31 mai 2013

Des listes et des chevaliers, chronique décousue du Sammy versatile

Depuis le 23 septembre 2009, j'ai fait pas mal de choses, merci bien. J'ai notamment lu un livre de Martin Winckler (La maladie de Sachs, et j'ai beaucoup aimé), ainsi que je m'étais promis de le faire. Ce qui tend à prouver que j'ai une certaine cohérence dans mes actes. C'est rassurant. Je suis cohérent, donc digne de confiance, donc potentiellement capable d'accéder à d'encore plus hautes irresponsabilités. Je dois donc être payé en conséquence.

J'attends.


...


Bon, tant pis.

Mais s'il y a une chose que je n'avais pas faite, c'est retourner sur son blog "Chevaliers des touches" dont je parlais ce fameux 23 septembre 2009. J'ai attendu le 23 octobre 2012. Je, en toute logique, ne devrais pas y retourner avant le 23 novembre 2015. Espérons qu'il existera encore.

Et si j'en parle aujourd'hui, c'est parce que j'avais écrit ce billet le 23 octobre, mais ne l'avais pas publié. Versatilité du Sammy. C'est d'ailleurs un de mes plus gros problèmes sur ce blog ; je commence des textes, ne les finis pas, les reprend bien longtemps après, oubliant au passage quelle était la chose hyper importante, l'idée super originale  que je voulais faire passer dans un texte qui serait -forcément- grand et magnifique.

Ce qui motivait l'écriture de ce billet, c'est cette jolie liste "memento pour les écrivants de fiction". Je résiste assez difficilement au désir de la recopier ici en entier.

J'aime bien les listes. Je fais des listes de livres à lire, de livres lus, de livres à emprunter un jour à la bibliothèque ; des listes de choses à faire dans la semaine, dans le mois, dans l'année. Je fais des listes de sites intéressants, sur lesquels je ne retournerai jamais. Je me relève la nuit pour faire des listes de travail en retard, ou que j'imagine comme tel. Je n'en suis pas encore à faire des listes de listes, mais ça ne saurait tarder.

Il n'est pas besoin de se prétendre "écrivant" (j'aime beaucoup ce mot) pour succomber au charme de la liste de Winckler, ni être sensible à ce qu'il écrit sur ce blog d'une manière générale. Cette liste, comme la plupart des autres textes du blog, parle de lecture, d'écriture, du fait qu'il n'y a pas de lectures à proscrire, ni d'écrits inutiles. Elle parle de la réalité et de la fiction, elle parle de rire et de plaisir. Elle est écrite par quelqu'un qui laisse parler son expérience, sans pour autant tomber dans l'écueil du didactisme pontifiant. Et elle a le bon goût de se terminer en conseillant de l'oublier, ce qui est somme toute assez facile à faire, puisque j'avais poussé l'application jusqu'à oublier d'en parler.

24 mai 2013

En lisant Asimov

Je viens de terminer Les robots d'Asimov, sorte d'introduction à ses autres livres sur les robots, que je vais maintenant m'empresser d'emprunter à la bibliothèque.

Ce qui m'a frappé et donné l'envie d'écrire ces quelques lignes se situe dans le dernier chapitre : l'humanité aurait besoin d'être guidée par quelque chose de plus grand qu'elle, qui la dépasse et qu'elle ne comprend pas ; un élément qui agit en secret pour le bien de celle-ci, et au besoin, contre sa volonté.  C'est le cas des "machines" à la fin de ce livre (de supers robots-calculateurs qui gèrent toute l'économie de la planète), mais on retrouve la même idée dans Fondation avec la psychohistoire (et encore une variation sur ce thème dans le deuxième cycle de Fondation).

J'aime beaucoup cette idée, même si d'aucuns trouveront que c'est une vision assez pessimiste d'une humanité incapable de se gérer elle-même sans risquer de se détruire.  Je pense qu'il faut plutôt en retenir le côté très optimiste d'Asimov par-rapport à la technologie : les robots, les ordinateurs, le "progrès" ne sont pas une source de danger dont il faudrait avoir peur, mais au contraire une chance à saisir. L'introduction, où il parle du "complexe de Frankenstein" est éclairante à ce sujet : Asimov veut dépasser cet axiome érigé en dogme depuis la bombe littéraire lancée par Mary Shelley, selon lequel la créature se retourne inévitablement contre son créateur - étant sous-entendu que le seul digne/capable/autorisé à créer la vie est Dieu…

Il n'y a pas de dieu chez Asimov. Il n'y a que la science, la logique, le raisonnement. Il n'y a pas d'extra-terrestres non plus. Nous sommes seuls dans la galaxie (dans l'univers c'est moins sûr, et c'est sur ce constat que se termine l'ultime tome de la saga Fondation, Terre et Fondation). De fait, Asimov peut être défini comme un écrivain rationaliste : formation scientifique, athée, humaniste.

L'écriture d'Asimov est légère, neutre. Pas d'emphase, pas de longues descriptions d'une cité futuriste ou d'une technologie pas encore inventée : c'est sous-entendu. Au début de Fondation, la description de Trantor, la planète-capitale de l'empire, entièrement urbanisée, est expédiée en quelque lignes, qui sont néanmoins suffisantes pour marquer l'imagination du lecteur.  Il va sans dire que les livres d'Asimov sont vites lus, d'autant plus que les enjeux de chaque intrigue sont suffisamment cruciaux pour tenir en haleine jusqu'à la fin.

Même si c'est une SF qui a un peu vieilli -aujourd'hui on ne parlerait plus de relais ou de d'enroulements pour décrire le mécanisme d'un robot- le principal reste : on lit jusqu'au bout pour suivre les 50 années de la vie de Susan Calvin qui ont menées à l'avènement des robots, ou pour savoir si le projet Seldon ira à son terme. Asimov est intemporel par les thèmes qu'il aborde, pas par le vocabulaire employé, qui reste finalement assez secondaire, bien qu'il ait créé des termes que nous utilisons couramment, comme le mot "robotique"...

A ma connaissance, Les robots offre la première occurrence des fameuses trois lois de la robotique dont il est l'inventeur (1) :
Première Loi : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger.
Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi.
Troisième Loi : Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'est pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi.

De fait, tout le roman (9 nouvelles reliées entre elles par un fil conducteur : la vie de Susan Calvin, la première robotpsychologue) est l'étude des variations d'interprétations de ces lois au travers de dilemmes à la solution souvent surprenante. Apparaissent également les concepts d'attachement à un robot, l'opposition aux robots, le robot doté d'une conscience, l'androïde...


***

J'en profite pour épingler au passage le procédé bassement commercial de l'éditeur, consistant à réimprimer un livre en l'affublant du titre et de l'affiche du film qu'il a inspiré, alors même que le premier n'est pas le scénario du second.


