05 avril 2011

Lectures de mars (et ça repart)


- Far West, journal de la première traversée du continent nord-américain - 1 : La piste de l'Ouest / Meriwether Lewis, William Clark 

Le récit mythique de la première traversée du continent américain. Un journal de bord au jour le jour, avec des rivières, des indiens, des grizzly, des bisons, des indiens et des épines de figuiers de barbarie. Et aussi quelques indiens. J'avoue, l'ingestion est un peu pénible, et j'ai eu un peu de mal à finir. Mais si on est dans le bon état d'esprit, ce journal de bord se lit comme un roman d'aventures : une poignée d'hommes à la découverte d'un vaste territoire totalement inconnu, des espaces immenses découverts pour la première fois, des relations avec les indiens aussi diverses que le sont les multiples tribus rencontrées, mais toujours pacifiques. C'est plus tard que ça se gâtera. Pour tous ceux qui veulent plonger aux sources des mythes de la Conquête ou rêver d'une autre Amérique...



- Le secret de l'espadon : est-ce dû à ma récente chronique sur Blake et Mortimer ? Toujours est-il que je suis tombé sur une édition complète (les 3 tomes en un seul volume), et que je n'ai pas pu résister au plaisir de le relire.



- Joe Bar team : tomes 1, 3 et 7 prêtés par un collègue. Je pense que l'on doit mieux apprécier tout le sel des gags si on est -comme lui- motard soi-même, mais cela reste assez drôle. D'ailleurs, j'ai lu les 3 Tom, et Jerry.

30 mars 2011

Chronique du dérisoire

Dérisoire. C'est le premier mot qui m'est venu à l'esprit en pensant aux efforts déployés par une poignée  de sacrifiés chargés de déverser de l'eau dans une piscine de combustible nucléaire depuis un hélicoptère. Ce qui revient à peu près à remplir une casserole d'eau bouillante en voie d'évaporation avec une petite cuillère.

Dérisoires nos vies, nos espoirs, nos amours, à la merci de la prochaine catastrophe technologique qui nous tombera dessus un de ces jours. Dérisoires nos efforts pour trier les déchets, éteindre la lumière, économiser l'eau : à quoi servent-ils, comparés à de telles catastrophes ?

Avant, je savais confusément -comme tout le monde probablement- que 80% à peu près de l'énergie produite en France était d'origine nucléaire. J'en tirais une vague fierté, parce que c'était mon papa que me l'avait dit, et qu'il avait l'air content de cet état de fait. Et puis le reste du temps, ça ne m'inspirait pas plus que ça. Je m'éclairais, me chauffais, cuisinais, allais sur internet et jouais à Oblivion grâce à l'énergie nucléaire, sans y penser une seule seconde. Si nos gouvernements successifs avaient souhaité, mis en place et entretenu ce système, c'était sûrement pour une très bonne raison et puis, qu'est ce que j'y connaissais, moi ?

80% de l'électricité produite en France est d'origine nucléaire. Aujourd'hui, j'ai peur. (1)

Car la catastrophe est arrivée. D'abord un tremblement de terre - c'est au Japon, ils ont l'habitude, et de toute façon ils sont bien préparés. Et c'est si loin le Japon. Puis sont venues les premières estimations du nombre de morts, dérisoires, qui confortent l'idée que ce n'est qu'un incident banal pour le nippon moyen, et que décidément, elle est belle cette technologie qui permet de faire fi des caprices de la nature. Mais un doute  subsiste tout de même vu la magnitude annoncée.

Ensuite, l'accident nucléaire. Je dis accident parce que je ne suis pas très doué pour les formules creuses. L'événement a été qualifié au fil des heures d'incident, d'accident, de problème, de non-catastrophe, un peu comme une guerre qui ne doit pas dire son nom, l'innommable se produisait devant nos yeux et se parait des atours de la langue de bois officielle. Les déclarations rassurantes succédant aux communiqués lénifiants, on s'est installé dans un ronron médiatique qui n'est pas sans évoquer le bruit de fond d'un ballet d'hélicoptères.

Dérisoires marionnettes politiques décrétant sur quel sujet il est décent de débattre. Dérisoires spécialistes pontifiant au 20 heure. Dérisoires moulins à paroles usés pour avoir trop menti. Diraient-ils la vérité qu'ils ne seraient pas cru.

Dérisoires journaux, dérisoires médias, dérisoires lecteurs vite lassés par cette catastrophe annoncée qui n'en finit pas de venir. En deux semaines à peine, j'ai l'impression navrante que tout le monde est passé à autre chose. Une "opération humanitaire" pilotée par l'OTAN, avec son cortège d'euphémismes. Quelques soucis de politique intérieure pour un président en exercice. Des débats qui n'intéressent personne sur la religion, pour ne pas dire une religion. Des équipes sportives qui gagnent, perdent, font match nul. En un mot, le train-train quotidien.

Dérisoire internet, dérisoire Twitter soi-disant pourvoyeur de révolutions. Savez-vous de quoi on parle sur Twitter ce matin ? De la rumeur autour de la fausse mort de Jackie Chan. Pendant ce temps, à Fukushima, des hommes continuent de se battre contre un ennemi invisible. Ne les oublions pas. Même si ils sont déjà morts.

C'est si peu de choses, une vie humaine. C'est tellement dérisoire.

***

(1) Illustration : Information is beautiful : Radiation dosage chart - Creative Commons Attribution Non commercial - David McCandless

09 mars 2011

Il y a 5 ans : mars 2006 - Chronique des choses qui ne changent pas

Voilà, c'est fait, ce blog a 5 ans, ce qui est un âge canonique pour un média dont la durée de vie n'excède généralement pas quelques mois. Je n'ai pas le courage de chercher des chiffres pour étayer mes dires, aussi devrez-vous me croire sur parole. Mais je pense que votre expérience de lecteur, voire de blogueur, vous fait pressentir que je ne dis pas une trop grosse ânerie. 

Le moment est donc propice à une petite auto-célébration mâtinée d'un peu d'autosatisfaction, et un peu ombrée de déception, celle de n'avoir pas toujours pu écrire toutes les choses grandes et magnifiques que j'avais en tête, et aussi celle d'avoir parfois cédé à la facilité.

Mais haut les cœurs ! Ce blog est une expérience vivante, et en tant que telle connait les aléas de tout ce qui vit, avec des périodes fastes, des moments d'exception, et quelques passages à vide. Il est aussi le reflet de ma vie ces 5 dernières années : plus ma vie est riche, moins j'ai le temps d'en parler...  ;-)

Pour célébrer comme il se doit cet anniversaire d'exception, j'ai pensé faire chaque mois une petite rétrospective de tout ce que j'ai pu raconter il y a 5 ans. Et voir au passage si ce dont je parlais il y a 1/20 de siècle a évolué entre-temps...

***

Il y a 5 ans, sur ce blog...

...je parlais de Hoaxbuster et de tôle emboutie.

5 ans après, les choses n'ont pas vraiment changées. Ce sont toujours -hélas- les mêmes hoax qui tournent en boucle sur Hoaxbuster, et nos rues sont toujours encombrées sinon de chauffards, du moins de mauvais conducteurs. Pas forcément ceux qui roulent bourrés, à 230 km/h, à gauche, sans permis et en tenant le volant avec les pieds.


