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02 février 2010

Le musée des enfants

Les artistes sont des enfants. On le sait, même si on a trop souvent tendance à l'oublier. Ce qu'on sait moins,  ce qu'on oublie plus, c'est que les enfants sont des artistes. D'ailleurs, les enfants ont du génie (sauf Minou Drouet, bien sûr, dixit Jean Cocteau), et il ne manquait à sa diffusion qu'une chose indispensable, à savoir un musée.

Oeuvre d'Elton, 9 ans (linogravure)

C'est désormais chose faite, grâce notamment à un artiste grand enfant génial, Claude Ponti (Claudius Pontius Magnus pour les latinistes que vous êtes) qui, entouré d'une petite équipe pluridisciplinaire a fondé un musée, qui pour être virtuel n'en est pas moins tangible, entièrement dévolu à la diffusion du patrimoine artistique enfantin.

Oeuvre de Cherihane, 9 ans (peinture)

Ce n'est pas "pour rire", ce n'est pas un site consacré à l'art brut ou à l'analyse pseudo-psychologique des dessins de Victor, 6 ans, qui a dessiné papa en vert et maman en bleu. Non, c'est très sérieux, et le manifeste qui présente la chose l'annonce clairement : "Le Muz rassemblera des œuvres des enfants choisies sans complaisance et avec autant de soin et d’exigence que celles des adultes des grands musées."

Oeuvre d'Emile, 9 ans (sculpture)

En fouillant un peu dans les différentes rubriques du site, j'ai découvert qu'il était soutenu par une brochette de parrains dont la seule évocation devrait suffire à garantir le sérieux de la maison, même pour l'internaute le plus exigeant : Tomi Ungerer, Art Spiegelman, Susie Morgenstern, Michel Onfray, Jacques Tardi, François Bon, Grégoire Solotareff...

Je récapitule : ça s'appelle le MUZ, c'est beau, c'est bon, mangeZ-en, ce n'est pas que pour les Z'enfants !

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Pour illustrer cet article, j'ai utilisé des images des oeuvres des enfants tirées du site, en prenant soin à chaque fois de préciser le nom de l'auteur, et de faire un lien vers la page ; si les administrateurs du site, les enfants ou leurs parents voyaient la moindre objection à leur présence sur ce blog, je les retirerai  immédiatement.

Je plaide néanmoins la bonne foi : le site (et ce sera ma seule critique) ne précise pas le régime de droit sous lequel les oeuvres sont placées (je me permets au passage de leur suggérer une licence libre, qui serait parfaitement adaptée à l'esprit du site) et le webmaster a visiblement oublié de renseigner la rubrique "conditions d'utilisation"...  =)

03 octobre 2008

Chronique de la confiance et des facteurs mérovingiens

Le musée de la poste est un endroit charmant, mais désuet, reconnu d'utilité publique, où vous pourrez passer une après-midi passionnante, pour peu que vous ayez moins de 12 ans ou que vous soyez doté d'une insatiable curiosité. A mesure que vous en descendrez les étages -car c'est un musée qui se visite de haut en bas, on commence en prenant l'ascenseur- des installations qui furent modernes vous apprendront tout sur l'histoire de l'acheminement du courrier depuis les mérovingiens, le fonctionnement du télégraphe de Chappe et les mystères du code postal. Vous serez même en mesure de faire à votre tatie médusée un résumé fidèle de l'affaire du courrier de Lyon.

Il faut dire que la pédagogie déployée est impressionnante, à la pointe du progrès de 1985, avec force vitrines illuminées, plans ornés de points clignotant (pour situer un lieu sur une carte, c'est drôlement ingénieux, non ?), reconstitutions presque aussi vraies que nature. Et des mannequins en costume d'époque. Ils sont tous là, sauf la toge du facteur mérovingien, sans doute conservée dans quelque sous-sol en raison de sa fragilité.

Quand vous serez (vite) lassés de jouer au petit télégraphiste (matériel garanti d'époque), vous pourrez faire une pause autour d'une table et de quelques cartes, sur lesquelles vous serez libres d'écrire tout ce que vous voudrez (déclaration d'amour, description de la visite du musée, dénonciation anonyme aux impôts... le choix de sujets disponibles est vaste)

Photo réalisée par Morgane Chartier

Ne lésinez pas sur la quantité de déclarations, descriptions et dénonciations, c'est gratuit. J'en est d'ailleurs profité pour me débarrasser une bonne fois pour toute de la corvée de cartes postales des vacances. Une boîte aux lettres jaune et typique est placée là tout exprès. Un préposé la relève tous les soirs. A 17h48. Ce n'est pas l'horaire réglementaire, mais ça lui laisse du temps pour tout lire.

