04 octobre 2007

Chronique des illusions assassinées


Les internautes sont de grands enfants naïfs et généreux. Ils croient qu'ils peuvent faire bouger les lignes fixes qui délimitent le monde, ils croient que ce qu'ils écrivent sur leurs écrans peut avoir une influence, aussi minime soit-elle sur le chaos généralisé de cette petite planète. Ils croient qu'ils peuvent faire changer les choses.

Les blogueurs se font des illusions. Ils s'imaginent que la générosité n'est pas vaine. Ils s'imaginent que la mobilisation conduit toujours à quelque chose. Ils s'imaginent qu'ils peuvent se mêler de politique, donner leur avis sur tout et n'importe quoi.

Ils s'imaginent que nos mots, les miens, les vôtres, ceux d'ici et ceux d'ailleurs pourront émouvoir un pouvoir qui bastonne des moines, fait tirer sur des manifestants pacifiques, espionne, emprisonne et torture à tour de bras depuis 40 ans. Ils s'imaginent que décréter une journée de mobilisation pour la Birmanie changera quelque chose pour la malheureuse population de ce pays.

Internet a t-il déjà infléchi quelque décision politique que ce soit ? Les grandes marches de protestations contre la guerre en Irak ont-elles été utiles ? A t-on jamais vu une dictature s'émouvoir de l'agitation de quelques occidentaux nantis ? Bien sûr que non. Alors penser que cette initiative sera d'une quelconque utilité relève pour le moins d'une certaine forme de naïveté.

Photo Reuters

Mais aujourd'hui, c'est aussi le jour ou jamais pour ne pas oublier Kenji Nagai, journaliste japonais abattu d'une balle dans le coeur le 27 septembre dernier, en pleine rue, après avoir été jeté à terre par un soldat. Il est bien des régimes pour lesquels une caméra est la pire des armes, son appareil photo a fait de lui une cible prioritaire : il faut faire régner le silence, rien ne doit sortir du pays, défense d'informer.

Seulement voilà, les journalistes, on ne peut pas les tuer tous d'un coup. Déjà qu'il n'est plus possible de trucider sa population en paix, on n'est même plus libre d'assassiner les voyeurs dans la discrétion : les photos et la vidéo de sa mort sont un peu partout sur le net, vous les trouverez en quelques secondes grâce à votre moteur de recherche favori.

C'est pour cela que j'ai choisi d'afficher son portrait, le portrait d'un homme vivant, plutôt que les photos d'un homme mourant sur le pavé ; mais c'est aussi pour une raison de dignité. Un journaliste que l'on tue, c'est avant tout un homme. Un homme qui fait un travail dangereux, pour que les blogueurs naïfs et généreux trouvent de quoi alimenter leur prose hasardeuse sans avoir à tâter du terrain.


N’attendez pas qu’on vous prive de l’information pour la défendre.


Voilà pourquoi la liberté de la presse, ce n'est pas que l'affaire des journalistes. C'est pour que nos mots, les miens, les vôtres, ceux d'ici et ceux d'ailleurs puissent continuer à s'afficher sur nos écrans, c'est pour que nous puissions continuer à nous mêler de politique, donner notre avis sur tout et n'importe quoi, et de préférence sur les choses qui ne nous regardent pas. Parce que si eux sont bâillonnés, c'est nous qui devenons muets.

Les blogueurs sont généreux, et pas si naïfs que ça. Ils savent que la seule façon d'user le droit à la parole, c'est de ne pas s'en servir. Ils savent qu'il vaut mieux parler en vain de quelque chose, que de perdre ce droit à la parole. Ils savent trop bien quel est le prix payé par d'autres.

  • Kenji Nagai est le 75ème journaliste tué dans l'exercice de sa profession en 2007.
  • Reporters sans frontières : enquêter, dénoncer, soutenir
  • Le blog de Manon Ott, photographe et cinéaste documentariste ; reportage sur la vie en Birmanie





03 octobre 2007

49 livres pour commencer...

Le gouvernement a décidé d'octroyer en 2008 une "malette littéraire" contenant 49 livres à 133 000 familles dans le besoin. La sélection comporte quelques grands titres de la littérature mondiale, tels que Le petit prince de Saint-Exupéry, La métamorphose de Kafka, L'île au trésor de Stevenson et L'appel de la forêt de London. Et le Robinson Crusoé de Defoe. Et aussi les contes de Grimm et de Perrault.

Astérix et Tintin étant également de la partie, on peut supposer que cette malette, à vocation familliale, s'adresse essentiellement aux enfants, tant il est vrai qu'il est sage de se soucier des inégalités d'accès à la culture dès le plus jeune âge. Leurs parents pourront malgré tout trouver leur compte avec Pablo Neruda, Gabriel Garcia Marquez ou Isabel Allende, auteurs incontournables si il en est, surtout au Chili. Ah oui, j'ai oublié de le préciser : il s'agit du gouvernement chilien. Vous aviez imaginé autre chose peut-être ?

Est-ce parce que le gouvernement français n'attache pas le même intérêt à la littérature que celui du Chili ? A moins qu'il n'y ait a pas de familles nécessiteuses en France...

28 septembre 2007

Les comprachicos

Pour la consigne 54 de Paroles Plurielles, j'aime autant vous le dire tout de suite que je ne me suis pas foulé, puisque j'ai piqué mon idée sur un certain Go, Victoru de son prénom. Il a écrit il y a quelque temps un petit roman, intitulé L'homme qui rit, et je me suis inspiré d'un passage du début de celui-ci pour répondre à la consigne de Coumarine : la photo de 3 bouteilles et l'incipit : "Je lui ai dit de se taire"


Je lui ai dit de se taire. La tempête faisait suffisamment de vacarme pour me ralentir dans ma tâche, et de toute façon l'heure n'était plus aux discours. L'imbécile n'avait jamais pris la mer, il n'était pas même assez intelligent pour voir le péril qui nous menaçait. Ce bateau ne gagnerait jamais la France, encore moins l'Espagne, et nulle autre terre de ce monde ci. Cette nuit serait notre dernière nuit, cette mer notre linceul, et notre mort un juste châtiment.

Je lui ai dit de se taire, j'avais besoin de me concentrer. Ce n'est déjà pas chose aisée de tenir la plume au milieu de l'ouragan, mais mon âge avancé et la faible lumière ne m'aident pas. Par tous les diables de l'enfer, que ma main ne tremble point au moment où je couche sur le vélin la vérité sur cet enfant que nous avons tout à l'heure abandonné à son sort, sur cet ange au sourire de démon que nous avons fabriqué.

Si elles ne se sont pas brisées avant, je glisserai tout à l'heure ce parchemin dans la plus petite de ces trois bouteilles ; elle est trapue, ronde et noircie par les ans et les embruns, je trouve qu'elle me ressemble un peu. C'est la bouteille d'Hardquanonne le flamand, une fripouille de la pire espèce qui pourrit pour l'heure dans le donjon de Chatham.

La tempête s'est arrêtée mais l'eau est dans la cale. Nous n'avons plus de pompes, plus de voiles et plus de mat. Le vent ne souffle plus et les étoiles ont disparu du ciel. Nous avons allégé le navire, mais je sais que nous serons morts avant l'arrivée d'un nouveau jour. Et puisque nous ne pouvons plus rien jeter à la mer, confions lui au moins l'aveu de notre crime.

24 septembre 2007

Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, alors tais toi

Marcel Marceau par lui-même,
image récupérée chez P.Assouline


... une minute de silence en l'honneur du mime Marceau ?

20 septembre 2007

Chronique du crocodaïl

Ce blog est de plus en plus de moins en moins mis à jour. Jamais il n'aura aussi bien porté son nom - chroniques chaque jour de plus en plus du jour d'après. C'est de plus en plus de moins en moins tôt que j'écris mes petits avis, mes petits coups d'oeil, mes petites chroniques sur ceci ou sur cela. Non pas que je fasse de plus en plus de moins en moins de choses dans ma vie. Oh que non, j'en fais au contraire de plus en plus ; de plus en plus d'activités, de sorties, de découvertes. De plus en plus de moins en moins seul. De moins en moins rêveur, de plus en plus amoureux.

