26 novembre 2007

Chronique de l'illusion théâtrale

Je n'étais jamais allé au théâtre. Il y avait bien eu une première expérience lycéenne, qui m'avait conduit à m'ennuyer vigoureusement devant My fair lady, mais ça ne compte pas vraiment. Ce n'était qu'une autre façon de me faire ingurgiter de l'anglais. Non, je n'étais jamais allé au théâtre avec enthousiasme, avec l'envie de voir une pièce. Envie qui me vint en 2005, lors des journées du Patrimoine, quand je rentrai pour la première fois dans le Parvis Saint Jean - théâtre Dijon Bourgogne sous la conduite du directeur du lieu, qui le faisait visiter avec passion. C'est plus qu'un lieu, c'est la liturgie théâtrale qui succède à l'illusion religieuse. Au terme d'une histoire mouvementée (je vous renvoie au site), l'église Saint Jean a été désaffectée en 1972, puis reconvertie en théâtre. L'intérieur participe au spectacle : un plafond en coque de bateau retournée, des fresques derrière la lourde tenture du fond de la scène, des chapelles aménagées en bureaux, où l'on travaille à la lumière changeante des vitraux. C'est plus qu'un théâtre, c'est un état d'esprit : la scène est au même niveau que les premiers rangs de spectateurs, le public est appelé à participer.


Mais pour cette fois, la représentation n'avait pas lieu au Parvis Saint Jean mais sous le chapiteau du Footsbarn Theatre troupe invitée partageant le programme 2007-2008. Je pense que celui-ci recèle d'autres spectacles qui nous donneront l'occasion d'assister à une pièce donnée sur cette fameuse scène. Nous sommes allés voir une adaptation de L'homme qui rit, récit du destin tragique (c'est le moins que l'on puisse dire) du fils d'un Lord enlevé à sa famille, vendu et défiguré par les Comprachicos (un horrible sourire le mutile d'une oreille à l'autre) afin de devenir un monstre de foire. Au début du roman, les comprachicos qui l'ont "opéré", sont chassés d'Angleterre et s'enfuient en abandonnant l'enfant sur le port. Alors qu'ils sont pris dans une tempête qui va couler le navire, leur chef décide de jeter à la mer une bouteille révélant la véritable identité de l'enfant. Je me suis inspiré de ce passage pour la consigne 54 de Paroles plurielles. Les noms d'Hardquanonne le flamand et du donjon de Chatam sont ainsi directement tiré de ce chapitre du roman ; pour le reste, j'ai concentré en quelques instants ce qui se passe en une nuit dans le roman.


L'homme qui rit, c'est l'histoire de cet enfant, Gwynplaine, marqué par une cicatrice qui lui fait en permanence un rire monstrueux, recueilli avec Dea, une jeune fille aveugle, par Ursus, vagabond philosophe et misanthrope, saltimbanque accompagné d'un loup alter-ego. Ensemble, ils vont mener la vie des comédiens itinérant, jusqu'à ce que soit rendue à Gwynplaine sa véritable identité, celle d'un pair du royaume, le baron Clancharlie. Retrouvant sa place à la Chambre des lords, il tentera de faire entendre à ceux qui sont en haut, la voix des humbles et des misérables, ceux qui sont en bas. Il devra aussi choisir entre ces deux mondes, choisir entre la richesse et l'amour, entre les titres et la vraie noblesse, celle du coeur. Bien entendu tout ça finira mal.
Ursus et Homo étaient liés d'une amitié étroite. Ursus était un homme, Homo était un loup, leurs humeurs s'étaient convenues.

L'espace compris sous le chapiteau de toile sera pendant deux heures notre seul univers. La mort, la vie, l'amour et le fracas du monde auront pour cadre un décor minimaliste : des voilages pour suggérer tantôt la mer en furie, tantôt les rideaux d'une alcôve, tantôt une tempête de neige ; une corde et un bâton pour faire un bateau, une toile noire et une torche pour faire un souterrain, quelques bougies pour faire un palais La petite estrade occupant l'arrière de la piste est tour à tour la poupe du navire des comprachicos en perdition, puis, magie de la mise en abyme, la scène du théatre où Gwynplaine et ses compagnons se produisent, avant de devenir la chambre de la tentatrice Josiane. Un rétroprojecteur en haut des gradins fournira l'ambiance visuelle, un violoncelle en coulisse accompagnera l'ensemble.

La mise en scène a parfaitement su intégrer la rhétorique hugolienne, les oppositions hyperboliques entre la beauté et la monstruosité, le grandiose et le ridicule, la noblesse de classe et celle du coeur ; les répétitions de quelques formules comme "ceux qui sont en haut" et "ceux qui sont en bas", les situations dramatiques, les rebondissements, tous les éléments de ce roman-épopée qui semble avoir été écrit pour le théâtre. Les comédiens sont par ailleurs de vrais saltimbanques, au sens noble du terme, des baladins proposant leur spectacle de ville en ville. Nous avons été surpris au final de constater qu'ils étaient si peu nombreux par-rapport au nombre de personnages.

L'illusion fonctionne pourtant à plein et nous entraine dans un monde complet et cohérent par la seule force de leur talent. C'est leur jeu qui fait que nous sommes ainsi subjugués, entraînés au coeur de l'action : ils créent un impalpable décor par leur seule présence. C'est vivant, tellement vivant que l'on est nécessairement impliqué par le spectacle de nos semblables aux prises avec la vie, beaucoup plus que devant un film dont les protagonistes ne sont pas vraiment là, c'est juste leur image que l'on aperçoit, tellement loin de nous...
A telle enseigne qu'alors que j'assistais à la séance de la Chambre des Lords, épouvanté par l'égoïsme et le cynisme des grands, et un peu par leur côté ridicule aussi, je ne vis pas Gwynplaine/Clancharlie assis à quasiment côté de moi...

Les applaudissements ont été aussi longs et nourris que mérités, à la hauteur de la générosité de cette poignée d'artistes ; j'en avais les larmes aux yeux en sortant.
Je n'étais jamais allé au théâtre, ça fait toujours ça ?


Comme une envie de vomir...

Sans commentaires...
http://www.betapolitique.fr/Peut-on-laisser-un-commercant-02118.html

12 novembre 2007

On écrit sur les murs

Depuis quelques jours, il y a une chanson que je n'arrive pas à me sortir de la tête. Il fallait que je vous en fasse profiter. Je vous préviens, c'est nul...

Partout autour de nous
Y a des signes d'espoir

Dans les regards

Donnons leurs écrits

Car dans la nuit

Tout s'efface
Même leurs traces

{Refrain:}
On écrit sur les murs

Le nom de ceux qu'on aime
Des messages pour les jours à venir
On écrit sur les murs
A l'encre de nos veines

On dessine tout ce que l'on voudrait dire
On écrit sur les murs
La force de nos rêves

Nos espoirs en forme de graffitis
On écrit sur les murs
Pour que l'amour se lève

Un beau jour sur le monde endormi
Des mots seulement gravés
Pour ne pas oublier
Pour tout changer
Mélangeons demain

Dans un refrain

Nos visages

Métissage




Photos prises à Dijon entre 2004 et 2007

***

Vous aussi vous voulez l'avoir en tête pour les jours à venir ? Rien de plus facile...





