25 juin 2007

Les 10 blogs qui citent mon blog

Pour continuer dans la série des billets qui meublent bien pour pas cher, je reprends une fois de plus une idée lancée par un blogami. Il s'agit aujourd'hui de Christelle, qui incitait à la suivre dans son entreprise farfelue de recensement des blogs qui parlent de soi. Elle a beau nous fournir des explications précises, des outils pertinents, des conseils avisés, cela ne m'empêche pas de trouver presque trop compliqué cet exercice où il n'est question que de Developper center, de référencement, de Yahoo pipes et autres termes technico-ésotériques.

De fait, je me suis attaché à confectionner une liste de 10 blogs me citant dans un article, ce qui n'est pas la même chose que ceux qui me lient. Que tous ceux qui ne sont pas dans la liste ne s'en offusquent pas outre mesure, les uns et les autres ont droit à ma plus vive gratitude. Ca tombe bien, ce sont presque toujours les mêmes...

Mais jugez donc, sur la foi de cette liste à l'ordre pas vraiment aléatoire :
Reprenne qui voudra !

La prochaine chronique est dans les tuyaux !

12 juin 2007

Chronique pluvieuse du Louvre, des photos et de la poussière des temps anciens

Des mauvais esprits (de telles personnes existent-elles vraiment ?) se laissent aller à dire qu'il pleut parfois sur Dijon. C'est complètement faux. La preuve : il n'a plu que deux heures la semaine dernière. Jeudi soir, de 18h à 20h environ. Le ciel était noir, l'averse était drue, le tonnerre faisait son vacarme habituel. Les voitures roulaient dans trente centimètres d'eau. Peut-être même quarante, selon des témoins dignes de foi. Mais est-ce une raison de médire ainsi ? Bien sûr que non. En trois jours à Paris la semaine passée, il a plu quasiment tout le temps. Loin de moi l'idée d'en tirer des conclusions hâtives, mais il faut regarder les choses en face : je me suis mouillé les pieds.

Le ciel commençait de s'obscurcir comme nous quittions l'esplanade du centre Beaubourg après ma prestation ; la pluie a bientôt débuté pour ne plus cesser les jours suivants. Autant dire que le temps était idéal pour passer entre les gouttes et d'un musée à l'autre. Idéal pour admirer, parapluie en main les merveilles de l'Histoire, de l'art et du génie créatif humain - car il y a des nuances.



Le fameux scribe accroupi par exemple, illustre ancêtre des fonctionnaires, comptant Amôn sait quoi depuis la nuit des temps, avec son crâne rasé, sa peau orange et son petit ventre rond. Est-ce de l'art ? Ou bien l'une des plus belles expressions du génie humain ? Ses yeux de verre confèrent à son regard une intensité prodigieuse. Il commence à vous fixer dès que vous entrez dans la salle, puis il vous suit des yeux sans ciller ; il ne bronchera pas davantage tandis que vous le prendrez en photo sous tous les angles.

D'ailleurs, à quoi bon ? J'aurais pu avoir une plus belle image sur Insecula, et en savoir plus sur le scribe accroupi, sa vie, son oeuvre, mais j'ai illustré sans le vouloir la chanson de Benabar Les épices du souk du Caire : Qu'elles soient en couleur ou bien en noir et blanc, on fait tous, quelle horreur ! les mêmes photos tout l'temps. Qu'est-ce qui nous pousse au fond à refaire à la chaîne, tous les mêmes photos qu'on a vu par centaines, des photos de monuments qui sont jamais très belles, mais c'est nous qui l'a fait c'est pas la carte postale...

Il est de toute façon illusoire d'espérer photographier quoi que ce soit dans les allées du Louvre. A cause du reflet sur les vitrines, à cause du parapluie déjà cité que l'on ne sait pas où mettre, à cause de la foule bruissante, bruyante et bousculante. D'ailleurs, celle-ci nous aurait-elle légérement déroutés ? A moins que ce ne soit la chaleur, la vastitude des lieux, que sais-je, l'émotion artistique, mais nous avons fait le parcours à l'envers.


Voilà pourquoi nous avant vu cette sublime statuette pourtant chronologiquement plus proche de nous avant le scribe - celui-ci datant de l'Ancien Empire. La nuit des temps est datée, c'est fou. Mais assez de digressions : c'est une des plus jolies choses que nous ayons pu voir. Je crois que ça se passe de commentaires : la finesse de la silhouette, rehaussée par le drapé quasiment invisible dont les plis s'estompent pour finir par n'être que suggérés. C'est sans nul doute une des plus belle émanation de l'Art. A tel point que la boutique du musée en propose des reproductions à des prix déraisonnables. Ceci expliquant sans doute pourquoi l'une reste ouverte fort tard quand l'autre entame les manœuvres de fermeture (consistant à pousser les gens vers les portes) dès 17h30.

Cela ne nous aura pas empêché de voir madame paréo sans le haut - ce qui, par un temps pareil, était assez osé. Notez qu'elle illustre à merveille la chanson de Benabar citée plus haut :
Mignonne en paréo au retour de la plage, elle enlèvera pas le haut, c'est dommage. Le portrait qui fait rire du permis de conduire, celui qui fait peur, qu'est-ce que c'est qu'cette coiffure ? Qu'elles soient en couleur ou bien en noir et blanc, on fait tous, quelle horreur ! les mêmes photos tout l'temps

... Les grands derrière, les p'tits devant.
Le tout précédé, suivi ou accompagné de chats empaillés, de sarcophages, d'une momie complète avec tout son petit nécessaire, de statues d'ibis, de canards, de faucons ; de frises de griffons et d'archers, de files d'attente interminables devant les WC et de vitrines entières de petites choses anciennes et délicates en bronze, terre, argent et bribes de poussière des temps anciens.


***

La chronique pluvieuse et intriguée de l'art contemporain, pour ne pas dire moderne, se déploiera à vos yeux ébahis d'ici quelques jours. Je ne voudrais pas vous infliger de trop longues séances de lecture !

11 juin 2007

Les filles ausi chassent les dragons

Un jour je vous raconterai sans doute comment, avant de tomber dans le monde merveilleux de l'Administration, je voulais être bibliothécaire. Ceci s'explique par mon attrait pour la planète livre et tout ce qui gravite autour - et éclaire du même coup ma propension à vous parler de ces petites choses là de temps en temps en temps. Mais pas trop souvent quand même, d'autres le font bien mieux que moi. Et ce n'est de toute façon pas le propos de ce blog. Encore avant, je voulais être ingénieur des eaux et forêts, mais c'est parce que je ne savais pas trop ce que ça voulait dire. Bref, vous allez finir par croire que mon rêve d'enfant a toujours été de devenir fonctionnaire. Alors que je voulais être Zorro, comme tout le monde.

Mais je cause, je cause, et je perds presque de vue ce que je voulais dire. Ca a dans une certaine mesure trait aux livres, d'où le détour qui précède. J'ai récemment découvert l'existence d'un label décerné aux albums et aux livres pour la jeunesse (0-10 ans) ne tombant pas dans les stéréotypes du style papa au boulot, maman à la cuisine, petit garçon joue au foot et petite fille à la poupée... Et ils ne sont pas très nombreux.


L'association suisse Lab-Elle a donc décidé de faire en sorte de changer les choses en œuvrant pour une attention soutenue aux potentiels féminins dans le domaine de la littérature enfantine et [de] rendre visibles les albums allant dans ce sens. Leur communication balaie les clichés à coup de formules impertinentes telles que "Les garçons aussi ont peur des araignées". C'est pas vrai, ou alors seulement les plus grosses ou "Les filles aussi chassent les dragons !"

Enfin une bonne initiative qui vaut mieux que bien des gesticulations télévisuelles...

06 juin 2007

Nouveau départ

Cela faisait quelques semaines que je n'avais pas eu le temps de participer aux consignes dispensées par Coumarine sur Paroles plurielles (on se demande pourquoi...) ; étant pour cette quinzaine chargé de mettre en ligne les textes des participants, je me suis un peu plus penché sur la question. Voici la consigne, présentée par Coumarine :

Je vous propose de vous laisser "prendre" par une photo que m'a transmise Arthur. Non pas pour écrire un texte "moral" sur la pauvreté, mais pour écrire VOTRE texte à vous que vous inspire cette photo. Et pour vous compliquer la tâche (oui, vous savez que j'adooooooooore ça!), voici une phrase d'incipit "chipée" à Philipe Claudel, (auteur à lire de toute urgence) dans son livre "J'abandonne" (dur dur) paru en collection folio : "Le samedi, c'est plus tranquille. Il y a moins de monde." (p56)


Le samedi c'est plus tranquille. Il y a moins de monde. C'est le jour ou jamais pour partir. Les gosses sont prêts ? Dépêchez-vous, vous allez nous faire repérer. Allez, fais pas cette tête, on a rien à se reprocher. Ce sont eux les voleurs. Ils nous ont volés notre vie, notre bonheur, notre liberté. Allez viens, on s'en va.

