27 août 2010

Chronique réunionnaise

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !


Je me permettrais de contredire respectueusement Baudelaire : le monde est plus grand qu'on ne le croit généralement, c'est en se rendant sur place qu'on prend le mieux la mesure de la chose. Inutile de se munir de son double-décamètre, ni du mètre-ruban chippé à une mamie couturière ; l'immensité du monde se constate par le temps que l'on met à le parcourir, et par les espaces infinis -dont le silence éternel effrayait tant Pascal, qui n'a jamais voyagé que de Clermont-Ferrand à Paris, comme bon nombre d'Auvergnats- que l'on découvre, les jambes en coton et le souffle coupé, une fois arrivé à destination.

Ainsi en va t-il de la Réunion. Sous les lampes, à la lumière crue des chiffres, la Réunion, ça ne parait pas bien grand : tout juste 2512 km². Pour donner un ordre d'idée au lecteur ignorant des merveilles de la géographie, c'est trois fois plus petit que le département de la Côte d'Or. Mais si l'intérêt des voyages résidait dans le seul plaisir de la comparaison, on se contenterait de feuilleter son atlas au coin du feu au lieu de passer une dizaine d'heures dans un avion. Ou alors on laisserait les géomètres en faire le récit. Ce qui serait prodigieusement ennuyeux. Les quelques lecteurs têtus fréquentant encore ce blog prendraient virtuellement leurs jambes à leur cou, sans doute quelques uns se feraient mal en se prenant les pieds dans ceux, fort peu virtuels, de leur bureau. Les plus âgés se casseraient le col du fémur. Les autres l'astragale. Voire les deux sésamoïdes. J'en concevrais une amertume désolée et un profond remord. Peut-être même aurais-je des crampes d'estomac.

Evitons cette catastrophe. Partons à la Réunion.

L'idée même de la Réunion est dans la montée. Dans cette île aux milles charmes, elles font l'agrément des routes. Elles sont en épingle à cheveux. On les passe en première, le moteur rugit, les oiseaux s'envolent en jacassant à travers les frondaisons épaisses, le conducteur transpire. Les autochtones, plus au fait de la chose, roulent posément à gauche à une allure n'excédant jamais les capacités du véhicule. Pas plus de 80 kilomètres par heure dans les descentes les plus dangereuses. La prudence est une des nombreuses vertus créoles.

Mais le plus extraordinaire réside dans la grande diversité des paysages, des climats, des reliefs. Sur ce territoire de taille réduite (il me semble l'avoir signalé plus haut, j'espère que tout le monde suit), on passe, presque sans s'en rendre compte, de la plage à la montagne ; de la chemisette au pull à manches longues. En polaire, pour mieux se protéger du vent, qui commence à se faire frais dès que l'on prend un peu de hauteur. Ceci est d'autant plus vrai que si les maisons du littoral se passent assez facilement de chauffage, les habitations des hauts ont ceci de commun qu'elles possèdent toutes une cheminée. Autour de laquelle on est content de se rassembler, une fois la nuit venue. Vers cinq heures du soir. Car la nuit tombe vite, à cette latitude.

Voilà pourquoi l'on peut, sans craindre de tomber dans un des clichés les plus éculés du tourisme de masse, qualifier la Réunion de terre de contrastes. Les quatre éléments semblent s'y être donné rendez-vous : le feu d'un volcan toujours actif, la terre qui porte une végétation stupéfiante, l'air plus ou moins vif selon l'altitude et la mer tout autour, qui fait son boulot de mer, avec houle, embruns et rouleaux venant se fracasser contre une barrière de corail symbolique. Ils se mélangent régulièrement : le volcan s'écoule dans la mer, les cascades dégringolent le long des pentes vertes, la végétation repousse dès que la lave a refroidi. Ce qui prend malgré tout plusieurs années. La dernière coulée a eu lieu en avril 2007. Lorsque l'on se promène sur place, la température s'élève encore de quelques degrés. Quand il pleut, l'eau s'évapore en fine fumerolles de vapeur. Les gens du coin font cuire des steaks sur cette pierre hier liquide. Peut-être des brochettes. Ou alors des chamallows piqués ou bout d'un bâton. Ce qui est sûr, c'est qu'une branche entrée dans un trou en ressort enflammée. On voit par là que le volcan partage activement sa chaleur.

C'est un trait qu'il a en commun avec les habitants de l'île. L'accueil créole est chaleureux et spontané, on se retrouve à parler à bâtons rompus (car on a coupé le bout qui avait pris feu sur le volcan) avec quelqu'un qui était un parfait inconnu quelques minutes plus tôt. Au coin du feu, si on est dans les hauts, sur la varangue si on est sur le littoral. Conversation qui se poursuivra autour d'une table bien garnie  en cari poulet, rougail tomate ou achards de légumes. Pour le touriste, la découverte commence par la dégustation des mots.

08 juillet 2010

Le travail, c'est la santé ?

Aussi court soit le trajet, j'aime bien écouter la radio en voiture. Musique ou informations, ça dépend des périodes, mais j'en retire toujours quelque chose, air entêtant qui ne me ressortira pas de la tête avant plusieurs heures, ou détail... qui connaîtra le même sort.

Ces jours-ci, je suis dans la période infos. France info pour être précis. Et hier mercredi, jour de questions au gouvernement à l'Assemblée Nationale, il était question du "supplice chinois" que subissait celui-ci ; la faute aux questions embarrassantes relatives aux tourments actuellement endurés par son ministre du travail.

On ne saurait mieux dire, et voilà qui ne manque pas d'intérêt contrairement à ce que l'on pourrait croire au premier abord. Saviez-vous en-effet que le travail, étymologiquement parlant, est assimilable à la torture ? 

Voilà qui mérite une explication. 

D'après mon beau, gros et bon dictionnaire Le Robert (grande est la langue française, Alain Rey est son prophète), le mot travail a deux sens principaux, duquel les autres découlent : 

1. Vx (Seul sens courant du XIIe au XVIe, vieilli au XVIIe) Etat d'une personne qui souffre, qui est tourmentée ; activité pénible.

2. v. 1210 ; du bas lat. trepalium, var. de tripalium "instrument de torture", du lat. class. tripalis "à trois pieux"

De là à dire que nos édiles sont soumis à la question par la faute du ministre de la torture, il y a un pas que je ne franchirai qu'en pensée, pour le plaisir de la rêverie...