Lotus


Non, je pense d'abord à tous les auteurs des incivilités du quotidien, les accros de la clope garés en double-file "juste 30 secondes", les trop pressés qui slaloment entre les piétons sur les passages abusivement dénommés "protégés" (quelle ironie), les partisans de la loi de la jungle qui foncent dans le tas à chaque rond-point, la bonne femme qui a failli me rouler dessus, sur un passage protégé justement, "parce qu'il n'y a pas de petit bonhomme" à cet endroit... Et je ne parle pas du crétin solitaire de l'asphalte qui a tout bonnement failli me tuer en jouant à K2000 fais moi peur sur la rocade...(1)

Rien de nouveau sous le soleil donc. Heureusement, Hoaxbuster va bientôt changer de look. Ca fait toujours une consolation.

(1) Image CC yellow book 

08 mars 2011

Juste deux gif

Je crois que ça se passe de commentaires... Par contre, je me demande s'il est normal que ça me fasse rire ?






Pour la petite histoire : le premier .gif tourne depuis un petit bout de temps, ce qui s'explique par son côté indéniablement mignoooon ; je viens de tomber sur le second qui en est manifestement la parodie. Mais le doute reste permis...


02 mars 2011

20 ans déjà !

Serge Gainsbourg, auteur-compositeur-interprète, artiste avide de coups de cœur et mort de crise cardiaque, 2 avril 1928 - 2 mars 1991



























28 février 2011

Lectures de février

- Croisière à l'intérieur des terres / R.L. Stevenson
Lecture dans le prolongement de L'île au trésor, relue il y a peu. Prochain sur ma liste dans la catégorie Stevenson : le pendant de celui-ci, à savoir Voyage avec un âne dans les Cévennes. 



- Les soirées du hameau (Première partie) / Nicolas Gogol




Images : CC Wikimedia

23 février 2011

Le discours d'un roi

Je ne saurais trop vous conseiller d'aller voir Le discours d'un roi. 

Il fait partie de ces films qui vous laissent une empreinte plus qu'un souvenir. De ces films dont on garde une émotion, un ressenti, et qui vous obligent à en parler autour de vous, à tenter de convaincre vos collègues, vos amis, Tatie Germaine et la boulangère d'aller les voir.


Quelle est l'histoire ? Elle est en apparence très simple : c'est un homme qui va voir un thérapeute pour son bégaiement. Comme il est Altesse royale (le bègue, pas l'orthophoniste), ça le gêne beaucoup dans son métier. On pourrait rester indifférent (il est bègue, so what ?), sarcastique (comme quoi, les aristos aussi ont leurs problèmes), moqueur (il ferait un bon roi des bègues) et pourtant il n'en est rien.

Dès les premières minutes du film, on est en complète empathie avec le personnage. Sa première apparition donne le ton de la suite : contraint et forcé de faire un discours, le malheureux arbore une tête de condamné amer. Il sait que ça va être un massacre mais il n'a pas le choix. Il gravit des marches escorté de familiers et d'officiels, bourreaux involontaires bourrés de bonnes intentions ; sa femme tente de le réconforter, encore quelques marches à l'air libre ; le micro est là, énorme et fatidique au milieu de la tribune de Wembley.

C'est là que l'on commence à l'aimer, ce prince de Motordu qui n'en peut mais. On est avec lui, on voudrait tant que les mots sortent, on se tortille sur son fauteuil, on souffre pour lui pendant que les flegmatiques et loyaux sujets pouffent devant cet handicapé du verbe.

 
Les années passent et le bégaiement reste. On retrouve Son Altesse Royale aux prises avec des charlatans qui lui font bouffer des cailloux, il finit par vomir les uns et les autres. Jusqu'à la rencontre avec le thérapeute providentiel, aussi peu respectueux de l'étiquette et des conventions que son patient en est prisonnier.

Mister Logue, mais appelez-le Lionel, va devoir percer la carapace de convenances, de protocole, d'éducation rigide qui emprisonne son royal impatient, pour trouver des petits bouts d'homme  en-dessous,  cet homme qu'il refusera d'appeler autrement que Bertie.


Le film ne s'attarde pas outre mesure sur les causes du bégaiement (aussi incredible et shocking que cela paraisse, Bertie a eu une enfance malheureuse), évitant à ma grande satisfaction de sombrer dans le pathos, ni dans une démonstration de la méthode du professeur Shmourf pour transformer les bègues en chanteurs d'opéra. L'enjeu du film est ailleurs, l'émotion aussi. Elle est dans cette évocation des blessures cachées de ces deux hommes que tout oppose ; ils ne sont pas du même monde - à tous les sens du terme. L'un est roturier, l'autre est appelé à devenir roi. L'un est anglais, l'autre est australien. L'un est bègue et va devoir apprendre son rôle de roi. L'autre connait tout Shakespeare, mais ne jouera jamais la tragédie. L'un se rêve en roi Lear, l'autre ne rêve que de pouvoir lire.

Car il s'agit au final d'un ballet à trois entre le roi, l'orthophoniste et la TSF, personnage omniprésent, mais véritable enjeu du film, arme dans la guerre qui s'annonce et qui crée une part non négligeable du ressort dramatique. Car Bertie, sorry, Sa Majesté Georges VI, ne pourra pas échapper au trône après l'abdication de son frère Edouard VIII, et devra incarner la voix de l'Angleterre et de l'Empire face à un Hitler qui ne mâche pas ses mots.


L'ensemble, ce qui ne gâche rien, est relevé par un humour so british et un final mis en musique par Beethoven. Une brochette d'acteurs tous plus excellents les uns que les autres portent le film, Colin Firth en tête. Pour être tout à fait franc, je trouve ce type tout simplement épatant. Capable de jouer dans Bridget Jones comme d'incarner Vermeer dans La jeune fille à la perle, il fait ici un bègue émouvant sans caricature ni affectation, un homme tout simplement, avec ses qualités, ses défauts, son enfance, son histoire, ses contraintes.

Un homme avant tout.

31 janvier 2011

Lectures et autres nourritures culturelles de janvier

C'est une petite idée comme ça, à voir si je la maintiendrai sur la durée : faire un petit récapitulatif mensuel de mes découvertes culturelles. Dans un premier temps, j'avais pensé ne traiter que de mes lectures, puis je me suis dit que c'était un peu réducteur.

Voici donc mes lectures de janvier, et quelques autres points d'intérêt d'hiver et variés. Le cas échéant, j'ai placé un lien vers un article où j'aborde ce thème.

Livres :
  • Fondation foudroyée, suivi de Terre et Fondation / Isaac Asimov : ma petite citation du début du mois ne fait pas réellement justice à cette œuvre. Il faudrait que je me presse le citron pour écrire une chronique à la hauteur du cycle de Fondation. Dur, dur...
  •  Conte de fées à l'usage des moyennes personnes / Boris Vian
  •  Trouble dans les andains / Boris Vian
Boris Vian, c'est la découverte de ce début d'année. Je ne l'avais jamais lu auparavant, alors autant l'attaquer dans l'ordre chronologique. C'est jazz, c'est swing, ça joue sur les mots, c'est Vian. 

  • XXI n°13 : mais pourquoi n'ai-je toujours pas écrit la chronique somptueuse que cette revue mérite ? 
  •  Lecture en cours : Vercoquin et le plancton ; c'est une sorte de suite de Trouble dans les andains, mais en plus contrôlé, et en plus long.

BD :
  • Blake et Mortimer : La malédiction des trente deniers  
  • Largo Winch : Mer noire / Francq et Van Hamme : comme dans tous les Largo Winch, Largo se trouve dans un pétrin ahurissant à la fin du tome. Rassurez-vous, il s'en sortira les doigts dans le nez du méchant au tome suivant. J'ai bien aimé la première page, avec la lettre de Winch à ses employés sur la crise financière. C'est ce que j'ai lu de plus clair sur le sujet depuis 2008...