La première couverture, qui parait aujourd'hui un peu vieillotte, avait au moins l'intérêt d’illustrer un passage du livre ; l'actuelle n'a aucun rapport avec l'histoire et met plus en avant Will Smith qu'Asimov...

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(1) : Je ne sais pas vous, mais cette anaphore de "Un robot..." m'en évoque une autre tout aussi célèbre : "Moi président..." "Un anneau pour...". En feuilletant Les veufs noirs, j'ai d'ailleurs vu qu'il avait rendu hommage à Tolkien dans une de ses nouvelles.

17 mai 2013

Mass Effect : mes cosmodésiques mésaventures

Cet article est un rescapé, qui dans d'autres circonstances n'aurait jamais paru sur ce blog. J'avais ouvert en 2011 un micro-blog sur Posterous, destiné à recueillir les solutions à mes problèmes trouvées sur le web. Avec l'originalité qui me caractérise, je l'avais appelé Soluces du web. Mais les services gratuits sur internet souffrent souvent du même mal : ils disparaissent.

J'ai donc récupéré mes quelques articles, les ai stocké dans un coin, et me suis tâté un petit moment. Quand j'en ai eu assez (de me tâter), j'ai décidé d'en publier quelques-uns ici, en commençant par cette synthèse de mes problèmes rencontrés avec Mass Effect. D'abord parce que ce sont les plus "écrits", les autres n'étant que des notes du style "pour résoudre tel problème appliquez telle solution" ; ensuite parce je pense que ça pourra toujours servir à quelqu'un et générer du trafic sur ce blog, youpi.

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Énervement galactique avec Mass Effect 3 


EA commence vraiment à m'énerver. Plusieurs mois après sa sortie, je viens de faire l'acquisition de Mass Effect 3. J'avais un peu trop vite oublié mes précédentes péripéties avec Mass Effect 2...

Installation


En-effet, après le lancement automatique du DVD (ça au moins ça marche), celui-ci me propose de mettre à jour Origin (le Steam-like d'EA) et après... impossible d'installer le jeu, le pop-up se ferme aussitôt après avoir cliqué sur le bouton "installer".


Après quelques recherches (ici et là notamment), j'ai vite compris qu'il fallait ré-installer Origin avant toute chose ; la soi-disante mise à jour me l'avait plus ou moins effacé... Il faut ensuite relancer l'installation, le logiciel demandant alors le numéro de série et le répertoire d'installation. Pour anticiper les éventuelles mauvaises surprises que je suppute, j'ai créé mon propre répertoire en dehors de celui proposé par défaut.

Sauvegarde


Après cette installation à rebondissements, je peux enfin profiter de l'interminable (mais néanmoins excellente) séquence d'introduction de Mass Effect 3 - je dis interminable car ça a son importance pour la suite. Lorsque le jeu me laisse enfin la main, je me rends compte qu'il est impossible de sauvegarder... Pourquoi ne suis-je pas plus surpris que ça ? Bien entendu, je teste différentes méthodes trouvées sur le web, et me retape à chaque fois toute l'introduction, qui pour le coup me parait un peu longuette...


Le problème viendrait en fait de l'emplacement de \Mes documents, que j'ai, comme beaucoup de personnes, déplacés de C:\ vers une autre partition de mon disque dur. Eh ben les gens de Bioware, ils n'avaient pas prévu ce cas de figure, pourtant loin d'être exotique... Dans leurs esprits, le jeu crée son dossier "save" dans "Mes documents", qui doit se situer dans C:\users\[nom d'utilisateur]\Documents. Et si le chemin a été modifié, le jeu ne crée tout bonnement pas de sauvegarde !

Après une inutile désinstallation/réinstallation, j'ai trouvé la solution sur le forum anglais de Bioware : il ne sert à rien de bidouiller la cible du raccourci du jeu sur le bureau, ni de chambouler tous ses répertoires pour tenter de revenir à l'état d'origine (y'en a qu'on essayé, ils ont eu des prob... ça ne marche pas) ; il suffit juste de créer un nouveau profil, avec les droits d'administrateur, et de lancer le jeu depuis ce profil. Les dossiers seront créés avec les chemins par défaut. C'est un peu idiot, mais simple et rapide à mettre en œuvre, et surtout, ça marche !

J'aurais dû me douter que ce ne serait pas simple... 

Car j'avais déjà connu quelques soucis avec les épisodes précédents : difficulté pour importer un personnage -en ce qui concerne l'épisode 3, j'ai carrément renoncé- et impossibilité de charger une partie.

Comment importer son personnage de Mass Effect dans Mass Effect 2 ?


Toutes les explications sont largement disponibles par ailleurs, il y a juste un petit hic sur le détail de la procédure : il faut choisir le dossier des sauvegardes de Mass Effect dans l'outil de configuration du jeu avant de lancer le jeu et sélectionner le dossier "Save" de ME1. Information en provenance de Wiwiland 




Impossible de charger une partie dans Mass Effect 2


Il peut arriver (et à lire les forums consacrés à Mass Effect, le cas semble même assez répandu, a priori surtout sous Windows 7) de ne pas pouvoir charger une partie dans Mass Effect 2 : on peut sauvegarder, mais on reprend toujours à la sauvegarde la plus récente, impossible de charger un élément antérieur, l'écran de chargement est vide :

Que faire dans cette situation ? Après avoir étudié diverses solutions, voici celle qui a fonctionné pour moi :

- Aller dans le dossier "Bioware/Mass Effect 2/Save",
- Créer un dossier "Prénom de votre Perso"_31_"date de création" de votre perso,
Exemple : "John_31_180210"
- Mettre ses sauvegardes dans ce dossier, ce qui donne quelque chose ressemblant à ceci :
Bioware/Mass Effect 2/Save/John_31_180210/Save0004.pcsav

Et le tour est joué ! Solution trouvée sur le forum Bioware ; merci à Neophil69

13 mai 2013

I don't like spam !

Revers en caca de la médaille au chocolat : ma minute de gloire sebsauvagienne s'est soldée par une inondation de spam de commentaires. 

C'est pourquoi j'ai décidé d'activer le test de reconnaissance de mots, plus communément appelé captcha. Je n'ai jamais apprécié ce genre de d'obligation chez les autres, trouvant que ça casse un peu l'élan du joyeux commentateur, déjà obligé de renseigner un mail, un identifiant, parfois de mettre un titre... Mais j'ai fini par m'y résoudre devant la logorrhée dont je vous laisse un aperçu ci-dessous : 


Le titre de ce message est bien évidement un clin d’œil au célèbre sketch des Monty Python, qui peuvent se targuer d'avoir inventé la notion ainsi que le terme servant à la désigner : SPAM !