Quelle version préférez-vous ? Ne me remerciez pas, c'est naturel...

08 novembre 2007

Quand Harry rencontre Eolas

Bon, ok, le titre est facile. Mais il fallait bien que je trouve une transition avec le billet précédent. De toute façon, celui-ci n'est là que pour vous proposer un lien vers cet article de Maître Eolas, que j'aime encore plus maintenant que je sais qu'il lit Harry Potter. Je suis assez satisfait de voir que nous avons quelques vues en commun, notamment... Ah ben non, je ne peux pas vous le dire, vous n'avez peut-être pas encore lu le livre ! N'est ce pas Kiki ? ;-)

Pour ceux qui en veulent encore plus : la Gazette du sorcier propose la transcription d'un chat de J.K. Rowling avec ses fans, où elle explique ce que deviennent la plupart des personnages à la fin de l'histoire. J'apprécie beaucoup l'idée selon laquelle les caractéristiques de certains personnages se sont imposées à elle au fil des années, de façon presque évidente.

Et vous ? Avez-vous fini la saga ? L'avez-vous jamais commencée ? Qu'en avez-vous pensé ?
...survivrez-vous dans un monde sans magie ?

25 octobre 2007

Quand Harry rencontre Francky

Lettre ouverte à Franck Mauerhan, journaliste au Bien Public.

Mon cher Franck -tu permets que je t'appelle Franck ? Je tutoie facilement les gens qui me font rire, et ton article de ce matin m'a bien fait rigoler. Et comme je reconnais en toi un fan inconditionnel des aventures d'Harry Potter, n'hésitant pas à pourfendre de ta plume vengeresse ceux qui se mettent en travers de la route glorieuse de notre sorcier préféré, je ne peux que t'aimer.

Tu tentes de feindre l'indifférence, mais tu le reconnais bien vite : "les ouvrages qui relatent ses exploits ont créé un véritable phénomène de société" ; on sent bien la fébrilité derrière cette phrase. Tu n'es pas un "fan de base", tu es de ces inconditionnels prêts à acheter "le précieux pavé" dès "0 heure le jour J". Je te comprends tu sais. Moi-même, je me sens tenté par cette ardeur juvénile, et ne suis retenu que par une triviale nécessité m'imposant un certain nombre d'heures de sommeil, nécessité toute physiologique à laquelle tu n'es sans doute pas soumis.

C'est sans doute pour cette raison que tu fustiges "l'obstacle réglementaire" opposé par l'inspection du travail de Côte d'Or qui coupe l'herbe sous le pied des "audacieux commerçants" qui avaient pris l'habitude d'ouvrir "deux heures à minuit pour fêter Harry Potter", pour reprendre ta si jolie formule. Ce sont des empêcheurs d'enfourcher son éclair de feu en rond, et la règlementation du travail est décidément une bien mauvaise chose.
"L'avantage, avec une législation dont les textes s'empilent depuis des décennies, voire des siècles, c'est que la réglementation devient si complexe, si tâtillonne, qu'elle finit par entraver toute initiative. On appelle ça le progrès. Et tant pis si on frise le ridicule !"
Je suis bien d'accord avec toi mon Franck. Que l'on ne vienne pas nous faire croire que le fait d'ouvrir un magasin au milieu de la nuit va mettre en péril la santé, la sécurité, ou l'équilibre psychologique des employés des librairies. Tout comme toi, ces gens là n'ont besoin ni de repos ni de sommeil, et n'ont évidemment pas de vie de famille. Gageons d'ailleurs qu'ils pleurent des larmes de rage et d'impuissance devant la "perfidie du réglement". On te sent presque prêt à le faire à leur place, tant est grand ton dévouement aux jeunes fans du "sorcier binoclard".

Mais... sais-tu que c'est une bonne idée ça ? Que dirais-tu de venir ce soir, vers 23h30, dans la grande librairie de Dijon que tu cites dans ton article ? Tu déballerais les cartons, tu ferais de belles piles de livres de part et d'autre de la caisse, tu installerais avec amour les PLV que Gallimard n'aura pas manqué d'envoyer, tu pendrais quelques guirlandes oranges et noires en papier, des chapeaux de sorciers, et un ou deux balais. Tu pourrais même te déguiser en mage noir, avec la robe sombre, la baguette magique et le regard hautain qui sied à ce type de personnage. Ce serait super non ? Bien sûr, tu serais payé au tarif habituel, et tu en serais déjà presque gêné. Parce que tu ferais ça par plaisir.

Plus tard, vers une ou deux heures du matin -mais qu'importe ?- tu partagerais un dernier café avec tes collègues fourbus, tu remonterais dans ta voiture glaciale et, héroïque chevalier que la nuit environne, tu rentrerais dans ta maison, pour quelques heures d'un sommeil superfétatoire, c'est juste une sale manie.

Je sens que tu regrettes déjà de n'être point employé de librairie et de n'être que journaliste au Bien Public. Que veux-tu, de telles joies ne sont pas données à tout le monde. Tu peux toujours te consoler en te disant que tu n'as pas à affronter "la loi [...] qui s'applique de manière indistincte" et empêche de braves commerçants de faire plaisir à de pauvres enfants, qui devront "bêtement attendre le week-end" pour profiter de cet évènement "suffisamment rare pour justifier du caractère exceptionnel d'une ouverture de nuit" : la sortie d'un livre à (seulement) 2,3 millions d'exemplaires...

Bonne nuit mon Franck.



24 octobre 2007

La stratégie du contre-feu

Un contre-feu c'est, au sens propre, un feu allumé en avant d'un incendie pour en empêcher la propagation. Au sens figuré cela désigne une action médiatique, politique, voire financière destinée à détourner l'attention d'un public particulier pour, selon les cas, valoriser un aspect au détriment d'autres moins glorieux, attirer l'attention sur un fait plutôt que sur un autre, déclencher une polémique pour ne pas parler de problèmes plus graves.

Nous vivons à l'époque du contre-feu permanent.

Les tests ADN, vous êtes plutôt pour ou plutôt contre ? Réfléchissez bien, mais pendant que vous vous crêperez le chignon, vous ne parlerez pas d'autre chose.

Que s'est-il passé le jeudi 18 octobre ? Une grève ? Que nenni. Notre président a divorcé.

Lire la lettre de Guy Môquet aux élèves des écoles, c'est bien, c'est mal ? Vous feriez mieux de regarder ailleurs.

Eteindre votre lumière 5 minutes, vous pensez vraiment que ça va sauver la planète ? Faites donc... on s'occupe du reste.