Plus sérieusement, les cartes disponibles dans cet espace sont le fruit d'une expérience aux allures de campagne de communication, menée auprès de jeunes collégiens, lycéens et étudiants en art, de France et de Chine. Il s’agissait à travers le médium de l’image de mieux comprendre les mécanismes de la construction de la confiance chez les jeunes. (je mets en italique car je n'aurais jamais pondu une phrase pareille tout seul) Et voici l'explication du pourquoi de ces fameuses cartes postales : A l’issue de son parcours, le visiteur est invité à livrer sa propre définition de la confiance et à transmettre à ses proches une carte postale, qui symbolise la confiance. 

Ou envoyer à moindre frais un souvenir de Paris, le visiteur fait comme il veut.


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Le site de l'exposition : http://www.laposte.fr/faitesnousconfiance/

24 avril 2008

Un fauve au Luxembourg, chronique illustrée

Les ramasseurs de pommes de terre, 1905

Un fauve s'est installé dans le tranquille musée du Luxembourg, qui ronronne paisiblement dans l'écrin du non moins paisible jardin éponyme, à deux pas de sénateurs qui ne se caractérisent pourtant pas pour leur violence. Mais il s'agit ici de violence picturale, et le fauve en question n'exprime ce caractère que dans ses toiles ; encore l'épithète lui fut-elle accolée dédaigneusement à l'époque. En 1905, au Salon d'automne. Son style rejetant l'académisme -on ne lui fera pas tort en parlant d'anarchisme- avait quand même de quoi dérouter le critique pompier de service.
"Ce que je n’aurais pu faire dans la société qu’en jetant une bombe -ce qui m’aurait conduit à l’échafaud- j’ai tenté de le réaliser dans la peinture, en employant de pures couleurs sortant de leur tube. J’ai satisfait ainsi à ma volonté de détruire, de désobéir, afin de recréer un monde sensible, vivant et libéré."
Le rêve secret de Vlaminck, son ambition de peintre ? Rien de moins que figer le présent, capturer d'un seul coup de pinceau la lumière, les couleurs, et surtout les émotions du moment avant qu'elles ne s'envolent. Exprimer du réel les sentiments qu'il recèle par l'usage (l'abus ?) de la couleur.
"Je haussais tous les tons, je transposais dans une orchestration de couleurs pures tous les sentiments qui m’étaient perceptibles. J’étais un barbare tendre et plein de violence."
Les coteaux de Rueil, 1906

Car chez Maurice de Vlaminck, ce qui compte, c'est la couleur. Surtout dans les oeuvres de la période présentée dans l'exposition (de 1900 à 1915), époque au début de laquelle le vermillon sort directement du tube pour s'étaler sur la toile, créant d'un tableau à l'autre un festival de rouges et des explosions de jaune, entrecoupées des vaguelettes bleues de la Seine après le passage d'un lourd chaland à vapeur.

Tugboat on the Seine, 1906

Car le Vlaminck des premières années ne s'éloigne guère des bords de Seine. Pour des raisons financières essentiellement, à une époque où ses petits camarades partaient se faire les griffes sous le soleil du Midi. Mais également car son caractère le pousse à se singulariser ; bien que sa trésorerie se soit alors améliorée, il ne passera qu'une semaine à Martigues en 1913, à l'invitation de son ami Derain. Il est avant tout individualiste, têtu, original. Profondément sincère.

La Seine à Chatou, 1906

Serait-il un affreux anarchiste, un peintre maudit tendance nihiliste, sans dieu ni maître, ne respectant ni école ni modèle ? Même pas. Paul Signac aura pu avoir un rôle dans son inspiration, mais sa première référence restera Vincent van Gogh, dont l'influence se fait sentir dans sa façon de travailler la peinture, dans l'amplitude de certaines déformations où la force d'expression de la couleur compte davantage que la géométrie.
"J’aime mieux van Gogh que mon père!"
Nature morte au compotier, 1905

En 1907, lors de la rétrospective Cézanne, c'est le choc. Il s'assagit un peu. Les couleurs se font moins vives, les formes des choses font leur apparition dans sa peinture ; le fauvisme s'essoufle, il n'aura pas duré 3 ans. Mais déjà Vlaminck s'intéresse aux arts africains et océaniens et ce, avant Picasso ; frôle le cubisme mais sans l'aborder complétement, dans un souci constant de rester proche du réel.