I DON'T LIKE SPAM !!!

18 avril 2013

Testé pour vous : l'effet Sebsauvage

J'en avais entendu parler, mais je ne savais pas que ça m'arriverait un jour. Non, je ne parle pas d'une maladie honteuse ou d'un accident tragique, je parle de l'effet Sebsauvage. 

La prophétie des anciens disait vrai, petit scarabée : quand l’œil de Sebsauvage se pose sur toi, tu le vois immédiatement dans tes misérables statistiques.

Ça me redonne presque envie de prendre le temps d'écrire plus régulièrement sur ce blog, tiens ! 


S'il en est encore qui ne connaissent pas Sebsauvage, c'est ici que ça se passe.




Desproges : 25 ans...

25 ans déjà...



Pas le temps de raconter les balivernes d'usage. D'autres le feront mieux que moi. Mes chers lecteurs (oui, les deux du fond, là) tireront profit de la lecture de cet édifiant article, qui constitue également un test d'entrée au fan club de Desproges. Tout le monde ne sera pas admis. Les recalés, déçus, grognons, grincheux et nostalgiques en mal de funèbre pourront toujours se plaindre ici. 


01 avril 2013

François de La Rochefoucauld

Lu il y a quelques temps sur le tableau blanc dans le bureau du chef : 

Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit.

A appliquer !

14 mars 2013

Nous sommes tous des esclaves connectés


Sacré coup de massue à l'instant : Google va arrêter son service de flux, Reader. Après un bref moment de panique, j'ai vite été rassuré en constatant que Feedly, service qui s'appuie sur Reader en proposant une interface personnalisable et un aspect plus "magazine" va perdurer. Cela fait belle lurette que je me sers quasiment exclusivement de Feedly. Ouf. I will survive.

Au-delà de ça, cette décision montre à quel point nous sommes dépendants du bon vouloir d'une entreprise. Et si demain, Google décidait de fermer son service d'agenda ? Ou Gmail ? Ou Blogger, qui permet à ce blog d'exister ? Nous n'aurions rien à dire, nous ne serions évidemment pas consultés, nous devrions juste tenter de trouver une solution plus ou moins satisfaisante.

Alors oui, il n'y a pas vraiment de raisons de paniquer, personne n'est mort(1), un nouveau service va émerger d'ici quelques mois et Feedly prend son indépendance. Mais le problème principal demeure : nous sommes -pour la plupart d'entre nous- dépendants de tous ces services plus ou moins utiles, plus ou moins gratuits, plus ou moins indispensables(2), mais qui rythment notre quotidien sur le web depuis quelques années.

D'aucuns diront, parmi les geeks tendance hardcore, "t'as qu'à installer ton propre serveur, et ceci, et cela...", semblant ignorer que ce n'est pas nécessairement à la portée de tout le monde, tant en investissement financier que temporel... Nous sommes condamnés à la servitude électronique(3).

Petite mise à jour pour le fun :


***

(1) Encore que... je me marre tout seul en imaginant des otakus venir s'immoler devant le siège de Google en signe de protestation ! :-D
(2) Le jour ou Facebook disparaîtra, ce sera carrément du suicide collectif !  
(3) Ce à quoi mon chef bien aimé répondrait, et il n'a pas tout à fait tort, que le papier et le crayon restent indétrônables !

11 février 2013

Fénéontises - Pastiches de Félix Fénéon

J'ai lu il y a peu sur Article 11 cet article consacré à Félix Fénéon, le roi de la "nouvelle en 3 lignes" ironique, subtile et immorale. Ils publient un petit florilège de l'artiste :

Calen, détenu à la prison de Thouars, que venait de manquer la sentinelle, s’est tué en tombant sur des rochers. Il s’évadait.
suivi du leur :
Gardé à vue, le jeune homme demande à libérer sa vessie. Perdu de vue, il réussit à libérer sa personne.

Vous me voyez venir, je me suis essayé à l'exercice.

***

A la question "Les Mariton ?", il répond non et fait obstruction.


A Marseille, de modernes indiens attaquent le TGV. Vite retrouvés, ils font de pâles visages en GAV.

En Angleterre, les lasagnes hippophagiques font un effet boeuf.

Trop fatigué pour assumer sa charge, le pape renonce. A partir du 1er mars, il ne sera plus qu'un pape ôté.

Sa voiture devient folle, le conducteur perd les pédales. [clic]


22 janvier 2013

Et la lecture dans tout ça ?

Il parait que les liseuses, ces machins électroniques pour lire des livres, c'est fini. Ou presque.
A peine éclos, le marché des liseuses s’effondre. 
[...]
Le marché des liseuses a été une météorite, explique Jordan Selburn d’iSuppli à la Technology Review. «Les gens veulent faire d’autres choses sur leurs appareils que seulement lire des livres». La polyvalence des tablettes l’a emporté. 
via La feuille

Elles sont en passe d'être supplantées par les tablettes, qui permettent de lire et de faire autre chose.
En fait, les lecteurs n’ont pas enterré leur tablette: ce sont les constructeurs qui s’en sont chargé, en proposant des liseuses de plus en plus difficiles à distinguer des tablettes. Et forcément, quand on imite, on finit par devoir se comparer. Et à ce jeu-là, la victoire est sans appel: les tablettes, plus proches des usages généralistes que les utilisateurs souhaitent faire de leur matériel, gagnent à tous les coups. Au grand dam de ceux qui souhaitaient JUSTE lire… 
via Book to the future

Les ayatollahs de l'un ou de l'autre support y vont déjà de leurs commentaires enflammés -et je ne suis pas loin de penser qu'effectivement, une liseuse fait moins mal aux yeux. Mais ils se trompent de colère. Le problème n'est pas que la tablette soit plus populaire que la liseuse, le problème est la réalité des pratiques de lecture -ou de non-lecture- que cet état de fait dévoile : comme déjà avancé ici-même il y a quelques mois, si le support n'a pas tellement d'importance, il ne faut pas négliger le potentiel de distraction (au sens de déconcentration, et de tentation) offert par la liseuse tablette. Le fait que ce support tende à dominer est inquiétant de ce point de vue. Cela pourrait signifier que c'est le support où la lecture est la moins attentive, la plus sujette à distraction, la plus concurrencée par Youtube et le nyan cat qui est en train de gagner la partie. 

Pas parce que c'est le meilleur support. Mais parce que la façon de lire de nos contemporains est en train de changer. La lecture suivie disparaît au profit de la lecture morcelée et du divertissement électronique. Inquiétant.