Je continue ou pas ?

Non, je ne continue pas.

Les Chroniques de Sammy ne se veulent pas (trop) politiques, d'autant qu'il se trouverait des lecteurs pour penser que j'exagère, que tout ne va pas si mal, de mon côté je ne changerais pas d'avis, on se fâcherait, bref tout ceci serait fort triste. Mais de temps en temps, que voulez-vous, trop c'est trop. Il faut que ça sorte. J'espère que vous ne m'en tiendrez pas trop rigueur...

Tenez, pour me faire pardonner, je parlerai dans les billets à venir, en vrac et sans arrières pensées, d'incivilités, de théâtre, et de la meilleure méthode pour se tenir informé sur le net ; je ferai un petit retour sur les 5 minutes pour la planète également. Puis je vous parlerai de seins, de danse, et de biens d'autres sujets tous grands et magnifiques !

En attendant, voici une petite galerie de portraits :

22 octobre 2007

Une journée de lectures

On va beaucoup lire aujourd'hui. Du moins c'est ce qui est au programme. Mais rien ne se passe jamais comme prévu, c'est bien connu.

On va commencer par lire la presse, vous voulez bien ? Aujourd'hui, la presse quotidienne régionale se mobilise en-effet pour la lecture. Au moins le Bien Public qui l'annonce ce matin et publie une édition illustrée de vignettes tirées de différents albums d'Astérix, ainsi que ce petit texte d'Alexandre Jardin, auteur engagé dans la lutte contre l'illettrisme au travers de son association Lire et faire lire dont le but est, si j'ai bien compris, de "transmettre le virus de la lecture" par l'entremise de retraités bénévoles.

"La lecture ? C'est la potion magique ! Par Toutatis, nous avons un problème ! 15 % des enfants qui entrent au collège ne maîtrisent pas l'écrit. Ceux-là, Arvernes, Numides, grands Bretons ou Romains d'origine sont bien promis à l'exclusion. Allez donc chercher du boulot sans savoir lire ! Même les conducteurs de chars aujourd'hui ont besoin de savoir graver des mots dans le marbre. Sinon, point de sesterces ; et le recours aux baffes comme seul moyen d'expression. Et puis marre des batailles de poissons stériles pour savoir « à qui c'est la faute ». Alors que faire ? Accepterons-nous que toute la Gaule soit occupée par l'ignorance ? Le peuple de ce foutu pays doit aider nos derniers irréductibles : nos instituteurs, nos profs, nos maîtresses d'école. C'est pour cela que votre journal - et toute la presse régionale !- se mobilise aujourd'hui ; en fonçant derrière Astérix et son papa, Albert Uderzo. Pour dire quoi ? Que la lecture, c'est la potion magique. Si nous voulons aider l'école de nos villages gaulois et vacciner nos gamins contre l'exclusion, agissons pour en faire des lecteurs, des goinfres de bouquins.
Comment ? En invitant tous les retraités poilants, rigolards, irréductiblement optimistes et mangeurs de sangliers à rejoindre l'action Lire et Faire Lire de votre département. Pour faire quoi ? Pour lire des histoires à de tout petits groupes d'enfants, trois ou quatre, tout au long de l'année. Où ? Dans les écoles maternelles et primaires qui le souhaiteront. Déjà 11 000 retraités bénévoles sont à l'œuvre dans toute la Gaule. Chaque semaine, ils démontrent que le lien intergénérationnel peut faire des miracles pour transmettre le virus de la lecture. Si vous êtes plus nombreux à vous engager en téléphonant au 0.825.832.833, il y aura moins de gamins mal barrés, un peu moins de pirates aux alentours, plus de joie à vivre ensemble et plus de sesterces dans la poche des futurs adultes. Parce que la lecture, c'est la potion magique !"
Alexandre JARDIN

Notez le ton très gaulois de la chose. Petite déception malgré tout : le site internet de l'association ne semble pas ouvert au grand public. C'est balot.

***

On va lire la presse magazine également. On y apprendra des nouvelles surprenantes. Comme savoir que Albus Dumbledore est homosexuel. Vous pourrez en savoir plus en lisant la dernière livraison de La gazette du sorcier. Attention malheureux moldus ! Ne cliquez pas sur ce lien si vous n'avez pas lu le tome 7 de vous-savez-quoi ! Mais voici néanmoins l'extrait de l'intervention de l'auteur au Carnegie Hall (rien que ça). Parce que je sais que vous ne pourrez pas tenir.
Question : Est-ce que Dumbledore, qui croyait en le pouvoir de l’amour, est jamais tombé amoureux ?
J K Rowling
: Pour être franche… J’ai toujours pensé que Dumbledore était gay. [silence dans la salle, puis beaucoup d’applaudissements]. Dumbledore est tombé amoureux de Grindelwald, et il a été d’autant plus horrifié quand il a découvert qui Grindelwald était vraiment. D’une certaine façon, on peut dire que cela excuse un peu le comportement de Dumbledore, parce que l’amour peut rendre aveugle, mais il a rencontré quelqu’un d’aussi intelligent que lui, et comme Bellatrix, il a été très attiré par cette personne si intelligente, et ensuite il a été horriblement, terriblement déçu par lui. C’est comme ça que j’ai toujours vu Dumbledore. En fait, j’ai récemment participé à une lecture du script du sixième film, et je savais que Dumbledore y disait à Harry “je connaissais une fille, dont les cheveux…” [rires] J’ai dû écrire une petite note dans la marge et passer mon script au scénariste : j’ai écrit “Dumbledore est gay !” [rires] [Voyant que le public est content.] Si j’avais su que votre réaction serait aussi positive, je vous en aurais parlé il y a des années !

Petite déception malgré tout : il n'y aura pas de char Dumbledore à la Gay Pride. C'est fort dommage. La barbe et la baguette magique, ça changeait un peu du style "Village people"

***

On va lire dans les écoles aussi. C'est ce qui est prévu. Officiellement. Par la note de service n° 2007-138 du 2-8-2007 du ministre de l'Education nationale. Notez le ton très poétique de la chose. C'est de la poésie bureaucratique, style très décrié mais qui a néanmoins ses adeptes.
"La commémoration de la mort de Guy Môquet, de ses 26 compagnons d’infortune et de tous les autres fusillés est en effet l’occasion de rappeler aux élèves des lycées l’engagement des jeunes gens et jeunes filles de toutes régions et de tous milieux qui firent le choix de la résistance, souvent au prix de leur vie.
[...]
Tous ces jeunes Français d’alors, passionnément attachés à la liberté au point de sacrifier leur propre vie pour défendre celle des autres, constituent un formidable exemple pour les jeunes d’aujourd’hui. Leur mémoire évoque les valeurs de liberté d’égalité et de fraternité qui font la force et la grandeur de notre pays et qui appellent le sens du devoir, le dévouement et le don de soi."