Vins et liqueurs, 1910

La Première Guerre mondiale finira d'ancrer en lui ses opinions anarchistes et anti-militaristes, et viendra s'ajouter aux autres influences. Les dernières toiles de l'exposition (qui en compte 70) sont plus sombres, plus mélancoliques, avec des paysages moroses et des ciels annonciateurs d'orage. La suite de l'histoire de cette vie intimement liée aux grandes évolutions artistique de la première moitié du XXème siècle nécessitera sans doute une autre exposition.

Le grand fauve ne se chasse pas facilement.

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Vlaminck au Musée du Luxembourg : du 20 février au 20 juillet 2008

11 avril 2008

Chronique de la bêtise triomphante

Je n'ai pas beaucoup de certitudes dans la vie. Encore ne sont-elles que rarement optimistes : je suis persuadé par exemple de la force de la bêtise, la toute-puissance de la connerie et son côté violemment séduisant, soulagé seulement devant son aspect égalitaire, dans la mesure où nous sommes tous susceptibles d'être frappés à part égale. Mais ses manifestations me laissent toujours un arrière-goût dans la bouche, une sorte de lassitude amère, un peu comme devant le constat d'un échec irrémédiable. Parce que dans ma grande naïveté, j'ai tendance à placer les plus hauts sentiments dans l'humain, dans ses réalisations, dans sa volonté farouche de dépasser sa condition.

Et quoi de mieux que l'art pour atteindre ce but ? A travers l'art, l'homme a toujours voulu exprimer ce qui était plus puissant que lui, son ineffable peur de la mort, l'évidence tragique de l'existence, un désir un peu fou de se survivre à lui-même ; il a dessiné ses prières au noir de fumée sur les parois des grottes, il s'est tatoué le visage, il a pris de la glaise pour en faire des idoles ; il a peint des fresques, sculpté des bas-reliefs, érigé des monuments qui lui survivront encore quelques siècles, inventé le chant, la poésie, la miniature et l'art du récit. Il a fait ce qu'aucun autre animal n'est capable de faire, il a utilisé son intelligence pour créer, bipède fragile et vaniteux se rêvant à l'égal de ses dieux.

Richard et Paul, photo de Christian Delécluse
Les moyens et les techniques ont évolué, la fièvre est restée la même. La photographie remplace l'art pariétal, la force de l'image demeure. Il est certaines choses qui n'évoluent pas beaucoup, malgré le passage des siècles : l'amour d'un père pour son fils, ce sentiment éternel de la paternité, que l'on peut illustrer d'un long poème ou d'une simple image. Christian Delécluse a choisi l'image, puisqu'il est de son métier photographe. Il a réalisé une série de clichés autour de ce thème de la paternité, réunis depuis dans un livre qui n'a jamais fait la moindre vague, même dans les rayonnages des librairies les plus prudes. Et il n'est venu à l'esprit d'aucun détraqué de considérer qu'une image emplie d'une telle tendresse puisse être une apologie du crime sexuel.

Mais cette semaine, au Musée d'Aquitaine de Bordeaux, il en a été différemment. Son travail devait faire partie de l'exposition Humain, très humain, qui s'ouvre ce samedi, et quelques dizaines d'heures avant le vernissage, certains beaux esprits ont décidé qu'il était dangereux de laisser à la vue de tout un chacun de telles photographies car, je cite le directeur du musée, ouvrez les guillemets avec des pincettes : "On sait bien qu’avec les problèmes de pédophilie ou d’inceste, les gens auraient pu mal réagir. Ils risquaient d’être choqués." Braves gens vous voilà prévenus, on vous protège contre vous mêmes. Les scandaleuses images ont donc été retirées, au grand désarroi de leur auteur et des autres photographes de cette exposition collective. Ceux-ci ayant menacés de se désengager si le travail de leur confrère n'était pas réintégré, celui-ci le sera de manière effective la semaine prochaine -après le vernissage- et en lui associant un "dispositif d'avertissement", comme il se doit pour toute image pornographique, bien entendu. Le principal est de ne choquer personne.