Tenez, un exemple parmi d'autres : le concert de rentrée de Dijon. C'était le 7 septembre. Il y a 15 jours donc. De plus en plus tard, de plus en plus du jour d'après. C'est bien ce que je disais. Au moins ai-je de plus en plus raison, ou de moins en moins tort, c'est comme vous voulez.

Vous vous souvenez sans doute de mon brillant compte-rendu de celui de l'année dernière - car je suis de plus en plus de moins en moins modeste. Vous ne vous attendiez tout de même pas à ce que je refasse le même texte cette année ? C'est que je suis de plus en plus de moins en moins courageux, faut pas croire. D'ailleurs nous fûmes sur place à peu près une heure après l'heure à laquelle j'arrivai l'an dernier. De moins en moins pressés, de plus en plus amoureux.

Je suis de plus en plus de moins en moins con, de moins en moins convaincu que nous avons bien fait d'arriver aussi tôt, d'arriver aussitôt après manger. (respirez lentement et relisez cette phrase à voix haute, ça va venir vous verrez) Car, malgré tout le respect que j'ai pour l'Art, la difficulté de sa pratique, la facilité de sa critique et les mérites certains de ceux qui s'y adonnent avec ferveur, les deux premiers groupes qui se succédèrent sur la scène n'eurent pas l'heur d'imprimer une assez forte impression sur mon cortex pour que je puisse en dire quelque chose. Je pourrais à la rigueur en dire du mal, mais j'ai une réputation de gentil à tenir, et Chérie de moi en serait toute chagrine.

La foule dispersée et babillarde qui nous environnait semblait d'ailleurs de cet avis. De plus en plus de moins en moins attentive à ce qui se passait là bas, sur la scène. Jusqu'à ce qu'arrive le tour, le tournant du spectacle, le tour de chant de Jacques Higelin. La foule se resserre, se ramasse, se fait de plus en plus dense et entre dans la danse des mots de l'illuminant illuminé passeur de songes. Rêveur éveillé, passant baudelairien attentif aux détails de la vie, tout l'inspire et chez lui respire, respire le rock, le rêve, la folie douce. Higelin est ici et ailleurs, sur scène mais à l'écoute du public, dans la chanson et dans son trip, érotique, politique, caustique, tissant les mots, disant ses maux, tirant en longueur la chanson, tirant le diable par ses cornes, tirant à boulets rouges sur la télé, sur Georges Bush, sur le pouvoir qui pervertit la politique, sur tous les engraisseurs de porcs qui nous sucent le cortex. Tirant la queue du crocodaïl.




On est de plus en plus de moins en moins con
sidérés comme
des êtres humains à part entière

Etres humains à part entière, méfiez-vous des eaux troubles, méfiez-vous des crocodaïls qui vous sucent le cortex. Ne vous fiez pas aux apparences, écoutez les poètes. Même si ils sont un peu déjantés.

Surtout si ils sont un peu déjantés.

***

Pour aller plus loin : interview de Jacques Higelin

15 septembre 2007

Chronique des coups de ballet

La semaine passée, c'était les Fêtes de la vigne à Dijon. Les 59èmes pour être exact, mais ce n'est pas une précision très importante. D'ailleurs 60 est un chiffre plus joli, je tâcherai donc de vous entretenir du même sujet lors de la prochaine édition de cet évènement. Evènement que j'avais consciencieusement raté jusqu'alors, ce qui n'est pas le cas des dijonnais, qui se pressent en foule, comme à leur habitude, aux événements culturels (et gratuits) qui envahissent l'espace de la chaussée habituellement dévolu aux voitures.

Car tout commence par un défilé. Des barrières, des gens derrière, d'autres en costume, marchant au rythme de la musique. Des bougnats en sabots, des grelots ici ou là, des tissus colorés un peu partout, et des fanfreluches diverses. Des robes, des bottes cavalières, des chapeaux. Beaucoup de bonnets. Certains couverts de plumes, d'écailles, de trucs qui brillent. D'autres en poils, comme ceux de ces types en uniforme napoléonien, sûrement les mêmes que ceux déjà vus un an plus tôt, et puis c'est tout, on arrive quand c'est fini, les grognards fermaient la marche. Le temps de franchir la barrière, traverser quelques rues toutes entières livrées aux piétons, et on retrouve la tête du serpent défilant avant qu'il n'achève son parcours place de la Libération.

La suite se passera sur une estrade Place du Bareuzai (que les gens pas d'ici s'obstinent à appeler place François Rude) où quelques groupes se succèderont lors de prestations de 10 à 20 minutes, au cours desquelles l'on retrouve quelques connaissances : Enfants du Morvan, toujours aussi prompts à déclencher un ban bourguignon, Compagnons du Bareuzai et autres représentants de la fière commune de Varois et Chaignot (si, si, ça existe). De non moins fiers représentant du Portugal, du Brésil, de Chine et d'ailleurs viennent s'intercaler, avec plumes, sabots, écailles, et bottes évoqués plus haut.

Les talons font résonner le bois de l'estrade, la foule tape frénétiquement dans ses mains, certains en rythme, Sammy à contretemps, la buvette ne désemplit pas et un petit blondinet devant nous tente de tromper son ennui en usant de deux gobelets comme de cymbales improvisées. Bref, tout le monde participe. Car les fêtes de la vigne, qui mettent à l'honneur un folklore parfois décrié, mais visiblement toujours plébiscité, marquent également le début des vendanges. D'où le nom en rapport avec la vigne. Il n'y a pas de hasard.




L'Afrique du Sud a gagné le prix du public, Cuba et la Roumanie la médaille d'or du festival ; Panama n'a eu que la médaille d'argent, mais, de ceux que nous avons vu, c'est le ballet que nous avons préféré. Robes à frou frou et souliers plats s'allient pour une danse sensuelle et colorée. Les robes virevoltent, les danseurs s'éloignent et se rapprochent, les visages se frôlent, c'est toute la parade de l'amour et le jeu de la séduction qui sont ainsi rejoués au travers de cette danse.

La musique, les couleurs et l'amour. Tout cela valait bien une chronique non ?

31 août 2007

Ca dayblogue pas mal aujourd'hui !

Alors comme ça, il parait que c'est le Blog day ; qu'il faut citer 5 blogs, expliquer pourquoi on le fait, en dire du bien, tout ça. Il parait même que ce serait la troisième édition de la chose. On m'dit jamais rien à moi d'abord. Et puis pourquoi en anglais ? Pourquoi ne pas baptiser ça "Jour des blogs" ? Voire Un blog par jour, et tout le monde sera content.


En attendant que cet affront à la langue française soit corrigé avec toute la sévérité que la loi Toubon permet (voire plus, je rappelle que c'est la troisième fois, nous avons donc affaire à des multirécidivistes, et on ne plaisante plus avec ça), c'est à mon tour de vous proposer 5 escales sympathiques.