***

Mise à jour à 13h : correction d'un lapsus

18 janvier 2013

Tristesse pour tous

Comme disait l'Autre (avec une majuscule parce que c'est quand même un grand auteur), ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. Cependant, c'est plus facile pour certains. Ainsi Guy Birenbaum, qui résume dans un texte court, sincère, écrit avec des mots simples, tout ce que je ressens depuis plusieurs semaines sans parvenir -sans vraiment chercher à la faire aussi- à le formuler. C'est tellement bien que je lui ai pris son titre.

Il dit son indignation, ou plutôt sa tristesse, devant l'injustice et l'égoïsme des opposants au "mariage pour tous", 
Le 24 juin 1984, entre 500 000 et 1,5 millions de personnes avaient défilé dans les rues de Paris pour protester contre la loi Savary. [...] Ils luttaient, pour être clair, contre un projet qui visait à leur enlever quelque chose. Les opposants au "mariage pour tous" ne sont pas du tout dans la même situation. Il ne s'agit pas de leur ôter un droit ou quoi que ce soit. Les gens qui manifestaient hier ne veulent donc pas que d'autres citoyens Français aient les mêmes droits qu'eux ? 
devant l'homophobie banalisée depuis quelques mois, 
Une parole invraisemblable et homophobe s'est libérée dans nos rues, sur les réseaux sociaux. Ces derniers jours sur Twitter, j'ai lu des choses absolument incroyables. 
son incompréhension à voir des gens respectables -car oui, on peut être contre cette loi et être respectable- se commettre avec les pires fachos et intégristes,
En revanche, ce que je ne vois pas, c'est comment des gens honnêtes, qui méritent de la sympathie, et du respect, acceptent rationnellement de manifester contre la même loi que ces fascistes, racistes et homophobes (appeler un chat, un chat)?! Comment peuvent-ils partager ne serait-ce qu'un centimètre de trottoir, qu'un millième de bannière, qu'une pauvre rime de slogan avec ces attardés?
et son interrogation devant le choix des portes-paroles -ou les portes-parole autoproclamés- de ce mouvement, de ceux qui prophétisent l'accouplement avec des animaux à ceux qui comparent Hollande à Hitler (mais franchement, WTF ?).


Et puis vous irez faire un tour là (gardez un sac en papier à portée de main) et là. Ce deuxième lien est admirable. Ce qui revient le plus souvent c'est "je ne suis pas homophobe, mais on ne va pas changer la loi pour des anormaux". Prenez une petite balle en mousse, ça déstresse. 

La fin du monde n'a pas eu lieu. 
C'est presque dommage.

15 janvier 2013

Rendez-nous la fin du monde !

Vous êtes toujours là ? Vous avez survécu à la fin du monde ? J'ai été très déçu. Tout ça pour ça ? Ce bunker construit pour rien -une pelouse foutue- ces stocks de nourriture déshydratée, ces manuels pour échapper aux zombies, ces stages de survie... pour rien ? Alors non seulement c'est la crise mais en plus on foire la fin du monde ? Décidément tout va mal.

Mais rassurez-vous, d'après des sources bien informées, les réjouissances sont justes remises à plus tard. La prochaine fin du monde est officiellement prévue pour 2036. Sans doute un 21 décembre. Ça laisse le temps de tourner quelques films catastrophe, trouver des hurluberlus pour le JT et agrandir les bunkers. 

Vous ne me croyez pas ? Lisez donc :

"La probabilité qu’Apophis entre en collision avec la Terre en 2036 est d’une sur 250 000, selon les nouveaux calculs de Steve Chesley et Paul Chodas, du Jet Propulsion Laboratory de la NASA, à Pasadena (Californie), basés sur de nouvelles techniques et données. Une précédente estimation évoquait une chance sur 45 000."
Source


"Pour ce qui est du loto, c'est très simple : 49 boules présentes, 6 seront tirées au hasard, ce qui fait au début pour chaque boule une chance sur 49 de sortir, ensuite 1 chance sur 48 (puisqu'il ne reste plus que 48 boules), puis une chance sur 47, etc... jusqu'à la sixième. Au total, la probabilité de gagner au loto est de 1/(49/1 x 48/2 x 47/3 x 46/4 x 45/5 x 44/6) = 13.983.816 donc 1 chance sur 13.983.816 soit approximativement 1 chance sur 14 millions."

Moralité : nous avons collectivement plus de chances de nous faire percuter par un astéroïde en 2036 que de gagner au loto dans toute notre vie, même en jouant pendant 80 ans...

Je vous laisse méditer. 

21 décembre 2012

On n' a pas fini de rire

On n'a pas fini de rire, disait Daniel Schneidermann en conclusion de son article sur le facétieux Hollande faisant sortir Mélenchon par une porte et entrer Draghi par une autre. Ce qui prouve que l'incitation à la rigolade est donnée au plus haut niveau de l'Etat. Ce n'est pas une mauvaise chose, car tout va mal. OWNI s'arrête, C'est pas sorcier aussi, le sperme français n'est plus ce qu'il était. La duchesse souffre de nausée matinales sévères. L'avenir est préoccupant. Même la fin du monde est reportée sine die, alors qu'on avait tout préparé depuis si longtemps. Il y a eu méprise. On s'est mal compris. Ce n'est pas l'apocalypse, c'est la partouze cosmique. Les experts les mieux informés, les spécialistes en chant cristal diphonique, auto-guérison de l'âme et médecine cosmique arc-en-ciel, postés à Bugarach, nous promettent "une révélation qui descendra dans chacun de nos corps, [...] une incroyable décharge d'énergie, l'équivalent de 10000 orgasmes d'un coup". Ceux qui ne ressentiront rien (il faut être à Bugarach pour que ça marche) pourront toujours se consoler avec un peu de lecture. Le magazine britannique Literacy review s'est livré à l'étude des passages les plus croustillants de l'année écoulée, et nous livre un palmarès plus prometteur qu'une vague trilogie polissonne propulsée en tête des ventes par la magie du marketing. L'on découvre émerveillé des choses délicates et romantiques comme "Mon sexe baignant dans la joie comme un poisson dans l'eau" ou "Il a joui tel un trampoline hurlant". De telles comparaisons laissent l'homme songeur. Surtout s'il aime à pratiquer le trampoline ou la pisciculture.