Il est de nos jours préférable de passer pour un lâche que d'inciter à la réflexion. Le plus petit accroc à la bien-pensance est un affront, un homme nu posant avec son petit garçon est crime contre l'ordre moral établi. La morale triomphante prend ses quartiers, elle va rester quelques temps parmi nous. La bêtise est son colocataire fidèle. Puissiez-vous leur faire bon accueil. Pour ma part, je reste convaincu que [dans ce type de situation] la pornographie est dans l'oeil qui regarde, pas dans l'image.

09 juillet 2007

Chronique pluvieuse et intriguée de l'art contemporain, pour ne pas dire moderne

Il fait gris, la pluie tombe en rafales désordonnées, nous sommes approximativement en été. Il faisait exactement le même temps lorsque nous avons découvert le musée Pompidou, ce qui était tout à fait indiqué pour les visites. Favorise t-il également la création artistique ? Je soupçonne les artistes d'être capables de créer par tous les temps. Encore la pluie de juillet n'est elle pas si désagréable. Sortez, levez la tête, souriez, et laissez-la vous caresser le visage. Vous pourrez constater que c'est une vraie pluie estivale, presque tiède, tout à fait bienvenue, rafraîchissante et pour tout dire divertissante - oui, je sais, on a les consolations qu'on peut. En fait, ce qui compte, c'est le concept d'été, l'idée de soleil, l'envie de vacances.


Il en va de même dans l'art contemporain -pour ne pas dire moderne- où c'est le concept qui prime. L'idée qui préside à la création qui fait tout l'intérêt de l'objet exposé. L'artiste contemporain, voire franchement moderne, doit sentir le vent conceptuel souffler dans son atelier (c'est plus facile en laissant les fenêtres ouvertes) et les idées audacieuses tomber en pluie fines sur son travail. Qu'importent l'apparence finale, le choix des matériaux ou du support, l'essentiel est d'avoir l'Idée. Et de s'y tenir. Comme celle de cette installation constituée d'une planchette de bois et de tessons de bouteilles, où les morceaux étaient agrémentés d'étiquettes descriptives du style (la chose était en anglais) "on dirait que c'est le désert", "ce serait un char", l'ensemble devant s'appeler Bataille dans le désert ou quelque chose d'approchant. L'idée étant de simuler un jeu d'enfant (encore qu'il soit dangereux de les laisser jouer avec des morceaux de verre, mais les gens éduquent leurs enfants comme ils veulent), ou bien de rentabiliser deux bouteilles cassées.


Le Centre Pompidou regorge de concepts de cet ordre, tous plus grands et magnifiques les uns que les autres. Des provocations de Duchamp jusqu'aux travaux sur la couleur de vieux messieurs très dignes, qui en sont venus (au bout de vingt ans de recherches) à ne plus peindre que des toiles carrées entièrement blanches, en passant par des choses indéfinissables faites d'objets divers agglomérés entre eux, de chaînes, de guenilles usées et d'une manivelle pour faire bouger l'ensemble avec un bruit strident. Mais il est interdit de toucher. Ou bien encore des mobiles constitués de câbles électriques, de projecteurs et de néons qui ne dépareraient pas au-dessus du bar d'une boîte de nuit. Tout cela pend du plafond, on manque de rentrer dedans à un détour de couloir, ça brille, ça tourne en grinçant, un marchand d'épouvantails n'en voudrait pas. Ce qui n'empêche pas d'éprouver un sentiment d'intérêt curieux devant la chose. C'est déjà pas mal, et c'est sûrement fait pour ça.

On peut aussi s'interroger des heures devant un tas de cailloux ornés d'une plaque d'égout en équilibre, des kilomètres des gants de vaisselle rouges attachés les uns aux autres, une mariée qui semble prête à épouser l'étrange Mr. Jack de Tim Burton, et toute une foule d'inventions du même acabit, délirant assemblage de bric, de broc, et de fonds de grenier. Mais on peut aussi admirer quelques oeuvres majeures,dont la beauté simple et épurée fait oublier avec bonheur les délires qu'une prochaine génération de conservateurs entassera dans les réserves en méprisant avec hauteur ses prédécesseurs si peu avisés. Le mauvais goût est toujours le fait des anciens.


