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19 mai 2008

Il faut une suite aux débuts ! (à vous de jouer)

Comme vous l'avez bien sûr deviné, le texte du billet précédent, écrit pour la consigne 69 de Paroles plurielles, est composé uniquement d'incipits de livres plus ou moins connus.

Mais les avez-vous tous reconnus ?

Ce texte compte 11 phrases, mais il ne contient que 10 incipits ; j'ai un peu triché, je l'avoue : l'une des œuvres que j'ai utilisé m'a fourni ses deux premières phrases. Cela dit, elles ne se suivent pas dans mon texte.

Alors, qui saura retrouver les 10 livres en question ?

...Tilu et Dominique Hasselmann ont commencé le travail !


15 mai 2008

Il faut un début à tout

Pour la consigne 69 de Paroles plurielles, je n'avais pas d'idées, alors j'ai décidé de m'amuser un peu. Si ce texte vous parait un peu décousu, c'est normal, mais je vous laisse réfléchir au pourquoi de la chose. Au demeurant, l'explication n'est pas très difficile à trouver. Cela pourrait même faire l'objet d'un petit concours...

L'incipit proposé était : "Ce matin, pour la première fois depuis longtemps..."


Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je me suis levé assez tard, et quand Mavra m'a apporté mes bottes cirées, je lui ai demandé l'heure. Commencer par commencer ; commencer par je... D'accord : je suis pensionnaire d'une maison de santé. La première chose que je peux vous dire c'est qu'on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes, c'était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines.

Appelez-moi Ismaël. Il m'est arrivé une aventure étrange. Officier dans l'armée française, je me trouvais au siège de Saragosse. Pendant toute la journée d'automne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourd et bas dans le ciel, j'avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre et, enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique maison Usher.

Je me souviens que Reda Caire est passé en attraction au cinéma de la porte de Saint-Cloud. Nous étions à l'Etude, quand le proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Il me suffit de fermer les yeux pour entendre encore ronronner les becs de gaz de la petite étude, voir les murs verts et les grandes cartes géographiques, le Bassin Parisien avec ses auréoles, le Tonkin violet, l'Annam rose, et trente têtes penchées patiemment sur des cahiers.

24 avril 2008

Un fauve au Luxembourg, chronique illustrée

Les ramasseurs de pommes de terre, 1905

Un fauve s'est installé dans le tranquille musée du Luxembourg, qui ronronne paisiblement dans l'écrin du non moins paisible jardin éponyme, à deux pas de sénateurs qui ne se caractérisent pourtant pas pour leur violence. Mais il s'agit ici de violence picturale, et le fauve en question n'exprime ce caractère que dans ses toiles ; encore l'épithète lui fut-elle accolée dédaigneusement à l'époque. En 1905, au Salon d'automne. Son style rejetant l'académisme -on ne lui fera pas tort en parlant d'anarchisme- avait quand même de quoi dérouter le critique pompier de service.
"Ce que je n’aurais pu faire dans la société qu’en jetant une bombe -ce qui m’aurait conduit à l’échafaud- j’ai tenté de le réaliser dans la peinture, en employant de pures couleurs sortant de leur tube. J’ai satisfait ainsi à ma volonté de détruire, de désobéir, afin de recréer un monde sensible, vivant et libéré."
Le rêve secret de Vlaminck, son ambition de peintre ? Rien de moins que figer le présent, capturer d'un seul coup de pinceau la lumière, les couleurs, et surtout les émotions du moment avant qu'elles ne s'envolent. Exprimer du réel les sentiments qu'il recèle par l'usage (l'abus ?) de la couleur.
"Je haussais tous les tons, je transposais dans une orchestration de couleurs pures tous les sentiments qui m’étaient perceptibles. J’étais un barbare tendre et plein de violence."
Les coteaux de Rueil, 1906

Car chez Maurice de Vlaminck, ce qui compte, c'est la couleur. Surtout dans les oeuvres de la période présentée dans l'exposition (de 1900 à 1915), époque au début de laquelle le vermillon sort directement du tube pour s'étaler sur la toile, créant d'un tableau à l'autre un festival de rouges et des explosions de jaune, entrecoupées des vaguelettes bleues de la Seine après le passage d'un lourd chaland à vapeur.