Notez que les jeunes français d'aujourd'hui ne sont pas passionnément attachés à la liberté. C'est le ministre qui le dit hein. Je ne permettrais pas de mettre en doute la parole d'un monsieur aussi important. Notez aussi que Guy Môquet a été fusillé avec ses compagnons. Non, non, il n'était pas gay. Il était juste communiste. Une tare qui oblige, soixante-six après sa mort, à remplacer camarades par compagnons.
"Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé, Je vais mourir ! [...]

voir la lettre dans son intégralité
Notez que les communistes, même si ça mange les petits enfants (tout en gardant son couteau entre les dents), ça a une maman et un papa, comme vous et moi. Notez que les communistes ça écrit des poèmes souhaitant la victoire du socialisme. Vous notez toujours ? Alors notez aussi que l'Union soviétique n'était pas en guerre contre l'Allemagne nazie en 1941. Notez, je vous prie, que c'est la police française qui a arrêté Guy Môquet. Notez que c'est le ministère de l'intérieur français qui a livré des communistes plutôt que "50 bons français"

On doit beaucoup lire aujourd'hui. Mais je me demande si les choses vont se passer comme prévu. C'est une petite consolation, malgré tout.

Notez donc quelques pistes pour lire encore un peu plus aujourd'hui :








et aussi :

18 octobre 2007

Point de Vues, images du monde (des blogs)

Il y a longtemps, tellement longtemps que j'avais fini par croire le projet abandonné (en fait c'était au mois de juin), j'avais été contacté par la "Directrice du développement et des partenariats" du site Vues.fr, qui me proposait de contribuer à cette revue en ligne, compte tenu de l’originalité [mon] style ainsi que le ton utilisé dans [mes] articles. Puisque je vous le dit ! Ne tenant plus de joie, j'ouvris un large bec et envoyai séance tenante le texte que je jugeais le plus digne d'être publié, m'attendant à une parution immédiate et conséquemment, des hordes de visiteurs enthousiastes.

Il faut croire que les textes envoyés sont lus minutieusement, car je ne parait en ligne que ce jour, et seulement deux textes me précèdent !


Je vous ai déjà parlé de La Demeure du Chaos il me semble ? Une petite allusion par ci, un long article par là, puis une touche d'auto-satisfaction par-dessus. Oui, il me semble que j'en ai parlé... C'est ce long article du 12 janvier que je choisis d'envoyer, avec quelques petites retouches. Il est publié aujourd'hui, et je dois dire que j'en tire de la satisfaction. Il faut reconnaître que ça en jette, surtout avec la biographie de l'auteur en préambule... Cliquez sur l'image pour accéder au site.

15 octobre 2007

Un prix Nobel qui dérange ? Chronique des interjections déplacées

Je n'ai jamais prétendu à l'objectivité. Pire que ça, je revendique ma subjectivité. Subjectivité qui ne rime pas avec mauvaise foi ; c'est autant une façon de voir qu'un parti pris contre l'uniformisation - et parfois aussi pour le plaisir de la mauvaise foi. Alors autant le dire franchement : j'ai toujours trouvé Al Gore sympathique. Je ne sais pourtant pas grand chose de lui. Juste qu'il a été vice-président du très populaire Bill Clinton, qu'il semblait promis à une brillante succession, la victoire facile, l'Amérique dans un fauteuil. On connait la suite. Depuis quelques années, il a réussi à rester sur le devant de la scène médiatique grâce à son activisme écologique, notamment autour du film Une vérité qui dérange.

Un militantisme qui vient de lui valoir le prix Nobel. Il semble que cela ne soit pas du goût de tout le monde. Du président américain en exercice tout d'abord, qui ne changera rien à sa politique. Quelques politiciens grincheux ensuite, qui pronostiquent les ambitions présidentielles du nobelisé et, partant, la mauvaise foi supposée du même. Pour eux, on ne peut pas être président des Etats-Unis (d'Amérique) et s'intéresser à la sauvegarde de la planète. Il faut dire qu'ils ont été élevés à la bonne école.

Pour la plus grande joie des aigris, des jaloux et des tenants du profit à court terme, il se trouve qu'un juge a trouvé 9 erreurs dans le film cité plus haut. En conséquence, le documentaire ne pourra être diffusé dans les écoles britanniques qu'à condition d'être accompagné de la lecture d'une brochure "destinée à éviter l'endoctrinement des élèves". Quand je lis ça, je ne peux m'empêcher de penser aux tenants du dessein intelligent, qui veulent -et obtiennent de plus en plus fréquemment- que leur croyance obscurantiste soit enseignée aux enfants des écoles américaines, et présentée sur le même plan que la théorie darwinienne de l'évolution. Comme deux théories qu'il faudrait l'une et l'autre prendre en compte. Là encore, pour ne pas endoctriner les jeunes cerveaux.

Bien que fervent partisan de la subjectivité et ne reculant pas à l'occasion devant les charmes de la mauvaise foi, je reste pantois devant ce procédé consistant à taxer les propos scientifiques d'endoctrinement, au seul but de les mettre sur le même plan que des conviction religieuses plus ou moins fumeuses. A ce compte là, je demande que le pastafarisme soit enseigné dès la maternelle, pour contrer l'influence nocive des monothéismes dominant. Je trouve la théorie pastafariste de la création du monde tout à fait pertinente et séduisante, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas l'enseigner.

Mais je m'éloigne de mon sujet. Car non content d'être de mauvaise foi, je suis également désordonné et prompt à la digression. Carole Chatelain, rédactrice en chef à 20 minutes, et dont je découvre le blog à l'occasion des recherches entreprises pour rédiger cet article (je ne recule devant rien, j'ai remué ciel et net pendant au moins 6 minutes), ne perd pas son temps en propos oisifs (elle) et répond avec pertinence et ironie aux 9 points soulevés par la Haute Cour anglaise.

Mais continuons notre petite promenade de santé au milieu des propos délétères de ceux qui donnent leur avis honnêtement et sans arrières-pensées. Le très concerné et inénarrable Claude Allègre, donne son avis gratuitement (puisque personne ne le lui a demandé, c'est très généreux de sa part), et ajoute deux arguments décisifs à la cause des anti-Al Gore : "Al Gore se fout de la gueule du monde" et "Le nombre de conneries qui sont racontées dans le film d'Al Gore !" Je doute que celui-ci puisse se relever après une telle attaque. Ca fait mal un mammouth.

Remarquons au passage que les gros mots, non pardon, les interjections déplacées, sont à la mode ces temps-ci. Ce doit être une compétition, ou un pari entre gens de pouvoir, allez savoir. C'est à celui (ou celle, parité oblige) qui parlera le plus mal.


Je ne vais pas être plus saignant que gore (je m'excuse pour ce jeu de mot pourri), le film comporte sans doute des approximations et des extrapolations, mais je suis convaincu que son propos est sinon juste, du moins de bonne foi. Il faut vraiment être totalement idiot ou président des Etats-Unis d'Amérique pour nier l'influence des activités humaines si ce n'est sur le climat, du moins sur l'environnement.