Jamais je ne me suis habitué à voir la femme que j'aime vivre dans ce taudis. Tu mérites mieux que ça ma beauté. Combien de temps avons nous pourri dans cette cage ? Je ne sais plus. Cinq ans ? Cinq ans déjà ? Ce n'est pas possible. Cinq années à mourir sa vie tous les jours, à quatre dans dix mètres carrés. Avec l'espoir d'une vie meilleure qui s'en va tous les soirs davantage. Allez viens, on s'en va.

Mais tout ça c'est fini. On s'en va. Oui je sais, je l'ai volé cette caravane. Oui je sais, ce ne sera pas le grand luxe, mais nous aurons au moins la route comme refuge,l'espoir comme bagage et le soleil pour témoin. Allez viens. Il est temps. On entend presque plus les voitures. Il sont déjà tous partis. Viens, allez, c'est aujourd'hui qu'on s'en va. Le soleil est magnifique, on roulera le plus longtemps possible. Et ce soir, je te prendrai en photo devant notre nouvelle maison.

03 juin 2007

Petit questionnaire littéraire

En attendant la suite, voici un questionnaire à caractère livresque si ce n'est littéraire. Il m'a été proposé par mon amie Delphine, qui feint de croire qu'elle ne connait pas mes goûts en la matière. Je pense plutôt qu'elle cherche de quoi me faire écrire plus régulièrement. Qu'elle en soit remerciée.

1) Le 1er livre qui vous a marqué ?

Si on part du principe que les aventures de Oui oui et Potiron ne rentrent pas vraiment en ligne de compte, je pense que le premier livre qui m'a marqué doit être Les voyages de Gulliver de Swift.

2) Celui que vous n'avez jamais pu terminer ?

Attention, je vais cafter méchamment. La maîtresse de Brecht de Jacques-Pierre Amette, prix Goncourt de je ne sais plus quelle année, me tombe des mains comme c'est pas permis. C'est une juxtaposition de phrases creuses et sèches, une qualité d'ennui rarement atteinte. Aussi passionnant qu'un procès-verbal de garde à vue.

3) Celui que vous reliriez avec plaisir ?

Il faudrait plutôt demander ceux que j'ai relus avec plaisir ! En commençant par certains livres que l'usage destine aux lectures enfantines, et que j'ai relus plus tard, tels que les Voyages de Gulliver déjà cités ou L'île au trésor ; Le seigneur des anneaux un peu plus tard. Viennent ensuite quelques livres ou auteurs dont l'oeuvre ou un titre en particulier se prêtent à des relectures complètes ou fragmentaires : Chroniques martiennes (Ray Bradbury), Fictions (Jorge Luis Borges), Les fleurs du mal, Les aventures du Petit Nicolas, Contes et nouvelles (de Maupassant. -je suis très éclectique- et les Chroniques de Vialatte, récemment évoquées dans ces pages.

4) Celui qui vous a fait le plus pleurer ?

La fin de La coupe de feu. Siiiii ! Il y en a sûrement eu d'autres, mais ils m'échappent pour l'instant.

5) Celui qui vous a le plus déçu ?

La petite chartreuse : de bons passages mais l'ensemble est inutilement larmoyant.
Le mobilier national : l'auteur (Laurence Cossé) en parlait bien à la radio, ce qui m'avait donné envie de le lire, mais c'était assez... fade.

6) Celui que vous ne lirez jamais ?

Euh... je vous le dirai quand j'aurai lu tous les autres ?

7) Celui que vous attendez avec impatience ?

Mauvaise question! Ce sont les livres à lire qui m'attendent avec impatience sur mes étagères, pas l'inverse !

8) Un auteur dont vous avez lu tous les livres?

Fred Vargas (du moins tous les rompols)

9) Un auteur dont vous prévoyez de lire tous les livres?

De Maupassant, j'ai lu toutes les nouvelles (en Pléiade, bé oui, j'ai des gouts de luxe) - il me reste encore à lire ses romans. Il faudra que je m'attaque à ce qu'il me reste de Vialatte un jour.

10) Un livre qui n'a rien d'un chef d'oeuvre mais que vous avez tout de même beaucoup aimé ?

Qu'est ce qu'un chef d'oeuvre d'abord ? Il conviendrait de répondre à cette question avant de se lancer dans des jugements à l'emporte-pièce... Cela dit, j'ai une vague idée de la question, et je citerais donc Bouquiner (Annie François nous raconte sa vie au milieu des livres, tous les lecteurs se reconnaitront au moins une page sur deux), la série des Harry Potter, Les fourmis de Bernard Werber, la série des aventures de Monsieur Malaussène de Daniel Pennac...


11) Un livre qui a laissé une marque profonde en vous ?

Dur, dur... Vies minuscules de Pierre Michon ? Si c'est un homme ?

12) Un livre qui vous a été recommandé de lire à l'école et que vous avez (contre toutes attentes) vraiment beaucoup aimé ?

J'ai suivi deux années durant les cours du DEUST "Métiers du livre" -il faudra que je vous raconte ça un jour- au milieu desquels surgissaient les prestations d'une sorte de fou littéraire, un critique qui ne comprenait pas que nous ne possédions pas le centième de ses connaissances ; je dois malgré tout à sa non-pédagogie la découverte de Alexandre Vialatte (eh oui...), Jean-Philippe Toussaint, Jean Echenoz, Pierre Michon, Arto Paasilinna...

13) Un classique français qui vous tombe des mains ?

La condition humaine. Pour paraphraser Desproges, c'est comme l'annuaire : on tourne trois pages et on décroche...

14) Un classique français qui vous a énormément plu ?

Madame Bovary. C'est féroce, cynique, violemment bien écrit. Indispensable.

15) Le dernier livre que vous avez acheté ?

Microfictions de Régis Jauffret

16) Le dernier livre que vous avez terminé ?

Allez, je personnalise la question en listant les quatre derniers livres lu :
  • Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler / Luis Sepulveda
  • La vie devant soi / Romain Gary-Emile Ajar
  • Les jeux de l'amour et de la mort / Fred Vargas
  • La fille de la nuit / Serge Brussolo
17) Le(s) livre(s) que vous lisez en ce moment ?

L'élégance du hérisson / Muriel Barbery
Microfictions / Régis Jauffret

D'une façon générale, je vous renvoie au "Sammy express" qui s'affiche dans la colonne de droite pour savoir en permanence le titre du livre en cours !

18) Le prochain livre que vous lirez ?

Plateforme / Michel Houellebecq

19) Votre liste de livres à lire ? (question rajoutée par Sammy)
  • Plateforme / Michel Houellebecq
  • Le monde selon Garp / John Irving
  • L'aveuglement / José Saramago
  • Notre Dame de Paris / Victor Hugo
  • Aragon, Zweig, Camus, Gogol, Simenon, Saint-Exupéry...
20) Quels sont les livres ou les écrivains que vous conseillerez absolument ? (encore une question que je rajoute !)

Hormis les habituels Vialatte et Maupassant, je vous suggère amicalement de lire (pourquoi pas cet été) le fabuleux Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki. Vous aurez le bon goût de préférer l'édition José Corti.


Et, dans le plus grand désordre, vous serez bien avisés de lire ou relire : Phèdre, La légende des siècles, Pars vite et reviens tard, La confusion des sentiments, Les bienveillantes, Kressman Taylor, Eloge de la folie, Paroles, Terre des hommes, Desproges, Le petit monde de Don Camillo, Coeur de chien, Les Mille et Une nuits, Dino Buzzati, Anna Gavalda, Le parfum, Le lion, Albert Londres et La Fontaine, qui font partie, avec quelques uns de ceux que j'ai cité dans ce questionnaire, de mes meilleurs souvenirs de lecture de ces dix dernières années.