Je me suis efforcé de choisir des blogs dont je n'avais jamais parlé, et ne figurant pas dans ma colonne de droite (Olivier parlant couramment de sa désormais fameuse colonne de gauche pour désigner les blogs ajoutés à sa liste de blogs amis, je ne vois pas pourquoi je ne parlerais pas de ma colonne de droite) ; dans le même ordre d'idées, je n'ai pas choisi des blogs déjà suffisamment
connus pour ne pas avoir besoin de davantage de publicité.
  • Another look on the world : à en croire le petit mot qui figure juste sous le bandeau, vous êtes les bienvenus chez Sarpedon, que vous soyez d'accord avec lui ou pas. Mais une chose est sûre, ce n'est pas lui qui changera d'avis... L'auteur de cet obscur blog se présente lui même comme le dernier des Mohicans à défendre l’orthographe et la syntaxe ; je ne serais
    donc que l'avant dernier. C'est rassurant. En plus de toutes ces qualités, il m'a qualifié de blog remarquable ; je pense que cette seule mention devrait vous convaincre d'aller le voir !
  • Droits des enfants : le droit des enfants, vu par un juge pour enfants - Jean-Pierre Rosenczveig, le président du tribunal pour enfants de Bobigny. Ou quand l'analyse juridique la plus pertinente s'allie au bon sens. A lire en complément du désormais incontournable maître Eolas.
  • Comment écrire un roman : découvert sur le blog de Sarpedon ; vous apprendrez toutes les raisons pour lesquelles il ne faut pas écrire un roman. Et si vous n'êtes pas trop découragés, vous aurez droit à quelques conseils du maître des lieux sur les écueils à éviter. Et des textes à lire et à commenter, et de l'actualité littéraire, et quelques dessins d'incipits où il faut deviner de quel livre il s'agit. Bref, rien que du bon !
  • Ma vie sur les planches : le blog dessiné d'un comédien qui fait des dessins, à moins qu'il ne s'agisse de celui d'un dessinateur qui est aussi comédien. Très drôle, souvent bien vu, il met en scène son quotidien avec ironie et autodérision. Avec quelques mauvais jeux de mots en prime ! Puisque c'est lui qui le dit !
  • Everland : encore des dessins ! Et encore une double compétence. Martin Vidberg est instituteur et dessinateur, et chez lui, tout le monde est dessiné en forme de pommes de terre. Même les cases des minis BD ont quelque chose de patatoïde. C'est plus qu'un concept, c'est drôle. Mais je persiste à penser qu'il devrait signer Vico.

30 août 2007

Meet the world, dessinez votre drapeau

On peut tirer beaucoup de profit d'un canular. Il peut faire rire, il peut être une source d'inspiration pour écrire sur son blog et, pour peu qu'il soit le fait d'un artiste, il peut aussi faire réfléchir.

Ainsi, en 2005, l'information selon laquelle le diplomate norvégien Charung Gollar aurait présenté devant les Nations Unies 8 images dérivées de drapeaux symbolisant les problèmes sur Terre a parcouru le web, avant d'être commentée, illustrée, expliquée et démentie.


Car Charung Gollar n'a jamais existé et les images exemplaires, qui devaient valoir au valeureux diplomate le "prix Nobel de marketing politique" (ça en jette hein ?) sont l'oeuvre d'un jeune artiste brésilien du nom de Icaro Doria réalisée pour le magazine brésilien Revista Grande Reportagem, qui doit être le National Geographic local.

Le principe est simple : si un drapeau devait représenter, à la manière d'un diagramme, les problèmes du pays qui l'a choisi pour emblème, que pourrait-il dire ? Ces images datent de 2005, évoquent l'année 2004, et sont encore d'actualité en 2007. Hélas.

J'aurais pu me contenter du lien qui précède (ou de celui-ci) et vous laissez admirer les drapeaux et leur commentaire en anglais, mais j'ai voulu m'amuser un peu, et ressortir le Google page creator. Pour voir ce que ça donne.

Voici donc ma page consacrée aux drapeaux de Charung Gollar.

Vous constaterez sûrement qu'il manque à la collection un drapeau qui vous est familier. Mais si, réfléchissez bien. Il flotte aux frontons de la mairie et il sera peut-être un jour obligatoire de le saluer tous les matins dans la cour de l'école de sport... Je vous propose donc de vous aussi, dessiner votre drapeau français à la manière de Charung Gollar. Les plus mieux bien seront publiés ici, avec l'accord de leurs auteurs, bien sûr.

A vos idées !
(et merci d'éviter les allusions trop directes à la situations politique actuelle... les allusions pas trop directes par contre, vous pouvez !)

Logique !

Quelque part dans la campagne de Bourgogne...
Des champs d'un côté et de l'autre de la route, un cimetière en contrebas. Moi : Ah ben si il y a un cimetière, c'est qu'il y a de la vie !
Logique, non ?

24 août 2007

Chronique des chiens errants

Amis pauvres qui encombrez nos trottoirs, vous allez trop loin. Ce privilège que vous vous arrogiez, étaler votre misère à la face des honnêtes gens, n'a que trop duré. Comprenez-vous ? Il faut que cela cesse. Tenez-vous le pour dit : vous gênez. Le temps où il nous suffisait de tourner la tête pour épargner à nos yeux le spectacle de votre lamentable présence est révolu. Les temps changent, que voulez-vous. Non pas que les cervicales de nos concitoyens soient plus délicates qu'autrefois, ou que vous soyez devenus si nombreux, que tournant la tête de droite à gauche ou de gauche à droite, dans un mouvement qui symbolise à lui seul notre refus, nous soyons malgré tout contraints de vous voir. Non, la vérité est bien plus simple : on ne veut plus de vous dans nos villes.

Prenant conscience de la gravité du problème, et de l'urgence véritablement humanitaire qu'il révèle, certains édiles courageux ont mis en oeuvre les mesures qui s'imposaient, en vous interdisant de mendier en centre-ville. C'est que vous faites tache dans le décor, voyez-vous. Voir traîner vos guenilles sur les pavés tout neufs des quartiers piétonniers, c'est pas bon pour l'économie, le tourisme, l'image de marque, tout ça. Ca fait sale pour tout dire. Vous comprenez ? C'est pas méchant, on a rien contre vous, on veut juste que vous alliez tendre vos mains sales quémandeuses un peu plus loin. Pourquoi n'allez-vous pas sur les boulevards périphériques ? Avec toutes ces voitures qui passent, c'est bien le diable si il ne se trouve pas quelqu'un pour vous écrasez s'occuper de vous ! Un peu comme les chiens que l'on abandonne au bord de ces mêmes routes, il y a toujours un imbécile une âme charitable pour les recueillir.

Regardons les choses en face ; vous passez votre vie assis par terre, vous attendez que votre pitance tombe de la main de ceux qui marchent devant vous et, il faut bien le dire, vous sentez mauvais. Vous causez aux narines des honnêtes gens une gêne olfactive anormale. Bref, vous êtiez comme des chiens et désormais vous serez des chiens. Voilà pourquoi nous avons décidé d'user à votre endroit de la même attitude qu'avec nos chiens - et vous ne pouvez pas dire qu'ils sont maltraités. Nous serons cléments, mais fermes. Vous allez voir qui est le maître, et on va vous faire comprendre quels sont les lieux qui vous sont interdits. Et comme vous revenez sans cesse, au mépris des règles par nous instituées, nous allons acheter du répulsif, et le répandre dans les lieux où vous avez l'habitude de prendre vos aises. C'est un peu le même procédé que l'on utilise pour empêcher les chiens de pisser sur nos vitrines. Ou pour chasser les rats. C'est un produit pour éloigner la vermine en fait.

Et c'est un produit français, voyez comme on fait bien les choses.

***

Il y a des jours comme ça, où lire le journal me donne la nausée...
Et trois liens pour la même info, c'est pour être bien sûr qu'elle soit toujours visible ; l'ironie n'est pas toujours bien comprise...

20 août 2007

Buffon mettait-il du vernis à ongles ?

Connaissez-vous le service Google recherche de livres ? Le contraire serait étonnant, car voilà une initiative qui a fait couler beaucoup d'encre et de salive, fussent-elles virtuelles. Le projet consiste plus ou moins à numériser quelques millions d'ouvrages stockés par les bibliothèques américaines du monde entier. Branle-bas de combat dans les milieux autorisés à penser, éditeurs, auteurs et tous ceux qui avec les livres font leur beurre. Personnellement, je n'arrive pas à me convaincre que numériser un exemplaire de L'histoire naturelle de Buffon puisse porter préjudice à un auteur mort depuis plus de deux-cents ans, ni à un auteur pas encore mort, ni aux très-hautes institutions bibliothécales françaises, louée soit la BNF, amen.

Mais la question du jour n'est pas là. Comme je recherchais le livre cité ci-avant, non pas pour me livrer à un travail de sape de notre belle culture française, mais plutôt pour me cultiver à peu de frais, je suis tombé sur rien de moins que la main aux ongles vernis et manucurés en train de le numériser.


La lisibilité du texte en pâtit indéniablement, mais l'image en valait la peine, non ?

Quoi qu'il en soit, Buffon, c'est bon, mangez-en lisez Buffon, le style précieux et chantourné de la langue du XVIIIème décrivant les us et coutumes du hérisson ou du castor sont d'une lecture délicieuse. Et Georges-Louis Leclerc de Buffon est né à Montbard, ce qui n'est certes pas une raison suffisante pour le lire, mais néanmoins nécessaire pour que je m'intéresse au personnage !

