question d'éducation- nous quitta en nous gratifiant d'un "bonne soirée les amoureux" qui nous fit nous envoler à quelques centimètres du trottoir. Je ne sais pas si il s'en aperçut. Sans doute le porta t-il au crédit de son état, très aérien également.

Nous sortions, comme je l'évoquais plus haut, d'un cinéma miteux, où les écrans sont dans le même état que les fauteuils -défraichis et couturés- et où la foule, même un vendredi soir, ne se presse pas. La salle sale où nous étions inconfortablement installés (pourquoi les accoudoirs ne se relèvent-ils pas ?), bien que de petite dimension, permettait aux sept personnes de l'assistance de se placer à bonne distance les unes des autres. Je mis à profit l'attente d'avant film pour détailler le chapeau de l'homme assis dans les premier rangs ; il était laid, pas très propre, et couvert de grafitis. D'ailleurs, il faut vraiment que je songe à acquérir un modèle d'été. Je vous tiendrai au courant de cette nouvelle expédition.


Dernière interrogation métaphysique avant les bandes-annonces, qui laissa Chérie de Sammy perplexe : pourquoi les fauteuils des cinémas sont-ils toujours rouges ? Elle m'objecta bien qu'elle connaissait un cinéma de campagne où ils sont d'une couleur différente, mais il n'ouvre que trois jours par semaine en haute saison, et c'est de l'orange foncé. Pour ne pas dire du rouge délavé. Ce qui ne nous avance pas beaucoup. Certaines questions sont faites pour ne pas avoir de réponses.

Un peu comme le sens du film Les contes de Terremer, une histoire assez mal ficelée où un magicien déguisé en Obi-Wan Kenobi affronte un sorcier qui se prend pour Celui dont on ne doit pas prononcer le nom Voldemort[1] -en fait je n'ai pas trop compris si il s'agissait d'un sorcier ou d'une sorcière- et qui finit bien tristement, comme le chien du conte, avec des yeux de la taille d'une soucoupe.[2] C'est censé représenter le visage de la Mort. J'espère qu'elle n'est pas comme ça la Mort pour de vrai, ce ne serait pas très sérieux. Et avec un travail comme le sien, le sérieux, c'est important. Il est vaguement question de magie, de l'équilibre du monde, du cycle de la vie. Et de dragons. Que des choses grandes et magnifiques. L'équilibre du monde est bien entendu menacé par le méchant qui ressemble à un Voldemort qui aurait fusionné avec Marilyn Manson, et auquel l'émule d'Obi-wan explique que c'est la certitude de la mort qui rend la vie si belle. Ou quelque chose dans ce genre là. Le jeune padawan apprenti du magicien passe comme il se doit du côté obscur, mais il est sauvé par les supers pouvoirs de sa copine qui ressemble tantôt à Heidi, tantôt à Laura Ingalls, mais qui s'avérera être une magicienne aussi. Et les dragons volent dans tous les sens en crachant du feu, c'est ce qu'ils savent le mieux faire.

Bref, des bons sentiments, mais une histoire assez convenue aggravée d'une réalisation déficiente. A vrai dire, la seule surprise est de réussir à suivre le fil ténu de la narration d'un bout à l'autre. La seule manière de s'en sortir est d'oublier très vite les passages que l'on ne comprend pas et d'espérer que la suite apportera une explication. Goro Miyazaki a encore du chemin a faire pour marcher sur les traces de son papa...[3]

Samedi soir, entre minuit et minuit 30. Nous rentrons doucement en ne songeant plus du tout aux fauteuils rouges délavés et aux bars convoités par des fêtard égarés. La nuit est magnifique aujourd'hui. Serre-moi dans tes bras. Souris. Et laisse moi te regarder, avec des yeux grands comme des soucoupes.

***

[1] Vous n'avez pas lu Harry Potter ? Une telle chose est-elle vraiment possible ? A l'instar du méchant du film, Voldemort a un visage vipérin et sa principale motivation est la peur de la mort
[2] Hans Christian Andersen : Le briquet
[3]Hayo Miyazaki


18 avril 2007

Minuit 5, chronique du demi-sommeil

Minuit 5. Je soulève de quelques centimètres un doigt, puis le bras de la dormeuse avant de le laisser retomber mollement sans provoquer la moindre réaction. Comment fait-elle pour dormir ainsi ? J'ai rejeté l'énorme couette, repoussé le drap, cherché un air plus frais en m'asseyant dans le lit ; j'ai même été dans la cuisine boire un verre d'eau. Elle, dormant de tout son long, la tête dans un coin, les pieds dans l'angle opposé et les mains paisiblement posées sur le ventre, a même le tranquille toupet de ne pas ronfler.