Cinéma : 

DVD :
  • Peut-être / Cédric Klapisch : Romain Duris passe dans un trou du plafond, se retrouve au même endroit 70 ans plus tard, et rencontre son fils (Jean-Paul Belmondo) qui le supplie de le concevoir. Dans un Paris recouvert par le sable. J'ai un projet de chronique là dessus. Je l'écrirai un jour, peut-être...
  • Alegria (Cirque du Soleil) : féérique...

Spectacles :
  • Florence Foresti, au Zénith de Dijon : c'est drôle
  • Ad astra (danse) : c'est spécial. On en parle ici.

28 janvier 2011

Chronique des lecteurs sincères

Je ne pense pas l'avoir déjà dit ici, mais je lui ai déjà écrit en commentaire : j'aime beaucoup les comptes-rendus de lecture de paysanheureux. Parce qu'il dit avec des mots simples s'il a aimé ou pas, et pourquoi.  En un mot, il ne se prend pas la tête. C'est un peu comme une discussion avec un collègue, le matin, une tasse de café à la main,  lorsque l'on raconte le film que l'on a aimé ce week-end, le livre que l'on a lu pendant les vacances, et si tu veux je te le prête, ah mais attend faut que j'finisse la pavé dont on parlait la semaine dernière...

Dans son dernier billet, il exécute d'une image le pourtant primé "La vie est brève et le désir sans fin"
"La vie du personnage principal, un raté, se résume à la course au coït avec un zombie"
tout en s'interrogeant sur les motivations profondes des choix des jurys littéraires et partant, sur le rôle de prescripteurs que devraient jouer les libraires ; ou plutôt, sur celui qu'ils jouaient autrefois, quand vendre des livres n'était pas tout à fait une activité commerciale comme une autre.

Je ne peux que déplorer avec lui la disparition des "petites" librairies -et pas seulement en milieu rural : même en ville, il n'y a désormais que des Flaques, des Europe 2 Megastore, des Culte du rat, et autres enseignes du groupe Brima ... Parfois, on a la chance de tomber sur des individualités généreuses et passionnées, mais ce genre de personne est souvent sacrifiée sur l'autel du profit. Les autres vendant du livre comme un entrepreneur de pompes funèbres son petit matériel : avec une chaleur factice.

Les prix littéraires, n'en parlons même pas. A quelques brillantes exceptions près -Les bienveillantes,  La bataille, les livres de Jean Echenoz- mes lectures en ce domaine ont été à l'image du commerce évoqué au paragraphe précédent : mortelles. En vrac, et sans ménagement, parce que ça défoule : La maîtresse de Brecht est un sommet d'ennui, La petite chartreuse une histoire bête pour faire pleurer Margot ; et La carte et le territoire, je vous dirai tout le mal qu'il faut en penser quand je me serai décidé à le lire.

Ce qui me plait dans les discussions avec les vrais amateurs de lecture, ce que j'aime dans ce type de note de blog, c'est la sincérité qui s'en dégage : on ne s'érige pas en censeur, en petit critiquounet de pacotille ou en arbitre des élégances littéraires ; non, on dit ce qu'on a aimé, on se reconnait mutuellement le droit de n'avoir pas apprécié, pas compris, de ne pas être "rentré" dans le livre, voire de l'avoir trouvé ennuyeux, de l'avoir abandonné avant la fin, et d'en avoir finalement fait un usage plus utile en calant sa table de nuit avec.

Tout le contraire de nombre d'émissions littéraro-nombrilesques, de pédants qui jugent de la qualité d'un livre à son nombre de pages, ou de certains blogs se prétendant littéraires. Mes vrais coups de cœur littéraires, mes vraies découvertes, je les dois aussi à tous ces lecteurs, tous ces passeurs du quotidien, tous ceux qui savent parler de livres le plus naturellement du monde, sur leur blog, ou le matin au bureau avec une tasse de café à la main, avec passion et sincérité.

19 janvier 2011

Blake et Mortimer : La malédiction des trente deniers

J'aime bien Blake et Mortimer. Leurs aventures presque pas croyables, mêlant action, fantastique, scientisme à la Jules Verne et mystères souterrains ; les costumes en tweed, les nœuds papillons, les uniformes ; le charme désuet d'une série qui nous transporte dans des années 50 qui n'en finissent jamais ; leur flegmatique habitude de ne pas mourir. A tel enseigne qu'ils ont même réussi à survivre à la disparition de leur créateur en 1987.

Blake et Mortimer, c'est une Angleterre fantasmée, issue des amours de Kipling et de Chapeau melon et bottes de cuir, née dans l'imagination d'un belge. Série culte, elle est devenue ce que Tintin aurait pu être sans le carcan judiciaire qui l'entoure. Et nous avons tous retenu quelque chose de Blake et Mortimer : "Par Horus demeure !", l'espadon, la marque jaune, Nasir, le colonel Olrik...


Ce nouvel épisode, où les héros vont devoir se confronter au mystère entourant les trente deniers reçus par Judas comme prix de sa trahison du Christ, reprend tous les éléments que le lecteur est en droit d'attendre  : une énigme, un super-méchant mégalo, Olrik en ennemi récurrent, des accidents de voitures, quelques naufrages, des explosions, et un soupçon de surnaturel.

L'idée de départ ? L'apôtre renégat Judas a raté son suicide (encore un coup de Dieu, toujours à se mêler de tout) et est enterré, bien des années plus tard, par une communauté chrétienne réfugiée sur une petite île grecque. Avec seulement 29 de ses deniers. Et les deniers, ce n'est pas la peine qu'il y en ait beaucoup pour qu'il y ait des problèmes. Le denier perdu est donc le point de départ  d'une foultitude d'aventures, à cause de la malédiction divine qui tombe sur la tronche de tous ceux qui tentent de s'en emparer, bien sûr.

Pour ma part, je préfère la vision de Judas imaginée par Borges dans la nouvelle "Trois versions de Judas", où il émet l'hypothèse que Dieu s'est fait homme jusqu'à l'infamie, et que le Christ n'est pas Jésus mais Judas... Mais revenons à nos deniers. Traité en film d'aventure, le sujet aurait pu donner un Indiana Jones 4 mieux inspiré, un peu dans le style "Les aventuriers du denier perdu", ou un OSS 117 de plus avec les nazis dans le rôle du méchant, comme d'habitude. De toute façon, pour Jacobs, de manière plus ou moins allusive, c'étaient toujours les nazis les méchants - jusqu'à Olrik, inspiré par le facho anglais Oswald Mosley. Mais même sans la photographie qui le prouve, la référence à la Seconde Guerre Mondiale dans le Secret de l'espadon est assez évidente.

C'est pour cela que je suis un peu gêné par l'entêtement montré par les auteurs des albums post-Jacobs à rattacher B&M à des références historiques (Sptounik dans La machination Voronov, improbable accord entre Hitler et l'empereur Basam-Damdu ici) : on gagne en ancrage dans la réalité ce qu'on perd en charme et en allusion, c'est dommage.


Quitte à faire des références, je préfère les discrets clins d'œil à Tintin du premier tome, que j'aurais aimé retrouver dans le deuxième, qui m'a un peu déçu. Jusqu'à la fin un peu trop grand guignol, où Dieu va encore intervenir, décidément c'est une habitude chez lui. N'est pas Spielberg qui veut et, à une fin à la Indiana Jones, j'eusse apprécié une conclusion à la Ric Hochet, avec explication rationnelle du mystère, démontage de la manipulation, et tea time après avoir bâillonné la Castafiore, mais je crois que je me mélange un peu les pinceaux dans le franco-belge.