Et comme je suis d'un naturel généreux, j'invite Miss Alfie, Céline, Posuto, Florence et Melle Bille à nous parler à leur tour de leurs lectures !

Quand à Delphine, elle peut maintenant me faire part de ses réponses...

Les ilustration sont gracieusement fournies par monsieur Amazon.

01 juin 2007

Chronique du Sammy saltimbanque

Descendant l'esplanade en pente douce qui mène au centre Pompidou, Chérie de Sammy et moi-même avons été attirés par un attroupement de personnes assises, assistant vraisemblablement à un spectacle. Nous approchant, nous nous rendons compte qu'il s'agit d'un artiste de rue. Pantalon noir, chemise blanche et bretelles qui s'avéreront très utiles pour tous les effets de comique visuel qu'elles permettent, il prend à partie le public, imitant les touristes asiatiques, singeant voire poursuivant les malheureux qui passent dans son périmètre et regroupant autour de lui un public nombreux auquel nous nous joignîmes.

Alors que nous avions finalement décidés de nous assoir, il s'avise de notre arrivée et s'approche en vociférant, désignant un emplacement au sol : asseyez-vous LA ! Noooon ! Làààà ! déclenchant de nouveaux rires de la foule. Amis des arrivés discrètes, passez votre chemin ! Le spectacle continue, ou plutôt commence, car il se met bientôt à expliquer qu'il va sélectionner parmi le public des collaborateurs (vieille ficelle pour s'assurer l'attention de l'auditoire) pour participer à la réalisation d'un épisode de Dallas à la chinoise... Il choisira donc successivement un italien barbu qu'il ornera d'un nunchaku et un tibétain qui prendra la fuite dès qu'il aura le dos tourné, qu'il remplacera aussi sec par un américain chauve (sans doute pour contrebalancer la barbe). Le malheureux se verra affublé d'un béret, d'un revolver découpé dans du carton et d'une française qui jouera l'héroïne de ce street-soap opera.

Il adjoint à ce petit monde un clapman -c'est celui qui est chargé de gueuler (c'est le terme le plus approprié) le numéro de la scène entre chacune des prises virtuelles- auquel il projette de faire exécuter sur les pavés des bonds de cabri et autres fantaisies gracieuses et aériennes. La première victime sur laquelle il avait primitivement jeté son dévolu s'excuse, remonte une jambe de son pantalon et dévoile une attelle qui l'empêchera de faire toutes les choses grandes et magnifiques que l'on attend de lui. Qu'à cela ne tienne, notre metteur en scène hystérique va choisir quelqu'un d'autre dans le public... Inutile de faire durer plus longtemps un artificiel et vain suspens, c'est bien évidemment vers moi que son index tendu va se pointer !

Votre serviteur, agrémenté pour la circonstance d'un chapeau trop petit (le maître de cérémonie aura sans doute mal évalué la taille de ma caboche) a par conséquent fait l'andouille pendant vingt bonnes minutes devant un parterre hilare et bigarré, sautant, courant, traversant la "scène" à pas chassés en tournant le dos au public, ou regardant mon temporaire et hilarant chef avec une frayeur feinte. J'avoue que j'ai pris un plaisir certain à en rajouter au passage ce qui me valût force mimiques et autres moqueries de l'artiste, mimant tantôt l'homme ivre, tantôt le fou, tantôt le fumeur d'herbes exotiques... Dans mes moments d'inactivité (je n'avais finalement qu'un rôle fort modeste) j'ai observé la fascinante facilité qu'ont les gens -moi compris- mûs par le charisme du clown et la pression du groupe, à obéir aux ordres les plus incongrus que l'on peut leur donner.

Après ce quart d'heure de gloire improvisée, nous nous dirigeons enfin vers le musée convoité, devant lequel nous serons restés assis à peine plus longtemps que prévu. La prochaine chronique ne pourra dès lors qu'être parisienne et artistique. Et un petit peu pluvieuse. Mais les grands artistes ne se soucient pas de considérations aussi mesquines que l'eau tombant du ciel...

30 mai 2007

Le sourire de Dubuffet

La bonne résolution du jour était de répondre à la masse de commentaires en retard ! Et c'est fait ! Ca mérite bien un petit sourire !

Dhôtel nuancé d'abricot
Tableau de Dubuffet - Centre Georges Pompidou


Celui-ci est de Dubuffet, entrepreneur en peinture dont le centre Pompidou héberge quelques une des productions ; dans les heures à venir, la bonne résolution sera d'écrire quelque chose où je parlerai donc de Dubuffet, du centre Pompidou, du Louvre, de Dali, de Paris sous la pluie...

25 mai 2007

La dure vie de bureau...

Quand j'aurai un moment, il faudra que j'écrive la chronique de Troyes, sa cathédrale, son musée d'art moderne ; Reims, sa cathédrale, ses gargouilles par lesquelles les cloches fondues ont coulé lors de l'incendie de 1914, et aussi les intermèdes gastronomiques avec andouillettes, pain d'épice et saucisson à cuire. Et un peu de bifidus aussi. Ce sera grand et magnifique, bien sûr.

En attendant, juste pour meubler voici une copie d'écran de mon bureau. J'ai repris l'idée chez Olivier.


Vous remarquerez que je fais dans la sobriété. Ce n'est pas toujours le cas...
Pour ceux qui se poseraient la question (il y a des curieux parmi vous, je le sais), oui, la photo est de moi. Elle a même été prise dans le cadre du travail. C'est fou.

Demain, nous allons voir le scribe accroupi. Un fonctionnaire de l'époque. Un ancêtre en somme...

16 mai 2007

Battling le ténébreux, chronique du lumineux Vialatte

Vialatte est un grand écrivain, qu'on se le dise. Je terminais la chronique consacrée à la Demeure du chaos en vous sommant de lire son Battling le ténébreux, et c'est un conseil avisé que je vous suggère de suivre. D'une manière générale, vous pouvez lire n'importe quoi de Vialatte, ce n'est jamais du temps perdu. C'est une activité hautement enrichissante, sur le plan littéraire s'entend. Humain pour tout dire. Et dépêchez vous de le faire, car il est de moins en moins méconnu, ce qui fera bientôt complétement perdre le charme snob de lire un génie incompris.

Je vous expliquerai un de ces jours avec vigueur et enthousiasme pourquoi vous devez absolument faire l'acquisition par tous moyens à votre convenance (achat, emprunt définitif à un ami, vol, station prolongée dans une bibliothéque) de ses Chroniques de La Montagne. Ce sera grand et magnifique. Mais, ainsi que je l'ai déjà exposé ici même, je ne m'en sens pas le courage. Cela dit, vous pourriez tout simplement me faire confiance et investir la somme folle que cela représente (10 paquets de 20 cigarettes à 5 euros) juste parce que c'est moi qui le dit. Bon d'accord, je rêve.


Mais je me cantonne aujourd'hui à Battling le ténébreux ou la mue périlleuse ; après tout, quelle meilleure entrée en matière pour découvrir un écrivain que de parler de son premier livre ? Et c'est le premier livre d'un jeune homme de 27 ans, qui pose un regard tendre et acidulé sur la vie. Il n'en changera jamais. Peut-être deviendra t-il plus désabusé avec l'âge, peut-être l'absurdité du monde renforcera t-elle son côté décalé et rêveur, mais l'essentiel est déjà là.
Il avait une petite barbe poivre et sel, un sourire gai et des yeux tristes, une femme insignifiante et féconde, des enfants qui foisonnaient dans son jardin et une connaissance des hommes si parfaite qu'il en était au désespoir.
Battling, c’est l’histoire d'un adolescent mal dans sa peau, tourmenté et angoissé, qui ne réussira pas la mue périlleuse dont il est question dès le titre ; c'est une histoire simple et tragique, l’histoire somme toute ordinaire d’un désespoir menant au suicide, un fait divers de cinq lignes. Battling, c’est l'albatros que son âme hypertrophique empêche d’aimer, l'écorché vif qui tente de se persuader qu'il n'aime personne pour mieux oublier qu'il ne s'aime pas lui-même. C'est l’histoire toujours renouvelée de la découverte de l’amour et de ses cruelles désillusion, de l'amitié comme seul repère solide, facteur de liens indéfectibles et d’une compétition implicite, ou vécue comme telle. L'histoire du passage à l'âge d'homme et l'explication du regard que les adolescents portent sur les adultes, où se mélangent mépris et d’admiration, cruauté et envie.