Minuit 6. Le passage à la minute suivante s'est traduit par une imperceptible variation de la lueur verte émanant du réveil. Si au moins j'osais pousser la plupart des deux jambes qui me bloquent le passage. Mais j'ai bien trop peur de la réveiller. Je m'efforce de respirer lentement en songeant que si elle était un jaune d'oeuf, j'en serais le blanc : je suis presque cuit alors qu'elle ne frémit pas. Ma vague teinture scientifique choisit toujours les moments les plus innatendus pour ressurgir.

Minuit 7. Je commence à calculer avec angoisse le nombre d'heures avant le lever -je n'ose dire le réveil- le nombre de minutes qui me seront nécessaires pour poser un premier pied par terre, le nombre de fois que je ferai répéter les phrases aujourd'hui, le nombre de café qu'il me faudra ingurgiter.

Minuit 8. Quelques bruits mystérieux filtrent du monde extérieur, des échos d'une agitation lointaine que je renonce bientôt à identifier. Mais comment fait-elle pour dormir quand j'en suis incapable ? Et si je la réveillais pour lui demander ?

Minuit 9. Minuit 10. Minuit 11. J'ai un peu moins chaud. Après tout, ce n'est pas si grave. Je dormirais une autre fois. Je ne fais pas un travail si fatigant qu'il me soit absolument nécessaire d'avoir 10 heures de sommeil. Je la regarde une dernière fois avant de tenter de m'allonger. C'est beau une femme qui dort. Et si c'était ça le bonheur ?

08 avril 2007

Toujours vivant !

Si, si, je suis toujours vivant ! Mais très occupé actuellement...
Vous aurez quand même ma nouvelle participation à Paroles Plurielles demain, et un petit exercice proposé par Melle Bille d'ici quelque jours !

...psssst ! Vous savez quoi ? Le soleil est magnifique depuis une semaine :-)

26 mars 2007

Petit plaisir du jour

Petite pause de la mi-journée... je jette un coup d'oeil sur les stats : 80 visites à 16h ! Je vérifie à nouveau tout de suite, avant de poster cette brève : je suis passé à 98 ! Cette fois c'est sûr, je vais atteindre les 100 visiteurs dans la journée ! Céline (dis donc, tu t'y remet quand toi ?) va encore se moquer de moi, mais j'ai rarement autant de monde ! (eh oui que voulez-vous, la vie est injuste)

En cherchant un peu pour trouver l'origine de cette anomalie, j'ai fini par arriver chez Un blog par jour ; le blog du jour, c'est Bibi !



Vous allez peut-être trouver ça bête, mais ça fait drôlement plaisir. Ca mérite bien de le rajouter dans ma blog-roll-mops, non ?

Le soleil est magnifique aujourd'hui !

Il parait que j'ai du retard dans les réponses aux commentaires ? Ah bon ? ...oups.

08 mars 2007

Maurice, tu pousses le bouchon un peu trop loin

Un questionnaire ! Ca faisait longtemps... Maurice, qui n'a pas manqué de noter à quel point j'adorais ça, n'a pas hésité à me faire suivre celui-ci, aussi pimpant que culinaire. J'ai tenté d'y répondre à ma façon habituelle, c'est à dire avec rigueur et honneteté. Voyez-vous une autre manière de procéder ?


1) Si vous étiez coincé(e) sur une île pour le reste de votre vie, et que vous ayez à choisir une seule cuisine (française, italienne...), laquelle adopteriez-vous ? Pourquoi ?


Je suppose que la question ne s'applique que pour les îles désertes ? Parce que si il s'agit d'une île habitée, équipée, et pour tout dire civilisée, comme le sont le Japon, l'Australie et Noirmoutier, je ne vois pas trop l'intérêt. Et puis, entre Ik*a et Mob*lpa, c'est tout au plus une histoire de moyens financiers. Ou de coup de tête, et je ne dit pas ça pour les cuisines italiennes.