Sans rentrer dans des considérations politiques -qui viendraient attrister la rêverie ci-avant évoquée- je ne pense pas que la perspective des vacances qui approchent soit d'une quelconque consolation pour les protagonistes de cette ténébreuse affaire ; toutefois, ils pourront s'ils le désirent se raccrocher à un espoir un peu vain, dispensé une fois encore par ce même dictionnaire : les vacances, c'est la période où l'on arrête les travaux, partant, la torture :

I Au plur. Vacances (de vacant "absent ; oisif") 1. Dr. Période où les tribunaux interrompent leurs travaux.

Vous les souhaitant à tous bonnes et ensoleillées, je vous donne rendez-vous dans quelques semaines pour de nouvelles aventures lexicales !

02 juillet 2010

Le vendredi c'est permis : Star Wars résumé en 3 GIF

Il fait chaud, je ne suis absolument pas en état d'écrire quoi que ce soit de remarquable (et de toute façon, je n'en ai ni le temps ni l'énergie depuis quelques semaines, ça ne vous aura pas échappé), ce qui fait autant d'excellentes raisons de vous encourager à la procrastination avec ces trois magniveilleux gifs animés, résumant la trilogie Star Wars (les épisodes IV, V et VI, what else ?).




via Korben, mais déjà vu ailleurs avant.

Et n'oubliez pas : Mangez Buvez (de l'eau !) Bougez Restez à l'ombre !

24 juin 2010

Quand Hugo Pratt illustrait l'île au trésor

Il y a quelques semaines, j'ai relu L'île au trésor, un peu comme on se replonge dans un morceau d'enfance. Inutile de dire que j'y pris un plaisir extrême. Long John Silver n'a pas trop vieilli, toujours en grande forme malgré sa patte folle.


Afin de prolonger un peu le plaisir, j'ai fait une petite recherche sur ces mots clés dans Google ; je suis tombé sur une page de ce site consacré à Hugo Pratt, et ai découvert qu'il avait illustré quelques éditions du livre.


 Un bon moyen de prolonger un peu le plaisir de la lecture ; je ne pouvais que vous le faire partager.

26 mai 2010

Accident de la consommation

Il a environ quatre ans, deux grands yeux innocents, une tête blonde n'arrivant pas plus haut que l'épaule de son papa accroupi à côté de lui, et beaucoup d'espoirs qui seront bientôt déçus par l'effort conjugué de la coupe du monde de football, d'une grande surface, et d'un zeste d'inattention paternelle.

Mais reprenons cette historiette a son commencement.

La coupe du monde qui s'annonce, hormis nous polluer l'été sous ses remugles footbalistiques, rend encore plus insupportable la corvée rituelle des courses, en se surimprimant au décor consumériste, à grand renfort de marketing et d'opérations promotionnelles diverses.

Ainsi les magasins Croisement(1), non content d'espérer la défaite des bleus, organisent-ils un jeu indexé sur la valeur ou la qualité des produits achetés ; selon un barême que j'ignore, on se voit attribuer après passage en caisse un certain nombre de figurines aimantées, présentées dans un emballage plastique très développement durable(2) contenant également un petit papier où figure un code barre, à flasher soi-même(3) devant une borne facilement repérable grâce aux nombreux chariots attirés par l'espoir insensé de gagner un T-shirt aux couleurs de l'équipe de France, un porte clé Estelle Denis qui fait pouet, les chaussures de Raymond Domenech, ou le sifflet officiel de l'arbitre ; ou peut-être même, pour les plus chanceux, un bon d'achat qui leur permettra de revenir jouer demain.



Ce jour là, comme j'étais passablement en retard et donc plus à ça près, je décidai d'éprouver ma chance et ma patience en m'insérant dans la file des chariots encalminés devant l'écueil. Je ne savais alors pas que je m'approchai du drame.

Le papa, que nous avons précédemment décrit comme accroupi, est en train de fouiller dans le carton servant de réceptacle aux tickets perdants. Je comprends la situation et reconstitue l'histoire au fur et à mesure que j'arrive à leur hauteur ; le règlement, aussi strict que mal expliqué, prévoit que le ticket gagnant doit être présenté à l'accueil. La machine délivrant un autre ticket (il y a une fente sous l'écran), papa a jeté le code barre salvateur.

Damnation : plus ce Sisyphe de supermarché fouille dans sa boîte, plus la vague de chariots l'encerclant vient rajouter de tickets invalidés. Il abandonne ses efforts pourtant méritoires peu après que j'ai passé mes propres tickets, bien sûrs perdant. Je m'éloigne en louvoyant entre les nouveaux candidats alors qu'il explique au bambin que le merveilleux cadeau qu'il pensait déjà tenir de ses petits doigts potelés, c'est rapé.

Je ne verrai pas le drame s'accomplir.

Épilogue :

L'autre jour, à la boulangerie, comme j'achetai, pour pallier à l'absence d'une baguette normale, un de ces pains copyrightés genre campanillette ou autre appellation fleurant bon la campagne telle que se l'imaginent les publicitaires, j'ai eu droit à une carte à gratter.

J'ai gagné un calepin. J'en tirai un plaisir extrême. C'est tout de même plus utile qu'un T-shirt aux couleurs de l'équipe de France, un porte clé Estelle Denis qui fait pouet, les chaussures de Raymond Domenech, ou le sifflet officiel de l'arbitre...

***

(1) le nom de cette grande surface positiviste a été habilement maquillé pour ne pas lui faire de publicité. Sauras-tu la reconnaître, habile lecteur ?
(2) mais la mode est actuellement au bleu, pas au vert
(3) avis aux clients : vous pouvez aussi rentrer le code barre sur internet, c'est écrit en tout petit sur le ticket...
(4) jetez un œil à la pub, elle vaut le détour. Je suis au moins rassuré de ne pas être le seul à avoir été intrigué ; mais je m'étais dit que j'avais l'esprit mal placé

24 mai 2010

Polémique musicale du lundi : Viva la vida / Coldplay

Un petit Coldplay pour bien commencer la semaine ?


J'aime beaucoup cette chanson, c'est le genre d'air qui reste longtemps dans la tête.

D'ailleurs, je ne croyais pas si bien dire en commençant à écrire cet article ; regardez ce que j'ai trouvé :


Loin de moi l'idée d'alimenter la polémique, je suis pleinement conscient qu'entre le remix, le plagiat, l'inspiration plus ou moins consciente et l'hommage, les frontières sont souvent très minces ; tout au plus une question d'appréciation. 