Mais c'est aussi l’évocation empreinte de nostalgie de la jeunesse de l’auteur, dans l’immédiat après-guerre, celle que préférait Brassens, celle de quatorz'-dix-huit ; évocation donnant lieu à une galerie de portraits vitriolée et à une étude de mœurs cynique. C’est également l’établissement d’un réseau de concordances entre l’auteur et son texte : les trois personnages principaux du récit (Battling, Ferraci et le narrateur), leur amitié et la mort de l’un d’eux rappellent de façon assez symétrique l'histoire de Vialatte, entre son frère et Paul Pourrat, dont la mort fait l'objet d'un prologue révélateur.

Finalement, la mue périlleuse dont il question dans le sous-titre pourrait être celle de l'écrivain Vialatte, quittant encore presque adolescent son Livradois natal, partant pour la Rhénanie, en revenant avec ce roman et ses premières traductions de son alter-ego pragois, Kafka, et de sa nouvelle la plus connue : La métamorphose. Titre prémonitoire et métaphorique ! La mue après la métamorphose ! Il y aurait beaucoup à dire sur les points communs entre ces deux humoristes, partageant le même goût de l’humour sombre et pessimiste. Vialatte est plus joyeux, Kafka plus désespéré, mais ils se retrouvent derrière le même sourire hésitant entre l'humour et le tragique.

Je reviendrai peut-être là dessus un de ces jours.
Et c'est ainsi qu'Allah est grand.
***

Sites :
Les illustrations proviennent d'Amazon ; j'aurais pu les scanner moi-même, mais bon.

14 mai 2007

En attendant Harry...

...il se passe de drôles de choses dans nos campagnes !


La photo complète dès que Christelle vous aurez trouvé le pourquoi du comment !

10 mai 2007

Les dents de l'absurde

Voici la fameuse affiche incitant à aller voir les requins vivants, photographiée dimanche dernier, sur le chemin du bureau de vote.

07 mai 2007

Citation sur l'air du temps...

"Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer."
Figaro, in Le barbier de Séville / Beaumarchais

Empressez-vous de rire de tout. D'autres se chargeront du reste.
Le soleil reste magnifique malgré tout, ne l'oubliez pas.

05 mai 2007

Chronique bisontine des citadelles et des bestioles qui s'y trouvent

 A Besançon, les facades sont blanches et grises, le Doubs coule ses méandres autour de la vieille ville, et la citadelle domine le tout de sa masse imperturbable. Quand Sammy et Chérie de Sammy partent en promenade, c'est à l'assaut de celle-ci qu'ils s'élancent. On y arrive en gravissant une route à côté de laquelle la montée de l'Alpe d'Huez n'est qu'une aimable excursion pour cyclotouristes amateurs, et on profite du spectacle, du lieu, de ce moment simple et heureux. Bref, du soleil qui est magnifique, aujourd'hui.

D'autant plus que ce n'est pas n'importe quelle citadelle ! C'est celle que Vauban a construit sur la colline dominant la ville afin d'en assurer l'essor touristique deux siècles plus tard. Ce qui prouve suffisament le génie et la prévoyance de cet homme. Les bisontins (qui sont gens fort pratiques même si ils ont un gentilé ridicule), ont intégré dans l'enceinte de cette imposante structure la moitié de leurs musées. Du moins tous ceux qui finissent en -um. Comme Petibonum, Tartopum et Babaorum le noctarium, l'insectarium, l'aquarium, le climatorium et Karakorum. Ce n'est pas tout à fait exact, car il faut encore citer le musée Comtois, celui de la Résistance et de la déportation, ainsi que le parc zoologique. Qui est comme il se doit grand et magnifique. A cause des singes calins et agiles, et peut-être aussi des ânes qui ressemblent à des kangourous mais pas trop. Et je ne parle pas des des autres grosses bestioles, lions fainéants, tigres indifférents, et flamands dont la seule caractéristique est d'être roses.


Les petites bébêtes (celles qui montent, qui montent) sont pour leur part fort judicieusement placées dans une sorte de cave, le déjà cité noctarium, où règne l'obscurité d'un milieu de nuit sous les étoiles. Ce n'est pas sans une certaine appréhension que l'on entre dans cet endroit où l'on se déplace à tâtons, pour contempler dans leur habitat naturel la souris, la musaraigne, le rat et le surmulot, qui est le nom savant du rat d'égout. Les minuscules musaraignes musardent sur du noisetier, les rats grouillent sur le fauteuil du grand-père et dans un égout moins vrai que nature car trop propre, et les souris blanches aux yeux rouges. Un peu comme moi en sortant, mais c'est à cause du soleil. Je ne peux m'empêcher de penser à La peste et à Pars vite et reviens tard, mais c'est pas ma faute.

Les autres bestioles s'observent à la lumière et c'est tant mieux. L'idée de me retrouver dans l'obscurité en compagnie de mygales, de blattes et de quelques autres arthropodes choisis m'est particulièrement odieuse. Les mygales sont poilues, pleines de pattes et se cachent sournoisement dans un coin de leur boîte. On ne les voit qu'à la dernière seconde, c'est une surprise fort peu réjouissante. Les vieillards les plus endurcis blêmissent, les petites filles crient, les amoureuses s'accrochent à leur Sammy. On ne devrait pas autoriser de tels spectacles. A un détour de couloir, des fourmis s'exposent dans des tubes et des boîtes de plexiglass. Elles font tout un parcours de la maison au terrain de jeu, s'ébattent, s'ébrouent, font tous leurs tours. C'est encore plus passionant que de regarder une bûche flamber dans la cheminée. Sammy capture une fugitive et va nourrir la mygale la remet avec ses copines. Depuis Les fourmis de Bernard Werber, je n'ai plus peur de ces insectes là. Que n'écrit-il Les araignées ?

A l'extérieur, un bassin permet de toucher des poissons vivants. Je précise vivant car sinon c'est pas pareil. Et c'est très vrai car les murs de Dijon s'ornent depuis une semaine de publicités bichromiques invitant la foule à s'approcher, venir voir, se presser en masse à une attraction itinérante d'otaries vivantes et de requins dans le même état. Je ne peux que m'en réjouir. Le requin mort n'attire pas vraiment le public.

C'est sûrement pour ça que l'on n'en trouve pas dans la citadelle de monsieur Vauban.

***

Quelques infos pour la route : Le site de la citadelle et l'article de Wikipedia sur ce sujet.

02 mai 2007

Comment taire ?

En attendant d'autres nouvelles grandes et magnifiques, je me prête moi aussi au jeu relayé par Céline ; il s'agit d'un jeu interactif dans la mesure où il demande votre participation ! Si vous laissez un commentaire sous ce billet, je suis censé :

1 - Vous dire pourquoi je vous ai mis(e) dans ma liste de liens (ou pas)
2 - Vous associer à un film ou une chanson
3 - Vous dire un fait quelconque sur vous
4 - Donner mon premier souvenir de vous
5 - Vous associer à un personnage ou un couple
6 - Demander quelque chose sur vous que j’ai toujours voulu savoir
7 - Et en retour, vous devez poster ceci sur votre blog (ou pas)

Tout cela bien sûr dans la limite de mes souvenirs, de mes idées, et du temps que j'aurai pour répondre !

***

Oui, c'est un billet de retour de pont !

26 avril 2007

Pourquoi je ne ferai pas de chronique sur Les bienveillantes

Je n'ai rien écrit sur Les bienveillantes, et je ne pense pas le faire un jour. Parce que c'est trop gros pour moi. Il faut rester humble. De toute façon, d'autres s'en sont chargé. Comme par exemple Pierre Assouline, qui avait dit avant tout le monde que ce roman allait être le choc de l'année ; il a ensuite tenu informés ses lecteurs de la carrière de ce livre, avec les rumeurs malveillantes, l'attribution du grand prix de l'Académie française et celle du prix Goncourt. Sans omettre de rapporter les palinodies des éditeurs qui avaient refusé le manuscrit.

Je me dois également de citer le blog de JLK, qui a commis quelques articles très intelligents sur le sujet, ainsi qu'un résumé détaillé de l'oeuvre, qui pourrait à l'occasion vous permettre de faire croire que vous l'avez lu !