Tugboat on the Seine, 1906

Car le Vlaminck des premières années ne s'éloigne guère des bords de Seine. Pour des raisons financières essentiellement, à une époque où ses petits camarades partaient se faire les griffes sous le soleil du Midi. Mais également car son caractère le pousse à se singulariser ; bien que sa trésorerie se soit alors améliorée, il ne passera qu'une semaine à Martigues en 1913, à l'invitation de son ami Derain. Il est avant tout individualiste, têtu, original. Profondément sincère.

La Seine à Chatou, 1906

Serait-il un affreux anarchiste, un peintre maudit tendance nihiliste, sans dieu ni maître, ne respectant ni école ni modèle ? Même pas. Paul Signac aura pu avoir un rôle dans son inspiration, mais sa première référence restera Vincent van Gogh, dont l'influence se fait sentir dans sa façon de travailler la peinture, dans l'amplitude de certaines déformations où la force d'expression de la couleur compte davantage que la géométrie.
"J’aime mieux van Gogh que mon père!"
Nature morte au compotier, 1905

En 1907, lors de la rétrospective Cézanne, c'est le choc. Il s'assagit un peu. Les couleurs se font moins vives, les formes des choses font leur apparition dans sa peinture ; le fauvisme s'essoufle, il n'aura pas duré 3 ans. Mais déjà Vlaminck s'intéresse aux arts africains et océaniens et ce, avant Picasso ; frôle le cubisme mais sans l'aborder complétement, dans un souci constant de rester proche du réel.

Vins et liqueurs, 1910

La Première Guerre mondiale finira d'ancrer en lui ses opinions anarchistes et anti-militaristes, et viendra s'ajouter aux autres influences. Les dernières toiles de l'exposition (qui en compte 70) sont plus sombres, plus mélancoliques, avec des paysages moroses et des ciels annonciateurs d'orage. La suite de l'histoire de cette vie intimement liée aux grandes évolutions artistique de la première moitié du XXème siècle nécessitera sans doute une autre exposition.

Le grand fauve ne se chasse pas facilement.

***

Vlaminck au Musée du Luxembourg : du 20 février au 20 juillet 2008

19 avril 2008

Peut-on rire de tout ?

La réponse, vous la connaissez :

Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant, non ? C'était il y a vingt ans, déjà... Il est temps d'investir !

11 avril 2008

Chronique de la bêtise triomphante

Je n'ai pas beaucoup de certitudes dans la vie. Encore ne sont-elles que rarement optimistes : je suis persuadé par exemple de la force de la bêtise, la toute-puissance de la connerie et son côté violemment séduisant, soulagé seulement devant son aspect égalitaire, dans la mesure où nous sommes tous susceptibles d'être frappés à part égale. Mais ses manifestations me laissent toujours un arrière-goût dans la bouche, une sorte de lassitude amère, un peu comme devant le constat d'un échec irrémédiable. Parce que dans ma grande naïveté, j'ai tendance à placer les plus hauts sentiments dans l'humain, dans ses réalisations, dans sa volonté farouche de dépasser sa condition.

Et quoi de mieux que l'art pour atteindre ce but ? A travers l'art, l'homme a toujours voulu exprimer ce qui était plus puissant que lui, son ineffable peur de la mort, l'évidence tragique de l'existence, un désir un peu fou de se survivre à lui-même ; il a dessiné ses prières au noir de fumée sur les parois des grottes, il s'est tatoué le visage, il a pris de la glaise pour en faire des idoles ; il a peint des fresques, sculpté des bas-reliefs, érigé des monuments qui lui survivront encore quelques siècles, inventé le chant, la poésie, la miniature et l'art du récit. Il a fait ce qu'aucun autre animal n'est capable de faire, il a utilisé son intelligence pour créer, bipède fragile et vaniteux se rêvant à l'égal de ses dieux.

Richard et Paul, photo de Christian Delécluse
Les moyens et les techniques ont évolué, la fièvre est restée la même. La photographie remplace l'art pariétal, la force de l'image demeure. Il est certaines choses qui n'évoluent pas beaucoup, malgré le passage des siècles : l'amour d'un père pour son fils, ce sentiment éternel de la paternité, que l'on peut illustrer d'un long poème ou d'une simple image. Christian Delécluse a choisi l'image, puisqu'il est de son métier photographe. Il a réalisé une série de clichés autour de ce thème de la paternité, réunis depuis dans un livre qui n'a jamais fait la moindre vague, même dans les rayonnages des librairies les plus prudes. Et il n'est venu à l'esprit d'aucun détraqué de considérer qu'une image emplie d'une telle tendresse puisse être une apologie du crime sexuel.