16 août 2007

En sortant du cinéma...

Hier, en sortant du cinéma, Chérie de Sammy et moi-même avons vu une jeune fille portant un rat (en fait deux) sur l'épaule. Sur l'épaule gauche, mais je me demande si c'est vraiment capital comme précision. Ce qui fait le piquant de l'histoire, c'est que nous venions de voir Ratatouille...


Allez vous aussi le voir pour comprendre à quel point le rapprochement est drôle !

09 juillet 2007

Chronique pluvieuse et intriguée de l'art contemporain, pour ne pas dire moderne

Il fait gris, la pluie tombe en rafales désordonnées, nous sommes approximativement en été. Il faisait exactement le même temps lorsque nous avons découvert le musée Pompidou, ce qui était tout à fait indiqué pour les visites. Favorise t-il également la création artistique ? Je soupçonne les artistes d'être capables de créer par tous les temps. Encore la pluie de juillet n'est elle pas si désagréable. Sortez, levez la tête, souriez, et laissez-la vous caresser le visage. Vous pourrez constater que c'est une vraie pluie estivale, presque tiède, tout à fait bienvenue, rafraîchissante et pour tout dire divertissante - oui, je sais, on a les consolations qu'on peut. En fait, ce qui compte, c'est le concept d'été, l'idée de soleil, l'envie de vacances.


Il en va de même dans l'art contemporain -pour ne pas dire moderne- où c'est le concept qui prime. L'idée qui préside à la création qui fait tout l'intérêt de l'objet exposé. L'artiste contemporain, voire franchement moderne, doit sentir le vent conceptuel souffler dans son atelier (c'est plus facile en laissant les fenêtres ouvertes) et les idées audacieuses tomber en pluie fines sur son travail. Qu'importent l'apparence finale, le choix des matériaux ou du support, l'essentiel est d'avoir l'Idée. Et de s'y tenir. Comme celle de cette installation constituée d'une planchette de bois et de tessons de bouteilles, où les morceaux étaient agrémentés d'étiquettes descriptives du style (la chose était en anglais) "on dirait que c'est le désert", "ce serait un char", l'ensemble devant s'appeler Bataille dans le désert ou quelque chose d'approchant. L'idée étant de simuler un jeu d'enfant (encore qu'il soit dangereux de les laisser jouer avec des morceaux de verre, mais les gens éduquent leurs enfants comme ils veulent), ou bien de rentabiliser deux bouteilles cassées.


Le Centre Pompidou regorge de concepts de cet ordre, tous plus grands et magnifiques les uns que les autres. Des provocations de Duchamp jusqu'aux travaux sur la couleur de vieux messieurs très dignes, qui en sont venus (au bout de vingt ans de recherches) à ne plus peindre que des toiles carrées entièrement blanches, en passant par des choses indéfinissables faites d'objets divers agglomérés entre eux, de chaînes, de guenilles usées et d'une manivelle pour faire bouger l'ensemble avec un bruit strident. Mais il est interdit de toucher. Ou bien encore des mobiles constitués de câbles électriques, de projecteurs et de néons qui ne dépareraient pas au-dessus du bar d'une boîte de nuit. Tout cela pend du plafond, on manque de rentrer dedans à un détour de couloir, ça brille, ça tourne en grinçant, un marchand d'épouvantails n'en voudrait pas. Ce qui n'empêche pas d'éprouver un sentiment d'intérêt curieux devant la chose. C'est déjà pas mal, et c'est sûrement fait pour ça.

On peut aussi s'interroger des heures devant un tas de cailloux ornés d'une plaque d'égout en équilibre, des kilomètres des gants de vaisselle rouges attachés les uns aux autres, une mariée qui semble prête à épouser l'étrange Mr. Jack de Tim Burton, et toute une foule d'inventions du même acabit, délirant assemblage de bric, de broc, et de fonds de grenier. Mais on peut aussi admirer quelques oeuvres majeures,dont la beauté simple et épurée fait oublier avec bonheur les délires qu'une prochaine génération de conservateurs entassera dans les réserves en méprisant avec hauteur ses prédécesseurs si peu avisés. Le mauvais goût est toujours le fait des anciens.


Vers 19h, la fatigue commençait à se faire sentir. J'ai faim, j'ai mal aux pieds, je suis saturé de formes et de couleurs, je ne jette plus qu'un vague regard sur des tableaux, des sculptures et des installations qui ne m'évoquent plus grand chose. Et j'arrive dans la salle consacrée à Henri Matisse. Et c'est le drame. La prise de conscience de ne pas être grand chose devant tant de talent. Comment fait-il pour ainsi suggérer avec si peu ? J'ai ressenti à peu près la même chose devant certains dessins de Picasso que nous verrons deux jours plus tard à Montmartre, à l'espace Dali (qui leur consacrait une exposition temporaire) Pas des Picasso cubistes, du genre de ceux qu'il a fait en collaboration avec Braque. Il y en a quelques uns à Beaubourg, et j'avoue que je n'y comprend rien, c'est un fouillis de formes géométriques entassées, et ça s'appelle tantôt "guitare sur une table" tantôt "paysage de dunes" ou bien encore "joueurs de flûte sur la plage" et on se demande si par hasard quelqu'un n'aurait pas inversé les étiquettes. Non, je parle des dessins où il arrive à suggérer, en seulement quelques traits, des danseurs, un taureau, un paysage. De ceux que l'on admire pendant de longues minutes en se demandant "Mais comment ça tient ?"


Un peu comme cette oeuvre majeure de Brancusi. Ce n'est pas "juste une tête", c'est l'aboutissement d'un vrai travail pour obtenir une forme aussi parfaite. C'est lisse, ça n'accroche pas le regard, qui glisse sur cette courbe dorée en un mouvement sans fin. C'est sensuel. C'est beau. C'est une goutte non pas de bronze, mais de vie.


Dubuffet aussi, fixe la vie à sa manière. Avec du goudron et des graviers. C'est expressif à l'extrême, criant de vérité. Et l'affiche de l'exposition d'époque, présentée dans une vitrine non loin des tableaux, prévenait les spectateurs et les "victimes" ainsi portraitisées : ils sont " Plus beaux qu'ils ne le croient". Et ça me plait tellement que j'en avais fait une sorte de bande-annonce pour ces trois chroniques parisiennes.


Il serait plaisant de terminer sur cette image, mais il faut encore que je dise un mot sur l'espace Dali évoqué plus haut. Dali crée de toutes les façons possibles, par tous les temps et dans une folie joyeuse et torturée. En peignant avec ses moustaches. En balançant des choses par sa fenêtre de Montmartre puis en descendant voir ce que ça donne. En traduisant en tableaux ses rêves les plus horriblement érotiques et ses fantasmes les plus érotiquement horrifiques (à lire avec l'accent). En illustrant de ses visions quelques grandes oeuvres de la littérature mondiale (Don Quichotte...) En se proclamant roi des surréalistes. En conjurant par l'art la peur de la mort.


Ainsi en va t-il de ses fameuses montres molles. Apparaissant dans un tableau des années 30, intitulé Persistance de la mémoire elles se déclinent dans les années 70 en trois sculptures autour de ce thème du temps "mou", manière de signifier que tout le monde ne le perçoit pas de la même manière, qu'il ne s'écoule pas pour tout le monde de la même façon, et que notre naïve ambition de vouloir le "fixer" en le subdivisant en heures, en minutes, en inutiles secondes, est bien dérisoire. L'idée de départ était assez pessimiste (toute vie se termine par la mort) mais la troisième sculpture, arrive à quelque chose de plus optimiste sur le cycle de la vie, la mort précédant la renaissance, ne serait-ce que sous la forme de l'inexorable décomposition finale en humus fertile d'où sortiront de jolies fleurs... Je ne me souviens pas très bien, mais c'est l'idée dominante.

Dali était peut-être bien un peu fou, (les artistes le sont toujours un peu), mais il était également génial, visionnaire, moderne. Pour ne pas dire contemporain.