Si je reparle de ce livre aujourd'hui, c'est parce que je viens de lire ce nouvel article de La République des livres, où Assouline rapporte les propos de Littell lors d'un débat autour de son livre. Ce qui me donne l'occasion de citer une fois de plus quelques paroles d'écrivain, comme je l'avais déjà fait il y a quelques temps.
Un écrivain n’a pas à expliquer ce qu’il a fait. Seul compte le résultat. Il ne doit aucune explication, n’a pas à critiquer la critique et n’est pas tenu de s’étendre sur ses intentions.

[...]

Je suis convaincu que les barrières ne sont pas individuelles mais sociales (juridiques, interdits). Dans l’humanitaire, la négociation avec les bourreaux est quotidienne, ça aide à comprendre certains mécanismes que de cotoyer des gens qui massacrent toute la journée comme le font les bouchers à l’abattoir.

(Note de Sammy : Littell a jusqu'alors travaillé dans l'humanitaire - je trouve le parallèle intéressant)
Je les trouve particulièrement sensées et porteuses de sens, pour ne pas dire actuelles... pas vous ?

Un dernier mot pour finir : Littell est français !

23 avril 2007

Chronique des dragons, des fauteuils rouges et des yeux grands comme des soucoupes

Samedi soir, entre minuit et minuit 30. Sammy et Chérie de Sammy (qui est trop pudique pour accepter de voir son nom divulgué sur internet, et puis c'est joli, Chérie de Sammy non ?) rentrent du cinéma. Mais vous pouvez aussi dire Blanc d'oeuf et petit jaune d'oeuf, c'est joli aussi.

Place Saint Bernard, nous sommes abordés par un quidam en phase d'alcoolisation avancée, désireux de connaitre le chemin le plus court pour se rendre au bar "Le Broque" où ses amis l'attendent pour d'autres libations ; après une courte délibération, nous lui indiquons le chemin avec grand volontiers, comme dirait Melle Bille. Ce charmant jeune homme -on peut être pété comme un serre joint et rester poli, je ne pense pas que ce soit génétique, c'est plutôt une question d'éducation- nous quitta en nous gratifiant d'un "bonne soirée les amoureux" qui nous fit nous envoler à quelques centimètres du trottoir. Je ne sais pas si il s'en aperçut. Sans doute le porta t-il au crédit de son état, très aérien également.

Nous sortions, comme je l'évoquais plus haut, d'un cinéma miteux, où les écrans sont dans le même état que les fauteuils -défraichis et couturés- et où la foule, même un vendredi soir, ne se presse pas. La salle sale où nous étions inconfortablement installés (pourquoi les accoudoirs ne se relèvent-ils pas ?), bien que de petite dimension, permettait aux sept personnes de l'assistance de se placer à bonne distance les unes des autres. Je mis à profit l'attente d'avant film pour détailler le chapeau de l'homme assis dans les premier rangs ; il était laid, pas très propre, et couvert de grafitis. D'ailleurs, il faut vraiment que je songe à acquérir un modèle d'été. Je vous tiendrai au courant de cette nouvelle expédition.


Dernière interrogation métaphysique avant les bandes-annonces, qui laissa Chérie de Sammy perplexe : pourquoi les fauteuils des cinémas sont-ils toujours rouges ? Elle m'objecta bien qu'elle connaissait un cinéma de campagne où ils sont d'une couleur différente, mais il n'ouvre que trois jours par semaine en haute saison, et c'est de l'orange foncé. Pour ne pas dire du rouge délavé. Ce qui ne nous avance pas beaucoup. Certaines questions sont faites pour ne pas avoir de réponses.

Un peu comme le sens du film Les contes de Terremer, une histoire assez mal ficelée où un magicien déguisé en Obi-Wan Kenobi affronte un sorcier qui se prend pour Celui dont on ne doit pas prononcer le nom Voldemort[1] -en fait je n'ai pas trop compris si il s'agissait d'un sorcier ou d'une sorcière- et qui finit bien tristement, comme le chien du conte, avec des yeux de la taille d'une soucoupe.[2] C'est censé représenter le visage de la Mort. J'espère qu'elle n'est pas comme ça la Mort pour de vrai, ce ne serait pas très sérieux. Et avec un travail comme le sien, le sérieux, c'est important. Il est vaguement question de magie, de l'équilibre du monde, du cycle de la vie. Et de dragons. Que des choses grandes et magnifiques. L'équilibre du monde est bien entendu menacé par le méchant qui ressemble à un Voldemort qui aurait fusionné avec Marilyn Manson, et auquel l'émule d'Obi-wan explique que c'est la certitude de la mort qui rend la vie si belle. Ou quelque chose dans ce genre là. Le jeune padawan apprenti du magicien passe comme il se doit du côté obscur, mais il est sauvé par les supers pouvoirs de sa copine qui ressemble tantôt à Heidi, tantôt à Laura Ingalls, mais qui s'avérera être une magicienne aussi. Et les dragons volent dans tous les sens en crachant du feu, c'est ce qu'ils savent le mieux faire.

Bref, des bons sentiments, mais une histoire assez convenue aggravée d'une réalisation déficiente. A vrai dire, la seule surprise est de réussir à suivre le fil ténu de la narration d'un bout à l'autre. La seule manière de s'en sortir est d'oublier très vite les passages que l'on ne comprend pas et d'espérer que la suite apportera une explication. Goro Miyazaki a encore du chemin a faire pour marcher sur les traces de son papa...[3]

Samedi soir, entre minuit et minuit 30. Nous rentrons doucement en ne songeant plus du tout aux fauteuils rouges délavés et aux bars convoités par des fêtard égarés. La nuit est magnifique aujourd'hui. Serre-moi dans tes bras. Souris. Et laisse moi te regarder, avec des yeux grands comme des soucoupes.

***

[1] Vous n'avez pas lu Harry Potter ? Une telle chose est-elle vraiment possible ? A l'instar du méchant du film, Voldemort a un visage vipérin et sa principale motivation est la peur de la mort
[2] Hans Christian Andersen : Le briquet
[3]Hayo Miyazaki


18 avril 2007

Minuit 5, chronique du demi-sommeil

Minuit 5. Je soulève de quelques centimètres un doigt, puis le bras de la dormeuse avant de le laisser retomber mollement sans provoquer la moindre réaction. Comment fait-elle pour dormir ainsi ? J'ai rejeté l'énorme couette, repoussé le drap, cherché un air plus frais en m'asseyant dans le lit ; j'ai même été dans la cuisine boire un verre d'eau. Elle, dormant de tout son long, la tête dans un coin, les pieds dans l'angle opposé et les mains paisiblement posées sur le ventre, a même le tranquille toupet de ne pas ronfler.

Minuit 6. Le passage à la minute suivante s'est traduit par une imperceptible variation de la lueur verte émanant du réveil. Si au moins j'osais pousser la plupart des deux jambes qui me bloquent le passage. Mais j'ai bien trop peur de la réveiller. Je m'efforce de respirer lentement en songeant que si elle était un jaune d'oeuf, j'en serais le blanc : je suis presque cuit alors qu'elle ne frémit pas. Ma vague teinture scientifique choisit toujours les moments les plus innatendus pour ressurgir.

Minuit 7. Je commence à calculer avec angoisse le nombre d'heures avant le lever -je n'ose dire le réveil- le nombre de minutes qui me seront nécessaires pour poser un premier pied par terre, le nombre de fois que je ferai répéter les phrases aujourd'hui, le nombre de café qu'il me faudra ingurgiter.

Minuit 8. Quelques bruits mystérieux filtrent du monde extérieur, des échos d'une agitation lointaine que je renonce bientôt à identifier. Mais comment fait-elle pour dormir quand j'en suis incapable ? Et si je la réveillais pour lui demander ?

Minuit 9. Minuit 10. Minuit 11. J'ai un peu moins chaud. Après tout, ce n'est pas si grave. Je dormirais une autre fois. Je ne fais pas un travail si fatigant qu'il me soit absolument nécessaire d'avoir 10 heures de sommeil. Je la regarde une dernière fois avant de tenter de m'allonger. C'est beau une femme qui dort. Et si c'était ça le bonheur ?

09 avril 2007

Le premier pas

Comme promis hier, voici ma nouvelle participation à Paroles plurielles ; sur cette photo de Gilbert Garcin et à partir de l'incipit "J'ai presque une heure d'avance..." il fallait une fois de plus se creuser la tête...