Voilà qui devrait promouvoir la lecture. Certaines personnes se livrant à cet exercice semblent en retirer quelque profit. Leur vocabulaire s’accroît, leur expression s'améliore, leurs qualités rédactionnelles s'en ressentent. Le moment de demander une promotion à leur chef s'en trouve avancé d'autant. En outre, et ceci est prouvé depuis Montaigne, elle peut faire oublier les nausées matinales, fussent-elles sévères. Noël approche, les petits lecteurs chanceux trouveront au pied du sapin "A rule is to break". Comme c'est en anglais, ils prendront de l'avance pour plus tard. On découvre, entre autres conseils utiles, qu'il faut penser par soi-même, ne pas ressembler à tout le monde et peindre des choses sur la télé. Conseils que je m'efforce d'appliquer au quotidien en ce qui me concerne. Sauf penser par soi-même, c'est bien trop fatigant. C'est d'ailleurs bien souvent un effort inutile, puisque l'on en est réduit à tâter l'éléphant. Jolie expression tirée d'un conte bouddhique où des aveugles découvrant un éléphant, affirment successivement qu'il s'agit d'un tube, d'un éventail, d'une colonne, d'un mur ou d'une corde. De Bugarach à Washington, nous sommes bien nombreux à tâter l'éléphant. Mais bien peu à reconnaître que nous sommes aveugles. Il arrive cependant des repentirs tardifs, comme cette enquête du Sénat américain qui admet qu'avoir tâté l'éléphant de la torture pendant 11 ans de guerre contre le terrorisme était une terrible erreur. Nul doute que nous nous en repentirons longtemps. Un peu comme le pirate qui a diffusé les photos de Scarlett Johansson nue et qui vient d'être condamné à 10 ans de prison ferme. Ce qui est plutôt clément, vu qu'il risquait, selon des sources bien informées, entre 60 et 120 ans de prison. Scarlett Johansson vaut-elle autant ? Ça fait quand même cher la paire de fesses.

Qu'on leur mette une culotte et qu'on en parle plus. J'opterais volontiers pour le rouge car "par petites touches, le rouge est signe de dynamisme. Omniprésent  il devient agressif." C'est du moins ce que nous apprend TGV magazine du mois de décembre, toujours à la pointe de la mode. Le père Noël n'a aucun goût. 

Bonne fin du monde à tous. On n'a pas fini de rire.

06 décembre 2012

Chronique des choses probables


L’homme avisé lit les journaux. Cela lui permet de passer le temps, arborer un air important dans les transports en commun et se tenir au courant de la marche du monde. Grâce à cette habitude  il n’est pas démuni lorsqu’il s’entretient avec son chef de service, sa voisine de pallier ou sa boulangère et que ces estimables personnes lui apprennent que le Prince William et Kate attendent un enfant. Ce qui est probablement une nouvelle très importante. 

Les pigistes mal payés sont connus pour bâcler le travail, nous sommes donc dans l’impossibilité de savoir si cet enfant viendra à vélo, en train ou à bord d’une Rolls Royce, apparat royal oblige. Ni quand est prévu le rendez-vous. Et à quelle heure ? Et où ? Peut-être à Trafalgar square. Ou à Picadilly circus. Les enfants aiment beaucoup le cirque, cela me parait être une bonne idée. Les gazettes nous expliquant avec complaisance que “la duchesse souffre de nausées matinales sévères”, nous pouvons en inférer qu’ils ont rendez-vous sur un bateau, et qu’elle vomit son petit-déjeuner, comme le plus humble des sujets de sa royale majesté (que dieu la sauve), accrochée au bastingage, penchée au-dessus de flots sans doute peu au fait de la personne prestigieuse qu’ils bringueballent, chapeau envolé dans la tempête et se demandant pourquoi diantre le Premier Ministre s’est senti obligé de lui envoyer des félicitations pour une situation aussi humiliante. 

C’est probablement de l’humour anglais.

Les français ont moins d’humour. La maman du petit Jihad, 3 ans, vient d'en faire l’expérience. Le bambin a été envoyé à l’école arborant un T-shirt où il était marqué, devant : “Je suis une bombe”, derrière : “Jihad, né le 11 septembre”. On sent tout de suite le côté désopilant de la chose. La maîtresse n’a pas ri. La directrice non plus. Mis au courant, le recteur d’Académie s’est fâché tout rouge. Le ministre va probablement être saisi de l’affaire. Il en parlera sûrement mercredi matin au président. Gageons que cela le fera rire car cet homme passe pour avoir de l’humour ; accueillant Mario Draghi à l’Elysée, il fait sortir Jean-Luc Mélenchon par une autre porte et se gausse devant les journalistes de l’ingéniosité de son stratagème. Celui qui fut traité en son temps de capitaine de pédalo peut se prévaloir de garder le sourire et le cap du paquebot France au milieu des icebergs. Reste à savoir s'il les évitera.

Quant à l’oncle et à la maman de Jihad, ils comparaîtront prochainement devant un juge. Pas pour mauvais goût, le législateur n'ayant pas intégré cette notion passablement floue dans le Code Pénal. Mais pour "apologie de crime", ce qui est un peu plus embêtant. Il va évidemment de soi que les responsables des attentats commis dans le monde ces dernières années ont été fortement impressionnés par le message délivré par cet enfant et son T-shirt. La preuve : un récent rapport nous apprend que depuis que l’on mène la “guerre contre le terrorisme” il n’y a jamais eu autant d’attentats dans le monde. Sauf aux Etats-Unis. De leur point de vue, l’objectif est donc parfaitement atteint. Ils ont probablement des lois anti-T-shirt plus efficaces que les nôtres.

Mais tout cela n'est probablement pas bien grave au regard des nouvelles vraiment importantes. Pensez donc : la duchesse souffre de nausées matinales sévères. 

05 décembre 2012

Dave Brubeck parti avec le vent

Flûte, Dave Brubeck est mort :(

09 novembre 2012

Dites, qu'avez-vous vu ?

Graffiti lu sur un mur (je recopie tel quel, c'est dans ce genre de situation que je regrette que mon portable ne fasse pas de photos) :

L'Humanité bavarde, ivre de son génie,

Et, folle maintenant 
criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
ô mon semblable, ô mon maître, je te

Ça devrait vous évoquer quelque chose...

Mais oui, bien sûr :

" Ô cerveaux enfantins ! 

Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché
La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût ;
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout ;
Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu'assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;
Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;
L'Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
" Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! "
Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l'opium immense !
- Tel est du globe entier l'éternel bulletin. "


25 octobre 2012

Pourquoi le Louvre à Abu-Dhabi et à Lens ?


Je ne passe pas souvent du côté de chez Thé au Jasmin, et c'est une erreur, car c'est toujours un régal pour les yeux. Aujourd'hui, j'ai découvert dans cet article de sublimes petites choses en ivoire,. Elles sont gothiques, précieuses, moyenâgeuses.(1)  

Il s'agit d'une descente de croix du XIIIème siècle dont le musée du Louvre se propose d'acquérir les deux statuettes manquantes pour compléter l'ensemble. Bravo. Les deux exquises babioles sont estimées à 2,6 millions d'euros(2). Tant mieux. Cet argent sera mieux employé là que dans des casques de CRS ou des voyages de ministre. Comme il manque encore 800 000 euros pour compléter la cagnotte, le musée lance un appel aux dons.