25 juin 2007

Les 10 blogs qui citent mon blog

Pour continuer dans la série des billets qui meublent bien pour pas cher, je reprends une fois de plus une idée lancée par un blogami. Il s'agit aujourd'hui de Christelle, qui incitait à la suivre dans son entreprise farfelue de recensement des blogs qui parlent de soi. Elle a beau nous fournir des explications précises, des outils pertinents, des conseils avisés, cela ne m'empêche pas de trouver presque trop compliqué cet exercice où il n'est question que de Developper center, de référencement, de Yahoo pipes et autres termes technico-ésotériques.

De fait, je me suis attaché à confectionner une liste de 10 blogs me citant dans un article, ce qui n'est pas la même chose que ceux qui me lient. Que tous ceux qui ne sont pas dans la liste ne s'en offusquent pas outre mesure, les uns et les autres ont droit à ma plus vive gratitude. Ca tombe bien, ce sont presque toujours les mêmes...

Mais jugez donc, sur la foi de cette liste à l'ordre pas vraiment aléatoire :
Reprenne qui voudra !

La prochaine chronique est dans les tuyaux !

12 juin 2007

Chronique pluvieuse du Louvre, des photos et de la poussière des temps anciens

Des mauvais esprits (de telles personnes existent-elles vraiment ?) se laissent aller à dire qu'il pleut parfois sur Dijon. C'est complètement faux. La preuve : il n'a plu que deux heures la semaine dernière. Jeudi soir, de 18h à 20h environ. Le ciel était noir, l'averse était drue, le tonnerre faisait son vacarme habituel. Les voitures roulaient dans trente centimètres d'eau. Peut-être même quarante, selon des témoins dignes de foi. Mais est-ce une raison de médire ainsi ? Bien sûr que non. En trois jours à Paris la semaine passée, il a plu quasiment tout le temps. Loin de moi l'idée d'en tirer des conclusions hâtives, mais il faut regarder les choses en face : je me suis mouillé les pieds.

Le ciel commençait de s'obscurcir comme nous quittions l'esplanade du centre Beaubourg après ma prestation ; la pluie a bientôt débuté pour ne plus cesser les jours suivants. Autant dire que le temps était idéal pour passer entre les gouttes et d'un musée à l'autre. Idéal pour admirer, parapluie en main les merveilles de l'Histoire, de l'art et du génie créatif humain - car il y a des nuances.



Le fameux scribe accroupi par exemple, illustre ancêtre des fonctionnaires, comptant Amôn sait quoi depuis la nuit des temps, avec son crâne rasé, sa peau orange et son petit ventre rond. Est-ce de l'art ? Ou bien l'une des plus belles expressions du génie humain ? Ses yeux de verre confèrent à son regard une intensité prodigieuse. Il commence à vous fixer dès que vous entrez dans la salle, puis il vous suit des yeux sans ciller ; il ne bronchera pas davantage tandis que vous le prendrez en photo sous tous les angles.

D'ailleurs, à quoi bon ? J'aurais pu avoir une plus belle image sur Insecula, et en savoir plus sur le scribe accroupi, sa vie, son oeuvre, mais j'ai illustré sans le vouloir la chanson de Benabar Les épices du souk du Caire : Qu'elles soient en couleur ou bien en noir et blanc, on fait tous, quelle horreur ! les mêmes photos tout l'temps. Qu'est-ce qui nous pousse au fond à refaire à la chaîne, tous les mêmes photos qu'on a vu par centaines, des photos de monuments qui sont jamais très belles, mais c'est nous qui l'a fait c'est pas la carte postale...

Il est de toute façon illusoire d'espérer photographier quoi que ce soit dans les allées du Louvre. A cause du reflet sur les vitrines, à cause du parapluie déjà cité que l'on ne sait pas où mettre, à cause de la foule bruissante, bruyante et bousculante. D'ailleurs, celle-ci nous aurait-elle légérement déroutés ? A moins que ce ne soit la chaleur, la vastitude des lieux, que sais-je, l'émotion artistique, mais nous avons fait le parcours à l'envers.


Voilà pourquoi nous avant vu cette sublime statuette pourtant chronologiquement plus proche de nous avant le scribe - celui-ci datant de l'Ancien Empire. La nuit des temps est datée, c'est fou. Mais assez de digressions : c'est une des plus jolies choses que nous ayons pu voir. Je crois que ça se passe de commentaires : la finesse de la silhouette, rehaussée par le drapé quasiment invisible dont les plis s'estompent pour finir par n'être que suggérés. C'est sans nul doute une des plus belle émanation de l'Art. A tel point que la boutique du musée en propose des reproductions à des prix déraisonnables. Ceci expliquant sans doute pourquoi l'une reste ouverte fort tard quand l'autre entame les manœuvres de fermeture (consistant à pousser les gens vers les portes) dès 17h30.

Cela ne nous aura pas empêché de voir madame paréo sans le haut - ce qui, par un temps pareil, était assez osé. Notez qu'elle illustre à merveille la chanson de Benabar citée plus haut :
Mignonne en paréo au retour de la plage, elle enlèvera pas le haut, c'est dommage. Le portrait qui fait rire du permis de conduire, celui qui fait peur, qu'est-ce que c'est qu'cette coiffure ? Qu'elles soient en couleur ou bien en noir et blanc, on fait tous, quelle horreur ! les mêmes photos tout l'temps

... Les grands derrière, les p'tits devant.
Le tout précédé, suivi ou accompagné de chats empaillés, de sarcophages, d'une momie complète avec tout son petit nécessaire, de statues d'ibis, de canards, de faucons ; de frises de griffons et d'archers, de files d'attente interminables devant les WC et de vitrines entières de petites choses anciennes et délicates en bronze, terre, argent et bribes de poussière des temps anciens.


***

La chronique pluvieuse et intriguée de l'art contemporain, pour ne pas dire moderne, se déploiera à vos yeux ébahis d'ici quelques jours. Je ne voudrais pas vous infliger de trop longues séances de lecture !

11 juin 2007

Les filles ausi chassent les dragons

Un jour je vous raconterai sans doute comment, avant de tomber dans le monde merveilleux de l'Administration, je voulais être bibliothécaire. Ceci s'explique par mon attrait pour la planète livre et tout ce qui gravite autour - et éclaire du même coup ma propension à vous parler de ces petites choses là de temps en temps en temps. Mais pas trop souvent quand même, d'autres le font bien mieux que moi. Et ce n'est de toute façon pas le propos de ce blog. Encore avant, je voulais être ingénieur des eaux et forêts, mais c'est parce que je ne savais pas trop ce que ça voulait dire. Bref, vous allez finir par croire que mon rêve d'enfant a toujours été de devenir fonctionnaire. Alors que je voulais être Zorro, comme tout le monde.

Mais je cause, je cause, et je perds presque de vue ce que je voulais dire. Ca a dans une certaine mesure trait aux livres, d'où le détour qui précède. J'ai récemment découvert l'existence d'un label décerné aux albums et aux livres pour la jeunesse (0-10 ans) ne tombant pas dans les stéréotypes du style papa au boulot, maman à la cuisine, petit garçon joue au foot et petite fille à la poupée... Et ils ne sont pas très nombreux.


L'association suisse Lab-Elle a donc décidé de faire en sorte de changer les choses en œuvrant pour une attention soutenue aux potentiels féminins dans le domaine de la littérature enfantine et [de] rendre visibles les albums allant dans ce sens. Leur communication balaie les clichés à coup de formules impertinentes telles que "Les garçons aussi ont peur des araignées". C'est pas vrai, ou alors seulement les plus grosses ou "Les filles aussi chassent les dragons !"

Enfin une bonne initiative qui vaut mieux que bien des gesticulations télévisuelles...