Mais si on part du principe que c'est une question du même acabit que le sempiternel "quel livre emmeneriez-vous sur une île déserte ?" (et il est vrai que lorsque l'équipage de forbands débarque son capitaine sur une île, royaume solitaire et oublié des atlas, où il régnera à l'aide de son couteau et d'un fusil armé d'une seule balle, il ne manque jamais de lui poser cette très pertinente question, soucieux de préserver et sa santé physique et l'embellisement de son âme lors des nombreuses soirées qu'il passera auprès d'un feu allumé à grand peine en frottant deux cailloux, mais je crois que je m'égare) bref, la réponse est bien simple : il n'y a pas de cuisine sur une île déserte. Parce qu'il n'y a pas l'eau, pas l'électricité, pas le gaz, rien. Nada. On tente de survivre en suçant des noix de coco et en buvant du rhum. On se fait des habits en peau de chèvre, un chapeau de la même matière, et on déambule ainsi, regardant vers le large si quelque voile ne surgit point à l'horizon. C'est grand et magnifique.

Sauf à Noirmoutier, où l'on cultive la bonotte, et le sel qui va avec.

2) Quel est l'aliment ou le plat le plus inhabituel que vous ayez goûté ?

Ces questions ne sont décidement pas très précises, laissant une grande marge d'appréciation au malheureux chargé d'y répondre. Je m'en trouve très perturbé. Je vais néanmoins tenter de faire de mon mieux, en levant le voile sur un des aspects les plus surprenant de ma personnalité : de ma vie, je n'ai jamais mangé un plat. Aucun. Pas le moindre arcopal, pas le plus petit morceau de tefal et autre duralex. J'ai bien dû avaler quelques parcelles de papier d'aluminium, voire un fragment de papier sulfurisé, mais pas de quoi en faire un plat. C'est bien ce que je disais.

Pour l'aliment le plus inhabituel, je vais répondre ce que tout le monde devrait répondre : des mouches, des araignées, probablement quelques moustiques. J'avais lu un jour le nombre théorique que nous étions censés en avaler au cours d'une vie, notamment en dormant, ce qui m'étonne d'ailleurs, car j'ai toujours très faim lorsque je me réveille. C'était assez surprenant.

3) Quel est l'aliment ou le plat le plus inhabituel que vous ayez goûté et aimé ?

Tiens, un questionnaire à échos.

4) Quels aliments évitez-vous de manger (que ce soit à cause d'allergies, d'un régime alimentaire précis ou juste parce que vous n'aimez pas) ?

D'une manière générale, j'évite de me ronger le foie, me manger les sang ou me bouffer la tête. C'est très mauvais.

5) Est-ce que vous cuisinez ?

Mon avocat m'a déconseillé de répondre à cette question. Jusqu'à preuve du contraire, je n'ai tué personne. Vous n'avez pas le droit de m'accuser ainsi.

6) Quel est le plat que vous préparez lorsque vous souhaitez faire plaisir ?

Encore cette histoire de plat ? Celui qui a conçu ce questionnaire devait avoir un problème avec ce genre d'objet. Vraisemblablement un traumatisme lié à l'enfance et non résolu. Je suppose que quand il était petit, il a cassé un plat, sa maman l'a fait monter dans sa chambre et privé de dessert et il en garde encore une rancoeur tenace mais refoulée. C'est pourquoi il ne songe qu'à offrir des plats à ses amis, c'est une manière pour lui de conjurer ce traumatisme.

Je préfère pour ma part m'en tenir aux classiques chocolat et/ou vin, mais si vous voulez que je vous offre des ustentiles de cuisine, dites le moi, il y a longtemps que je n'ai pas été trainer chez Ik*a.

7) Lorsque vous allez au restaurant, quel plat préférez vous choisir ?

Et ça continue ! Désolé, je ne suis pas kleptomane. Mais il parait que certains restaurants populaires offrent un plat par jour à leurs clients. D'où le nom de plat du jour. C'est pas cher, c'est pas bon, mais on a le droit de partir avec l'assiette, ou le plat, selon que l'on a commandé une assiette de charcuterie ou un boeuf en daube. Il faudra que je me renseigne.

8) Au restaurant, avez-vous déjà demandé à ce que l'on vous change un plat ou un vin ?