Est-ce forcément à un juge de trancher ? A vrai dire, le sujet est très sensible... Lisez donc cet excellent récapitulatif dressé par Lionel Maurel, sur son non moins excellent blog S.I.Lex : Un plaisir toujours coupable : le mashup 

20 mai 2010

Ménage de printemps

Peut-être l'avez-vous remarqué, ou peut-être ne l'avez-vous pas remarqué, mais ça sent le neuf sur ce bon vieux blog de Sammy, le changement d'habillage n'étant que la partie la plus visible de ces transformations, qui  m'ont demandées un peu de travail.


Jugez par vous-même : j'ai ralingué les boutargues, drissé les étancoules, afouraillé les fibroches et rencroné les cormolants qui commencaient à valtoguer, avant de chiboucler les rapiots, agrandir le petit cormac et raccourcir le grand rabouliot ; et encore, ce n'était rien à côté de la micardière, dont le tripolant a été complétement débrogué et les fibroines déclatopées, mais vous l'aurez sans doute constaté par vous-même, je pense que c'est assez visible.


Par contre, et malgré plusieurs avis contraires, j'ai gardé mon vieux crasatin, un mécanisme génial, que beaucoup aujourd'hui échangent contre de tristes pigontiers, alors que ceux-ci ont des affélures en bicarde et des foupanières en tanite, tandis que l'ancien système, comme le sait tout un chacun, est entièrement monté en arpochon, avec un incroyable contre-balancier en zigraste. Mais j'ai bien conscience que c'est essentiellement une question de goût.


Assez parlé de technique, je sais bien que ça n'intéresse pas tout le monde. Pour le confort des visiteurs, je me suis déciddé à installer un raponiot et, même si j'étais d'abord réfractaire à cette idée, je dois convenir que ça rend plutôt bien, ne serait-ce que parce que ça augmente la pérodacèle du mitolan, ce qui est plutôt flatteur pour l'oeil.


Il y a encore, de-ci de-là, quelques autres changements mineurs, mais je vous laisse les découvrir par vous-même !


Bon blog à tous ! 


(Et n'oubliez pas votre pidacrèle en sortant, j'en récupère au moins cinq chaque semaine)

11 mai 2010

La fantasy chronique de Frank Frazetta

J'ai appris tout à l'heure, via Maëster, la mort, et donc l'existence rétrospective, de Frank Frazetta (1928-2010). Comme il a eu le bon goût de fournir des liens avec son dessin, j'ai pu commencer à réparer cette lacune dans ma culture générale.


Comme le laisse entendre Le comptoir de la BD, Frank Frazetta faisait partie de ces artistes dont l'œuvre, intégrée par la culture populaire, copiée, imitée, reproduite, est largement connue et diffusée sans que son créateur ne soit connu d'un large public. Un coup d'œil rapide sur sa production pourrait d'ailleurs le réduire à l'illustrateur attitré de Conan (avant d'être un film, c'était un livre), mais il n'en est rien.


Même si les gros musclés accompagnés d'amazones court vêtues sont sa marque de fabrique, il n'en demeure pas moins l'un des grand illustrateur de la fantasy et de la science-fiction au sens le plus large. 

Illustration pour Edgar Rice Burroughs 

Il a ainsi donné sa propre vision de Edgar Rice Burroughs, de Tolkien, de Vampirella, du space opera à la StarWars... Outre le barbare, un des thèmes récurrent de son œuvre est  la femme accompagnée de fauves, séductrice et dangereuse. Il serait dommage de le réduire tantôt à Conan le barbare, tantôt à The Death Dealer, qui semble toutefois être son personnage fétiche.

Illustration pour Tolkien

 The Death Dealer

Il a produit également quelques dessins plus légers, dont certains ne manquent pas d'humour, des nus très académiques, et quantité d'autres dessins et peintures couvrant de nombreux thèmes, mais avec une préférence marquée pour les mondes de l'imaginaire.


C'est désagréable de découvrir un artiste uniquement parce qu'il est mort. Mais c'est moins pire que de ne pas le découvrir du tout. J'espère que je n'aurais pas été le seul à apprendre quelque chose aujourd'hui.

 Autoportrait - 1962


Pour aller plus loin :

- Le comptoir de la BD, toute l'actu de la bande-dessinée
- http://frankfrazetta.org/, un beau site perso rassemblant des illustrations de Frazetta rangées par thème, la plupart de celles de cet article viennent d'ici et du site suivant
- La page Frank Frazetta sur The Art History Archive
- Le blog de l'illustrateur David Vicente

Un quart d'heure de gloire tous les matins

Feedly, cette extension Firefox qui permet d'afficher ses flux en page d'accueil dans un format magazine, est décidément une bien belle chose, en ce qu'elle permet de cultiver ma sérendipité. Sans rentrer dans les détails de cette merveille qui m'a fait abandonner mon cher Netvibes, disons simplement que ses possibilités de suggestions en fonction du thème de ce que vous êtes en train de lire sont assez sympas.

C'est ainsi que je suis tombé sur ce tweet de @DecouvrirParis,

qui m'a conduit au site en question, qu'il n'est dès lors plus besoin de présenter davantage : un parisien, qui se prend en photo, tous les matins. A 09h09. Pourquoi 09h09 ? Sans doute parce que c'est l'heure à laquelle il a publié son premier message.


Dès le deuxième, le monsieur s'interroge : tiendra t-il longtemps cette contrainte ? 2810 clichés plus tard, on peut  considérer que la réponse est positive.


En voyant ces photos, outre la légitime interrogation sur l'utilité de la chose (mais un blog étant par nature futile, il n'y a là qu'un côté paroxystique dans l'inutilité), et passé le sentiment d'admiration devant une telle ténacité, je me demande dans quelle mesure ces photos sont sincères, et dans quelles mesures elles résultent d'une mise en scène. 


Cependant, en parcourant le site au hasard, on comprend très vite qu'il habite vraiment Paris, qu'il a un goût certain pour les chemises improbables et qu'il est certainement ambidextre. Ces quelques éléménts mis à part, on ne saura pas grand chose sur les motivations profondes de cet acte gratuit.

Ca se passe ici : 09h09.blogspot.com C'est peut-être complétement stupide, c'est certainement inutile, c'est peut-être poétique. C'est ça qui est beau.

06 mai 2010

Quelques chiffres

On entend souvent qu'on peut faire dire ce qu'on veut aux chiffres. C'est vrai. Bien accomodés, présentés avec tout l'apparat de la vraisemblance, ils peuvent parfois faire passer l'illusion pour la vérité, et servir à convaincre un auditoire peu exigeant sur la qualité de la soupe qu'on lui sert.

Il n'empêche. Certains chiffres, même approximatifs, restent des faits, et peuvent servir de base à d'amères songeries pour peu qu'on s'y attarde un peu. 