06 juin 2007

Nouveau départ

Cela faisait quelques semaines que je n'avais pas eu le temps de participer aux consignes dispensées par Coumarine sur Paroles plurielles (on se demande pourquoi...) ; étant pour cette quinzaine chargé de mettre en ligne les textes des participants, je me suis un peu plus penché sur la question. Voici la consigne, présentée par Coumarine :

Je vous propose de vous laisser "prendre" par une photo que m'a transmise Arthur. Non pas pour écrire un texte "moral" sur la pauvreté, mais pour écrire VOTRE texte à vous que vous inspire cette photo. Et pour vous compliquer la tâche (oui, vous savez que j'adooooooooore ça!), voici une phrase d'incipit "chipée" à Philipe Claudel, (auteur à lire de toute urgence) dans son livre "J'abandonne" (dur dur) paru en collection folio : "Le samedi, c'est plus tranquille. Il y a moins de monde." (p56)


Le samedi c'est plus tranquille. Il y a moins de monde. C'est le jour ou jamais pour partir. Les gosses sont prêts ? Dépêchez-vous, vous allez nous faire repérer. Allez, fais pas cette tête, on a rien à se reprocher. Ce sont eux les voleurs. Ils nous ont volés notre vie, notre bonheur, notre liberté. Allez viens, on s'en va.

Jamais je ne me suis habitué à voir la femme que j'aime vivre dans ce taudis. Tu mérites mieux que ça ma beauté. Combien de temps avons nous pourri dans cette cage ? Je ne sais plus. Cinq ans ? Cinq ans déjà ? Ce n'est pas possible. Cinq années à mourir sa vie tous les jours, à quatre dans dix mètres carrés. Avec l'espoir d'une vie meilleure qui s'en va tous les soirs davantage. Allez viens, on s'en va.

Mais tout ça c'est fini. On s'en va. Oui je sais, je l'ai volé cette caravane. Oui je sais, ce ne sera pas le grand luxe, mais nous aurons au moins la route comme refuge,l'espoir comme bagage et le soleil pour témoin. Allez viens. Il est temps. On entend presque plus les voitures. Il sont déjà tous partis. Viens, allez, c'est aujourd'hui qu'on s'en va. Le soleil est magnifique, on roulera le plus longtemps possible. Et ce soir, je te prendrai en photo devant notre nouvelle maison.

03 juin 2007

Petit questionnaire littéraire

En attendant la suite, voici un questionnaire à caractère livresque si ce n'est littéraire. Il m'a été proposé par mon amie Delphine, qui feint de croire qu'elle ne connait pas mes goûts en la matière. Je pense plutôt qu'elle cherche de quoi me faire écrire plus régulièrement. Qu'elle en soit remerciée.

1) Le 1er livre qui vous a marqué ?

Si on part du principe que les aventures de Oui oui et Potiron ne rentrent pas vraiment en ligne de compte, je pense que le premier livre qui m'a marqué doit être Les voyages de Gulliver de Swift.

2) Celui que vous n'avez jamais pu terminer ?

Attention, je vais cafter méchamment. La maîtresse de Brecht de Jacques-Pierre Amette, prix Goncourt de je ne sais plus quelle année, me tombe des mains comme c'est pas permis. C'est une juxtaposition de phrases creuses et sèches, une qualité d'ennui rarement atteinte. Aussi passionnant qu'un procès-verbal de garde à vue.

3) Celui que vous reliriez avec plaisir ?

Il faudrait plutôt demander ceux que j'ai relus avec plaisir ! En commençant par certains livres que l'usage destine aux lectures enfantines, et que j'ai relus plus tard, tels que les Voyages de Gulliver déjà cités ou L'île au trésor ; Le seigneur des anneaux un peu plus tard. Viennent ensuite quelques livres ou auteurs dont l'oeuvre ou un titre en particulier se prêtent à des relectures complètes ou fragmentaires : Chroniques martiennes (Ray Bradbury), Fictions (Jorge Luis Borges), Les fleurs du mal, Les aventures du Petit Nicolas, Contes et nouvelles (de Maupassant. -je suis très éclectique- et les Chroniques de Vialatte, récemment évoquées dans ces pages.

4) Celui qui vous a fait le plus pleurer ?

La fin de La coupe de feu. Siiiii ! Il y en a sûrement eu d'autres, mais ils m'échappent pour l'instant.

5) Celui qui vous a le plus déçu ?

La petite chartreuse : de bons passages mais l'ensemble est inutilement larmoyant.
Le mobilier national : l'auteur (Laurence Cossé) en parlait bien à la radio, ce qui m'avait donné envie de le lire, mais c'était assez... fade.

6) Celui que vous ne lirez jamais ?

Euh... je vous le dirai quand j'aurai lu tous les autres ?

7) Celui que vous attendez avec impatience ?

Mauvaise question! Ce sont les livres à lire qui m'attendent avec impatience sur mes étagères, pas l'inverse !

8) Un auteur dont vous avez lu tous les livres?

Fred Vargas (du moins tous les rompols)

9) Un auteur dont vous prévoyez de lire tous les livres?

De Maupassant, j'ai lu toutes les nouvelles (en Pléiade, bé oui, j'ai des gouts de luxe) - il me reste encore à lire ses romans. Il faudra que je m'attaque à ce qu'il me reste de Vialatte un jour.

10) Un livre qui n'a rien d'un chef d'oeuvre mais que vous avez tout de même beaucoup aimé ?

Qu'est ce qu'un chef d'oeuvre d'abord ? Il conviendrait de répondre à cette question avant de se lancer dans des jugements à l'emporte-pièce... Cela dit, j'ai une vague idée de la question, et je citerais donc Bouquiner (Annie François nous raconte sa vie au milieu des livres, tous les lecteurs se reconnaitront au moins une page sur deux), la série des Harry Potter, Les fourmis de Bernard Werber, la série des aventures de Monsieur Malaussène de Daniel Pennac...


11) Un livre qui a laissé une marque profonde en vous ?

Dur, dur... Vies minuscules de Pierre Michon ? Si c'est un homme ?

12) Un livre qui vous a été recommandé de lire à l'école et que vous avez (contre toutes attentes) vraiment beaucoup aimé ?

J'ai suivi deux années durant les cours du DEUST "Métiers du livre" -il faudra que je vous raconte ça un jour- au milieu desquels surgissaient les prestations d'une sorte de fou littéraire, un critique qui ne comprenait pas que nous ne possédions pas le centième de ses connaissances ; je dois malgré tout à sa non-pédagogie la découverte de Alexandre Vialatte (eh oui...), Jean-Philippe Toussaint, Jean Echenoz, Pierre Michon, Arto Paasilinna...

13) Un classique français qui vous tombe des mains ?

La condition humaine. Pour paraphraser Desproges, c'est comme l'annuaire : on tourne trois pages et on décroche...

14) Un classique français qui vous a énormément plu ?

Madame Bovary. C'est féroce, cynique, violemment bien écrit. Indispensable.

15) Le dernier livre que vous avez acheté ?

Microfictions de Régis Jauffret

16) Le dernier livre que vous avez terminé ?

Allez, je personnalise la question en listant les quatre derniers livres lu :
  • Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler / Luis Sepulveda
  • La vie devant soi / Romain Gary-Emile Ajar
  • Les jeux de l'amour et de la mort / Fred Vargas
  • La fille de la nuit / Serge Brussolo
17) Le(s) livre(s) que vous lisez en ce moment ?

L'élégance du hérisson / Muriel Barbery
Microfictions / Régis Jauffret

D'une façon générale, je vous renvoie au "Sammy express" qui s'affiche dans la colonne de droite pour savoir en permanence le titre du livre en cours !

18) Le prochain livre que vous lirez ?

Plateforme / Michel Houellebecq

19) Votre liste de livres à lire ? (question rajoutée par Sammy)
  • Plateforme / Michel Houellebecq
  • Le monde selon Garp / John Irving
  • L'aveuglement / José Saramago
  • Notre Dame de Paris / Victor Hugo
  • Aragon, Zweig, Camus, Gogol, Simenon, Saint-Exupéry...
20) Quels sont les livres ou les écrivains que vous conseillerez absolument ? (encore une question que je rajoute !)

Hormis les habituels Vialatte et Maupassant, je vous suggère amicalement de lire (pourquoi pas cet été) le fabuleux Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki. Vous aurez le bon goût de préférer l'édition José Corti.