Bon, ça commence à bien faire ces suspicions. Non seulement je n'ai jamais volé de plat dans un restaurant, mais il ne me viendrait pas à l'idée de revenir le lendemain pour me plaindre de sa couleur, ou de son émaillage déficient qui part au lave-vaisselle. Ce serait incongru, et pour tout dire déplacé. Et puis, comment voulez-vous voler un plat sans vous faire remarquer ? Sauf à avoir des complicités parmi le personnel, je ne vois pas. Il faut tenir compte des dimensions de l'objet, de son poids, des salissures éventuelles, voire des restes d'aliments qu'il pourrait contenir. Non, c'est vraiment se donner trop de peine pour pas grand chose. Par contre, voler des couverts, une petite assiette à apéritif, voire un verre, oui, c'est tout à fait possible et je parle en connaissance de cause mais ne le faites pas, voler c'est pas beau.

9) Organisez-vous de grands repas pour le plaisir de cuisiner ?

Non. Vous m'invitez quand ?

10) Quel est l'aliment dont vous ne pourriez pas vous passer ?

Sherlock Holmes. Parce que c'est alimentaire, mon cher Watson.

Pardon...
J'le ferai pû.

***

La vignette du gamin qui dit "Mauriiice, tu pousses le bouchon..." vient de Google. Elle doit être copyright Nestlé, petit c dans un rond ou quelque chose comme ça, je veux pas aller en prison, ça aussi je le ferai pû, pardon monsieur Nestlé.

25 janvier 2007

L'autre qui écrit, chronique des bien justes contentements

Autant vous prévenir tout de suite : cette chronique sera tissée de fierté et d'autosatisfaction béate. Je ne vais parler que de ma petite personne et de mes joies égoïstes, les esprits chagrins sont prévenus, ils peuvent encore partir. Je m'accorde une petite séance de nombrilisme bien méritée, tel l'évadé d'Alcatraz qui voit miroiter l'eau de la baie de San Francisco après avoir creusé un tunnel aussi obscur que secret pendant ses 25 années d'isolement. Avec une petite cuillère. Il s'engage alors joyeusement dans l'eau calme du petit matin, et nage d'une brasse vigoureuse vers la liberté. En général, c'est à ce moment là qu'il découvre les requins.

Certains mails, certains textes plutôt réussis me font l'impression, quand je les relis quelques jours après pour me souvenir de quoi j'ai parlé afin de répondre à la réponse pour les premiers, ou en retombant dessus lors d'une crise de narcissisme par hasard pour les seconds, d'avoir été écrit par quelqu'un d'autre. Il m'arrive même de penser "waouh, c'est super bien !", avant de me souvenir que j'en suis l'auteur... C'est grave vous croyez ? Dites moi que je ne suis pas le seul dans cette situation. Et ne me dites rien dans le cas contraire, ne bouleversez pas mes fragiles illusions.

C'est d'ailleurs la meilleure manière que j'ai pu trouver pour me faire une idée à peu près correcte de mes productions : l'oubli. Oublier ce qui a été écrit et le redécouvrir avec l'oeil de celui qui le lit pour la première fois. C'est imparable et parfois cruel. Cela nécessite d'avoir du temps devant soi. L'idéal serait de ne rien publier avant d'avoir suffisamment laissé reposer. Comme pour les crêpes. Baudelaire a d'ailleurs très bien illustré la chose :
Dans une terre grasse et pleine d'escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde
Il a même pensé aux requins. C'est ce qui fait la marque du génie.

***

Il y a quelques semaines, j'ai reçu un mail de madame Brigitte Patient, de la radio suisse romande. Qui me demandait mon autorisation pour lire un de mes textes dans la chronique L'écrit du blog, qu'elle anime dans le cadre de l'émission Journal infime. Je relis plusieurs fois : on me demande mon autorisation pour parler de moi dans le poste ?! Vous pensez bien que je n'ai pas vraiment hésité...

Si se relire peut parfois faire un drôle d'effet, imaginez un peu ce que c'est que de s'entendre lire... Je viens donc de m'écouter (plusieurs fois de suite, mais je vous avais prévenus que je serai nombriliste), en ressentant le même plaisir à chaque fois. Brigitte Patient a une très jolie voix, et sait donner vie aux textes qu'elle lit -je ne suis pas aussi nombriliste que ça, j'ai écouté des extraits d'autres émissions- auxquels elle donne véritablement tout leur sens. Tu as raison Coumarine, il faut lire à voix haute de temps en temps, c'est ce qui donne vie à l'écrit.