Et puisque c'est aujourd'hui le "blog action day" (encore un machin en anglais pour nous faire croire que la mobilisation des blogs va changer le monde), et que le thème de cette année est l'environnement, j'ai rédigé spécialement cet article pour l'occasion. Mais comme j'ai à coeur de faire quelque chose d'un peu plus concret, j'aimerais attirer votre attention sur l'initiative "Green", qui consiste à placer un petit bandeau vert sur son blog, avec une information pratique pour faire quelque chose pour l'environnement, à notre échelle, dans la vie de tous les jours. Carole Chatelain fait à peu près la même chose sur son blog. Maintenant que vous avez lu cet article, laissez un commentaire et éteignez donc cet ordinateur, vous êtes en train de détruire la planète...


11 octobre 2007

Prix Bayeux des correspondants de guerre

Connaissez-vous le prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre ? Je viens de le découvrir en même temps que cette photographie, qui a valu le prix à Mahmud Hams, de l'AFP.

Source : prixbayeux.org
(image cliquable)


Je crois que ça se passe de commentaires. C'est juste ça, la guerre. Du métal froid qui tombe sur de la viande humaine, qui tente de survivre en courant le plus vite possible...

Je vous rappelle au passage que journaliste aussi, c'est un métier à risque. Tenez, je vais même en rajouter une couche : cliquez sur cette carte. C'est amusant, certains pays ne sont pas de la couleur que j'espérais...

Carte de la liberté de la presse dans le monde

J'ai découvert cette image découverte via Rue89, un excellent site d'information. Je reviendrai sur ce sujet de l'information sur internet dans un moment.





10 octobre 2007

Fred Vargas - classement subjectif

Par ordre croissant de préférence :
  • Petit traité de toutes vérités sur l'existence
  • Les jeux de l'amour et de la mort
  • Ceux qui vont mourir te saluent
  • L'homme aux cercles bleus
  • Coule la Seine
  • L'homme à l'envers
  • Sans feu ni lieu
  • Un peu plus loin sur la droite
  • Debout les morts
  • Les quatre fleuves
  • Pars vite et reviens tard
  • Sous les vents de Neptune
  • Dans les bois éternels





07 octobre 2007

Proverbe du jour

Quand il pleut à Magny-Saint-Medard, il pleut sur 40 hectares !

04 octobre 2007

Chronique des illusions assassinées


Les internautes sont de grands enfants naïfs et généreux. Ils croient qu'ils peuvent faire bouger les lignes fixes qui délimitent le monde, ils croient que ce qu'ils écrivent sur leurs écrans peut avoir une influence, aussi minime soit-elle sur le chaos généralisé de cette petite planète. Ils croient qu'ils peuvent faire changer les choses.

Les blogueurs se font des illusions. Ils s'imaginent que la générosité n'est pas vaine. Ils s'imaginent que la mobilisation conduit toujours à quelque chose. Ils s'imaginent qu'ils peuvent se mêler de politique, donner leur avis sur tout et n'importe quoi.

Ils s'imaginent que nos mots, les miens, les vôtres, ceux d'ici et ceux d'ailleurs pourront émouvoir un pouvoir qui bastonne des moines, fait tirer sur des manifestants pacifiques, espionne, emprisonne et torture à tour de bras depuis 40 ans. Ils s'imaginent que décréter une journée de mobilisation pour la Birmanie changera quelque chose pour la malheureuse population de ce pays.

Internet a t-il déjà infléchi quelque décision politique que ce soit ? Les grandes marches de protestations contre la guerre en Irak ont-elles été utiles ? A t-on jamais vu une dictature s'émouvoir de l'agitation de quelques occidentaux nantis ? Bien sûr que non. Alors penser que cette initiative sera d'une quelconque utilité relève pour le moins d'une certaine forme de naïveté.

Photo Reuters

Mais aujourd'hui, c'est aussi le jour ou jamais pour ne pas oublier Kenji Nagai, journaliste japonais abattu d'une balle dans le coeur le 27 septembre dernier, en pleine rue, après avoir été jeté à terre par un soldat. Il est bien des régimes pour lesquels une caméra est la pire des armes, son appareil photo a fait de lui une cible prioritaire : il faut faire régner le silence, rien ne doit sortir du pays, défense d'informer.

Seulement voilà, les journalistes, on ne peut pas les tuer tous d'un coup. Déjà qu'il n'est plus possible de trucider sa population en paix, on n'est même plus libre d'assassiner les voyeurs dans la discrétion : les photos et la vidéo de sa mort sont un peu partout sur le net, vous les trouverez en quelques secondes grâce à votre moteur de recherche favori.

C'est pour cela que j'ai choisi d'afficher son portrait, le portrait d'un homme vivant, plutôt que les photos d'un homme mourant sur le pavé ; mais c'est aussi pour une raison de dignité. Un journaliste que l'on tue, c'est avant tout un homme. Un homme qui fait un travail dangereux, pour que les blogueurs naïfs et généreux trouvent de quoi alimenter leur prose hasardeuse sans avoir à tâter du terrain.


N’attendez pas qu’on vous prive de l’information pour la défendre.


Voilà pourquoi la liberté de la presse, ce n'est pas que l'affaire des journalistes. C'est pour que nos mots, les miens, les vôtres, ceux d'ici et ceux d'ailleurs puissent continuer à s'afficher sur nos écrans, c'est pour que nous puissions continuer à nous mêler de politique, donner notre avis sur tout et n'importe quoi, et de préférence sur les choses qui ne nous regardent pas. Parce que si eux sont bâillonnés, c'est nous qui devenons muets.

Les blogueurs sont généreux, et pas si naïfs que ça. Ils savent que la seule façon d'user le droit à la parole, c'est de ne pas s'en servir. Ils savent qu'il vaut mieux parler en vain de quelque chose, que de perdre ce droit à la parole. Ils savent trop bien quel est le prix payé par d'autres.

  • Kenji Nagai est le 75ème journaliste tué dans l'exercice de sa profession en 2007.
  • Reporters sans frontières : enquêter, dénoncer, soutenir
  • Le blog de Manon Ott, photographe et cinéaste documentariste ; reportage sur la vie en Birmanie





03 octobre 2007

49 livres pour commencer...

Le gouvernement a décidé d'octroyer en 2008 une "malette littéraire" contenant 49 livres à 133 000 familles dans le besoin. La sélection comporte quelques grands titres de la littérature mondiale, tels que Le petit prince de Saint-Exupéry, La métamorphose de Kafka, L'île au trésor de Stevenson et L'appel de la forêt de London. Et le Robinson Crusoé de Defoe. Et aussi les contes de Grimm et de Perrault.