J'ai pas creusé, j'ai attendu que ça vienne... et c'est venu une fois de plus au gré de mon humeur et des circonstances. Il arrive souvent que l'on mette plus de soi-même qu'on ne le pense dans un texte ; l'inconscient travaille en permanence. La plupart du temps, on s'en rend compte après coup. Cette fois-ci, je le savais en l'écrivant. Mais pouvais-je réellement écrire autre chose ?

Alors pour répondre à ta question Tilu oui, ça sent terriblement le vécu tout ça, même si c'est bien sûr transformé, travaillé, transposé... Ce n'est pas de l'autobiographie, et il n'y a vrai dire pas beaucoup de similitudes entre ce texte et la réalité, si ce n'est le sentiment qui sous-tend l'un et l'autre...

Allez zou, assez papoté, bonne lecture !

PS pour les lecteurs de PP : le dix-huit minutes de la fin s'est changé en vingt-huit... c'est quand même plus cohérent. Ce qui prouve que l'on a beau lire et relire, on laisse toujours passer des détails...


J'ai presque une heure d'avance... et si elle ne venait pas ? J'avais tellement peur d'être en retard que je suis presque venu en courant. Et maintenant je vais devoir attendre cinquante-cinq minutes. Ca fait combien de secondes ça ? Cinquante-cinq multiplié par soixante, ça fait, ça fait... je ne sais pas. Je n'arrive pas à compter, j'ai la tête bien trop évaporée. Oui, évaporée. Impossible d'aligner deux idées. Mais quelle heure est-il ?

Encore cinquante minutes. Non, quarante-trois très exactement. Ca passe plutôt vite finalement. Je suis vraiment à côté de mes pompes. A tel point que je me suis demandé tout à l'heure si je n'étais pas pieds nus. Quelle idée de choisir des chaussures neuves pour un premier rendez-vous ! En plus elles sont moches ; pieds nus je me serais presque senti mieux. Elle va me trouver ridicule, c'est sûr.

Quelle heure est-il ? Encore trente-six minutes. C'est fou le monde qu'il y a sur cette petite place. Pas de boulistes ce soir. Le sable fin est laissé aux passants et aux amoureux. Et si elle ne venait pas ? Ils ont de belles chaussures les autres. J'ai l'impression de ne voir que ça. Leurs chaussures. Les femmes sont très attentives aux détails parait-il. Elle va voir que les miennes sont horribles, c'est sûr.

Encore vingt-huit minutes à attendre, seul au milieu de la foule. Et si elle... oh... la voilà. Elle a presque une demi-heure d'avance.

08 avril 2007

Toujours vivant !

Si, si, je suis toujours vivant ! Mais très occupé actuellement...
Vous aurez quand même ma nouvelle participation à Paroles Plurielles demain, et un petit exercice proposé par Melle Bille d'ici quelque jours !

...psssst ! Vous savez quoi ? Le soleil est magnifique depuis une semaine :-)

29 mars 2007

Dimanche en famille

Les brèves s'intercalent entre les chroniques, et les textes de Paroles Plurielles apportent leur petite touche littéraire à intervalle régulier. Voici déjà la consigne N°42, pour laquelle l'incipit imposé était : "Il faut que je vous dise... j'ai menti"

L'association de cet incipit et de cette photo a produit son lot de cadavres, noyades, crimes et aveux ou, chez les moins morbides des participants, trésors cachés et autres secrets engloutis. C'est étrange ? Peut-être pas tant que ça. Il est beaucoup facile d'inventer des choses tristes, que d'écrire légérement sans tomber dans la miévrerie, ceci expliquant sans doute cela.

Ce qui n'enlève rien au réel talent de certains des participants. Aussi est-ce avec une certaine fierté que je vous annonce que je fais désormais parti des administrateurs de ce blogatelier d'écriture, et que les prochaines consignes, c'est moi qui vais les mettre en ligne ! Je lève et les bras et je souris, hop !


Il faut que je vous dise... j'ai comment dire ? Menti. Ce n'est pas le petit coin de paradis que je vous avais décrit. Vous ne pourrez pas vous baigner. Mais au moins on est au calme ! Et puis cet endroit est magnifique! Regardez ces spécimens de Bryophyta Andreaeapsida ! De la comment dire, mousse chérie, de la mousse. Oh, et ces Lemna minor sont ravissantes ! C'est ce que l'on appelle des lentilles d'eau Stéphanie. Savais-tu que dans le Nord, on s'en servait parfois pour, comment dire, nourrir les cochons et que... Oui, tu t'en fous, d'accord. Je me demande ce qui t'intéresse d'ailleurs. Moi à ton âge...

Mais non il ne fait pas froid ! Quelle idée de se balader le nombril à l'air toi aussi ! C'est bien les jeunes ça. Et après tu tires sur ton, comment dire, T-shirt toute la journée pour le cacher. Oui chérie tu as raison, il faut la laisser faire ses, comment dire, choix. N'empêche que... oui, bon, on attaque ? Commencez donc à déballer les comment dire, provisions. Quoi encore ? De la vase ? Vous exagérez là. Mais c'est la nature ! D'accord, je vais chercher la, comment dire, couverture dans la voiture.

Qu'est ce qu'il y a encore ? Tu le trouves que l'étang est quoi ? Effrayant ? Tu ne crois pas que tu, comment dire, exagères ? Tu devrais peut-être arrêter tes comment dire, jeux vidéos, ça te pourrit le cerveau. Je ne vois pas ce qu'un étang a d'effrayant ! Mais tu ne vas pas la soutenir quand même ! Je suis, comment dire, abasourdi par votre attitude. On pourrait passer un dimanche agréable en famille et... pourquoi vous criez comme ça ? Un serpent ? Où ça ? Mais non, c'est une superbe Colubridae natrix, une comment dire, couleuvre à collier tout à fait inoffensive !

Mais... vous... partez ? Mais comment dire... non ! Revenez !

26 mars 2007

Petit plaisir du jour

Petite pause de la mi-journée... je jette un coup d'oeil sur les stats : 80 visites à 16h ! Je vérifie à nouveau tout de suite, avant de poster cette brève : je suis passé à 98 ! Cette fois c'est sûr, je vais atteindre les 100 visiteurs dans la journée ! Céline (dis donc, tu t'y remet quand toi ?) va encore se moquer de moi, mais j'ai rarement autant de monde ! (eh oui que voulez-vous, la vie est injuste)

En cherchant un peu pour trouver l'origine de cette anomalie, j'ai fini par arriver chez Un blog par jour ; le blog du jour, c'est Bibi !



Vous allez peut-être trouver ça bête, mais ça fait drôlement plaisir. Ca mérite bien de le rajouter dans ma blog-roll-mops, non ?

Le soleil est magnifique aujourd'hui !

Il parait que j'ai du retard dans les réponses aux commentaires ? Ah bon ? ...oups.

25 mars 2007

Chronique de la recette du bonheur

Le bonheur, nous l'avons vu, consiste à faire ce que l'on aime et dire merde au reste. C'est finalement très simple. Poursuivre des rêves, courir derrière comme l'on court après un van qui démarre uniquement en descente, et se jeter dedans d'un vigoureux coup de jarret. Le bonheur est épuisant. Mais cela peut aussi être se mettre d'accord sur l'essentiel, profiter des petites choses de la vie, savoir qu'un ami pense à vous ou bien éprouver le simple plaisir d'être ensemble, sans même exiger d'être heureux, avant de se rendre compte que ça aussi, c'est du bonheur.

C'est ce que font les personnages d'ensemble c'est tout. Le livre m'avait beaucoup plu, au point d'en faire un commentaire en deux parties, (iciiiii et làààà!) aussi est-ce avec une certaine appréhension que je suis allé voir le film. Je suis souvent déçu par les films adaptés de romans. Il manque toujours des choses, les personnages n'ont pas la tête qu'on leur a imaginé, l'ensemble est bien souvent lissé, édulcoré. Les bords sont arrondis et les intrigues étriquées. Du coup, Harry Potter[1] est trop bien coiffé, Adamsberg[2] pas assez rêveur, et Sauron[3], je le voyais pas du tout comme ça. Et je ne parle pas des libertés petites ou grandes prises avec l'oeuvre originale.