Vous savez quoi ? C'est le genre de choses qui me donne envie d'aller vivre en Suisse...

***

Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps, je sais que vous mourez d'envie de savoir quel texte a eu les honneurs des ondes helvètes. Vous pouvez donc télécharger le fichier ici, et savourer (avec Real Player uniquement) vous aussi mon quart d'heure de gloire qui s'étale de la vingt-quatrième minute à la vingt-septième très précisément. Vous direz que c'est court pour un quart d'heure, mais les suisses sont des gens bien plus pressés qu'on ne l'imagine.

06 janvier 2007

Le zèbre, la bougie et le petit lapin, chronique des années heureuses

Un cercle à bavarois, ce n'est pas exactement la même chose qu'un moule à bavarois, une mandarine ce n'est pas une clémentine, et le réveillon ce n'est pas encore la nouvelle année. Mais Delphine elle, est unique. Ouf. Car j'ai passé le réveillon et un petit peu plus au pays du Saint Marcellin, en compagnie de quelques personnes bien sympathiques ; c'est une année qui commence bien. Cela faisait quelques temps que nous projetions de nous revoir, et le réveillon s'est presque imposé de lui-même.

Ca a débuté comme ça. Sortant du métro avec chapeau et bagages (je n'ai pas d'armes), je me dirige vers sa rue en cherchant du regard aussi loin que mes yeux peuvent porter, et je ne la vois pas... alors qu'elle est juste là, à peine à 10 mètres devant moi, au bout du trottoir. Les publicités pour les dentifrices alliant l'éclat à la blancheur ont dû faire bien pâle figure à côté de nos sourires respectifs. Et ça fait comme une douce chaleur, on est de nouveau ensemble, on est bien, on pourrait rester sans rien se dire parce qu'on se comprend d'un regard, mais déjà les paroles fusent et le dialogue se poursuit, toujours aussi spontané et sincère.

Avec des sujets de conversation de haute volée, à deux, à trois, puis à huit. La façon d'accompagner les huîtres, comment préparer le foie gras, assortir les vins et apprécier le fromage, l'art de la semoule et la confection des desserts chocolato-crémo-rhumesque. Que l'on verse dans un cercle à bavarois avant de l'enfrigoter. Du verbe enfrigoter, mettre au frigo pour faire durcir. Ou dans un moule à bavarois, même si ce n'est pas exactement la même chose. Et ce n'est pas Bruno qui me dira le contraire. Surtout pour ce qui concerne la partie démoulage de la chose... Je te rassure tout de suite, tu as triomphé de cette adversité avec goût et imagination !


La fin de la nuit s'est déroulée dans une ambiance bon enfant, autour de quelques jeux de tables amusant, d'énigmes pas si faciles que ça et d'un échange de cadeaux rigolos. Je ne savais pas que l'on s'offrait des cadeaux pour la nouvelle année, et la consigne était "moins de deux euros !" Ah. Bon. Seulement voilà, soit je ne comprend jamais rien (c'est tout à fait envisageable), soit nous nous trouvons dans un des rares cas où nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde avec Delphine, mais j'avais interprêté ça par "un cadeau à moins de 2 euros par personne" alors qu'il fallait comprendre "un cadeau à moins de 2 euros pour tout le monde" J'avoue que j'ai du mal à imaginer ce que l'on peut trouver comme cadeau pour 8 personnes à deux euros... De toute façon, d'autres avaient certes mieux compris que moi, mais avaient malgré tout passé outre, tenant le même raisonnement. C'est ainsi que j'ai gagné de ravissants et inutiles objets qui donnent son titre à cette chronique et que je vais garder précieusement, mais où ? Il faudra que je fasse une "Chronique des appartements de 30m² plein comme un oeuf" un de ces jours...

Un cercle à bavarois, ce n'est pas exactement la même chose qu'un moule à bavarois, mais c'est un détail sans importance. L'amour, l'amitié, et les années heureuses sont les seules choses vraiment nécessaires.
Bonne année à tous !

18 décembre 2006

Vacances !

A partir de demain, je serai là :


Ce n'est pas très difficile, mais je vous donne quand même un indice supplémentaire :


Bon, maintenant, c'est vraiment facile !

Bonne fin d'année à tous, joyeux noël, et à l'année prochaine (pour de nouvelles aventures) !