Seulement, la madame Michu qui sommeille en moi s'est offusquée, se demandant par la grâce de quel paradoxe il était possible d'ouvrir des "Louvre bis" à Abu-Dhabi et à Lens, et dans le même temps faire appel à la générosité publique pour enrichir les collections du musée. J'ai donc fait quelques recherches rapide sur l'oracle, et j'en ai retiré a à peu près ceci : concernant le Louvre-Lens, l'investissement est en grande partie pris en charge par l'Union Européenne, la région et le département. Pas par le musée lui-même. On peut être pour ou contre le projet (je n'ai toujours pas réussi à me décider entre l'idée géniale et le gaspillage), ce n'est pas lui qui obère la (faible) capacité d'acquisition du musée.

Pour ce qui est du pharaonique "Louvre des sables", la situation est un peu plus compliquée. S'y mêlent des problématiques d'influence dans une région stratégique, de diplomatie, et aussi de gros sous. Surtout de gros sous. Pour le Louvre et les musées associés à l'opération, Abu-Dhabi c'est avant tout une grosse tirelire de 400 millions d'euros tout de suite et un milliard sur 30 ans.

Il y a de quoi laisser aux vestiaires les interrogations sur le respect des droits de l'homme, la situation de la femme dans les émirats, la censure sur certaines oeuvres...

Madame Michu en est toute retournée. 

***

(1) Saint Jean (détail). ©Musée du Louvre - Photo Martine Beck-Coppola 
Du copyright sur la photographie d'un objet qui n'appartient pas encore au Louvre et qui vise à intégrer le domaine public... Comment dire... waouh !

(2) Soit 0,05 Kerviel. Je rappelle que le Kerviel est la nouvelle unité de mesure des flux financiers mondiaux, et que 1 Kerviel = 4 900 000 000 euros, ce qui représente quand même pas mal d'argent.


22 octobre 2012

L'homme qui rit au cinéma


J'ai découvert via Twitter la bande annonce d'une nouvelle mouture de L'homme qui rit au cinéma, avec Obélix dans le rôle d'Ursus et The Crow dans le rôle titre.

Au delà de la boutade, je suis un peu chagriné par l'aspect trop lisse, presque trop beau, du personnage de Gwynplaine : à peine une petite cicatrice de part et d'autre de la bouche. Je ne dis pas que c'est joli, mais ce n'est pas non plus monstrueux. Je trouve que cette propension à adoucir les monstres est une tendance assez pénible du cinéma "mainstream" actuel. 

C'est dommage, car c'est perdre une des plus grandes forces de l'oeuvre : l'homme qui rit, c'est la tronche du Joker avec l'âme de Bruce Wayne. Les précédentes versions filmées ne l'ont d'ailleurs pas loupé, que ce soit celle de Paul Leni (1928) ou celle de Jean Kerchbron (1971).


 Je ne sais pas si j'ai envie ou pas d'aller voir ce film. J'ai peur d'être déçu, à cause des réserves formulées ci-dessus, et n'ayant pas encore lu le livre, je ne voudrais pas m'imposer des images avant d'avoir pu imaginer les miennes. De plus, c'est une histoire qui me poursuit depuis suffisamment longtemps (voir ici et là) pour que je n'aie pas envie de la déprécier. 

18 octobre 2012

17 octobre 1961 - Un massacre enfin reconnu

J'évoquais, il y a un an et un jour, le massacre du 17 octobre 1961, massacre tabou pour la classe politique française. Le président Hollande vient de rompre ce tabou, et ça ne plait pas à tout le monde. 

Je suis assez effaré que des voix s'élèvent, à droite et très à droite, pour critiquer cette prise de position. 51 ans après ! Il serait peut-être temps de regarder le passé honnêtement, bien au-delà des clivages partisans. Reconnaître une faute n'est pas devenir moins bon, bien au contraire. Et ce n'est pas une preuve de faiblesse non plus, reconnaître sa responsabilité n'occulte en rien le fait que l'on puisse aussi avoir été victime.

L'occasion de revenir sur cette application lancée en partenarait par OWNI et El Watan, Mémoires d'Algérie, permettant de visiter des archives étatiques, militaires et privées, pour raconter "une autre guerre" que celle rapportée par les discours officiels. 


***

Revue de presse : 
Ce dernier article a d'ailleurs l'intérêt et l’honnêteté de revenir sur le silence des médias français à l’époque des faits, le silence politique pendant 50 ans, et aussi le silence côté algérien : "il s’agissait, pour le jeune Etat, de minimiser l’action des Algériens de France, pour mieux glorifier celle des combattants d’Algérie."

17 octobre 2012

Cadre de travail



J'aime beaucoup cette image, vue il y a quelque temps déjà sur Reddit. L'impression de nostalgie qui s'en dégage, liée au côté désuet savamment étudié de cet atelier de forgeron ; le fait de savoir que l'homme sur l'image est le père de la photographe ; le chien à ses pieds... L'impression, somme toute, de pénétrer dans l'univers d'une personne par l'intermédiaire de son lieu de travail. Ca me rappelle cette série de photographies, dont j'avais parlé il y a exactement 3 ans...

20 septembre 2012

12 septembre 2012

L'année des mooks


Mooks, c'est un mot très moche doublé d'un anglicisme utilisé pour désigner quelque chose de plutôt joli : ce drôle d'objet en papier apparu en 2008 avec XXI, cette publication qui n'est ni un livre ni un magazine ; bref, moitié book, moitié mag, un mook. Beurk. Je préfère dire "revue", mais les bobos et les accros aux néologisme diront mook. On ne va pas se fâcher pour ça. 

Cette brève se veut un addendum de celle du 29 août : De la concurrence pour XXI ; je viens en-effet de découvrir ce nouveau mot -moooook- et deux articles sur le blog erwanngaucher.com, qui me mâche le travail pour ce qui est de la présentation de cette fameuse concurrence que j'évoquais.