Mais cette semaine, au Musée d'Aquitaine de Bordeaux, il en a été différemment. Son travail devait faire partie de l'exposition Humain, très humain, qui s'ouvre ce samedi, et quelques dizaines d'heures avant le vernissage, certains beaux esprits ont décidé qu'il était dangereux de laisser à la vue de tout un chacun de telles photographies car, je cite le directeur du musée, ouvrez les guillemets avec des pincettes : "On sait bien qu’avec les problèmes de pédophilie ou d’inceste, les gens auraient pu mal réagir. Ils risquaient d’être choqués." Braves gens vous voilà prévenus, on vous protège contre vous mêmes. Les scandaleuses images ont donc été retirées, au grand désarroi de leur auteur et des autres photographes de cette exposition collective. Ceux-ci ayant menacés de se désengager si le travail de leur confrère n'était pas réintégré, celui-ci le sera de manière effective la semaine prochaine -après le vernissage- et en lui associant un "dispositif d'avertissement", comme il se doit pour toute image pornographique, bien entendu. Le principal est de ne choquer personne.

Il est de nos jours préférable de passer pour un lâche que d'inciter à la réflexion. Le plus petit accroc à la bien-pensance est un affront, un homme nu posant avec son petit garçon est crime contre l'ordre moral établi. La morale triomphante prend ses quartiers, elle va rester quelques temps parmi nous. La bêtise est son colocataire fidèle. Puissiez-vous leur faire bon accueil. Pour ma part, je reste convaincu que [dans ce type de situation] la pornographie est dans l'oeil qui regarde, pas dans l'image.

07 avril 2008

L'homme des foules

Paroles plurielles poursuit sa route de mots avec une consigne n°66 où il fallait illustrer cette photo de NarB en s'inspirant de l'incipit suivant : "C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué"... Le titre est un emprunt à Edgar Poe, bien sûr.
C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Quitter mon lit est chaque matin plus difficile que la veille. Le moindre effort me coûte, et sortir de chez moi m'est de plus en plus odieux. Mes journées s'écoulent lentement, toutes semblables, comme tissées d'une même étoffe grise, sale et usée. Rien ne parvient plus à m'intéresser, les jours glissent l'un après l'autre, les saisons se suivent, et ma vie est comme un long tunnel sans lumière. Lors de mon pot de départ, entre deux claques dans le dos, ils m'avaient pourtant assuré de ma chance : "Quel veinard ce René ! La retraite a 60 ans, tu seras dans les derniers a en profiter !" A quoi bon ? Je n'ai pas de femme, pas d'enfants, pas vraiment d'amis ; pas de passions, aucun vice à assouvir. J'ai passé ma vie à thésauriser sans le moindre but. Mon travail, pour peu passionnant qu'il fut, donnait au moins un sens à mon existence. Maintenant je ne sers plus à rien. Je ne prend même plus la peine de faire semblant d'exister.

Aujourd'hui, je ne saurais pas dire pourquoi, je suis descendu dans la station de métro, celle qui est en face de chez moi. Je ne pense pas que ce soit par nostalgie du temps, qui me semble déjà si lointain, où je prenais place moi aussi sur un strapontin crasseux ou bien restait debout, agrippé à une barre, tassé contre des congénères dont je fuyais le regard. Non, je ne sais pas pourquoi je suis là. Je regarde mes cheveux gras, luisant à force de n'être pas lavés, dans la vitre garantie incassable d'un panneau d'information où se reflètent également les voyageurs montant dans la rame. Dans un instant les portes vont se refermer, ils vont repartir et je vais rester seul sur ce quai, seul dans ma vie, seul avec les rails électrifiés sous les yeux. Il suffirait d'un si petit effort pour passer de l'autre côté du miroir dans lequel je contemple cette vie qui s'agite juste à deux pas de moi, que j'en ai les larmes aux yeux.