09 décembre 2006

Chronique des lumières de la ville et des fantômes du chapeauté

Dans Les fantômes du chapelier, on voit Michel Serrault, marchant sous une pluie battante, déverser l'eau accumulée sur son chapeau avant de rentrer dans sa boutique. Ce qui prouve bien que le feutre a une capacité de résistance à l'eau que je ne soupçonnais pas. Pour ma part, j'ai encore un peu peur de l'abimer lorsqu'il pleut. Oui, je sais, c'est bête. Surtout qu'il pleut quand même assez régulièrement à Dijon. Les mauvaises langues diront même qu'il pleut tous les jours. Ce n'est pas vrai. Il arrive que la première quinzaine d'août soit ensoleillée.


C'est que pour faire sécher un chapeau, il faut de la place, du temps, un lieu adapté. Pas trop chauffé, pas trop froid, et à l'abri des manipulations intempestives. Sinon, on part le matin avec le chapeau d'Alain Delon dans Le Samouraï, et on revient mine de rien à la nuit tombée avec un béret. Tout plat, sans allure et tout juste retenu par l'écartement providentiel des oreilles. C'est regrettable.

Alors que faire ? Les plus impulsifs de mes lecteurs s'écrieront sans retard que je n'ai qu'à prendre un parapluie. Oui mais je n'aime pas les parapluies. J'ai suffisamment critiqué cet ustensile pour pouvoir me permettre de m'en affubler à mon tour. Et de toute façon, le parapluie est par définition inutile. Quand vous n'en avez pas, il pleut, et quand vous en prenez un, les nuages se dispersent, le soleil revient, et qui c'est qui a l'air malin avec son pépin ? Voilà pourquoi je me suis rendu dimanche dernier au Salon du livre de Dijon, sous la pluie, donc sans chapeau, mais aussi sans parapluie, non pas que le besoin ne s'en fasse pas sentir, mais parce que je n'aime pas ça ! Dites donc, il va falloir que je vous le répète combien de fois ?


Parce qu'il y a un Salon du livre à Dijon. Il parait que ce n'est pas la première édition en plus, mais du temps où je n'avais pas de blog je ne faisais attention à rien. Le Palais à tout faire des ducs de Bourgogne, après avoir abrité L'art de la farniente et quelques autres manifestations grandes et magnifiques, servait de cadre à cet évènement plus ou moins littéraire accueillant d'éminentes personnalités. Jean-Pierre Chevénement, le rescapé du curare, assailli de deux supportrices du quatrième âge ; Edith Cresson qui était à peine mieux lottie ; Jean-François Kahn qui s'en tirait un peu mieux question affluence, mais qui était tout juste reconnaissable. J'ai du vérifier le nom sur le petit carton pour être bien sûr que c'était lui. Ils doivent vraiment les maquiller à mort à la télé. Richard Bohringer avait droit pour sa part à un chapiteau entier, et il lisait un livre que je supposais être de lui, devant une foule en partie assise, en partie debout, mais tout entière attentive.


Est-ce la pluie fine, la perspective des fêtes de fin d'année ou bien me étais-je désemparé d'avoir délaissé mon chapeau ? Toujours est-il que je me suis senti soudainement d'humeur maussade, voire cafardeuse, et le marché de Noël, qui se tient sur la Place de la Libération, en face du Palais, a fini de me déprimer. Les mêmes babioles hors de prix que les années précédentes, dans les mêmes cabanes, dont l'ordonnacement était tout de même légèrement différent, afin sans doute d'apporter un soupçon de variété. Les badauds vont d'une cabane à l'autre, en trainant leur femme d'une main et la progéniture de l'autre, tout en tenant un parapluie -tiens, tiens, comme on se retrouve- qui m'oblige à de fréquentes contorsions pour éviter l'énucléation. Encore les lunettes protègent-elles un peu. Mais ça m'ennuierait de les casser.

J'ai pris quelques photos des illuminations pour m'occuper l'esprit et oublier un moment la foule béatement satisfaite de payer ses marrons 2,50€ le petit sachet, 5€ le grand, de même pour la gauffre au nutella. Quand à la photo du mioche hurlant sur les genoux du Père Noël, ça n'a pas de prix, évidemment...


***

Vous avez vu ? J'ai réussi à caser ces marrons en souffrance depuis trois semaines. Il fallait juste que je leur trouve une place.