Le premier article recense ce qu'il appelle joliment "les enfants de XXI" ; le second traite plus spécifiquement de Long cours, mais je regrette qu'il n'ait pas noté l'aspect un peu trop opportuniste du projet, ce que n'a  en revanche pas manqué de faire le site de la bibliothèque municipale de Lyon, qui consacrait un dossier au sujet le 30 juin dernier (oui, j'ai sérendipitéïsé à mort encore, mais n'est-ce pas le but premier du web ?)
Tous ces titres ne sont pas motivés par le même élan et ne bénéficient pas des mêmes moyens. D’un côté, de jeunes journalistes guidés par leur seul enthousiasme se lancent sans gros soutien financier et fonctionnent avec des bouts de ficelle (Schnock, Le Tigre ...) ; de l’autre, de vieux routards de la presse disposant de gros moyens rédactionnels et commerciaux : France culture papier est un produit Radio France, We demain émane du groupe VSD... certains y verront un choix purement opportuniste.
Sources : 

10 septembre 2012

Terrance "Terry" Williams

Comme cela faisait longtemps que je n'avais pas cité Maître Eolas, je récidive aujourd'hui, en utilisant Storify pour mettre en avant une histoire pas très joyeuse -doux pléonasme- qu'il a publié sur Twitter. Les âmes sensibles sont priées d'arrêter leur lecture ici.

P.S. : à rapprocher de ceci et de ceci.

03 septembre 2012

Parallèle entre la chute de l’empire Kodak et l’inévitable déclin de l’industrie musicale

Shakey and Out of Focus!
Je reposte ici cet article écrit ce matin sur Seenthis 

***

Bonjour les gens ! Avez-vous regardé Capital hier soir ? Je ne veux pas ouvrir le débat sur l’intérêt et les limites de cette émission, juste partager un sentiment qui m’a frappé (aïe) en regardant le reportage sur la chute de l’empire Kodak.

On nous explique, en gros, que #Kodak s’est cassé la figure pour n’avoir pas su appréhender l’arrivée de la photographie numérique (qu’il avait lui-même inventé, ironie de l’histoire) ; une grosse entreprise de cette taille, avec ce passé, cette histoire, qui a fabriqué de la pellicule pendant 100 ans, ne pouvait de toute façon pas ou peu s’adapter à un tel changement : trop gros, trop de choses à remettre en question, etc. Bref, la chute était quasi-inévitable.

Je ne sais pas si, arrivé à ce stade, vous pensez comme moi, mais le parallèle avec l’industrie musicale m’a sauté à la figure : une grosse industrie, qui ne sait faire qu’une seule chose (vendre de petites galettes sur lesquelles sont enregistrées des pistes musicales), et qui doit faire face à une révolution complète de son environnement économique : la disparition du support physique.

Kodak a cru s’en sortir en vendant des imprimantes, parce qu’il pensait que les gens allaient continuer à imprimer leurs photos, alors que ce n’est pas seulement le support qui est bouleversé, ce sont aussi les usages. L’industrie de la musique croit s’en sortir en faisant voter, par des gouvernements complaisant, des lois liberticides visant à préserver leur marché, mais ils refusent d’admettre que c’est la pratique des usagers qui a changé. Si nous n’imprimons plus nos photos, pourquoi continuerions-nous à écouter notre musique sur de petites galettes ?

Alors que le constat de l’inéluctable faillite devant l’évolution des techniques et des usages semble aller de soi pour Kodak, personne, ni les industries du secteur ni les gouvernements, ne veut faire ce même constat et en tirer les mêmes conséquences pour la musique. On n’a pas fait de loi pour interdire aux amateurs de faire et partager leurs photos numériques que je sache. Il « suffisait » pourtant d’interdire l’appareil numérique pour sauver une industrie... Stupide ? Certes. Mais c’est exactement ce que l’on fait actuellement pour la musique...

31 août 2012

Philippe Delerm est-il un vieux con ?


Bien sûr que non. Et le fait qu'il s'obstine à ne pas vouloir se servir d'un ordinateur, préférant plutôt user d'une machine à écrire (pour laquelle il a acheté "une vingtaine de rubans d'avance") ne doit pas entrer en ligne de compte.

Mais ce n'est pas moi qui ai intitulé son dernier livre "Je vais passer pour un vieux con, et autres petites phrases qui en disent long". C'est lui tout seul. Il s'en explique à un jeune con, dans un entretien à Actualitté.
"Dire des toutes petites choses est capital, parce que c'est là qu'on révèle véritablement, et en faire la substance d'un recueil ne les grandit pas spécialement, il s'agit juste d'effacer l'hypocrisie en la nommant. On est tous pareils. On n'en parle pas, mais il y a dans ces phrases une sorte d'éternel humain."
A la façon de Ma grand-mère avait les mêmes, dont il pourrait être une suite, il s'agit d'un recueil sur les phrases que l'on prononce un peu trop facilement, en ne leur prêtant pas assez d'attention ; mais si ma grand-mère procédait au décorticage des phrases à double détente de la vie de tous les jours, le vieux con apparaît davantage comme des automatismes dérisoires pour combler le vide de la conversation...

Petit extrait de la table des matières, toujours via Actualitté : « Je vais passer pour un vieux con », « Quand on est dedans, elle est bonne », « Je vais relire Proust », « Les mots sont dérisoires »...

C'est pas tout mais faut que j'y aille ! 

29 août 2012

De la concurrence pour XXI


En feuilletant L'Express (c'est pas ma faute, je suis tombé dessus par hasard), je suis tombé -ça fait deux fois en une phrase, je ne suis décidément pas très stable- sur une publicité pleine page pour une nouvelle revue dénommée Long cours. 

J'ai été interpellé, comme on dit pour faire tendance, par la grande similarité avec XXI. Intrigué, j'ai consulté l'oracle, qui m'a renvoyé sur le site de cette revue toute neuve. Le beau site tout moderne, avec plein d'interventions de gens très enthousiastes et de coupures de presse, heureusement sans gravité.

Et c'est là que le bât blesse, comme disent les muletiers. Long cours reprend effectivement la même recette que XXI : 4 numéros par an, distribution en librairie ; des récits longs, un reportage en BD, des portfolios, un dossier thématique de trois reportages, des illustrations très graphiques ; petite touche de différenciation : le dossier consacré aux militantes comporte une fiction. Poussons la comparaison plus avant : l'éditorial reprend les arguments de Patrick de Saint-Exupéry présentant XXI : "renouer avec un journalisme hors des sentiers battus", "favoriser le long par-rapport au cours", "à l'heure des [...] réseaux sociaux"...

Mais quand XXI s'était lancé par le bouche à oreille de ses lecteurs, avec un budget réduit et au milieu des sarcasmes du reste de la presse, Long cours se pose d'emblée comme une publication adossée à L'Express (c'est marqué sur le site ; et si ce n'était pas le cas, cette vidéo se suffit à elle-même) et s'offre un gros lancement avec une débauche de moyens (internet, radio, publicité...), tout ça parce que certains se sont dit qu'il y avait un filon à exploiter...

Du coup, je suis un peu partagé entre un certain contentement (XXI fait des émules, ils ont gagné leur pari du  format "long" et "hors-actu") et le scepticisme devant l'aspect un peu trop marketing de l'objet...