Si peu de choses ; je me retourne, je m'approche de la foule, un pas, deux pas, et je m'intègre à cette cohue bruyante et odorante, je retrouve ma place dans ce manège un peu vain, juste pour quelques minutes, quelques tours supplémentaires, juste pour rester vivant encore un moment. J'ai bien fait le tour de la question, j'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac, (je n'en avais jamais parlé à personne), et j'ai commencé à observer mes biens chers frères et leurs attitudes plurielles. Je crois que je vais rester encore un peu finalement.

21 mars 2008

Chronique des plaisirs régressifs

Ca commence toujours comme ça : on ouvre la porte du réfrigérateur, d'un geste souple et décidé, ni trop brutal ni trop mou, afin de lui imprimer juste la force nécessaire pour ne pas faire s'entrechoquer les bouteilles de lait, jus de fruit ou vin, et autres récipients de verre bringuebalant à la moindre secousse. On peut alors se saisir de la plaquette de six petits pots, apprécier, d'une légère pression du bout des doigts, le contact de leurs parois rainurées alliant la dureté de l'emballage au moelleux du contenant puis, d'un geste vif et précis, en soustraire deux dans un claquement sec de plastique qui casse.

On ôte alors l'opercule (du premier coup bien sûr), puis on fait tomber le fromage dans une soucoupe - de préférence en duralex, celle avec le numéro de moule au fond- en pressant légèrement le pot, qu'il est possible de tenir par ses coins pointus. Puis vient le moment le plus délicat, le déroulage du papier collant. Car dans les petits suisses, tout le monde le sait, le nom du produit n'est pas indiqué sur l'emballage, mais sur un papier tout fin, enroulé autour du contenu lui-même, et que l'humidité a fragilisé. C'est ce qui fait la beauté de la chose, car il ne faut ni déchirer le papier, ni écraser prématurément la forme encore cylindrique qu'il recouvre.

Mais les vrais amateurs contournent cette difficulté en un tournemain, pour passer, après avoir plié le papier sur lui-même et l'avoir introduit dans le pot en compagnie de l'opercule (le tout sans s'en mettre plein les doigts, ce qui exige malgré tout une certaine pratique), à l'étape suivante, celle du sucrage. Encore tais-je l'ajout du deuxième pot, rendu moins aisé par la présence du premier dans la soucoupe. Mais il ne me parait pas indispensable de m'attarder sur cette péripétie, alors que je n'ai toujours pas décrit le petit monticule pyramidal que le sucre doit former en recouvrant les petits suisses. Tout au plus peut-on encore voir émerger l'endroit où le fond du pot a imprimé son quadrillage sur la pâte molle.

Le malaxage à la petite cuillère, accompagné du bruit du sucre qui crisse contre le bol, annonce la fin du cérémonial. En quelques bouchées tout sera avalé, l'écuelle nettoyée, au besoin léchée, et ne subsistera sur la langue qu'un arrière goût étrange, mélange doux-amer de sucre et d'enfance enfuie. On peut alors poser sur le monde, la vie et toute ces sortes de choses un regard repu, empreint de bienveillance et de sérénité. Car tel est le plaisir régressif du petit suisse.


08 mars 2008

Chronique des pierres et des ciseaux

Feuille ciseaux caillou, je me suis fait couper les cheveux. Ce n'est peut-être pas la nouvelle de l'année mais c'est sûrement parce qu'il s'agit d'une coiffeuse normale, pour ne pas dire banale, avec des tiroirs plein de ciseaux, des doigts plein de bagues, une tendinite à l'épaule et d'agressives brosses garnies de piquant blancs, surgissant de dessertes en plastique noir, tels des buissons d'aubépine mutants.

Caillou ciseaux feuille, le salon où je me rendais auparavant offrait à la vue les mêmes ciseaux exotiques, les mêmes brosses belliqueuses, les mêmes bombes de laque et les mêmes mémères à la teinture ratée, mises à réchauffer à feu doux sous d'improbables parasols halogènes, sèches-cheveux futuristes dont Gaston Lagaffe aurait dessiné les plans. Seulement, ciseaux feuille caillou, mon ancienne coiffeuse, elle avait un truc en plus : elle croyait au pouvoir des pierres. Elle aimait les cailloux. On pouvait à la limite entrer sans voir le bloc de lignite posé sur le comptoir, vaguement dissimulé entre le téléphone et le pot à crayons, mais dès que le regard allait plus avant dans la découverte du lieu, on ne pouvait plus les manquer, les cailloux, qui trônaient un peu partout, narguant les ciseaux et snobant les feuilles des magazines. Caillou ciseau feuille, à ce jeu là le caillou gagnait toujours.