Et, dans le plus grand désordre, vous serez bien avisés de lire ou relire : Phèdre, La légende des siècles, Pars vite et reviens tard, La confusion des sentiments, Les bienveillantes, Kressman Taylor, Eloge de la folie, Paroles, Terre des hommes, Desproges, Le petit monde de Don Camillo, Coeur de chien, Les Mille et Une nuits, Dino Buzzati, Anna Gavalda, Le parfum, Le lion, Albert Londres et La Fontaine, qui font partie, avec quelques uns de ceux que j'ai cité dans ce questionnaire, de mes meilleurs souvenirs de lecture de ces dix dernières années.

Et comme je suis d'un naturel généreux, j'invite Miss Alfie, Céline, Posuto, Florence et Melle Bille à nous parler à leur tour de leurs lectures !

Quand à Delphine, elle peut maintenant me faire part de ses réponses...

Les ilustration sont gracieusement fournies par monsieur Amazon.

01 juin 2007

Chronique du Sammy saltimbanque

Descendant l'esplanade en pente douce qui mène au centre Pompidou, Chérie de Sammy et moi-même avons été attirés par un attroupement de personnes assises, assistant vraisemblablement à un spectacle. Nous approchant, nous nous rendons compte qu'il s'agit d'un artiste de rue. Pantalon noir, chemise blanche et bretelles qui s'avéreront très utiles pour tous les effets de comique visuel qu'elles permettent, il prend à partie le public, imitant les touristes asiatiques, singeant voire poursuivant les malheureux qui passent dans son périmètre et regroupant autour de lui un public nombreux auquel nous nous joignîmes.

Alors que nous avions finalement décidés de nous assoir, il s'avise de notre arrivée et s'approche en vociférant, désignant un emplacement au sol : asseyez-vous LA ! Noooon ! Làààà ! déclenchant de nouveaux rires de la foule. Amis des arrivés discrètes, passez votre chemin ! Le spectacle continue, ou plutôt commence, car il se met bientôt à expliquer qu'il va sélectionner parmi le public des collaborateurs (vieille ficelle pour s'assurer l'attention de l'auditoire) pour participer à la réalisation d'un épisode de Dallas à la chinoise... Il choisira donc successivement un italien barbu qu'il ornera d'un nunchaku et un tibétain qui prendra la fuite dès qu'il aura le dos tourné, qu'il remplacera aussi sec par un américain chauve (sans doute pour contrebalancer la barbe). Le malheureux se verra affublé d'un béret, d'un revolver découpé dans du carton et d'une française qui jouera l'héroïne de ce street-soap opera.

Il adjoint à ce petit monde un clapman -c'est celui qui est chargé de gueuler (c'est le terme le plus approprié) le numéro de la scène entre chacune des prises virtuelles- auquel il projette de faire exécuter sur les pavés des bonds de cabri et autres fantaisies gracieuses et aériennes. La première victime sur laquelle il avait primitivement jeté son dévolu s'excuse, remonte une jambe de son pantalon et dévoile une attelle qui l'empêchera de faire toutes les choses grandes et magnifiques que l'on attend de lui. Qu'à cela ne tienne, notre metteur en scène hystérique va choisir quelqu'un d'autre dans le public... Inutile de faire durer plus longtemps un artificiel et vain suspens, c'est bien évidemment vers moi que son index tendu va se pointer !

Votre serviteur, agrémenté pour la circonstance d'un chapeau trop petit (le maître de cérémonie aura sans doute mal évalué la taille de ma caboche) a par conséquent fait l'andouille pendant vingt bonnes minutes devant un parterre hilare et bigarré, sautant, courant, traversant la "scène" à pas chassés en tournant le dos au public, ou regardant mon temporaire et hilarant chef avec une frayeur feinte. J'avoue que j'ai pris un plaisir certain à en rajouter au passage ce qui me valût force mimiques et autres moqueries de l'artiste, mimant tantôt l'homme ivre, tantôt le fou, tantôt le fumeur d'herbes exotiques... Dans mes moments d'inactivité (je n'avais finalement qu'un rôle fort modeste) j'ai observé la fascinante facilité qu'ont les gens -moi compris- mûs par le charisme du clown et la pression du groupe, à obéir aux ordres les plus incongrus que l'on peut leur donner.

Après ce quart d'heure de gloire improvisée, nous nous dirigeons enfin vers le musée convoité, devant lequel nous serons restés assis à peine plus longtemps que prévu. La prochaine chronique ne pourra dès lors qu'être parisienne et artistique. Et un petit peu pluvieuse. Mais les grands artistes ne se soucient pas de considérations aussi mesquines que l'eau tombant du ciel...

30 mai 2007

Le sourire de Dubuffet

La bonne résolution du jour était de répondre à la masse de commentaires en retard ! Et c'est fait ! Ca mérite bien un petit sourire !

Dhôtel nuancé d'abricot
Tableau de Dubuffet - Centre Georges Pompidou


Celui-ci est de Dubuffet, entrepreneur en peinture dont le centre Pompidou héberge quelques une des productions ; dans les heures à venir, la bonne résolution sera d'écrire quelque chose où je parlerai donc de Dubuffet, du centre Pompidou, du Louvre, de Dali, de Paris sous la pluie...

25 mai 2007

La dure vie de bureau...

Quand j'aurai un moment, il faudra que j'écrive la chronique de Troyes, sa cathédrale, son musée d'art moderne ; Reims, sa cathédrale, ses gargouilles par lesquelles les cloches fondues ont coulé lors de l'incendie de 1914, et aussi les intermèdes gastronomiques avec andouillettes, pain d'épice et saucisson à cuire. Et un peu de bifidus aussi. Ce sera grand et magnifique, bien sûr.

En attendant, juste pour meubler voici une copie d'écran de mon bureau. J'ai repris l'idée chez Olivier.


Vous remarquerez que je fais dans la sobriété. Ce n'est pas toujours le cas...
Pour ceux qui se poseraient la question (il y a des curieux parmi vous, je le sais), oui, la photo est de moi. Elle a même été prise dans le cadre du travail. C'est fou.

Demain, nous allons voir le scribe accroupi. Un fonctionnaire de l'époque. Un ancêtre en somme...

16 mai 2007

Battling le ténébreux, chronique du lumineux Vialatte

Vialatte est un grand écrivain, qu'on se le dise. Je terminais la chronique consacrée à la Demeure du chaos en vous sommant de lire son Battling le ténébreux, et c'est un conseil avisé que je vous suggère de suivre. D'une manière générale, vous pouvez lire n'importe quoi de Vialatte, ce n'est jamais du temps perdu. C'est une activité hautement enrichissante, sur le plan littéraire s'entend. Humain pour tout dire. Et dépêchez vous de le faire, car il est de moins en moins méconnu, ce qui fera bientôt complétement perdre le charme snob de lire un génie incompris.

Je vous expliquerai un de ces jours avec vigueur et enthousiasme pourquoi vous devez absolument faire l'acquisition par tous moyens à votre convenance (achat, emprunt définitif à un ami, vol, station prolongée dans une bibliothéque) de ses Chroniques de La Montagne. Ce sera grand et magnifique. Mais, ainsi que je l'ai déjà exposé ici même, je ne m'en sens pas le courage. Cela dit, vous pourriez tout simplement me faire confiance et investir la somme folle que cela représente (10 paquets de 20 cigarettes à 5 euros) juste parce que c'est moi qui le dit. Bon d'accord, je rêve.