C'est ce que je me suis dit l'autre jour, en me livrant à quelques rapprochements dérangeants. Je vous les livre sans commentaires, à vous d'en tirer les conclusions que vous voudrez.

Premier cas : si votre vieille maman meurt à l'hôpital, après avoir passé 7 ans dans le coma suite à une erreur médicale, il est possible que l'on vous envoie la facture : 100 000 €. (voir ici et ici)

Pour rappel, un président de la République touche, depuis 2007, 228 000 € (bruts) par an. (voir ici et ici) De quoi largement financer 2 comas pendant 15 ans.


Second cas : il y aurait, selon les sources, entre 400 et 2000 femmes "intégralement" voilées. Au secours, la République est en danger, décrétons la mobilisation générale et votons des lois pour empêcher cette abomination (à tant faire, allez donc voir ici, puis , et encore ici, de l'intelligence made in Eolas)

Pour rappel, il y aurait 47 500 femmes battues en France. 1 sur 10. Une femme meurt sous les coups tous les trois jours. La République n'est pas menacée, ceci relève du domaine privé, voilons-nous intégralement la face, tout va bien.


Troisième cas : s'essuyer les fesses avec un drapeau, ça revient beaucoup plus cher que rouler bourré...

Pour rappel, 4262 personnes ont trouvé la mort sur la route en 2009. Mais la protection du drapeau est sans doute plus urgente que celle des citoyens qu'il symbolise.

04 mai 2010

Actualité de Victor Hugo

Je viens de lire L'archipel de la Manche, longue digression semi-poétique qui sert de prologue aux Travailleurs de la mer ;  je trouve ce passage (Chapitre XVIII : Compatibilité des extrêmes) particulièrement intemporel et adapté à toutes les époques :

Arrivez, vivez, existez. Allez où vous voudrez, faites ce que vous voudrez, soyez qui vous voudrez. Nul n’a droit de savoir votre nom. Avez-vous un Dieu à vous ? prêchez-le. Avez-vous un drapeau à vous ? arborez-le. Où ? dans la rue. Il est blanc. Soit. II est bleu. Très bien. Il est rouge. Le rouge est une couleur. Vous plaît-il de dénoncer le gouvernement ? Montez sur la borne, et parlez. Voulez-vous vous associer publiquement ? Associez-vous. Combien ? Tant que vous voudrez. Quelle limite ? Nulle limite. Avez-vous envie d’assembler le peuple ? Faites. En quel lieu ? Dans la place publique. J’attaquerai la royauté ? Cela ne nous regarde pas. Je veux afficher ? Voilà les murailles. Pensez, parlez, écrivez, imprimez, haranguez, c’est votre affaire. Tout entendre et tout lire, d’un côté, cela implique, de l’autre, tout dire et tout écrire. Donc franchise absolue de parole et de presse. Est imprimeur qui veut, est apôtre qui veut, est pontife qui peut. Il ne tient qu’à vous d’être pape. Vous n’avez pour cela qu’à inventer une religion. Imaginez une nouvelle forme de Dieu dont vous vous ferez le prophète. Personne n’a rien à y voir. Au besoin les policemen vous aident. D’entrave point. Toute liberté ; spectacle grandiose. On discute la chose jugée. De même qu’on sermonne le prêtre, on juge le juge. Les journaux impriment : « Hier la cour a rendu un arrêt inique. » L’erreur judiciaire possible n’a droit, chose étonnante, à aucun respect. La justice humaine est livrée aux contestations comme la révélation céleste. L’indépendance individuelle irait difficilement plus loin. Chacun est son propre souverain, non de par la loi, mais de par les mœurs. Souveraineté si entière et si mêlée à la vie qu’on ne la sent, pour ainsi dire, plus. Le droit est devenu respirable ; il est incolore, inaperçu et nécessaire comme l’air. En même temps, on est « loyal ». Ce sont des citoyens qui ont la vanité d’être sujets.

28 avril 2010

Siné hebdo c'est fini... les pervers narcissiques, ça continue

“Les jeux sont faits, les dés sont jetés, rien ne va plus… On ferme !” Siné 

En ce jour de fin de Siné hebdo, je publie cette vidéo d'un extrait de conversation entre Boris Cyrulnik et Guy Bedos. Je pense que ça va parler à tout le monde.

Juste une citation : "On ne peut pas arriver à un poste de responsabilité si on a trop d'empathie*"




Et n'oubliez pas : "Si c’est la fin de Siné Hebdo, ce n’est pas la fin des haricots !"


*Pour en savoir plus sur le concept d'empathie : De chair et d'âme du même Cyrulnik.

23 avril 2010

Attention au phishing Twitter !

Voilà ce que je viens de trouver en jetant un petit coup d'œil préventif dans mes spams Gmail :


Vous remarquerez que la chose imite très bien le look Twitter. Prudence donc. 

Et pour ceux qui douteraient de l'arnaque, et bien que l'url réelle du lien ne laisse pas de place pour le doute, voici ce que ça donne si on s'obstine, et choisit malgré tout de cliquer sur le lien :



Petit plus spécial noobs
- Définition du phishing
- Téléchargez Firefox 3 pour être protégé !

21 avril 2010

Le mauvais goût est-il passible d'amende ?

Une photographie représentant un homme, mimant l'acte de s'essuyer les fesses avec un drapeau français, doit-elle signifier pour son auteur une condamnation à une forte amende ? Et quel devrait-être le montant de cette amende ? La question mérite d'être posée.

Mais jugez plutôt. Je viens de découvrir cette histoire par hasard (ou plutôt par sérendipité) : la Fnac de Nice organisait un concours photo sur le thème du politiquement incorrect et cette photographie, qui semblait remplir tous les critères pour l'emporter, n'a obtenu que le coup de cœur du jury.


Alors que le cliché gagnant, représentant une femme enceinte en train de fumer, n'a pas suscité de polémique démesurée(1) (il serait apparemment plus grave de fumer dans un film), celle en train de grossir autour de celui-ci prend des proportions inquiétantes, mais accouchera probablement d'une souris, comme d'habitude. 

Sitôt reprise par l'édition locale du quotidien gratuit Metro, l'image a provoqué l'ire de blogs "patriotiques"(2) puis de divers responsables politiques, dont certains se sont carrément "lâchés" - je n'en dirais pas plus, voyez les citations sur le blog de Jean-Jacques Bourdin. Mais désormais, l'affaire est remontée jusqu'à MAM, qui a décidé de porter plainte contre les auteurs de cet "acte inadmissible".