Feuille caillou ciseau, une grande géode d'améthyste posée sur un haut meuble d'angle dominait le petit peuple des pierres. Sur une autre étagère, disposés sur un plateau tels des fromages rares, divers quartz attiraient le regard. En cercle et en alternance, cinq cristaux roses polis et autant de blancs bruts occupaient le bord, une autre sorte de pierre translucide taillée en obélisque miniature étant posée au centre. Ce dispositif se répétait en plusieurs lieux de la pièce, sans doute à des endroits bien déterminés, calculés par des procédés mystérieux, cabalistiques, ésotériques en diable, enseignés aux seuls initiés les nuits de pleine lune, après des années d'une pratique intense et secrète.

Ciseaux feuille caillou, je ne peux m'empêcher de penser que cette brave dame croit vraiment dans les vertus des pierres, qu'elle s'adonne à la lithothérapie en dilettante, qu'elle pense sérieusement répandre la joie, l'harmonie et les ondes positives dans sa boutique grâce à ses cailloux. Peut-être se livre t-elle, la nuit venue, ou chaque 29 février -les voies du mysticisme prennent parfois de bien étranges chemins- à des rites capillolithothérapeutiques, où les fidèles, une pierre posée sur la tête et un cristal dans chaque paume, psalmodient inlassablement le mantra sacré : Feuille ciseaux caillou, caillou ciseaux feuille, feuille caillou ciseau, ciseaux feuille caillou... Avec des petits cailloux dans la bouche, tels des Démosthène du XXIème siècle.

Ou alors c'est juste pour faire joli. Comme les piercings en diamant dans le menton de sa jeune apprentie.

05 mars 2008

Chronique du temps qui passe, mais pas tant que ça

Ce blog a aujourd'hui deux ans. Deux ans déjà ! C'est fou comme le temps passe vite. Je sais à quel point cette phrase fait cliché, mais c'est le moment ou jamais de la placer. "C'est fou comme le temps passe vite", c'est toujours mieux que "Ouhlala comme il a grandi", "Il vous ressemble de plus en plus" et autres "Ah ben ça nous rajeunit pas tout ça". "C'est fou comme le temps passe vite", ça mange pas de pain, c'est un truisme consensuel, tout le monde s'y retrouve et les plus malins pourront toujours réfuter en citant Léonard de Vinci : "C'est à tort que les hommes se plaignent de la fuite du temps, en l'accusant d'être trop rapide, sans voir qu'il s'écoule à la bonne vitesse." Oui, j'ai décidé que cette troisième année serait culturelle. Alors autant commencer tout de suite.

Chaque début d'année s'accompagnant de son cortège de bonnes résolutions, voici un petit florilège de mes meilleurs penchants affichés pour la saison de blog 2008-2009. Je dis florilège exprès, parce que c'est d'un niveau de langue plus soutenu que sélection, et toujours préférable au hideux "best of". Mais j'eusse pu j'aurais aussi bien pu dire anthologie. Ou pas. C'est moi qui décide.

Le 1er mars, sans doute dans l'optique d'avoir matière à écrire dans cet article d'anniversaire, je suis allé m'inscrire à la bibliothèque de Dijon. D'emblée, on voit le côté culturel de la chose. Les plus perspicaces noteront également qu'il m'aura fallu quatre années depuis mon arrivée dans cette ville pour en trouver la bibliothèque, à croire qu'elle était décidément bien mal indiquée. Mais la douce pression de Chérie de Sammy, associée à un manque de place de plus en plus flagrant m'ont aidés à en trouver le chemin. Plus exactement, il s'agit de l'annexe la plus proche de chez nous, dont le responsable m'a gentiment assuré la visite guidée des 40 m². J'aime beaucoup les bibliothèques. C'est juste le fait de devoir rendre le livre après l'avoir lu qui me chagrine. C'est paradoxal pour quelqu'un dont le métier de bibliothécaire aura été la première formation, (et dire que ça remonte à presque 10 ans ! C'est fou comme le temps passe vite !) mais je pense que tous ceux qui se sentent plus ou moins proches de la chose littéraire comprendront ce que je veux dire.