Je pense que les auteurs ont voulu nous refaire une fin à la façon du Mystère de la Grande Pyramide, mais il manque le petit quelque chose qui fait qu'on accroche complètement. Il faut faire attention avec les recettes qui paraissent éprouvées : elles ne sont pas toujours à appliquer à la lettre. Mais ne me faites pas écrire ce que je n'ai pas dit, j'ai quand même passé un bon moment en lisant cet album, qui, bien que n'étant pas le meilleur de la série, a su trouver quelques astuces pour imposer sa marque, comme les petits signes montrant le vieillissement des héros, qui leurs donnent un côté plus humain :
Une constatation s'impose old chap : nous ne rajeunissons pas.
C'est peut-être un mystère mais c'est ainsi, les héros vieillissent tout en restant jeunes, et continuent à nous faire rêver tels les quatre mousquetaires dans Vingt ans après. Seule la mort pourra les arrêter. Mais ces deux là paraissent bien décidés à continuer à ne pas disparaître. Peut-être Dieu s'en est-il encore mêlé. On ne va pas s'en plaindre.

***

A la fin de ma lecture comme de cette chronique, bien des questions restent encore sans réponse, et je les soumets à votre sagacité, sages lecteurs : 
  • à quel moment Mortimer peut-il bien se raser la moustache à la page 20 du tome 2 ?
  • pourquoi les pipes que les personnages arborent tout le temps ne font-elles pas de fumée ?
  • pourquoi Olrik est-il aussi méchant qu'un Orangina rouge ?

11 janvier 2011

De mignons émotifs anonymes chroniques

Dans le dernier spectacle de Gad Elmaleh -Papa est en haut- il y a une interjection qui revient assez régulièrement, principe de comique de répétition oblige : "C'est mignon"


Lorsque Gad (oui, on s'appelle par nos prénoms, on est super proches) dit "c'est mignon", ce n'est pas moqueur, c'est réellement parce que c'est mignon. Il est en va de même pour qualifier le film Les émotifs anonymes. C'est réellement mignon. C'est à dire que c'est mignon, pas mièvre, ni dégoulinant de sensiblerie, et pas non plus fouillé dans un tripatouillage de sentiments à la Isabelle Huppert, non, c'est mignon tout court, et ça fait du bien. 


L'histoire est assez simple : Jean-René, patron d'une chocolaterie, hyper-émotif, embauche Angélique, super-émotive, comme vendeuse chargée de promouvoir ses chocolats auprès des boutiques de la région. Mais Angélique ne postulait pas pour le poste de vendeuse, elle est chocolatière... Seulement, ils sont l'un comme l'autre bien trop timides, que ce soit pour mener un véritable entretien d'embauche ou pour oser faire part de l'erreur.




Angélique participe à un groupe d'émotifs anonymes, Jean-René voit un psy, ou un coach ; la première fait des efforts monumentaux pour surmonter ses bouffées d'angoisse, le second se voit confier des exercices par son coach : toucher quelqu'un, inviter une femme à diner...

Devinez un peu sur qui il va "s'exercer" lors de plusieurs situations burlesques et attendrissantes...

C'est mignooon !

Isabelle Carré est gentiment émouvante et Benoît Poelvoorde, à la limite du contre emploi, fait un extraordinaire numéro de timide pathologique. C'est mignon !  Et ça fait tellement plaisir de temps en temps !

08 janvier 2011

Harry Potter et les reliques de la mort - première partie

Ce n'est un secret pour personne, je suis fan d'Harry Potter. Le jour où je suis tombé dedans, j'ai  dévoré les quatre premiers tomes, avant de rejoindre la cohorte des lecteurs avides de connaître la suite. C'était un délicieux supplice, où l'attente participait autant au plaisir que la lecture du livre en elle-même. Mais la fin est arrivée. Et le manque avec. Les vrais fans me comprendront : jamais plus nous ne lirons une nouvelle aventure de Harry ; pire, jamais plus nous ne connaîtrons le sentiment de la découverte lié à la première lecture, avec ses surprises, ses émotions, l'attachement aux personnages.

Dans un premier temps, j'ai d'abord refusé de voir les films. Trop attaché aux impressions des livres, refusant que l'on m'impose des visages et des lieux à la place de ceux que je m'étais imaginé, gardant trop en mémoire les détails du texte pour profiter de l'histoire, je n'en aurais de toute façon pas profité.

Flûte, je m'a gouré de logo

J'en ai finalement vu un - le premier de la série. Ce devait être un peu avant mon arrivée à Dijon : dans une chambre d'hôtel solitaire, sur une télévision minuscule, avec un lecteur de DVD à bout de course. Autant dire que c'était un pêché véniel. Je n'ai ensuite vu que Le Prince de sang mêlé, passant au travers de la promotion tapageuse de 3 films successifs. 

Et puis... le temps a fait son œuvre. J'ai oublié les détails des livres, j'ai eu envie de ressentir de nouveau un peu d'effet Harry, ne serait-ce qu'à travers le prisme d'un film. Voilà pourquoi nous avons vu Les reliques de la mort cet après-midi. Je suis satisfait de ces 2h30 de potterrisme. L'essentiel est là, y compris ce que j'avais oublié. L'ambiance est presque aussi sombre que celle du livre, avec peut-être une pointe d'émotion supplémentaire -grand écran oblige. Et aussi parce que j'ai lu chacun des livres très vite, ne prenant pas forcément le temps de m'approfondir sur les passages émouvants. 
"Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes." 
(Aucun rapport avec le schmilblick, mais j'aime beaucoup cette citation de Dumbledore)
Je ne cacherai pas avoir été très sceptique quand j'ai appris que le septième tome serait adapté en deux films.  Après visionnage, je dirais que ce premier film couvre un peu moins que les 3/4 du livre et je trouve que le réalisateur a su tirer parti des longs passages d'errance de Ron, Hermione et Harry à travers la campagne, sans pour autant tomber dans le piège d'assommantes longueurs. J'avais apprécié à sa juste valeur cette quête initiatique dans le livre, où les trois protagonistes se perdent, se retrouvent, affrontent des dangers trop grands pour eux. Je persiste d'ailleurs à trouver des points communs entre ce volume et La Communauté de l'anneau... voire entre la saga Harry Potter et Le seigneur des anneaux en général.  Mais ce n'est pas mon sujet aujourd'hui. J'en reparlerai peut-être... après la sortie de la deuxième partie. 

Que je suis impatient de voir pour le coup.

05 janvier 2011

Citation : Fondation foudroyée

Je viens de terminer Fondation foudroyée ; on peut notamment y lire la phrase suivante :
"Il me semble [...] que le progrès de la civilisation tend essentiellement à limiter la vie privée des gens."
Il me semble que cette affirmation tend à devenir de plus en plus vraie...

Fondation foudroyée / Isaac Asimov, 1982

30 décembre 2010

Chronique sur la vie, l'univers et le reste

J'ai mis à profit ma première semaine de vacances de cette fin d'année pour compléter ma culture en ajoutant H2G2 à mes connaissances. H2G2, ce n'est pas la nouvelle molécule miracle qui fait maigrir, ni la formule chimique du  gaz dans l'eau. Non, H2G2, c'est The Hitchhiker's Guide to the Galaxy, ou Le guide du routard galactique, en français compréhensible dans ce coin de l'univers. 