Mais je me cantonne aujourd'hui à Battling le ténébreux ou la mue périlleuse ; après tout, quelle meilleure entrée en matière pour découvrir un écrivain que de parler de son premier livre ? Et c'est le premier livre d'un jeune homme de 27 ans, qui pose un regard tendre et acidulé sur la vie. Il n'en changera jamais. Peut-être deviendra t-il plus désabusé avec l'âge, peut-être l'absurdité du monde renforcera t-elle son côté décalé et rêveur, mais l'essentiel est déjà là.
Il avait une petite barbe poivre et sel, un sourire gai et des yeux tristes, une femme insignifiante et féconde, des enfants qui foisonnaient dans son jardin et une connaissance des hommes si parfaite qu'il en était au désespoir.
Battling, c’est l’histoire d'un adolescent mal dans sa peau, tourmenté et angoissé, qui ne réussira pas la mue périlleuse dont il est question dès le titre ; c'est une histoire simple et tragique, l’histoire somme toute ordinaire d’un désespoir menant au suicide, un fait divers de cinq lignes. Battling, c’est l'albatros que son âme hypertrophique empêche d’aimer, l'écorché vif qui tente de se persuader qu'il n'aime personne pour mieux oublier qu'il ne s'aime pas lui-même. C'est l’histoire toujours renouvelée de la découverte de l’amour et de ses cruelles désillusion, de l'amitié comme seul repère solide, facteur de liens indéfectibles et d’une compétition implicite, ou vécue comme telle. L'histoire du passage à l'âge d'homme et l'explication du regard que les adolescents portent sur les adultes, où se mélangent mépris et d’admiration, cruauté et envie.


Mais c'est aussi l’évocation empreinte de nostalgie de la jeunesse de l’auteur, dans l’immédiat après-guerre, celle que préférait Brassens, celle de quatorz'-dix-huit ; évocation donnant lieu à une galerie de portraits vitriolée et à une étude de mœurs cynique. C’est également l’établissement d’un réseau de concordances entre l’auteur et son texte : les trois personnages principaux du récit (Battling, Ferraci et le narrateur), leur amitié et la mort de l’un d’eux rappellent de façon assez symétrique l'histoire de Vialatte, entre son frère et Paul Pourrat, dont la mort fait l'objet d'un prologue révélateur.

Finalement, la mue périlleuse dont il question dans le sous-titre pourrait être celle de l'écrivain Vialatte, quittant encore presque adolescent son Livradois natal, partant pour la Rhénanie, en revenant avec ce roman et ses premières traductions de son alter-ego pragois, Kafka, et de sa nouvelle la plus connue : La métamorphose. Titre prémonitoire et métaphorique ! La mue après la métamorphose ! Il y aurait beaucoup à dire sur les points communs entre ces deux humoristes, partageant le même goût de l’humour sombre et pessimiste. Vialatte est plus joyeux, Kafka plus désespéré, mais ils se retrouvent derrière le même sourire hésitant entre l'humour et le tragique.

Je reviendrai peut-être là dessus un de ces jours.
Et c'est ainsi qu'Allah est grand.
***

Sites :
Les illustrations proviennent d'Amazon ; j'aurais pu les scanner moi-même, mais bon.

14 mai 2007

En attendant Harry...

...il se passe de drôles de choses dans nos campagnes !


La photo complète dès que Christelle vous aurez trouvé le pourquoi du comment !

10 mai 2007

Les dents de l'absurde

Voici la fameuse affiche incitant à aller voir les requins vivants, photographiée dimanche dernier, sur le chemin du bureau de vote.

07 mai 2007

Citation sur l'air du temps...

"Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer."
Figaro, in Le barbier de Séville / Beaumarchais

Empressez-vous de rire de tout. D'autres se chargeront du reste.
Le soleil reste magnifique malgré tout, ne l'oubliez pas.

05 mai 2007

Chronique bisontine des citadelles et des bestioles qui s'y trouvent

 A Besançon, les facades sont blanches et grises, le Doubs coule ses méandres autour de la vieille ville, et la citadelle domine le tout de sa masse imperturbable. Quand Sammy et Chérie de Sammy partent en promenade, c'est à l'assaut de celle-ci qu'ils s'élancent. On y arrive en gravissant une route à côté de laquelle la montée de l'Alpe d'Huez n'est qu'une aimable excursion pour cyclotouristes amateurs, et on profite du spectacle, du lieu, de ce moment simple et heureux. Bref, du soleil qui est magnifique, aujourd'hui.

D'autant plus que ce n'est pas n'importe quelle citadelle ! C'est celle que Vauban a construit sur la colline dominant la ville afin d'en assurer l'essor touristique deux siècles plus tard. Ce qui prouve suffisament le génie et la prévoyance de cet homme. Les bisontins (qui sont gens fort pratiques même si ils ont un gentilé ridicule), ont intégré dans l'enceinte de cette imposante structure la moitié de leurs musées. Du moins tous ceux qui finissent en -um. Comme Petibonum, Tartopum et Babaorum le noctarium, l'insectarium, l'aquarium, le climatorium et Karakorum. Ce n'est pas tout à fait exact, car il faut encore citer le musée Comtois, celui de la Résistance et de la déportation, ainsi que le parc zoologique. Qui est comme il se doit grand et magnifique. A cause des singes calins et agiles, et peut-être aussi des ânes qui ressemblent à des kangourous mais pas trop. Et je ne parle pas des des autres grosses bestioles, lions fainéants, tigres indifférents, et flamands dont la seule caractéristique est d'être roses.


Les petites bébêtes (celles qui montent, qui montent) sont pour leur part fort judicieusement placées dans une sorte de cave, le déjà cité noctarium, où règne l'obscurité d'un milieu de nuit sous les étoiles. Ce n'est pas sans une certaine appréhension que l'on entre dans cet endroit où l'on se déplace à tâtons, pour contempler dans leur habitat naturel la souris, la musaraigne, le rat et le surmulot, qui est le nom savant du rat d'égout. Les minuscules musaraignes musardent sur du noisetier, les rats grouillent sur le fauteuil du grand-père et dans un égout moins vrai que nature car trop propre, et les souris blanches aux yeux rouges. Un peu comme moi en sortant, mais c'est à cause du soleil. Je ne peux m'empêcher de penser à La peste et à Pars vite et reviens tard, mais c'est pas ma faute.

Les autres bestioles s'observent à la lumière et c'est tant mieux. L'idée de me retrouver dans l'obscurité en compagnie de mygales, de blattes et de quelques autres arthropodes choisis m'est particulièrement odieuse. Les mygales sont poilues, pleines de pattes et se cachent sournoisement dans un coin de leur boîte. On ne les voit qu'à la dernière seconde, c'est une surprise fort peu réjouissante. Les vieillards les plus endurcis blêmissent, les petites filles crient, les amoureuses s'accrochent à leur Sammy. On ne devrait pas autoriser de tels spectacles. A un détour de couloir, des fourmis s'exposent dans des tubes et des boîtes de plexiglass. Elles font tout un parcours de la maison au terrain de jeu, s'ébattent, s'ébrouent, font tous leurs tours. C'est encore plus passionant que de regarder une bûche flamber dans la cheminée. Sammy capture une fugitive et va nourrir la mygale la remet avec ses copines. Depuis Les fourmis de Bernard Werber, je n'ai plus peur de ces insectes là. Que n'écrit-il Les araignées ?

A l'extérieur, un bassin permet de toucher des poissons vivants. Je précise vivant car sinon c'est pas pareil. Et c'est très vrai car les murs de Dijon s'ornent depuis une semaine de publicités bichromiques invitant la foule à s'approcher, venir voir, se presser en masse à une attraction itinérante d'otaries vivantes et de requins dans le même état. Je ne peux que m'en réjouir. Le requin mort n'attire pas vraiment le public.

C'est sûrement pour ça que l'on n'en trouve pas dans la citadelle de monsieur Vauban.

***

Quelques infos pour la route : Le site de la citadelle et l'article de Wikipedia sur ce sujet.

02 mai 2007

Comment taire ?

En attendant d'autres nouvelles grandes et magnifiques, je me prête moi aussi au jeu relayé par Céline ; il s'agit d'un jeu interactif dans la mesure où il demande votre participation ! Si vous laissez un commentaire sous ce billet, je suis censé :

1 - Vous dire pourquoi je vous ai mis(e) dans ma liste de liens (ou pas)
2 - Vous associer à un film ou une chanson
3 - Vous dire un fait quelconque sur vous
4 - Donner mon premier souvenir de vous
5 - Vous associer à un personnage ou un couple
6 - Demander quelque chose sur vous que j’ai toujours voulu savoir
7 - Et en retour, vous devez poster ceci sur votre blog (ou pas)

Tout cela bien sûr dans la limite de mes souvenirs, de mes idées, et du temps que j'aurai pour répondre !

***

Oui, c'est un billet de retour de pont !