Des lecteurs de XXI dans la salle ? 

23 août 2012

Fantaisie


Il parait qu'on ne nage pas dans l'Ain
Deux fois. C'est Héraclite qui dit ça.
Mais on peut visiter trois fois Troyes,
Pour le voir d'un oeil neuf. 

On peut monter les escaliers quatre à quatre, 
Puis partir cinq semaines en baillant.

On peut rouler très vite sur l'A6,
Pour arriver à Sète, 
et manger des z'huit, mais attendez décembre.
(les z'huit ça s'mange les mois où on fait brr)

grapheme-color synesthesia: numbers

08 août 2012

Chronique des absences et des conquêtes : Les déferlantes, roman-vagues

Je viens de lire un roman qui m'a accroché d'un bout à l'autre - malgré un style avec lequel j'ai eu un peu de difficultés durant les premières pages : Les déferlantes, de Claudie Gallay. Ce n'est pas vraiment de l'actualité littéraire, puisque il est sorti en 2008 et qu'il trônait depuis à peu près autant de temps dans notre bibliothèque, mais il s'est présenté un créneau dans mon agenda de lecture, l'été étant souvent la période la plus propice aux "rattrapages"...

Que dire sans dévoiler l'intrigue ? (d'autant plus que Madame Sammy ne l'a pas encore lu...) C'est un roman sur l'absence et la perte : chacun des personnages a perdu, ou recherche quelque chose. La narratrice pousse son chagrin devant elle comme Sisyphe son rocher, d'autres sont en quête de vérité, d'amour, de la paix de l'âme, d'absolu et parfois d'absolution.

Il y a là tout un petit monde, dans le presque huis-clos de cette presqu'île du bout du Cotentin : la narratrice, réfugiée à La Hague pour compter les oiseaux migrateurs, un sculpteur, sa sœur, l'idiot du village, une vieille folle, mais peut-être pas tant que ça, une petite fille au surnom d'oiseau, la patronne du bar, l'ancien gardien du phare, un  vieux monsieur monomaniaque de Prévert. Et puis Lambert, dont l'arrivée ou plutôt le retour dans le village va être la première pièce d'un puzzle qui va s'assembler inexorablement. 

PhareHague
Par Truzguiladh (-) [CC-BY-SA-2.5], via Wikimedia Commons

Il y a les vivants, et il y a les ombres ; ombres de ceux que la mort a pris, ombres de ceux que la mer n'a pas rendu, ombres de ceux qui sont partis un matin pour ne jamais revenir... Fantômes du passé rappelés dans des photos, des jouets, des lieux abandonnés.

La mer est omniprésente, toujours évoquée, parfois personnifiée, jamais prise à la légère. Elle donne à l'histoire son contexte, sa substance, sa respiration. La succession de chapitres courts et moins courts, les avancées dans l'énigme suivis de moments plus contemplatifs sont autant de flux et de reflux. Le dénouement marque la fin de la quête de chacun des protagonistes. Le roman, qui a commencé par une tempête, s'achève ainsi dans une relative sérénité.

20 juillet 2012

Une vie, Guy de Maupassant

Jeanne Le Perthuis est heureuse : tout à l'heure, son père va l'emmener hors du couvent où elle a passé ces dernières années. Et déjà, elle rêve. Elle rêve à sa vie qui commence, à l'avenir qui l'attend. Comme toutes les jeunes filles, elle rêve au prince charmant, celui qui arrivera forcément un jour, qui l'aimera, qui saura se montrer tendre... Bref, elle rêve au bonheur.

Le château des peuples
Il faut dire qu'elle est plutôt favorisée par la vie, Jeanne. Fille de tendres aristocrates normands, son avenir est tout tracé, en petits pointillés dorés. Elle a déjà le château pour abriter son futur amour, il ne reste plus à celui-ci qu'à apparaître. Le prince charmant rêvé entre en scène à peine quelques jours après. Vite donc. Trop vite peut-être.

Il prend l'apparence de Julien de Lamare, pas exactement tombé du ciel mais plutôt sorti de la bonne famille la plus proche ; il est beau, poli, attentionné, tout ce qu'il faut en somme - sauf qu'il est fauché, mais c'est pas grave, papa et maman Le Perthuis sont généreux. La vie, c'est si simple, le bonheur arrive si vite, les rêves de jeune fille semblent faits pour se réaliser. Les premières pages du roman sont un mol paradis de guimauve rose. Sauf que Maupassant va être cruel avec son personnage. La guimauve est fourrée au poivre. Contrairement à un certain presbytère cher au coeur de Rouletabille, le beau Julien va très vite perdre de son charme et de son éclat, révéler sa vraie nature violente, avare et hypocrite, tromper sa femme avec la domestique, puis avec la voisine, et finir tué par le mari d'icelle.
"Il semblait tout autre depuis le retour de leur voyage de noces, comme un acteur qui a fini de jouer son rôle et reprend sa figure ordinaire."
Oeuvres complètes illustrées de Guy de Maupassant. 23, Une vie / oeuvres complètes illustrées de Guy de Maupassant ; ill. de A. Leroux ; gravures sur bois de G. Lemoine
Source: gallica.bnf.fr
Il aura quand même le temps de faire un enfant à sa femme au passage. Piètre consolation pour celle qui croyait tenir là le bonheur de ses vieux jours : grandissant, il fera le malheur, le déshonneur, puis la ruine de sa mère. Recueillant l'enfant -né d'une prostituée- de son fils à la toute fin du roman, elle prononce cette phrase digne d'un Forrest Gump du XIXème siècle : "La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit."

Parce qu'elle a vraiment un petit côté Forrest Gump la Jeannette quand même. Même si dans son cas, il s'agit plus d'une tare liée à son éducation et à son milieu, qui ne l'a préparée à aucun des pièges de la vie : l'éternel piège de la séduction, l'illusion du mariage, la maternité, le rejet de l'Eglise... A ce titre, on retrouve dans ce premier roman de Maupassant des références à ses "maîtres" Flaubert et Schopenhauer : les illusions de Jeanne ressemblent assez à celles d'Emma, et sa vie ratée n'est pas sans rappeler celle de Félicité... Il ne manque que le perroquet, encore qu'il soit avantageusement remplacé par le bien nommé chien "Massacre". 

Qui aurait pu s'appeler Gâchis au vu de l'ampleur de celui-ci, même si le roman, et ce sera mon mot de la fin destiné à vous préserver l'envie de le lire, ménage un timide rayon d'espoir dans ses dernières lignes.

***
Cette chronique a également été publiée sur Livres-coeurs, un site que j'avais un peu perdu de vue...