Et c'est là que je suis chiffonné.

On peut avoir les opinions qu'on veut, et attacher de l'importance à un symbole ; personnellement, je trouve cette photo de mauvais goût, mais répondant parfaitement aux critères du concours. Les réactions qu'elle provoque le montrent assez bien.

Histoire de recadrer un peu les choses, prenons des éléments de comparaison. Si , au volant de votre bolide, il vous venait l'idée de dépasser de 50km/h la vitesse autorisée (ce qui est énorme), vous encourrez une amende de 1500 € ; si, toujours au volant, vous vous faites prendre sous l'empire d'un état alcoolique, pour reprendre la poétique expression du Code de la route, il vous en coûtera 4500 € (que les pénalistes ne s'offusquent point, je simplifie volontairement).

Mais pour outrage à la Marseillaise et au drapeau français, vous risquez six mois d'emprisonnement et 7500 € d'amende. C'est ce que prévoit l'article 45 bis de la loi sur la sécurité intérieure du 18 mars 2003(3). L'avocat interrogé par 20minutes affirme sans rire, que "C’est le seul fondement sur lequel on peut agir".

En-effet. Je pense moi aussi que les autres sont un peu trop vieux pour le panpan culcul...

***

1/ A telle enseigne que je n'ai pas pu trouver trace du cliché gagnant sur le web...
2/ On va dire comme ça
3/ Article non applicable en l'espèce, la décision du Conseil Constitutionnel du 13 mars 2003 excluant de son champs d'application les oeuvres de l'esprit (lien : considérant 104) Voilà pourquoi, une fois de plus, la montagne démagogique accouchera d'une souris...

20 avril 2010

Un auteur du tonnerre Dedieu

Thierry Dedieu est un auteur et illustrateur pour la jeunesse que j'ai découvert de façon assez paradoxale : à cause de ses ennuis.
Les jours de ma vie d’auteur sont comptés, je suis en sursis. Je me sens dans la peau d’un diplodocus juste après la collision avec l’astéroïde, De Gaule après Mai 68, Mesrine coincé dans les embouteillage,porte de Clignancourt.« On » me fait comprendre que je fais des bouquins comme il y a dix ans, quand on pouvait se permettre de faire des livres sans princesse, sans lutin et sans dauphin. Fini. Terminé. Retour vers le futur.

Voilà donc un auteur qui fait des livres de grande qualité, et auquel on propose l'alternative suivante : arrêter tout de suite ou faire du "commercial". Rendez-vous compte : cet insensé refuse d'inclure des fées, des vampires, des licornes ou des poneys dans ses histoires ! Rien qui puisse servir de passe à de lucratifs produits dérivés, de la gomme imprimée à la trousse scintillante, en passant par le cahier, le cartable à colorier et l'album à scratch, à moins que ce ne soit l'inverse.

Mais il parait que ça va mieux. Il vient de recevoir le prix Sorcières, décerné par l'ALSJ (association des librairies spécialisées pour la jeunesse) pour l'ensemble de son travail de 2009. Espérons que cela lui permettra de sortir de ce cycle infernal de la qualité qui ne fait pas vendre...


En parcourant son blog, j'ai trouvé un lien vers Dedieu à l'école, où il expose le résultat de ses travaux avec des enfants, lors de ses interventions dans les écoles ; je trouve que cela fait un bon prolongement à mon billet sur le musée des enfants, ce qui tend à prouver que décidément, les enfants ont du talent.



Les images présentées dans cet article sont l'œuvre des enfants (sauf la première !) ; elles sont extraites des articles des blogs de Thierry Dedieu déjà cités.

09 avril 2010

Un air de famille

Il y a environ un an, j'ai évoqué le travail du photographe Bobby Neel Adams, qui associait des visages par moitiés : le père et le fils, le mari et la femme, ou bien encore la même personne à deux âges de sa vie.

Je suis tombé récemment sur le blog de Cali Rezo, graphiste, qui s'est essayée à cet exercice avec des générations d'acteurs et d'actrices. 


Le résultat du montage est souvent bluffant.


J'avoue que je ne connaissais pas toutes ces filiations... Pour les Delon, Douglas, Birkin/Gainsbourg, je pense que tout le monde sait, mais j'ai découvert des familles au passage... Quand ils disent "le cinéma est une grande famille", ce n'est pas qu'une métaphore !

Pour savoir qui est qui (si, comme moi, vous ne les auriez pas tous reconnus), voir les images en grand et découvrir un chouette blog, c'est par ici : De l'autre côté des cailloux

31 mars 2010

L'appel du meuporg

Comme vous en avez tous entendu parler, je ne reviens pas sur les faits. Ah ? Il y a en au fond qui n'ont pas suivi ? Vous dormiez ? Bon, leçon de rattrapage : un journaliste de Télématin, émission jeune, techno et geek si il en est, s'est lancé, l'inconscient, dans un long développement sur l'addiction vidéoludique, se terminant en apothéose lorsqu'il désigne le coupable de tous les maux dont souffre notre belle jeunesse : le meuporg.

Le quoi ? Mais le meuporg voyons :


Ah oui, quand même, hein ? Il a beau être matinal, il a mal.

Je sais, c'est facile de se moquer, mais j'avais prévenu dès le titre.

Depuis, dans un éclat de rire général, le barbarisme (ou le néologisme ?) a fait l'objet de multiples reprises, parodies, détournements, caricatures, dont cet excellent remix, trouvé hier soir sur Ecrans :


Depuis, c'est la gloire. Nathanaël de Rincquesen est en passe de devenir la nouvelle idole des jeunes, le meuporg a un site a son nom, ainsi que l'inévitable page Facebook qui va avec et... France 2 a acheté le mot clé chez Google.

La gloire vous dis-je.

26 mars 2010

La honte est sur nous et pas sur eux

Si je devais citer Me Eolas à chaque fois qu'il dit quelque chose que j'approuve, c'est bien simple, je passerais mon temps à ça. Heureusement pour l'intérêt tout relatif de mon blog, je m'abstiens la plupart du temps, me contentant de relayer sa bonne parole sur Twitter, Del.icio.us, parfois Tumblr, et sur ma liste de partage Google.

Rassurez-vous, je ne suis pas idolâtre pour autant, il m'arrive de n'être pas d'accord avec les opinions de l'avocat blogueur le plus célèbre de France - je me souviens notamment de son débat Twitter au sujet de la religion avec Jean Quatremer, qui m'avait particulièrement agacé. Mais on connait ma position sur la religion...