Mais Claude Berri a fait du bon boulot. On retrouve vraiment l'ambiance du livre, cette suite d'évènements qui font la vie, rien que la vie. Une histoire où des êtres commencent par crever de solitude avant de se trouver. On retrouve des dialogues entiers du livre, les situations sont vraiment les mêmes et c'est tout juste si je me suis rendu compte de la disparition de certains personnages secondaires. C'est 1h30 de bonheur sans guimauve, de bons sentiments sans miévrerie. Un bonheur que le livre distille au fil de ses 600 pages, mais que le film -contrainte du cinéma oblige- condense en se contentant de suggérer le rapprochement progressif de Franck et Camille. Le bonheur est transposable au cinéma et j'en suis bien content.

Mais la vraie recette du bonheur, ne serait-ce pas celle que j'ai trouvé dans ma boîte mail il y a quelques jours ?

Il s'agissait d'une de ces chaînes de mails qu'il faut impérativement faire suivre sous peine d'être victime des pires catastrophes. Il était question cette fois-ci des meilleurs moyens pour détecter un AVC. C'est tout simple : il suffit de demander à la personne suspectée d'en faire un (t'as une petite mine toi aujourd'hui, tu serais pas en train de nous faire un accident vasculaire cérébral ?) de sourire, lever les bras, et répéter une phrase simple du type "le soleil est magnifique aujourd'hui". Avec exemple dramatique à l'appui, démontrant que si Julie n'a pas survécu, c'est parce que personne ne lui a demandé de sourire, lever les bras et dire une phrase simple du type "le soleil est magnifique aujourd'hui". C'est triste. C'est regrettable. Et il faut bien sûr faire suivre le message au maximum de personnes possible dans le but, ô combien louable, de sauver des vies.

J'ai évidemment crié au canular et sermonné d'importance mes collègues qui le propageaient complaisamment. Il n'empêche que je trouve ces trois conseils infiniment poétiques. N'est ce point là le vrai moyen du bonheur ? Sourire, à tous, tout le temps ; lever les bras, sans doute pour entourer quelqu'un avec, et répéter inlassablement "le soleil est magnifique aujourd'hui", surtout si ce n'est pas vrai. Parce que le soleil, c'est comme le bleu que les gens du nord ont mis dans leurs yeux, quand il est absent du ciel, il n'en brille que mieux dans les coeurs.

Ce canular sans intérêt, pour qui voulait bien lui prêter suffisament d'attention, cachait le secret de la vraie recette du bonheur. Le bonheur finalement, c'est paisible et délicat comme l'art du Qi gong. Quelques gestes simples, un peu d'attention aux autres, un soupçon d'optimisme.

Le soleil est magnifique aujourd'hui.
Levez les bras.
Souriez.

***

[1] On ne le présente plus je crois...
[2] Le commissaire favori de Fred Vargas, récemment édulcoré dans le
Pars vite et reviens tard de Régis Wargnier
[3] Le grand méchant du
Seigneur des anneaux voyons... c'est d'ailleurs le seul chef d'oeuvre mal écrit que je connaisse

22 mars 2007

Il y a un gang dans mon quartier !

Hum... Il a une petite panne d'inspiration le Sammy ? Ben oui, ça arrive. Ca tombe bien, je n'ai pas beaucoup de temps cette semaine. En attendant le retour des chroniques (grandes et magnifiques), voici quelques photos prises ce mois-ci. Je les soumet à votre sagacité. A défaut de space invaders, Dijon a malgré tout ses monomaniaques de l'ornement mural...





Sachant d'une part que je prends le risque de laisser deux indices super évidents, et d'autre part que les photos sont présentées ici dans l'ordre chronologique des prises de vue, lequel d'entre vous sera le premier à venir frapper à ma sonnette ?

Euh... Christelle, réponse par mail hein ! Déconne pas !
(pour ceux qui pensent avoir loupé un épisode : voir ici !)

15 mars 2007

Chronique de l'angoisse du roi Salomon

Sa main gauche soutient légèrement sa main droite qui tient le livre. C'est un livre de poche de la Collection Folio, immédiatement reconnaissable à sa couverture blanche. Je tente d'identifier l'ouvrage, mais je ne distingue que le dernier mot du titre -Salomon- et réussis quand même à entrapercevoir un nom d'auteur entre parenthèses : Emile Ajar. Je ne suis pas beaucoup plus avancé, je ne connais de Gary que La vie devant soi, et encore est-ce parce qu'il m'a été allègrement recommandé... Je vous en dirai sûrement le plus grand bien dès que je l'aurai lu.

Elle porte un duffle-coat noir suranné avec une doublure en nylon multicolore où le rose domine, des ballerines noires toute plates et, par dessus son pantalon, une courte robe en lycra gris ornée de ronds jaunes. Depuis que j'ai renoncé à découvrir le titre du livre, je la regarde et j'enregistre tous ces détails qui lui font ce look si particulier. Elle ne porte pas de bijoux, même si une légère marque laisse deviner qu'elle a déjà porté des boucles d'oreilles. Aucun soupçon de maquillage. Pas de vernis à ongles, ni de fard à paupières. Pas la moindre trace de rouge à lèvre. Ce qui ne l'empêche pas d'être plutôt jolie, elle a un visage agréable et harmonieux, mais sans aucune des particularités qui font tourner le regard et parfois la tête.

Elle est jeune, mais je ne saurais lui donner un âge. Peut-être vingt ans. Peut-être trente. Des cascades châtain clair de cheveux non retenus tombent sur ses épaules. De temps en temps, elle s'interrompt et semble se perdre dans la contemplation de l'horizon. C'est dans ces instants là que je peux admirer tout à loisir ses yeux d'un vert pâle presque translucide, qui s'éclipsent derrière ses longs cils fins lorsqu'elle se penche légérement pour reprendre sa lecture. De fait, elle ne lit plus et reste ainsi, à contempler un lointain indéfini. Elle sait que je la regarde et ne semble pas s'en offusquer. J'ai même de fortes raisons de penser qu'elle en fait autant de son côté, soit qu'elle m'observe à la dérobée, soit qu'elle se serve du reflet dans la vitre.


La femme debout derrière le fauteuil est moins discrète. Elle me regarde bizarrement, fixement. A croire qu'elle n'a jamais vu un chapeau. Je lui adresse un sourire carnassier, elle tourne la tête. Le métro nous balance doucement, sur cette ligne 6 en grande partie aérienne. C'est une fin de journée splendide, le soleil descendant éclabousse de reflets moirés le sac de faux velours noir que ma charmante compagne assise en vis-à-vis tient sur ses genoux. Sa main droite tient un livre qu'elle ne lit plus et repose sur sa main gauche qui s'appuie sur ce sac. Son look légérement kitsch et décalé a atteint son but : d'abord intrigué, j'ai été attentif, et me voilà séduit. Mais ce sont sans conteste ses yeux qui lui donnent son charme.

Si j'avais le temps, je crois que je tomberais amoureux. Mais la rame arrive déjà à Bercy, c'est la fin du voyage. Je me lève, avec la ferme intention de lui dire à quel point je la trouve jolie. Pour rien, pour faire plaisir. Parce que je le pense vraiment. Je suis debout, je me demande encore si je dois lui dire qu'elle a des yeux magnifiques ou si elle préferera entendre qu'elle est tout simplement belle. Elle suppose de son côté que je m'efface pour lui céder le passage, se lève à son tour, visiblement étonnée et ravie d'une telle galanterie, et me gratifie d'un sourire radieux qui donne enfin toute leur mesure à ses traits. Elle est lumineuse.

Elle s'éloigne à pas rapide dans la foule du quai, je la suis du regard un moment. Je n'ai pas eu le temps d'ouvrir la bouche.

***

Chronique écrite dans le train Paris-Dijon, la preuve...
La photo vient de
Flickr
Petit clin d'oeil au passage à Christelle et Florence ! Désolé, mais je ne faisais vraiment que l'aller-retour !

09 mars 2007

Mauvais sang

Et hop ! Consigne 41 de Paroles Plurielles ! Comme le temps passe vite...

Un petit texte écrit très vite, je me suis bien amusé à le faire. Je me rend compte que si ce texte avait été publié hier, on aurait pû lui chercher un rapport avec la journée de la femme... Je m'aperçois également que j'ai une fois de plus légérement détourné la consigne...