Vers 19h, la fatigue commençait à se faire sentir. J'ai faim, j'ai mal aux pieds, je suis saturé de formes et de couleurs, je ne jette plus qu'un vague regard sur des tableaux, des sculptures et des installations qui ne m'évoquent plus grand chose. Et j'arrive dans la salle consacrée à Henri Matisse. Et c'est le drame. La prise de conscience de ne pas être grand chose devant tant de talent. Comment fait-il pour ainsi suggérer avec si peu ? J'ai ressenti à peu près la même chose devant certains dessins de Picasso que nous verrons deux jours plus tard à Montmartre, à l'espace Dali (qui leur consacrait une exposition temporaire) Pas des Picasso cubistes, du genre de ceux qu'il a fait en collaboration avec Braque. Il y en a quelques uns à Beaubourg, et j'avoue que je n'y comprend rien, c'est un fouillis de formes géométriques entassées, et ça s'appelle tantôt "guitare sur une table" tantôt "paysage de dunes" ou bien encore "joueurs de flûte sur la plage" et on se demande si par hasard quelqu'un n'aurait pas inversé les étiquettes. Non, je parle des dessins où il arrive à suggérer, en seulement quelques traits, des danseurs, un taureau, un paysage. De ceux que l'on admire pendant de longues minutes en se demandant "Mais comment ça tient ?"


Un peu comme cette oeuvre majeure de Brancusi. Ce n'est pas "juste une tête", c'est l'aboutissement d'un vrai travail pour obtenir une forme aussi parfaite. C'est lisse, ça n'accroche pas le regard, qui glisse sur cette courbe dorée en un mouvement sans fin. C'est sensuel. C'est beau. C'est une goutte non pas de bronze, mais de vie.


Dubuffet aussi, fixe la vie à sa manière. Avec du goudron et des graviers. C'est expressif à l'extrême, criant de vérité. Et l'affiche de l'exposition d'époque, présentée dans une vitrine non loin des tableaux, prévenait les spectateurs et les "victimes" ainsi portraitisées : ils sont " Plus beaux qu'ils ne le croient". Et ça me plait tellement que j'en avais fait une sorte de bande-annonce pour ces trois chroniques parisiennes.


Il serait plaisant de terminer sur cette image, mais il faut encore que je dise un mot sur l'espace Dali évoqué plus haut. Dali crée de toutes les façons possibles, par tous les temps et dans une folie joyeuse et torturée. En peignant avec ses moustaches. En balançant des choses par sa fenêtre de Montmartre puis en descendant voir ce que ça donne. En traduisant en tableaux ses rêves les plus horriblement érotiques et ses fantasmes les plus érotiquement horrifiques (à lire avec l'accent). En illustrant de ses visions quelques grandes oeuvres de la littérature mondiale (Don Quichotte...) En se proclamant roi des surréalistes. En conjurant par l'art la peur de la mort.


Ainsi en va t-il de ses fameuses montres molles. Apparaissant dans un tableau des années 30, intitulé Persistance de la mémoire elles se déclinent dans les années 70 en trois sculptures autour de ce thème du temps "mou", manière de signifier que tout le monde ne le perçoit pas de la même manière, qu'il ne s'écoule pas pour tout le monde de la même façon, et que notre naïve ambition de vouloir le "fixer" en le subdivisant en heures, en minutes, en inutiles secondes, est bien dérisoire. L'idée de départ était assez pessimiste (toute vie se termine par la mort) mais la troisième sculpture, arrive à quelque chose de plus optimiste sur le cycle de la vie, la mort précédant la renaissance, ne serait-ce que sous la forme de l'inexorable décomposition finale en humus fertile d'où sortiront de jolies fleurs... Je ne me souviens pas très bien, mais c'est l'idée dominante.

Dali était peut-être bien un peu fou, (les artistes le sont toujours un peu), mais il était également génial, visionnaire, moderne. Pour ne pas dire contemporain.

12 juin 2007

Chronique pluvieuse du Louvre, des photos et de la poussière des temps anciens

Des mauvais esprits (de telles personnes existent-elles vraiment ?) se laissent aller à dire qu'il pleut parfois sur Dijon. C'est complètement faux. La preuve : il n'a plu que deux heures la semaine dernière. Jeudi soir, de 18h à 20h environ. Le ciel était noir, l'averse était drue, le tonnerre faisait son vacarme habituel. Les voitures roulaient dans trente centimètres d'eau. Peut-être même quarante, selon des témoins dignes de foi. Mais est-ce une raison de médire ainsi ? Bien sûr que non. En trois jours à Paris la semaine passée, il a plu quasiment tout le temps. Loin de moi l'idée d'en tirer des conclusions hâtives, mais il faut regarder les choses en face : je me suis mouillé les pieds.