Astérix et Tintin étant également de la partie, on peut supposer que cette malette, à vocation familliale, s'adresse essentiellement aux enfants, tant il est vrai qu'il est sage de se soucier des inégalités d'accès à la culture dès le plus jeune âge. Leurs parents pourront malgré tout trouver leur compte avec Pablo Neruda, Gabriel Garcia Marquez ou Isabel Allende, auteurs incontournables si il en est, surtout au Chili. Ah oui, j'ai oublié de le préciser : il s'agit du gouvernement chilien. Vous aviez imaginé autre chose peut-être ?

Est-ce parce que le gouvernement français n'attache pas le même intérêt à la littérature que celui du Chili ? A moins qu'il n'y ait a pas de familles nécessiteuses en France...

28 septembre 2007

Les comprachicos

Pour la consigne 54 de Paroles Plurielles, j'aime autant vous le dire tout de suite que je ne me suis pas foulé, puisque j'ai piqué mon idée sur un certain Go, Victoru de son prénom. Il a écrit il y a quelque temps un petit roman, intitulé L'homme qui rit, et je me suis inspiré d'un passage du début de celui-ci pour répondre à la consigne de Coumarine : la photo de 3 bouteilles et l'incipit : "Je lui ai dit de se taire"


Je lui ai dit de se taire. La tempête faisait suffisamment de vacarme pour me ralentir dans ma tâche, et de toute façon l'heure n'était plus aux discours. L'imbécile n'avait jamais pris la mer, il n'était pas même assez intelligent pour voir le péril qui nous menaçait. Ce bateau ne gagnerait jamais la France, encore moins l'Espagne, et nulle autre terre de ce monde ci. Cette nuit serait notre dernière nuit, cette mer notre linceul, et notre mort un juste châtiment.

Je lui ai dit de se taire, j'avais besoin de me concentrer. Ce n'est déjà pas chose aisée de tenir la plume au milieu de l'ouragan, mais mon âge avancé et la faible lumière ne m'aident pas. Par tous les diables de l'enfer, que ma main ne tremble point au moment où je couche sur le vélin la vérité sur cet enfant que nous avons tout à l'heure abandonné à son sort, sur cet ange au sourire de démon que nous avons fabriqué.

Si elles ne se sont pas brisées avant, je glisserai tout à l'heure ce parchemin dans la plus petite de ces trois bouteilles ; elle est trapue, ronde et noircie par les ans et les embruns, je trouve qu'elle me ressemble un peu. C'est la bouteille d'Hardquanonne le flamand, une fripouille de la pire espèce qui pourrit pour l'heure dans le donjon de Chatham.

La tempête s'est arrêtée mais l'eau est dans la cale. Nous n'avons plus de pompes, plus de voiles et plus de mat. Le vent ne souffle plus et les étoiles ont disparu du ciel. Nous avons allégé le navire, mais je sais que nous serons morts avant l'arrivée d'un nouveau jour. Et puisque nous ne pouvons plus rien jeter à la mer, confions lui au moins l'aveu de notre crime.

24 septembre 2007

Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, alors tais toi

Marcel Marceau par lui-même,
image récupérée chez P.Assouline


... une minute de silence en l'honneur du mime Marceau ?

20 septembre 2007

Chronique du crocodaïl

Ce blog est de plus en plus de moins en moins mis à jour. Jamais il n'aura aussi bien porté son nom - chroniques chaque jour de plus en plus du jour d'après. C'est de plus en plus de moins en moins tôt que j'écris mes petits avis, mes petits coups d'oeil, mes petites chroniques sur ceci ou sur cela. Non pas que je fasse de plus en plus de moins en moins de choses dans ma vie. Oh que non, j'en fais au contraire de plus en plus ; de plus en plus d'activités, de sorties, de découvertes. De plus en plus de moins en moins seul. De moins en moins rêveur, de plus en plus amoureux.

Tenez, un exemple parmi d'autres : le concert de rentrée de Dijon. C'était le 7 septembre. Il y a 15 jours donc. De plus en plus tard, de plus en plus du jour d'après. C'est bien ce que je disais. Au moins ai-je de plus en plus raison, ou de moins en moins tort, c'est comme vous voulez.

Vous vous souvenez sans doute de mon brillant compte-rendu de celui de l'année dernière - car je suis de plus en plus de moins en moins modeste. Vous ne vous attendiez tout de même pas à ce que je refasse le même texte cette année ? C'est que je suis de plus en plus de moins en moins courageux, faut pas croire. D'ailleurs nous fûmes sur place à peu près une heure après l'heure à laquelle j'arrivai l'an dernier. De moins en moins pressés, de plus en plus amoureux.

Je suis de plus en plus de moins en moins con, de moins en moins convaincu que nous avons bien fait d'arriver aussi tôt, d'arriver aussitôt après manger. (respirez lentement et relisez cette phrase à voix haute, ça va venir vous verrez) Car, malgré tout le respect que j'ai pour l'Art, la difficulté de sa pratique, la facilité de sa critique et les mérites certains de ceux qui s'y adonnent avec ferveur, les deux premiers groupes qui se succédèrent sur la scène n'eurent pas l'heur d'imprimer une assez forte impression sur mon cortex pour que je puisse en dire quelque chose. Je pourrais à la rigueur en dire du mal, mais j'ai une réputation de gentil à tenir, et Chérie de moi en serait toute chagrine.

La foule dispersée et babillarde qui nous environnait semblait d'ailleurs de cet avis. De plus en plus de moins en moins attentive à ce qui se passait là bas, sur la scène. Jusqu'à ce qu'arrive le tour, le tournant du spectacle, le tour de chant de Jacques Higelin. La foule se resserre, se ramasse, se fait de plus en plus dense et entre dans la danse des mots de l'illuminant illuminé passeur de songes. Rêveur éveillé, passant baudelairien attentif aux détails de la vie, tout l'inspire et chez lui respire, respire le rock, le rêve, la folie douce. Higelin est ici et ailleurs, sur scène mais à l'écoute du public, dans la chanson et dans son trip, érotique, politique, caustique, tissant les mots, disant ses maux, tirant en longueur la chanson, tirant le diable par ses cornes, tirant à boulets rouges sur la télé, sur Georges Bush, sur le pouvoir qui pervertit la politique, sur tous les engraisseurs de porcs qui nous sucent le cortex. Tirant la queue du crocodaïl.




On est de plus en plus de moins en moins con
sidérés comme
des êtres humains à part entière

Etres humains à part entière, méfiez-vous des eaux troubles, méfiez-vous des crocodaïls qui vous sucent le cortex. Ne vous fiez pas aux apparences, écoutez les poètes. Même si ils sont un peu déjantés.

Surtout si ils sont un peu déjantés.