Étant sur le web, vous ne pouvez pas ne pas en avoir entendu parler : c'est ce livre où il est question d'un ordinateur qui, après avoir réfléchi pendant sept millions et demi d'années à la grande question sur la vie, l'univers, et le reste, répond par "quarante-deux". Ah. Vous voyez bien que ça vous dit quelque chose. Il y a bien un geek dans votre entourage pour avoir énoncé un jour, d'un air entendu, que la réponse est quarante-deux. Vous savez maintenant pourquoi.

Ce n'est pas un roman, mais une trilogie en cinq tomes (c'est comme ça), à lire impérativement à la suite et dans l'ordre, bien que vous découvrirez rapidement que le temps avance dans le sens qui lui plait. Surtout si vous êtes accroché à un sofa chesterfield dans une prairie de la préhistoire. Vous apprendrez pourquoi l'accessoire indispensable du routard est la serviette de bain, que les souris sont les créatures les plus intelligentes de la galaxie, pourquoi il ne faut pas se livrer aux voyages dans l'hyperespace lorsque l'on est originaire d'une zone pluriel. Et aussi le dernier message de Dieu à sa création. Je l'ai particulièrement aimé celui-ci. C'est à la fin du tome 4(1). 

Il va sans dire que l'ensemble est loufoque, tordu, foutraque, loufdingue, complétement barré, en un mot une vachté de sommet de truc drôle. Bref, de l'humour anglais. Qui est le plus drôle du monde après l'humour souris.
D’après une théorie, le jour où quelqu’un découvrira exactement à quoi sert l’Univers et pourquoi il est là, ledit Univers disparaîtra sur-le-champ pour se voir remplacé par quelque chose de considérablement plus bizarre et inexplicable.

Selon une autre théorie, la chose se serait en fait déjà produite.
Au fil de leurs pérégrinations galactiques Arthur Dent (anglais excessivement moyen), Ford Prefect (routard natif de Bételgeuse), Zaphod Beeblebrox (Président de la Galaxie), Trillian (anglaise presque normale), Marvin (androïde dépressif) et le Guide, qui est presque un personnage à art entière, découvriront la réponse à la grande question sur le sens de la vie, de l'univers, et du reste, dineront dans le restaurant situé juste avant la fin du monde, rencontreront Elvis Presley dans un petit motel sur une planète perdue, mangeront de la viande de bête parfaitement normale, et sauveront l'univers deux fois. Dans le même après-midi. Contre des robots blancs joueurs de cricket. C'est à ce genre de détails que l'on voit que l'auteur est bien anglais.

***

H2G2, l'intégrale de la trilogie en 5 volumes / Douglas Adams. Un gros volume dans l'indispensable collection Lunes d'encre de Denoël. Disponible dans toutes les bonnes bibliothèques de la galaxie, ou alors changez de quartier.

(1) Pour mes lecteurs qui ne pourraient pas s'endormir sans cette capitale révélation, le dernier message de Dieu à sa création est : "Nous sommes désolés pour le désagrément".

18 décembre 2010

Les garçons aussi racontent des trucs à leur peluche

Ce blog, à l'instar de son auteur, commence à se faire vieux. Pas mal comme accroche. Genre, j'essaie de vous apitoyer mais pas trop, tout en étant suffisamment intriguant pour maintenir l'intérêt, ah bon, il est vieux, mais quel âge peut-il bien avoir ? C'est vrai que ce blog est là depuis un moment, il écrit plus trop mais il ne ferme toujours pas, j'aurais pas cru, ben dis donc quelle abnégation, il est toujours là, oh ben dis donc.

Mais trêve de billevesées. Il y a un certain temps, pour ne pas dire le 11 juin 2007, je vous entretenais de la chouette initiative de association Lab-Elle, qui venait de créer un label destiné à récompenser les albums allant à l'encontre des stéréotypes trop couramment admis : plus de héros que d'héroïnes, les garçons font du sport, les filles la cuisine, etc.


J'apprends aujourd'hui, via Olympe, que la labellisation est mise en pause ; essentiellement par manque de fonds, mais aussi faute de livres à labelliser (plus de détails sur leur blog). Ce qui donne un drôle d'éclairage sur notre société, et sur l'ancrage des stéréotypes.

14 décembre 2010

Sérendipité de Noël

Lu sur Dijonscope :
Les faits sont véridiques et ont fait les gros titres de la presse de l’époque. Ce 23 décembre 1951, 250 enfants du catéchisme, du patronat Lacordaire et des écoles sont réunis pour une grande “fête liturgique”. À la suite d’une déclaration du pape faisant de l’icône festive à barbe blanche un “commis voyageur des marchands du temple” quelques dignitaires religieux et notamment le vicaire de la cathédrale Saint Bénigne, Jacques Nourissat, décident de donner l’exemple. Ils organisent donc la “mort du Père Noël” pour, disent- ils : “que les enfants sachent que Noël n’est pas seulement la journée du commerce et des cadeaux mais le Noël des pauvres.
L'affaire avait par la suite fait grand bruit, certains titres de la presse expliquant doctement que Dijon était revenu aux guerres de religion ! Même Claude Lévi Strauss y avait été de son analyse, c'est dire. Ce n'est pas tous les jours, constatait-t-il, que l'ethnologue trouve ainsi l'occasion d'observer, dans sa propre société, la croissance subite d'un rite, et même d'un culte.



Car le fin mot de l'histoire est bien celui-ci : le père Noël est bel et bien l'objet d'un culte, et les ecclésiastiques qui voulurent le détruire n'ont fait que confirmer son importance... tout en contribuant à fixer l'image de l'icône, avec tous ses attributs : manteau rouge, barbe, hotte...

Encore une fois, internet m'a permis de me cultiver à peu de frais en partant d'une anecdote relevée dans un article de presse ! Il en va ainsi de ce long article, qui reprend l'anecdote, décortique le texte de Lévi-Strauss et se lance dans un véritable cours sur Noël à travers les âges, la figure du Père Noël...

04 novembre 2010

Chronique des beautés cachés, des facteurs et des fous

Ce qu'il y a de plus beau à la Réunion, c'est ce qui est caché. Tous les lieux auxquels on n'accède qu'à pied.  Ou en vélo pour les plus téméraires. Car la voiture -après les boucles, épingles à cheveux et sueurs évoqués dans une précédente chronique- ne vous mènera qu'au début du sentier, au pied de la montagne, à l'orée de la forêt. Pour découvrir le panorama, admirer la cascade, explorer la forêt, il vous faudra poursuivre à pied, tantôt foulant la roche volcanique sous ses différentes espèces, tantôt pataugeant dans la boue, qui est comme chacun le sait le véritable bonheur du randonneur bien né.

Que nul ne s'avance s'il n'est bien chaussé. Telle pourrait être la devise des sentiers de la Réunion. La petite ballade familiale qui commence par un sentier balisé recouvert de pouzzolane, vous demandera finalement une  bonne heure de marche et se terminera par le franchissement d'une rivière à gué. Sous la pluie. Qui tombe verticale, en grosses gouttes serrées, mais pas trop froide. Vos chaussures n'y survivront pas. Consolez-vous en pensant à votre fierté lorsque vous montrerez vos photos à vos amis.

Takamaka, le trou de fer, le cirque de Mafate font partie de ces lieux que seuls les marcheurs et les amateurs de cartes postales peuvent contempler en majesté. Les cartophilistes se privant toutefois des joies humides évoquées plus haut. Mafate, c'est sans doute le plus beau des cirques, car le plus inaccessible. Les habitants sont disséminés dans des îlets, ensemble de cases formant, dans le meilleur des cas, un embryon de village. Pour les plus pittoresques, les cases sont accrochées aux parois, posées sur des replats. On y accède à s'accrochant aux lianes. Ou aux basques du facteur, qui fait ce petit exercice tous les jours. Il a le mollet musclé, le jarret ferme, le visage tanné par le soleil. Et 40 kilos de courrier à distribuer.