Le ciel commençait de s'obscurcir comme nous quittions l'esplanade du centre Beaubourg après ma prestation ; la pluie a bientôt débuté pour ne plus cesser les jours suivants. Autant dire que le temps était idéal pour passer entre les gouttes et d'un musée à l'autre. Idéal pour admirer, parapluie en main les merveilles de l'Histoire, de l'art et du génie créatif humain - car il y a des nuances.



Le fameux scribe accroupi par exemple, illustre ancêtre des fonctionnaires, comptant Amôn sait quoi depuis la nuit des temps, avec son crâne rasé, sa peau orange et son petit ventre rond. Est-ce de l'art ? Ou bien l'une des plus belles expressions du génie humain ? Ses yeux de verre confèrent à son regard une intensité prodigieuse. Il commence à vous fixer dès que vous entrez dans la salle, puis il vous suit des yeux sans ciller ; il ne bronchera pas davantage tandis que vous le prendrez en photo sous tous les angles.

D'ailleurs, à quoi bon ? J'aurais pu avoir une plus belle image sur Insecula, et en savoir plus sur le scribe accroupi, sa vie, son oeuvre, mais j'ai illustré sans le vouloir la chanson de Benabar Les épices du souk du Caire : Qu'elles soient en couleur ou bien en noir et blanc, on fait tous, quelle horreur ! les mêmes photos tout l'temps. Qu'est-ce qui nous pousse au fond à refaire à la chaîne, tous les mêmes photos qu'on a vu par centaines, des photos de monuments qui sont jamais très belles, mais c'est nous qui l'a fait c'est pas la carte postale...

Il est de toute façon illusoire d'espérer photographier quoi que ce soit dans les allées du Louvre. A cause du reflet sur les vitrines, à cause du parapluie déjà cité que l'on ne sait pas où mettre, à cause de la foule bruissante, bruyante et bousculante. D'ailleurs, celle-ci nous aurait-elle légérement déroutés ? A moins que ce ne soit la chaleur, la vastitude des lieux, que sais-je, l'émotion artistique, mais nous avons fait le parcours à l'envers.


Voilà pourquoi nous avant vu cette sublime statuette pourtant chronologiquement plus proche de nous avant le scribe - celui-ci datant de l'Ancien Empire. La nuit des temps est datée, c'est fou. Mais assez de digressions : c'est une des plus jolies choses que nous ayons pu voir. Je crois que ça se passe de commentaires : la finesse de la silhouette, rehaussée par le drapé quasiment invisible dont les plis s'estompent pour finir par n'être que suggérés. C'est sans nul doute une des plus belle émanation de l'Art. A tel point que la boutique du musée en propose des reproductions à des prix déraisonnables. Ceci expliquant sans doute pourquoi l'une reste ouverte fort tard quand l'autre entame les manœuvres de fermeture (consistant à pousser les gens vers les portes) dès 17h30.

Cela ne nous aura pas empêché de voir madame paréo sans le haut - ce qui, par un temps pareil, était assez osé. Notez qu'elle illustre à merveille la chanson de Benabar citée plus haut :
Mignonne en paréo au retour de la plage, elle enlèvera pas le haut, c'est dommage. Le portrait qui fait rire du permis de conduire, celui qui fait peur, qu'est-ce que c'est qu'cette coiffure ? Qu'elles soient en couleur ou bien en noir et blanc, on fait tous, quelle horreur ! les mêmes photos tout l'temps

... Les grands derrière, les p'tits devant.
Le tout précédé, suivi ou accompagné de chats empaillés, de sarcophages, d'une momie complète avec tout son petit nécessaire, de statues d'ibis, de canards, de faucons ; de frises de griffons et d'archers, de files d'attente interminables devant les WC et de vitrines entières de petites choses anciennes et délicates en bronze, terre, argent et bribes de poussière des temps anciens.


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La chronique pluvieuse et intriguée de l'art contemporain, pour ne pas dire moderne, se déploiera à vos yeux ébahis d'ici quelques jours. Je ne voudrais pas vous infliger de trop longues séances de lecture !