La bonne résolution suivante n'en est pas une, ce qui fait que ce florilège ne comptera qu'un élément. C'est comme ça. Il ne faut pas être trop ambitieux. Il s'agit d'une petite nouveauté sur le blog, la nouvelle version de la "blogroll", qui permet notamment d'afficher ses blogamis en fonction de la date de leur dernière publication. Les liens sont "en dur", je ne sais pas ce que ça veut dire, mais il parait que c'est bien. Je la teste depuis une bonne semaine, et je trouve que c'est plutôt pas mal. Ca prend juste un petit peu plus de place que l'ancienne version, mais ça met mieux en valeur vos productions respectives, que j'ai eu le loisir de découvrir ces deux dernières années. Déjà. C'est fou comme le temps passe vite.

29 février 2008

Chronique du Sapeur, billet paraissant tous les quatre ans

Disponible dans toutes les bonnes librairies, mais aujourd'hui seulement, La Bougie du Sapeur est un périodique paraissant tous les 29 février. Et ce depuis 1980, fait dont je me suis avisé ce matin. La Bougie du sapeur est donc née la même année que moi. Gage de qualité qui ne pourra que conforter le lecteur hésitant devant cet opuscule au prix relativement élevé. Quatre euros, c'est une somme. Ce à quoi je répondrai qu'il est relativement facile, même en ces temps troublés (le pouvoir d'achat, à l'instar du canard sauvage, batterait de l'aile) de thésauriser un euro par an.

Voyez-vous la beauté de la chose ? Une petite boîte, que j'imagine volontiers en fer-blanc et ornée d'une vache hilare, percée d'une fente en son sommet, où le petit enfant glisse une à une les piécettes dans l'attente de ce jour si rare, ce fameux 29 février qui ne tombe que les années bisectiles bisextilles bissextiles - d'ici là il saura même l'écrire. Les plus grands économiseront avantageusement sur le prix de 3 litres d'essence pour s'offrir ce luxe.
"Le 29 février rira, quatre années bien passera"
Li Chen Glu, penseur injustement méconnu
Ce huitième numéro que je survole en écrivant ces lignes parait bien fourni et promet des lectures riches d'enseignement. Mais je ne perds pas de vue que j'ai quatre ans pour en venir à bout. J'apprendrai ce faisant ce que nous réserve l'Administration en matière de taxation automobile, pourquoi le nombre de pêchés capitaux risque de passer de 7 à 6, quels sont les politiciens les plus drôles et comment sont notés les ministre à la fin du conseil de classe : avec carnet de liaison à faire signer par les parents. Puis, quand ce travail m'aura épuisé, je laisserai le supplément La Bougie du sapeur Madame à Chérie de Sammy. En attendant La Bougie du sapeur dimanche, qui devrait sortir, si la météo le permet, le dimanche 29 février 2032...

Photo extraite du site La confrérie du Sapeur
Où serons-nous alors ? Je me souviens très bien du 29 février 2004, je venais tout juste d'arriver à Dijon. Je me souviens un peu moins bien du 29 février 2000, et encore moins du 29 février 1996 ; je ne sais même plus où sont rangés ces précieux anciens numéros. La Bougie du sapeur est-elle un moyen d'éclairer le chemin parcouru ? N'exagérons rien, ses auteurs ne se veulent que de joyeux lurons. C'est à dire qu'ils n'aspirent qu'à habiter dans la riante commune de Lure, berceau de Georges Colomb et du sapeur Camember, qui a même sa statue de bronze quelque part dans la ville. Je nourris le secret espoir que des autochtones me fournissent davantage de précisions sur son emplacement.

Après avoir rendu à Christophe ce qui est à Georges Colomb, et à Lure ce qui est au Sapeur Camember, je ne saurais terminer ce billet qui se veut avant tout culturel sans rendre à Olivier ce qui est à Olivier, l'expert en revues du net, qui nous mâche chaque jour notre web quotidien. A cause de lui, je n'ose plus faire de liens dans mes billets de peur d'être taxé d'imitation ! Il signalait dès hier l'article de Legweak sur le même sujet. Nous voilà unis dans le Camember.