***

Pour aller plus loin : interview de Jacques Higelin

15 septembre 2007

Chronique des coups de ballet

La semaine passée, c'était les Fêtes de la vigne à Dijon. Les 59èmes pour être exact, mais ce n'est pas une précision très importante. D'ailleurs 60 est un chiffre plus joli, je tâcherai donc de vous entretenir du même sujet lors de la prochaine édition de cet évènement. Evènement que j'avais consciencieusement raté jusqu'alors, ce qui n'est pas le cas des dijonnais, qui se pressent en foule, comme à leur habitude, aux événements culturels (et gratuits) qui envahissent l'espace de la chaussée habituellement dévolu aux voitures.

Car tout commence par un défilé. Des barrières, des gens derrière, d'autres en costume, marchant au rythme de la musique. Des bougnats en sabots, des grelots ici ou là, des tissus colorés un peu partout, et des fanfreluches diverses. Des robes, des bottes cavalières, des chapeaux. Beaucoup de bonnets. Certains couverts de plumes, d'écailles, de trucs qui brillent. D'autres en poils, comme ceux de ces types en uniforme napoléonien, sûrement les mêmes que ceux déjà vus un an plus tôt, et puis c'est tout, on arrive quand c'est fini, les grognards fermaient la marche. Le temps de franchir la barrière, traverser quelques rues toutes entières livrées aux piétons, et on retrouve la tête du serpent défilant avant qu'il n'achève son parcours place de la Libération.

La suite se passera sur une estrade Place du Bareuzai (que les gens pas d'ici s'obstinent à appeler place François Rude) où quelques groupes se succèderont lors de prestations de 10 à 20 minutes, au cours desquelles l'on retrouve quelques connaissances : Enfants du Morvan, toujours aussi prompts à déclencher un ban bourguignon, Compagnons du Bareuzai et autres représentants de la fière commune de Varois et Chaignot (si, si, ça existe). De non moins fiers représentant du Portugal, du Brésil, de Chine et d'ailleurs viennent s'intercaler, avec plumes, sabots, écailles, et bottes évoqués plus haut.

Les talons font résonner le bois de l'estrade, la foule tape frénétiquement dans ses mains, certains en rythme, Sammy à contretemps, la buvette ne désemplit pas et un petit blondinet devant nous tente de tromper son ennui en usant de deux gobelets comme de cymbales improvisées. Bref, tout le monde participe. Car les fêtes de la vigne, qui mettent à l'honneur un folklore parfois décrié, mais visiblement toujours plébiscité, marquent également le début des vendanges. D'où le nom en rapport avec la vigne. Il n'y a pas de hasard.




L'Afrique du Sud a gagné le prix du public, Cuba et la Roumanie la médaille d'or du festival ; Panama n'a eu que la médaille d'argent, mais, de ceux que nous avons vu, c'est le ballet que nous avons préféré. Robes à frou frou et souliers plats s'allient pour une danse sensuelle et colorée. Les robes virevoltent, les danseurs s'éloignent et se rapprochent, les visages se frôlent, c'est toute la parade de l'amour et le jeu de la séduction qui sont ainsi rejoués au travers de cette danse.

La musique, les couleurs et l'amour. Tout cela valait bien une chronique non ?

31 août 2007

Ca dayblogue pas mal aujourd'hui !

Alors comme ça, il parait que c'est le Blog day ; qu'il faut citer 5 blogs, expliquer pourquoi on le fait, en dire du bien, tout ça. Il parait même que ce serait la troisième édition de la chose. On m'dit jamais rien à moi d'abord. Et puis pourquoi en anglais ? Pourquoi ne pas baptiser ça "Jour des blogs" ? Voire Un blog par jour, et tout le monde sera content.


En attendant que cet affront à la langue française soit corrigé avec toute la sévérité que la loi Toubon permet (voire plus, je rappelle que c'est la troisième fois, nous avons donc affaire à des multirécidivistes, et on ne plaisante plus avec ça), c'est à mon tour de vous proposer 5 escales sympathiques.

Je me suis efforcé de choisir des blogs dont je n'avais jamais parlé, et ne figurant pas dans ma colonne de droite (Olivier parlant couramment de sa désormais fameuse colonne de gauche pour désigner les blogs ajoutés à sa liste de blogs amis, je ne vois pas pourquoi je ne parlerais pas de ma colonne de droite) ; dans le même ordre d'idées, je n'ai pas choisi des blogs déjà suffisamment
connus pour ne pas avoir besoin de davantage de publicité.
  • Another look on the world : à en croire le petit mot qui figure juste sous le bandeau, vous êtes les bienvenus chez Sarpedon, que vous soyez d'accord avec lui ou pas. Mais une chose est sûre, ce n'est pas lui qui changera d'avis... L'auteur de cet obscur blog se présente lui même comme le dernier des Mohicans à défendre l’orthographe et la syntaxe ; je ne serais
    donc que l'avant dernier. C'est rassurant. En plus de toutes ces qualités, il m'a qualifié de blog remarquable ; je pense que cette seule mention devrait vous convaincre d'aller le voir !
  • Droits des enfants : le droit des enfants, vu par un juge pour enfants - Jean-Pierre Rosenczveig, le président du tribunal pour enfants de Bobigny. Ou quand l'analyse juridique la plus pertinente s'allie au bon sens. A lire en complément du désormais incontournable maître Eolas.
  • Comment écrire un roman : découvert sur le blog de Sarpedon ; vous apprendrez toutes les raisons pour lesquelles il ne faut pas écrire un roman. Et si vous n'êtes pas trop découragés, vous aurez droit à quelques conseils du maître des lieux sur les écueils à éviter. Et des textes à lire et à commenter, et de l'actualité littéraire, et quelques dessins d'incipits où il faut deviner de quel livre il s'agit. Bref, rien que du bon !
  • Ma vie sur les planches : le blog dessiné d'un comédien qui fait des dessins, à moins qu'il ne s'agisse de celui d'un dessinateur qui est aussi comédien. Très drôle, souvent bien vu, il met en scène son quotidien avec ironie et autodérision. Avec quelques mauvais jeux de mots en prime ! Puisque c'est lui qui le dit !
  • Everland : encore des dessins ! Et encore une double compétence. Martin Vidberg est instituteur et dessinateur, et chez lui, tout le monde est dessiné en forme de pommes de terre. Même les cases des minis BD ont quelque chose de patatoïde. C'est plus qu'un concept, c'est drôle. Mais je persiste à penser qu'il devrait signer Vico.

30 août 2007

Meet the world, dessinez votre drapeau

On peut tirer beaucoup de profit d'un canular. Il peut faire rire, il peut être une source d'inspiration pour écrire sur son blog et, pour peu qu'il soit le fait d'un artiste, il peut aussi faire réfléchir.

Ainsi, en 2005, l'information selon laquelle le diplomate norvégien Charung Gollar aurait présenté devant les Nations Unies 8 images dérivées de drapeaux symbolisant les problèmes sur Terre a parcouru le web, avant d'être commentée, illustrée, expliquée et démentie.