Mais sur la nouvelle polémique qui passionne les médias qui n'ont rien de mieux à raconter, la désormais fameuse "affaire Zimmer", je ne peux que partager son avis. Ca se passe ici.
 
Et tout ce que retiennent Eric Zemmour et Philippe Bilger, c’est l’origine ethnique des délinquants, comme si elle était pertinente. C’est s’arrêter à la surface. Et pointer du doigt toute une population qui partage ce trait physique majoritaire chez les délinquants. Comme si elle avait besoin de ça.


Regardez donc les grands criminels, ceux qui peuplent les assises, ceux qui violent ou tuent. Marc Dutroux est-il arabe ? Michel Fourniret et Monique Pelletier sont-ils noirs ? Francis Heaulme ? Didier Gentil ? Marcel Petiot ? Patrick henry ? Yvan Colonna ? Les tueurs de l’ETA ? Ou sans aller chercher les grands criminels, Céline Lesage, Véronique Courjault, Marc Cécillon puisqu’il faut bien que je parle encore un peu de rugby ? On me rétorquera Youssouf Fofana et Omar Radad ; mais je n’affirme nullement que les noirs et les arabes sont à l’abri du crime. Mais ôtez le moteur de la pauvreté et du désespoir social (et le crime de Fofana, avant d’être raciste, est avant tout crapuleux), et miracle, la part de la population pauvre diminue instantanément. Il n’y a pas de gène de la criminalité. En est-on à devoir rappeler de telles évidences ?

Les box des tribunaux correctionnels ne sont pas remplis de noirs ou d’arabes. Ils sont remplis de pauvres désespérés. C’était déjà le cas il y a un siècle, quand le blanc était la couleur dominante.

La France n’a pas échoué à intégrer les populations qu’elle a fait venir d’Afrique ces cinquante dernières années. Elle n’a même pas essayé. C’est cela que la couleur des prévenus nous rappelle à chaque audience. C’est que pas un seul d’entre eux, bien que né en France, n’a pensé une seule seconde qu’il avait une chance de devenir lui aussi médecin, avocat, juge, journaliste au Figaro ou avocat général.

La honte est sur nous et pas sur eux.

Encore un mot, malgré tout : n'accablons ni Zemmour, ni Bilger. A l'instar d'Aliocha, je pense que chacun doit pouvoir exprimer son opinion sans encourir les risques d'un lynchage, qui, fut-il virtuel, n'en reste pas moins violent.

Après tout, ce n'est pas parce que Voltaire n'a jamais dit la phrase suivante qu'elle ne mérite pas qu'on lui accorde de l'attention : 
"Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire."

24 mars 2010

Rêverie du bureau solitaire

Cet après-midi, j'avais pourtant des tonnes de bonnes intention. J'étais prêt à accomplir mon travail avec rigueur et honnêteté, me coltiner toutes les tâches un peu ingrates que je repoussai depuis plusieurs jours maintenant, et même téléphoner à ce gars qui doit m'expliquer comment faire pour débloquer le machin qui empêche le truc de fonctionner. Mais ne nous attardons pas dans de vaines précisions techniques.

Cet après-midi, j'aurais bien voulu travailler, mais je sens que, comme l'affirme l'expression consacrée, "ça va pas être possible". Mon couloir est devenu le dernier salon où l'on cause. Encore suis-je bien péremptoire de m'approprier ce lieu de passage, dont le seul lien avec ma petite personne se borne au fait de desservir mon bureau, au sujet duquel je me dois de faire la même remarque : il ne m'appartient que dans la mesure où j'y passe une bonne partie de mes journées.

Que faire contre l'insidieux bourdonnement ? J'ai bien tenté de me joindre à la conversation, mais j'ai fini par retourner vaquer à mes occupations, tout en me demandant si on vaquait aussi librement devant un écran d'ordinateur, qu'on le fait cheveux au vent et esprit léger dans un champ au printemps. 

C'est un exemple, on peut aussi vaquer dans les rues piétonnes et commerçantes d'un centre-ville en plein hiver, ou dans les allées mélancoliquement romantiques du Père Lachaise, qui est le plus beau jardin de Paris quel que soit la saison. Et je ne dis pas ça pour encourager les pilleurs de couronnes funéraires dans leur basse besogne, mais bien plutôt pour vous encourager à vous perdre dans le coeur de cette nécropole, jusqu'à en oublier Paris tout autour, le bruit des voitures assourdi par la distance et les arbres, et ne plus voir autour de vous que les troncs de ceux-ci, se balançant à peine au gré du vent, qui souffle moins fort ici que sur le boulevard.


Un jour d'inspiration fougueuse et créatrice, je vous parlerai plus longuement de ce lieu charmant et poétique, où le regret éternel s'allie assez souvent avec la découverte cocasse, quand ce n'est pas le culte du disparu célèbre.

Pendant que je mets la dernière main à cette chronique rêveuse, le vacarme dans le couloir s'estompe comme une mer qui se retire, la molle quiétude de papier et d'étude revient à pas feutrés, la vie ronronnante et rassurante de l'étage reprend son cours.

Et le téléphone, jusqu'alors étrangement silencieux, se remet à sonner. La pause est vraiment terminée.

15 mars 2010

Votre mission, si vous l'acceptez...

Rendre hommage à tous les disparus plus ou moins connus, c'est quasiment mission impossible quand on tient un blog...

Mais Jim Phelps Peter Graves est mort, et je ne peux laisser passer cette occasion de jouer un peu avec un générique ultra-célèbre, et les ressources du web... J'accepte cette mission !

Tout d'abord le générique de la série originale :



Une version symphonique :



Une reprise à la guitare électrique :

(je ne vous mets pas toutes les versions à la guitare, Youtube regorge de vidéos de ce type ; mais je ne peux résister à l'envie de vous envoyer voir le bon, la brute et le truand de la guitare sèche)

Et une autre... à l'accordéon !



La version a capella (un peu à la façon du générique des Simpsons déjà évoqué) :



Et une bonne vieille parodie des Inconnus pour la route :



Hommage accompli !

13 mars 2010

Pour saluer Jean Ferrat

J'ai appris tout à l'heure la mort de Jean Ferrat.

Bien sûr, ce n'est pas notre époque, c'est plutôt celle de nos parents - une pensée au passage pour mon papa qui l'aimait beaucoup.

Mais de Jean Ferrat je connais certaines chansons, sa passion pour Aragon, son engagement aux côtés du parti communiste -il en fut l'un des compagnons de route, comme beaucoup, un compagnon déçu, comme beaucoup, et critique, comme trop peu ; engagement à rattacher à un humanisme au sens large.