Ce n'est certes pas lui qui s'amuserait à lancer ses chaussures sur un fil électrique. Non, ce n'est pas un dicton local, il s'agirait plutôt d'une sorte de coutume. Un jeu pratiqué par les jeunes -et peut-être par les moins jeunes- consistant à lancer une paire de chaussures attachées par leurs lacets, de façon à orner un banal fil électrique. Pour le rendre plus intéressant. Plus folklorique. Le passe-temps a au moins le mérite de susciter les interrogations des touristes, intrigués par toutes ces pompes suspendues aux entrées des villages.

Mais à la Réunion, il n'y a pas que des touristes et des lanceurs de chaussures. Il y a aussi des fous. De vrais fous de jeu d'échec, qui ne se déplacent qu'en diagonale. Une fois par an, ils traversent l'île d'un bout à l'autre. A pied. Du sud-est au nord-ouest. Du Cap Méchant à Saint Denis. Ce qui fait 163 km pour 9600 mètres de dénivelé. Autant dire qu'ils gardent leurs chaussures. Et les fous sont plus nombreux qu'on ne le croit : 2555 très précisément. Mais un sur deux n'arrivera pas au bout. Entre temps, les survivants auront consommé 390 kilos de pâtes, 4600 yaourts, 2050 tranches de jambon. Et 9 kilos de piment. Pour le coup de fouet du dernier kilomètre.

22 octobre 2010

Chronique du 20-10-2010 et des nouvelles édifiantes

Il y a quelques jours, nous étions le 20-10-2010. C'est un événement qui ne se reproduira plus jamais. Tout comme ne reviendront jamais plus le 19-10-2010 et le 21-10-2010. Ni les si regrettés 01-01-01, 02-02-02 et consorts. Je crois même pouvoir affirmer sans trop me tromper que chaque jour  est unique. Pourquoi en remarquer un particulièrement ? Le 17-12-1712 était une journée assez banale. Mais l'homme se plait à remarquer les coïncidences. Elles viennent légèrement troubler l'écume des jours. Elles lui permettent de se rendre compte du temps qui passe. 

Et le temps qui passe apporte avec lui son lot de nouvelles édifiantes.

En Chine, un homme percuté par une camionnette a fait un saut de 360°, pour retomber sur ses pieds. Ce qui démontre l'incroyable flexibilité du chinois. D'ailleurs tous les chinois sont gymnastes, ou spécialistes en arts martiaux. A la fin de leur vie, ils deviennent des bonzes obèses fumeurs d'opium. De même, les noirs sont paresseux. Le monsieur Jourdain du racisme ordinaire en est sûr, et dans son langage, un parfumeur c'est un nez, une odeur c'est une fragance, et un noir c'est un nègre.

En Italie, l'artiste Gianni Motti a fabriqué un savon à la graisse de politique. Récupérée après une berlusconienne liposuccion. L'israélien Noam Braslavsky se contentant pour sa part de statufier Ariel sur son lit d'hôpital. Sharon, pas la lessive. Car l'art contemporain est conceptuel, post-moderniste, avant-gardiste, hors de prix. C'est une discipline qui permet toutes les fantaisies. Il est indispensable au nègre comme au parfumeur.

A Paris, on censure et on pose nu. Aux Etats-Unis, une étudiante fait une thèse sur ses partenaires masculins. Avec des détails indispensables sur la taille, la couleur et la ductilité. Un vrai catalogue de bijoutier. Enthousiasmé par ce talent ainsi révélé, un grand éditeur lui propose de transformer la chose en livre. Il suffira juste de mettre un prix sur la quatrième de couverture. Hollywood est déjà sur les rangs. L'actualité fourmille  ainsi de faits propres à nourrir une comédie. Ou un drame. Un drame social français tragi-comique propre à réveiller la conscience ouvrière. Avec Isabelle Huppert dans le rôle du nègre.

A Prague, on se bat à l'épée dans la rue. Les canards de Rotterdam sont nécrophiles. Tchernobyl devient le nouveau lieu à visiter pour les touristes avides de sensations fortes. Des japonais ont inventé un distributeur de crabes vivants. En Angleterre, Helen Smith a élevé 3000 bébé araignées dans sa cuisine. La BBC a guillotiné 30 parisiens pour les besoins d'un reportage. Les souris dépressives sont soignées par thérapie génique. Le fondateur de Penthouse est mort, son décès suscite plus de commentaires que celui de Mandelbrot. Et Bastien est en finale de Secret story, c'est sûrement très important.

Au milieu de ces nouvelles qui émeuvent la planète, on a annoncé dans la discrétion, la fin de la Première Guerre Mondiale. Mais je conçois aisément que l'événement soit moins important que le complot maçonnique visant à enterrer vivant 33 mineurs chiliens, puis à les faire ressortir 33 jours plus tard, le 13-10-10, date "qui peut être calculée cabbalistiquement de cette manière: 10 + 13 + 10, ce qui équivaut à ...33". On sent bien que le monsieur n'est pas très sûr. Il a dû faire le calcul plusieurs fois, et demander à un ami de recompter.

Peut-être est-ce le même qui a établi le classement mondial de la liberté de la presse, où la France a perdu 33 places.

Il a été publié par RSF le 20-10-2010.

06 octobre 2010

Chronique de l'air du temps

Les allergiques au sport le supputaient, les accros toujours déçus du dernier régime à la mode avant la plage s'en doutaient un peu, la science vient de le prouver : pour maigrir, mieux vaut rester debout sans bouger que faire du sport. La démonstration est logique, imparable, irréfutable ; en un mot, scientifique : faire du sport donne faim. Et manger, ça fait grossir.

Moralité, pour perdre du poids, ne sautez pas à la corde, mais un repas par jour pendant une semaine. C'est la clinique mayo qui l'affirme. Une telle chose est trop belle pour être fausse. Le professeur Paul Gately va encore plus loin, en  proposant aux candidats à l'amaigrissement d'opter pour ce régime plutôt que de courir de Leeds jusqu'à Nottingham. Pourquoi de Leeds à Nottingham, et pas de Dijon à La Charité-sur-Loire ? Telles sont les mystérieuses beautés de la science. Il n'est pas douteux que le bougre ait fait des expériences. Avec des cobayes, des petites balances et un mètre à ruban. Et un GPS, car le cobaye (cavia porcellus de son petit nom) n'a aucun sens de l'orientation, c'est bien connu.

Mais, ajoute presque à regret le sémillant professeur, le mieux serait de faire Nottingham - Leeds en courant ET sans manger. Tous les jours. A la place du repas. Les survivants auraient droit à un verre d'eau fortement minéralisée. Offert par le maire de Nottingham, qui a bien besoin d'un peu de publicité positive. Il ne supporte plus d'être confondu avec le shérif, de sinistre mémoire. Ca le stresse. Il prétend même que ça le fait grossir.

Voilà un notable qui serait bien inspiré de se promener dans les allées du nouveau magasin Carrefour de Vénissieux, où tout a été fait pour que le consommateur, chariot et plan en main, se perde dans les 9 "pôles produit" tout en rondeurs, où il transpirera en abondance avant de trouver ses petits pois, et perdre les siennes, de rondeurs. Ce qui s'appelle, en langage marketing, "signer le grand retour de l'esprit de fête". Car consommer est une fête, nous avons un peu trop tendance à l'oublier, ingrats que nous sommes.