01 février 2007

Chronique des miniatures et autres japillages

J'ai interrompu mon récit de mes promenades lyonnaises acque beline Delphine à la Demeure du Chaos, promettant de vous narrer la suite au plus vite. Après toute une série d'intermèdes aussi littéraires que radiophoniques, il était temps que je m'y mette, sinon vous auriez fini par m'ablager sans vergogne.

Il existe au coeur du vieux Lyon un endroit tout entier empli de petites choses chenuses comme tout. Fabriquées avec amour, exposées avec le plus grand soin et admirées avec plus d'enthousiasme encore par les grands que par les gones. Qui se pressent néanmoins en une bourdifaille canante et cancanante, quelques tarabates couvrant même les pias pias des autres. Pour tout dire, ils trafiquent comme des galapiats.


Il s'agit du musée international de la miniature, et c'est une visite que je conseille à tous ceux qui auraient l'occasion de passer par Lyon, et qui se demanderaient comment occuper une après-midi où l'abat interdit de se bembaner autant que l'on voudrait par les rues de cette bonne ville. Surtout si l'on a un parapluie pour deux. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de constater à quel point le bugne qui orne mon gadin était résistant à la pluie. Me voilà rassuré sur ce point, car je me posais justement la question peu de temps auparavant.

C'est sans cesser de bajafler que nous avons investi ce lieu chargé d'histoires. La grande et les petites. Celle que suggère le cadre de la Maison des avocats et du quartier Saint-Jean, et celles que raconte Françoise Coüasnon à travers les saynètes de l'exposition temporaire "Le petit musée de madame Hum". Ce petit brin de femme en pâte à sel vit ses aventures complétement ordinaires dans des petites boîtes. On l'espionne à travers une vitre. On la voit dans son bain, au restaurant, dans un magasin de chaussures. Ou dans son salon en train de regarder les feux de l'amour. Tout ceci est fort indiscret. Mais c'est tellement drôle. On ne peut faire autrement que sourire devant ces histoires racontées par le seul décor faussement naïf.

Les feux de l’amour © copyright Françoise Coüasnon

Toujours dans le domaine de la mise en scène, le musée abrite dans ses caves les décors du film Le parfum, adapté du roman éponyme de Patrick Süskind. Mais si, vous savez bien, cette histoire à l'humour grinçant qui commence par ces mots : Au dix-huitième siècle vécu en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables... J'espère que vous vous êtes épargné le film et que vous allez bien vite (re)lire cet odorant roman !

Car le musée de la miniature est aussi celui des décors de cinéma. D'ailleurs les plus beaux décors sont bien souvent des maquettes... Celles de Ronan-Jim Sevellec me semblent à ce titre exemplaires. Au point que je vous ai ramené ce splendide documentaire pour illustrer mes dires :


Maquette
envoyé par SammyFisherJr

Le musée renferme bien d'autres trésors...Des petits personnages de coquillage, des fourmis joueuses de jazz, une arche de Noé en timbres-poste, des origamis... Les plus beaux sont au dernier étage. On jurerait voir exposés de ces meubles et divers objets du quotidien fabriqués tout exprès pour Gulliver par les artisans de la reine de Brobdingnag. A moins qu'il ne s'agisse de ceux ramenés de son voyage à Lilliput. J'ai vaguement espéré qu'un natif de cette lointaine contrée aurait pu être enfermé dans une armoire à sa taille, et m'attendait à l'en voir sortir. Mais je n'ai vu d'êtres minuscules dans aucune des vitrines. Gageons qu'ils se cachent à nos regards et attendent la nuit pour se dégourdir les arpions. A moins que tout ceci ne soit qu'un conte ? On m'aurait pris pour un benoni ? Je trouve que c'est pousser le Bouchon un peu loin...


***

Un site :
- Site du Musée international de la miniature et des décors de cinéma

Des livres :
- Les voyages de Gulliver : vous pouvez les relire sur internet ! Ici et là !
- Le parfum / Patrick Süskind
- Comme un roman / Daniel Pennac (m'a donné envie de lire le précédent)

Des mots :
- Dictionnaire lyonnais
- Le parlé lyonnais (le site de l'association @lyon est bien sympa, profitez en pour flâner un peu)
- Une source delphinienne ;-)

Et comme je suis gentil (si, si), voici le lexique lyonnais de cette chronique !