C'est un des chanteurs par excellence du français dans toute sa poésie, des valeurs humaines, et d'une certaine forme d'écologie, à une époque où le mot n'existait même pas. Notons au passage qu'il a eu l'élégance de se retirer de la scène il y a plus de 20 ans, contrairement à tant d'autres qui s'accrochent désespérément à leur vieille gloire étiolée.

Je vous propose ce soir une petite anthologie pour saluer le bonhomme.

Tout d'abord La montagne, chanson qui restera pour moi associée à Jean Ferrat. Ecoutez bien les paroles, c'est à propos de celle-ci que je parlais d'écologie. Mais on peut aussi parler de la désertification des campagnes, de la disparition du monde paysan, du mépris d'une certain France envers une autre. Paysanheureux, je pense aussi à toi ces jours ci.

La Montagne -  1964


Jean Ferrat, communiste ? Oui, mais pas un béni oui oui, comme il le disait oui même. Quelques preuves en musique.


Camarade - 1969
"Ce fut à cinq heures dans Prague
Que le mois d'août s'obscurcit"


Le bilan - 1980
A propos de ce bilan, que certains voyaient "globalement positif"...


Mais il y a aussi cette chanson, où la mot "camarade" prend tout son sens :
Potemkine - 1965


Jean Ferrat, né Jean Tenenbaum, que les nazis ont privés de père...
Nuit et brouillard - 1963



Mais Jean Ferrat, ce n'est pas que l'engagement politique, fut-il noble. C'est aussi l'amour, la poésie, l'hommage rendu à la femme, notamment à travers les vers d'Aragon.

Que serais-je sans toi - 1964


Aimer à perdre la raison - 1971




La femme est l'avenir de l'homme - 1975



Et terminons par un hommage rendu à un autre poète, à travers une chanson qui rejoint les préoccupations  politiques déjà citées plus haut :



Complainte de Pablo Neruda - 1994



Lorsque la musique est belle
Tous les hommes sont égaux
Et l'injustice rebelle
Paris ou Santiago

Nous parlons même langage
Et le même chant nous lie
Une cage est une cage
En France comme au Chili

10 mars 2010

Jazzy dans le métro

Avec plus de chance, j'aurais pu écrire cet article hier. Ça aurait été parfait pour la journée des droits de la femme(1). Seulement voilà, je ne suis tombé sur cette ténébreuse affaire que cet après-midi.

De quoi s'agit-il ?  D'une femme nue dans un chariot de supermarché(2), agrémentée de la mention "J'accuse". Le tout étant la couverture du dernier album de Damien Saez, que je découvre d'ailleurs à cette occasion. C'est mon côté jeune et con, sans doute.

Prévue pour être affichée dans les couloirs du métro, afin de promouvoir l'album et le concert du chanteur, elle a été censurée. Enfin, non, ce mot n'est pas dans l'air du temps, ce temps hypocrite et bien pensant dans lequel nous vivons. L'image n'a donc pas été censurée, elle a été refusée par les sociétés d'affichage -vous voyez bien que ce n'est pas pareil.


Voici donc l'image, disons carrément le corps, du délit. Fallait-il cacher ce corps ? Nos âmes pudibondes allaient-elles en être troublées ? Notre belle jeunesse allait-elle être pervertie ? Saez serait-il un nouveau Socrate ?

Mais alors, pourquoi cette image a t-elle été refusée par de vertueux publicitaires (nommons-les, ils le méritent : CBS Outdoor, Clear Channel, Decaux et Mediatransport) effarouchés par tant d'impudicité ?  Car elle est, prenez vos pincettes stériles et ouvrez les guillemets avec précaution "dégradante pour l’image de la femme" et "contraire à la recommandation 'Image de la personne humaine'"

Je vous laisse reprendre votre souffle et on repart.

Je vais vous dire comment j'interprète cette image : c'est une dénonciation -violente pour l'ego du publicitaire moyen- de la marchandisation du corps de la femme. Une évocation par l'exemple de la façon dont on utilise le nu, le sexe, l'érotisme pour vendre tout et n'importe quoi. Surtout n'importe quoi d'ailleurs.


Je plains Saez, victime, après Tati, Malraux et Gainsbourg de la bêtise ambiante. D'autant plus que le droit de riposter lui a également été refusé ; sa deuxième affiche n'a pas eu l'heur de plaire non plus. Même si là, on peut comprendre pourquoi.


Je vous invite à lire sa réponse publiée par Rue89 :
Alors que le vulgaire à outrance et les illégalités font rage sur chaque devanture et dans ces mêmes couloirs de métro, alors que nous vendons nos chairs, à tort et à travers, pour n'importe quel inutile qu'il faudra vendre aux enfants, alors que la femme n'a jamais été autant méprisée dans sa qualité d'être humain autre que celle d'être une chatte béante dans laquelle on refourgue tous les artifices du nouveau monde, voilà que les petits capos voient de l'outrage quand le féminisme est à son expression la plus pure.
Autre réplique cinglante piochée sur le site des Inrocks :
Je n’ai pas la sensation que les couloirs de métro m’aient attendu pour dégrader l’image de la femme. Avec le J’Accuse dessus il n'y avait pas de doute possible. Il s'agissait d'utiliser la pub pour lutter contre la pub.
On ne saurait mieux dire. Il y a même des preuves.

Si vous en voulez encore plus, je vous conseille un petit tour du côté du Pire de la pub.

Ce n'est pas très grave en soi. C'est juste révélateur de l'état d'une société.

La nôtre.

***

Le titre va faire plaisir à Olivier, qui aime bien que l'on parle de Raymond Queneau ;)

(1) Et non pas "Journée de la femme" comme on l'entend un peu partout
(2) Eh oui, 'caddie", c'est une marque déposée

08 mars 2010

En musique : La liste / Rose

Tous les goûts sont dans la nature, n'est-ce pas ? Alors libre à vous de ne pas aimer cette chanson ; pour ma part j'aime beaucoup.

Il y a plusieurs raisons à cela. La plus évidente est sans doute la jolie voix de la demoiselle, mais à force d'écouter cette chanson, je me suis dit qu'il y avait autre chose. Alors j'ai cherché les paroles, et j'ai compris : cette liste de choses qu'elle veut faire, ça me rappelle Je l'aimais, le roman d'Anna Gavalda.

Chérie de Sammy comme moi-même avons beaucoup aimé le livre et le film, et avons notamment retenu cette scène déchirante où une femme écrit la liste des choses qu'elle aimerait faire avec un homme qui n'est pas assez présent pour elle...