Heureusement que les Robins des bois de la grande distribution sont là pour nous le rappeler.

***

Quelques sources :

30 septembre 2010

Pour saluer Georges Charpak

Georges Charpak est mort. J'ai appris sa disparition ce matin à la radio. Je ne vais pas me lancer dans le panégyrique à la façon des communiqués ministériels, mais c'était quand même un sacré bonhomme, dans tous les domaines. Immigré polonais, résistant, déporté, scientifique, prix Nobel et vulgarisateur de talent, en priorité à destination des enfants au travers de l'association "la main à la pâte".








retrouver ce média sur www.ina.fr


Inventeur d'un "petit machin de 10 cm sur 10", il savait rester modeste, voire faire preuve d'un humour certain, face, notamment, aux aléas du financement de la recherche : "le scotch, ça joue un rôle capital dans la physique des hautes énergies"

Je me souviens de Georges Charpak chez Pivot, en train de pousser un coup de gueule contre un Luchini un peu trop complaisant avec Céline. Je me souviens avoir vraiment apprécié son livre co-écrit avec Henri Broch, "Devenez sorciers, devenez savants", où les deux compères se livrent à un jeu de massacre jubilatoire à l'encontre des  charlatans et autres pseudos-scientifiques.

Je n'avais par contre pas vu son passage chez Ardisson, qui vaut lui aussi son pesant de cacahuète :
- Ca marche mieux avec les filles quand on est prix Nobel ?
- Indiscutablement





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Mais si il ne fallait retenir qu'une phrase de Charpak, ce serait cet enseignement : "La science est le seul rempart efficace contre le fanatisme"

17 septembre 2010

Encore un mot sur le concert de rentrée 2010

Voici l'affiche du concert de rentrée 2010. 
Vous êtes vous demandés où la ville de Dijon avait trouvé la personne qui prête sa silhouette ?

Affiche du concert de rentrée, Dijon, 2 septembre 2010

Moi, si.

Dijon Mag, magazine de la ville de Dijon, septembre 2010
Probable image du concert de 2009

Un petit coup de zoom peut-être ?


Étonnant, non ?

09 septembre 2010

Concert de rentrée 2010

Jeudi dernier, nous sommes allés au concert de rentrée de Dijon. Sauf à vivre au fond d'un trou, avoir les pieds poilus et fumer l'herbe à pipe, un en mot être un hobbit et se désintéresser du commerce avec la société des grandes gens, il devient de plus en plus difficile d'échapper à ce qui est en passe de devenir, année après année, une nouvelle institution dijonnaise, au même titre que la moutarde et le ban bourguignon. Aussi avons-nous fait le déplacement. Pour pouvoir dire plus tard que nous étions dans le coup, quand on était jeunes.

Dès l'arrivée place de la Libération, un même constat nous a sauté aux yeux : il y a de plus en plus de monde.  Le public investit désormais la cour de la mairie, dans laquelle la municipalité a eu la bonne idée d'installer un écran géan ; la protection civile, avec ses uniformes oranges et sa tente blanche pour comas éthyliques, trouvant refuge dans la cour de Bar. En face des cabines téléphoniques garnies de poubelles déstructurées de l'exposition "Tout garder ? Tout jeter ? Et réinventer ?"

Les deux vedettes du millésime 2010 étaient Olivia Ruiz, comme le chocolat, et Laurent Garnier, comme l'opéra électronique. Je ne tenterai pas de cacher que j'étais surtout désireux de voir en vrai, même de très loin, Olivia Ruiz, dont j'apprécie les ritournelles sensuelles à l'air entêtant. Je ne tenterai pas non plus de prolonger artificiellement le suspens : nous sommes arrivés alors qu'elle finissait. Elle salue, s'en va, revient au bout de quelques minutes sur la scène décorée de roses rouges, pour interpréter l'incontournable femme chocolat. De loin, on dirait une de ces poupées de boîtes à musique, qui tournent toutes seules aussi longtemps que la mécanique déroule sa musique. Retournons plutôt vers l'écran.

Un public à tendance plutôt familiale l'entoure, si on ne tient pas compte du type visiblement éméché posé par terre, avec toute la grâce et la légèreté d'un sac de pommes de terres nouvelles. Des volontaires de la sécurité civile, bientôt rejoint par quelques policiers municipaux, veillent tendrement sur son sommeil. Ils essayent de le faire tenir sur ses jambes, mais il apparait très vite qu'il préfère rester couché. Quoi de plus naturel ? Un bon samaritain un peu geek (il avait un T-shirt Debian) propose son aide, et se fait poliment, mais fermement refouler par les représentants de l'autorité. Finalement, les tendres policiers et les oranges secouristes emportent l'impétrant Bacchus de la façon la plus logique vu son état, c'est à dire comme un gros sac de patates, chacun prenant un bras, ou une jambe. En supposant un sac de patates avec des bras et des jambes. Mais c'était une image, vous aviez bien sûr saisi. J'espère qu'ils l'ont mené jusqu'à la tente et ne l'ont pas jeté dans une des poubelles déstructurées. Comme cette dame en Angleterre, qui  avait jeté un chat dans une poubelle. L'affaire a fait scandale parait-il. Surtout sur internet. Car internet adore les chats, c'est bien connu.

***

Je ne sais pas si le groupe Elektrisk Gonner aime les chats. Je ne sais pas si ce sont des geeks affectionnant Debian. Rien dans leur biographie ne trahit un quelconque penchant pour la dive bouteille. Ce qui ne les empêche pas d'affectionner une mise en scène bien excentrique. Sweat shirt orange, mais c'est leur seul point commun avec la protection civile, bandeau de peinture noire barrant les yeux et mélopée sautillante. Du reste, l'ensemble se veut surprenant et réussi à l'être : hôtesses de l'air brandissant des panneaux dignes de spectacles de catch, et presque-imitation d'Elvis barbu pour ouvrir les festivités...

Image via Culture Bully
Nous n'avons pas été fan de leur musique électro, un peu trop répétitive ; il parait cependant qu'ils sont promis à la gloire. C'est Libération qui le dit. Pas la place, le journal. Tant mieux pour la notoriété de Dijon. Du coup, nous sommes partis, sans nous presser. Tant pis pour Laurent Garnier, annoncé juste après les agités à capuche. Nous avons eu notre comptant de musique synthétique pour ce soir.

Passant par la place du Bareuzai, nous tombons sur un concert concurrent, improvisé par un groupe de saltimbanques, avec tout ce que je mets d'honorable, de grand et de sincère dans ce mot. Ils étaient 7 ou 8, un peu barjos, un peu bohèmes ; une touche de jazz, un doigt de pop, quelques accord rock. Une clarinette, une guitare sèche, une batterie et une contrebasse. Ils n'avaient pas de tenue excentrique. Ils n'avaient pas l'animateur de France Bleue pour les présenter. Ils n'avaient pas les barrières de sécurité pour les protéger. Ils n'avaient de grosse sonorisation, pas d'écran géant, pas de projecteurs, pas de fumée.

Ils n'avaient que leur talent, leur musique entrainante, et la simple joie d'être là qu'ils arrivaient à partager avec le petit groupe de spectateurs assemblé autour d'eux, et qui valait bien les concerts les mieux préparés.

Et quand nous avons fait un rappel, ils ont terminé leur spectacle par la musique de la cantina de Mos Eisley.


C'est sûr, la Force était avec eux.

27 août 2010

Chronique réunionnaise

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !


Je me permettrais de contredire respectueusement Baudelaire : le monde est plus grand qu'on ne le croit généralement, c'est en se rendant sur place qu'on prend le mieux la mesure de la chose. Inutile de se munir de son double-décamètre, ni du mètre-ruban chippé à une mamie couturière ; l'immensité du monde se constate par le temps que l'on met à le parcourir, et par les espaces infinis -dont le silence éternel effrayait tant Pascal, qui n'a jamais voyagé que de Clermont-Ferrand à Paris, comme bon nombre d'Auvergnats- que l'on découvre, les jambes en coton et le souffle coupé, une fois arrivé à destination.

Ainsi en va t-il de la Réunion. Sous les lampes, à la lumière crue des chiffres, la Réunion, ça ne parait pas bien grand : tout juste 2512 km². Pour donner un ordre d'idée au lecteur ignorant des merveilles de la géographie, c'est trois fois plus petit que le département de la Côte d'Or. Mais si l'intérêt des voyages résidait dans le seul plaisir de la comparaison, on se contenterait de feuilleter son atlas au coin du feu au lieu de passer une dizaine d'heures dans un avion. Ou alors on laisserait les géomètres en faire le récit. Ce qui serait prodigieusement ennuyeux. Les quelques lecteurs têtus fréquentant encore ce blog prendraient virtuellement leurs jambes à leur cou, sans doute quelques uns se feraient mal en se prenant les pieds dans ceux, fort peu virtuels, de leur bureau. Les plus âgés se casseraient le col du fémur. Les autres l'astragale. Voire les deux sésamoïdes. J'en concevrais une amertume désolée et un profond remord. Peut-être même aurais-je des crampes d'estomac.

Evitons cette catastrophe. Partons à la Réunion.

L'idée même de la Réunion est dans la montée. Dans cette île aux milles charmes, elles font l'agrément des routes. Elles sont en épingle à cheveux. On les passe en première, le moteur rugit, les oiseaux s'envolent en jacassant à travers les frondaisons épaisses, le conducteur transpire. Les autochtones, plus au fait de la chose, roulent posément à gauche à une allure n'excédant jamais les capacités du véhicule. Pas plus de 80 kilomètres par heure dans les descentes les plus dangereuses. La prudence est une des nombreuses vertus créoles.

Mais le plus extraordinaire réside dans la grande diversité des paysages, des climats, des reliefs. Sur ce territoire de taille réduite (il me semble l'avoir signalé plus haut, j'espère que tout le monde suit), on passe, presque sans s'en rendre compte, de la plage à la montagne ; de la chemisette au pull à manches longues. En polaire, pour mieux se protéger du vent, qui commence à se faire frais dès que l'on prend un peu de hauteur. Ceci est d'autant plus vrai que si les maisons du littoral se passent assez facilement de chauffage, les habitations des hauts ont ceci de commun qu'elles possèdent toutes une cheminée. Autour de laquelle on est content de se rassembler, une fois la nuit venue. Vers cinq heures du soir. Car la nuit tombe vite, à cette latitude.

Voilà pourquoi l'on peut, sans craindre de tomber dans un des clichés les plus éculés du tourisme de masse, qualifier la Réunion de terre de contrastes. Les quatre éléments semblent s'y être donné rendez-vous : le feu d'un volcan toujours actif, la terre qui porte une végétation stupéfiante, l'air plus ou moins vif selon l'altitude et la mer tout autour, qui fait son boulot de mer, avec houle, embruns et rouleaux venant se fracasser contre une barrière de corail symbolique. Ils se mélangent régulièrement : le volcan s'écoule dans la mer, les cascades dégringolent le long des pentes vertes, la végétation repousse dès que la lave a refroidi. Ce qui prend malgré tout plusieurs années. La dernière coulée a eu lieu en avril 2007. Lorsque l'on se promène sur place, la température s'élève encore de quelques degrés. Quand il pleut, l'eau s'évapore en fine fumerolles de vapeur. Les gens du coin font cuire des steaks sur cette pierre hier liquide. Peut-être des brochettes. Ou alors des chamallows piqués ou bout d'un bâton. Ce qui est sûr, c'est qu'une branche entrée dans un trou en ressort enflammée. On voit par là que le volcan partage activement sa chaleur.

C'est un trait qu'il a en commun avec les habitants de l'île. L'accueil créole est chaleureux et spontané, on se retrouve à parler à bâtons rompus (car on a coupé le bout qui avait pris feu sur le volcan) avec quelqu'un qui était un parfait inconnu quelques minutes plus tôt. Au coin du feu, si on est dans les hauts, sur la varangue si on est sur le littoral. Conversation qui se poursuivra autour d'une table bien garnie  en cari poulet, rougail tomate ou achards de légumes. Pour le touriste, la découverte commence par la dégustation des mots.

08 juillet 2010

Le travail, c'est la santé ?

Aussi court soit le trajet, j'aime bien écouter la radio en voiture. Musique ou informations, ça dépend des périodes, mais j'en retire toujours quelque chose, air entêtant qui ne me ressortira pas de la tête avant plusieurs heures, ou détail... qui connaîtra le même sort.

Ces jours-ci, je suis dans la période infos. France info pour être précis. Et hier mercredi, jour de questions au gouvernement à l'Assemblée Nationale, il était question du "supplice chinois" que subissait celui-ci ; la faute aux questions embarrassantes relatives aux tourments actuellement endurés par son ministre du travail.

On ne saurait mieux dire, et voilà qui ne manque pas d'intérêt contrairement à ce que l'on pourrait croire au premier abord. Saviez-vous en-effet que le travail, étymologiquement parlant, est assimilable à la torture ? 

Voilà qui mérite une explication. 

D'après mon beau, gros et bon dictionnaire Le Robert (grande est la langue française, Alain Rey est son prophète), le mot travail a deux sens principaux, duquel les autres découlent : 

1. Vx (Seul sens courant du XIIe au XVIe, vieilli au XVIIe) Etat d'une personne qui souffre, qui est tourmentée ; activité pénible.

2. v. 1210 ; du bas lat. trepalium, var. de tripalium "instrument de torture", du lat. class. tripalis "à trois pieux"

De là à dire que nos édiles sont soumis à la question par la faute du ministre de la torture, il y a un pas que je ne franchirai qu'en pensée, pour le plaisir de la rêverie...

Sans rentrer dans des considérations politiques -qui viendraient attrister la rêverie ci-avant évoquée- je ne pense pas que la perspective des vacances qui approchent soit d'une quelconque consolation pour les protagonistes de cette ténébreuse affaire ; toutefois, ils pourront s'ils le désirent se raccrocher à un espoir un peu vain, dispensé une fois encore par ce même dictionnaire : les vacances, c'est la période où l'on arrête les travaux, partant, la torture :

I Au plur. Vacances (de vacant "absent ; oisif") 1. Dr. Période où les tribunaux interrompent leurs travaux.

Vous les souhaitant à tous bonnes et ensoleillées, je vous donne rendez-vous dans quelques semaines pour de nouvelles aventures lexicales !

02 juillet 2010

Le vendredi c'est permis : Star Wars résumé en 3 GIF

Il fait chaud, je ne suis absolument pas en état d'écrire quoi que ce soit de remarquable (et de toute façon, je n'en ai ni le temps ni l'énergie depuis quelques semaines, ça ne vous aura pas échappé), ce qui fait autant d'excellentes raisons de vous encourager à la procrastination avec ces trois magniveilleux gifs animés, résumant la trilogie Star Wars (les épisodes IV, V et VI, what else ?).




via Korben, mais déjà vu ailleurs avant.

Et n'oubliez pas : Mangez Buvez (de l'eau !) Bougez Restez à l'ombre !