Car Charung Gollar n'a jamais existé et les images exemplaires, qui devaient valoir au valeureux diplomate le "prix Nobel de marketing politique" (ça en jette hein ?) sont l'oeuvre d'un jeune artiste brésilien du nom de Icaro Doria réalisée pour le magazine brésilien Revista Grande Reportagem, qui doit être le National Geographic local.

Le principe est simple : si un drapeau devait représenter, à la manière d'un diagramme, les problèmes du pays qui l'a choisi pour emblème, que pourrait-il dire ? Ces images datent de 2005, évoquent l'année 2004, et sont encore d'actualité en 2007. Hélas.

J'aurais pu me contenter du lien qui précède (ou de celui-ci) et vous laissez admirer les drapeaux et leur commentaire en anglais, mais j'ai voulu m'amuser un peu, et ressortir le Google page creator. Pour voir ce que ça donne.

Voici donc ma page consacrée aux drapeaux de Charung Gollar.

Vous constaterez sûrement qu'il manque à la collection un drapeau qui vous est familier. Mais si, réfléchissez bien. Il flotte aux frontons de la mairie et il sera peut-être un jour obligatoire de le saluer tous les matins dans la cour de l'école de sport... Je vous propose donc de vous aussi, dessiner votre drapeau français à la manière de Charung Gollar. Les plus mieux bien seront publiés ici, avec l'accord de leurs auteurs, bien sûr.

A vos idées !
(et merci d'éviter les allusions trop directes à la situations politique actuelle... les allusions pas trop directes par contre, vous pouvez !)

Logique !

Quelque part dans la campagne de Bourgogne...
Des champs d'un côté et de l'autre de la route, un cimetière en contrebas. Moi : Ah ben si il y a un cimetière, c'est qu'il y a de la vie !
Logique, non ?

24 août 2007

Chronique des chiens errants

Amis pauvres qui encombrez nos trottoirs, vous allez trop loin. Ce privilège que vous vous arrogiez, étaler votre misère à la face des honnêtes gens, n'a que trop duré. Comprenez-vous ? Il faut que cela cesse. Tenez-vous le pour dit : vous gênez. Le temps où il nous suffisait de tourner la tête pour épargner à nos yeux le spectacle de votre lamentable présence est révolu. Les temps changent, que voulez-vous. Non pas que les cervicales de nos concitoyens soient plus délicates qu'autrefois, ou que vous soyez devenus si nombreux, que tournant la tête de droite à gauche ou de gauche à droite, dans un mouvement qui symbolise à lui seul notre refus, nous soyons malgré tout contraints de vous voir. Non, la vérité est bien plus simple : on ne veut plus de vous dans nos villes.

Prenant conscience de la gravité du problème, et de l'urgence véritablement humanitaire qu'il révèle, certains édiles courageux ont mis en oeuvre les mesures qui s'imposaient, en vous interdisant de mendier en centre-ville. C'est que vous faites tache dans le décor, voyez-vous. Voir traîner vos guenilles sur les pavés tout neufs des quartiers piétonniers, c'est pas bon pour l'économie, le tourisme, l'image de marque, tout ça. Ca fait sale pour tout dire. Vous comprenez ? C'est pas méchant, on a rien contre vous, on veut juste que vous alliez tendre vos mains sales quémandeuses un peu plus loin. Pourquoi n'allez-vous pas sur les boulevards périphériques ? Avec toutes ces voitures qui passent, c'est bien le diable si il ne se trouve pas quelqu'un pour vous écrasez s'occuper de vous ! Un peu comme les chiens que l'on abandonne au bord de ces mêmes routes, il y a toujours un imbécile une âme charitable pour les recueillir.

Regardons les choses en face ; vous passez votre vie assis par terre, vous attendez que votre pitance tombe de la main de ceux qui marchent devant vous et, il faut bien le dire, vous sentez mauvais. Vous causez aux narines des honnêtes gens une gêne olfactive anormale. Bref, vous êtiez comme des chiens et désormais vous serez des chiens. Voilà pourquoi nous avons décidé d'user à votre endroit de la même attitude qu'avec nos chiens - et vous ne pouvez pas dire qu'ils sont maltraités. Nous serons cléments, mais fermes. Vous allez voir qui est le maître, et on va vous faire comprendre quels sont les lieux qui vous sont interdits. Et comme vous revenez sans cesse, au mépris des règles par nous instituées, nous allons acheter du répulsif, et le répandre dans les lieux où vous avez l'habitude de prendre vos aises. C'est un peu le même procédé que l'on utilise pour empêcher les chiens de pisser sur nos vitrines. Ou pour chasser les rats. C'est un produit pour éloigner la vermine en fait.

Et c'est un produit français, voyez comme on fait bien les choses.

***

Il y a des jours comme ça, où lire le journal me donne la nausée...
Et trois liens pour la même info, c'est pour être bien sûr qu'elle soit toujours visible ; l'ironie n'est pas toujours bien comprise...

20 août 2007

Buffon mettait-il du vernis à ongles ?

Connaissez-vous le service Google recherche de livres ? Le contraire serait étonnant, car voilà une initiative qui a fait couler beaucoup d'encre et de salive, fussent-elles virtuelles. Le projet consiste plus ou moins à numériser quelques millions d'ouvrages stockés par les bibliothèques américaines du monde entier. Branle-bas de combat dans les milieux autorisés à penser, éditeurs, auteurs et tous ceux qui avec les livres font leur beurre. Personnellement, je n'arrive pas à me convaincre que numériser un exemplaire de L'histoire naturelle de Buffon puisse porter préjudice à un auteur mort depuis plus de deux-cents ans, ni à un auteur pas encore mort, ni aux très-hautes institutions bibliothécales françaises, louée soit la BNF, amen.

Mais la question du jour n'est pas là. Comme je recherchais le livre cité ci-avant, non pas pour me livrer à un travail de sape de notre belle culture française, mais plutôt pour me cultiver à peu de frais, je suis tombé sur rien de moins que la main aux ongles vernis et manucurés en train de le numériser.


La lisibilité du texte en pâtit indéniablement, mais l'image en valait la peine, non ?

Quoi qu'il en soit, Buffon, c'est bon, mangez-en lisez Buffon, le style précieux et chantourné de la langue du XVIIIème décrivant les us et coutumes du hérisson ou du castor sont d'une lecture délicieuse. Et Georges-Louis Leclerc de Buffon est né à Montbard, ce qui n'est certes pas une raison suffisante pour le lire, mais néanmoins nécessaire pour que je m'intéresse au personnage !

16 août 2007

En sortant du cinéma...

Hier, en sortant du cinéma, Chérie de Sammy et moi-même avons vu une jeune fille portant un rat (en fait deux) sur l'épaule. Sur l'épaule gauche, mais je me demande si c'est vraiment capital comme précision. Ce qui fait le piquant de l'histoire, c'est que nous venions de voir Ratatouille...


Allez vous aussi le voir pour comprendre à quel point le rapprochement est drôle !