Si vous n'avez pas le temps ou pas l'envie de regarder le film, lisez au moins le livre, il n'est pas bien gros, mais la qualité ne se mesure pas à l'épaisseur, même si j'ai apprécié Ensemble c'est tout... (non, ce n'est pas paradoxal)


Maintenant, vous pouvez trouver, comme l'un des commentateurs sous cette vidéo (non exportable, voilà pourquoi j'ai pris celle de l'émission de Labro) que c'est "une liste de clichés pathétiques". Tous les goûts sont dans la nature.

01 mars 2010

Au bonheur des noobs

Ce matin, j'ai lu cet édito de PC Inpact portant essentiellement sur les noobs. Dans le jargon webo-informatique, noob est le qualificatif légèrement méprisant dont on affecte les nouveaux venus et par extension, ceux qui n'y connaissent rien et/ou ne comprennent rien et/ou posent toujours des questions de base, même après des années de pratique.

Nil Sanyas, l'auteur de l'édito, donne d'ailleurs une liste (non exhaustive...) des questions typique du noob :
- Les noobs ne savent pas/oublient que mettre un accent dans une url ou une adresse email pose des problèmes…
- Les noobs lisent et même cliquent sur les spams qu’ils reçoivent.
- Les noobs installent des navigateurs, des barres (Google, Yahoo!), etc. sans s’en rendre compte lorsqu’ils installent d’autres logiciels.
- Les noobs, en général, ne lisent pas et cliquent sur OK (ou suivant) sans vérifier ce qu’ils installent ou ce à quoi ils s’abonnent.
- Les noobs ne saisissent pas l’importance des formats texte, vidéo et audio, et leurs conséquences que cela peut avoir s’ils veulent ouvrir lesdits fichiers (sans les codecs installés), ou encore sur les autres ordinateurs ou le matériel qu’ils utilisent (baladeur, etc.). Le mot compatibilité leur est quasi inconnu, et ne parlons pas d'interopérabilité.
-Les noobs sont très en avance sur leur temps et pensent que la licence globale est appliquée. Oui, pour eux, télécharger n’importe quel morceau et film est tout à fait légal. Payer leur abonnement Internet est suffisant.
- Face à un problème informatique, même mineur, le noob bloque directement. Et ils vous appellent… Ou il achète un nouvel ordinateur sans chercher à résoudre le problème. À croire que la logique informatique est différente du reste du monde, alors que concrètement, pas tant que ça.
- Le son ne marche pas ? Le noob ne pense pas à vérifier si les enceintes sont allumées ou si le son est coupé sur leur OS.
- Internet ne fonctionne pas ? Le noob ne pense pas à vérifier si le câble Ethernet est bien enfoncé, ou si le Wi-Fi est bien activé.
- Demander Alt+F4 en discutant sur un chat ou via un jeu vidéo par exemple fonctionne très souvent. Sauf si la personne est tellement noob qu’elle ne sait pas qu’il faut garder le Alt enfoncé...

 
A cette définition un brin généralisante, j'apporterais volontiers un bémol : il faut distinguer le noob du newbie. Le newbie (= le nouveau) est le nouveau venu pur sucre, celui qui découvre. Il est là pour apprendre et ne doit donc pas être blâmé de ses erreurs. Le noob par contre, a plus d'expérience, mais commet des erreurs ou adopte un comportement de débutant.

Ces définitions n'ont bien sûr rien d'officiel, et peuvent s'appliquer à la bureautique, au web, aux jeux vidéos... qu'importe le domaine, à partir du moment où l'on peut expédier la question du noob d'un cinglant "RTFM"

La suite de l'édito semble vouloir démontrer, à travers l'interview de deux femmes de geek, que le noob est avant toute chose une créature avide d'apprendre, qui ne demanderait qu'à progresser. Cela partant d'un constat  expérimentalement vérifié sur deux sujets, je ne mets pas en doute cette hypothèse.

Néanmoins, je ne suis pas vraiment satisfait de cette démonstration. D'abord parce qu'après la lecture de la liste des questions de noob, je m'attendais à une autre conclusion. Ensuite parce que dans l'une des deux interview se trouve une phrase révélatrice de tout ce qui sépare le geek du noob, qui apparait dans cet optique comme le synonyme de "monsieur tout le monde" : "C'est pourtant simple comme bonjour pour nous tous, mais il est important de savoir que ce n’est pas le cas pour tout le monde, loin de là"


Ce que j'espérais en guise de conclusion, c'est un appel à une informatique plus simple, plus accessible à mamie Suzanne, à nos chéries-qui-s'y-connaissent-pas, à Tatie Germaine, et à Tonton Gaspard qui fait ce qu'il peut pour rester dans le coup.  Et l'auteur le reconnait à demi-mot quand il dit que ce n'est pas simple comme bonjour pour tout le monde. 

Car je pense que ce n'est pas seulement une question d'apprentissage et de bonne volonté. Bien souvent, lire ce satané mode d'emploi ne sert à rien, parce que ce Fichu Manuel n'a pas été conçu pour moi, mais pour mon voisin "qui s'y connait". Parce que le manuel a été traduit avec les pieds. Parce que mon mari/petit ami/fils/cousin/voisin/pote geek va m'expliquer avec ses mots à lui, et que la pédagogie n'est pas un don inné. Parce que j'ai peur de mal faire et de "casser quelque chose".


La peur de mal faire. Casser quelque chose. S'estimer mal équipé pour comprendre. Si vous avez déjà été amené à dépanner quelqu'un, même pour quelque chose de simple (surtout pour quelque chose de simple), vous avez forcément déjà entendu l'une de ces phrases. Voilà pourquoi je suis un peu déçu par cet édito : ce n'est pas aux noob de venir à l'informatique, c'est à l'informatique de se mettre à leur niveau. Voilà pourquoi RTFM, même si ce n'est qu'une expression-cliché, pas aussi utilisée qu'on pourrait le croire, est révélatrice avant tout d'un état d'esprit, qui doit disparaître au profit de l'éducation et de la simplification.

Et au profit de l'égalité des sexes ? Avez-vous remarqué à quel point ces articles (l'édito dont je parle depuis tout à l'heure, et mon texte) sont connotés ? On dit "un geek" et "ma chérie ne comprend pas". Ok, c'est souvent comme ça que ça se passe, mais quand même...

Car on est toujours le noob de quelqu'un !


Illustrations :
- I'm a noob CC Andrew*
- RTFM cofee mug CC  richardmasoner
- If you want them RTFM, make a better FM CC Rerun van Pelt