Une jolie maison aux volets bleus, dans une rue tranquille, dans un quartier tranquille, quelque part où il fait bon vivre...
Pourtant dans cette maison se passe quelque chose de "secret", que personne ne sait...
Racontez...
Avec comme incipit: "Ça fait huit jours exactement que... "



Ca fait huit jours exactement. Oui j'en suis sûre, je sais compter quand même ! Huit jours je te dis. Pas dramatique, pas dramatique, t'es bien un mec toi ! Moi je dirais plutôt que ça commence à faire ! Je m'énerve si je veux ! Et me touche pas ! C'est trop tard pour être désolé ! Ben voyons, c'est pas ta faute ! Tous pareils hein ? T'as qu'à dire que c'est la mienne tant que tu y es ! Ouais ben tes sarcasmes tu te les gardes ! Evidemment qu'on était deux !

Je sais bien que ça a été vite. Mais non, je ne regrette pas ! Oui c'était super, tu sais bien que c'est pas de ça que je te parle. Commence pas à changer de sujet ! Depuis le temps que je me cherchais un mec, je vais pas dire que c'était pas cool ! Et tu m'as réservé des surprises hein ! Notre première soirée dans ce resto asiatique, le mois dernier, puis la nuit qui a suivi... et dire que je te croyais timide !

Putain, mais ouvre pas les volets ! T'as envie que tout le monde me voit à poil ? T'aurais mieux fait de les repeindre ce jour là... ras le bol de ce bleu... ras le bol de tout... non, je pleure pas ! Me regarde pas, je veux pas que tu me voies pleurer ! Et tu comprends rien, va t-en ! Mais... reste avec moi, merde ! Serre-moi, serre-moi fort... Qu'est ce qu'on va faire ? Mais qu'est ce qu'on va faire hein ? Ca fait huit jours, huit jours exactement... et je suis en retard.

08 mars 2007

Maurice, tu pousses le bouchon un peu trop loin

Un questionnaire ! Ca faisait longtemps... Maurice, qui n'a pas manqué de noter à quel point j'adorais ça, n'a pas hésité à me faire suivre celui-ci, aussi pimpant que culinaire. J'ai tenté d'y répondre à ma façon habituelle, c'est à dire avec rigueur et honneteté. Voyez-vous une autre manière de procéder ?


1) Si vous étiez coincé(e) sur une île pour le reste de votre vie, et que vous ayez à choisir une seule cuisine (française, italienne...), laquelle adopteriez-vous ? Pourquoi ?


Je suppose que la question ne s'applique que pour les îles désertes ? Parce que si il s'agit d'une île habitée, équipée, et pour tout dire civilisée, comme le sont le Japon, l'Australie et Noirmoutier, je ne vois pas trop l'intérêt. Et puis, entre Ik*a et Mob*lpa, c'est tout au plus une histoire de moyens financiers. Ou de coup de tête, et je ne dit pas ça pour les cuisines italiennes.

Mais si on part du principe que c'est une question du même acabit que le sempiternel "quel livre emmeneriez-vous sur une île déserte ?" (et il est vrai que lorsque l'équipage de forbands débarque son capitaine sur une île, royaume solitaire et oublié des atlas, où il régnera à l'aide de son couteau et d'un fusil armé d'une seule balle, il ne manque jamais de lui poser cette très pertinente question, soucieux de préserver et sa santé physique et l'embellisement de son âme lors des nombreuses soirées qu'il passera auprès d'un feu allumé à grand peine en frottant deux cailloux, mais je crois que je m'égare) bref, la réponse est bien simple : il n'y a pas de cuisine sur une île déserte. Parce qu'il n'y a pas l'eau, pas l'électricité, pas le gaz, rien. Nada. On tente de survivre en suçant des noix de coco et en buvant du rhum. On se fait des habits en peau de chèvre, un chapeau de la même matière, et on déambule ainsi, regardant vers le large si quelque voile ne surgit point à l'horizon. C'est grand et magnifique.

Sauf à Noirmoutier, où l'on cultive la bonotte, et le sel qui va avec.

2) Quel est l'aliment ou le plat le plus inhabituel que vous ayez goûté ?

Ces questions ne sont décidement pas très précises, laissant une grande marge d'appréciation au malheureux chargé d'y répondre. Je m'en trouve très perturbé. Je vais néanmoins tenter de faire de mon mieux, en levant le voile sur un des aspects les plus surprenant de ma personnalité : de ma vie, je n'ai jamais mangé un plat. Aucun. Pas le moindre arcopal, pas le plus petit morceau de tefal et autre duralex. J'ai bien dû avaler quelques parcelles de papier d'aluminium, voire un fragment de papier sulfurisé, mais pas de quoi en faire un plat. C'est bien ce que je disais.

Pour l'aliment le plus inhabituel, je vais répondre ce que tout le monde devrait répondre : des mouches, des araignées, probablement quelques moustiques. J'avais lu un jour le nombre théorique que nous étions censés en avaler au cours d'une vie, notamment en dormant, ce qui m'étonne d'ailleurs, car j'ai toujours très faim lorsque je me réveille. C'était assez surprenant.

3) Quel est l'aliment ou le plat le plus inhabituel que vous ayez goûté et aimé ?

Tiens, un questionnaire à échos.

4) Quels aliments évitez-vous de manger (que ce soit à cause d'allergies, d'un régime alimentaire précis ou juste parce que vous n'aimez pas) ?

D'une manière générale, j'évite de me ronger le foie, me manger les sang ou me bouffer la tête. C'est très mauvais.

5) Est-ce que vous cuisinez ?

Mon avocat m'a déconseillé de répondre à cette question. Jusqu'à preuve du contraire, je n'ai tué personne. Vous n'avez pas le droit de m'accuser ainsi.

6) Quel est le plat que vous préparez lorsque vous souhaitez faire plaisir ?

Encore cette histoire de plat ? Celui qui a conçu ce questionnaire devait avoir un problème avec ce genre d'objet. Vraisemblablement un traumatisme lié à l'enfance et non résolu. Je suppose que quand il était petit, il a cassé un plat, sa maman l'a fait monter dans sa chambre et privé de dessert et il en garde encore une rancoeur tenace mais refoulée. C'est pourquoi il ne songe qu'à offrir des plats à ses amis, c'est une manière pour lui de conjurer ce traumatisme.

Je préfère pour ma part m'en tenir aux classiques chocolat et/ou vin, mais si vous voulez que je vous offre des ustentiles de cuisine, dites le moi, il y a longtemps que je n'ai pas été trainer chez Ik*a.

7) Lorsque vous allez au restaurant, quel plat préférez vous choisir ?

Et ça continue ! Désolé, je ne suis pas kleptomane. Mais il parait que certains restaurants populaires offrent un plat par jour à leurs clients. D'où le nom de plat du jour. C'est pas cher, c'est pas bon, mais on a le droit de partir avec l'assiette, ou le plat, selon que l'on a commandé une assiette de charcuterie ou un boeuf en daube. Il faudra que je me renseigne.

8) Au restaurant, avez-vous déjà demandé à ce que l'on vous change un plat ou un vin ?

Bon, ça commence à bien faire ces suspicions. Non seulement je n'ai jamais volé de plat dans un restaurant, mais il ne me viendrait pas à l'idée de revenir le lendemain pour me plaindre de sa couleur, ou de son émaillage déficient qui part au lave-vaisselle. Ce serait incongru, et pour tout dire déplacé. Et puis, comment voulez-vous voler un plat sans vous faire remarquer ? Sauf à avoir des complicités parmi le personnel, je ne vois pas. Il faut tenir compte des dimensions de l'objet, de son poids, des salissures éventuelles, voire des restes d'aliments qu'il pourrait contenir. Non, c'est vraiment se donner trop de peine pour pas grand chose. Par contre, voler des couverts, une petite assiette à apéritif, voire un verre, oui, c'est tout à fait possible et je parle en connaissance de cause mais ne le faites pas, voler c'est pas beau.

9) Organisez-vous de grands repas pour le plaisir de cuisiner ?

Non. Vous m'invitez quand ?

10) Quel est l'aliment dont vous ne pourriez pas vous passer ?

Sherlock Holmes. Parce que c'est alimentaire, mon cher Watson.

Pardon...
J'le ferai pû.

***

La vignette du gamin qui dit "Mauriiice, tu pousses le bouchon..." vient de Google. Elle doit être copyright Nestlé, petit c dans un rond ou quelque chose comme ça, je veux pas aller en prison, ça aussi je le ferai pû, pardon monsieur Nestlé.

05 mars 2007

Ceci n'est pas une chronique

Pssssst !


Vous savez quoi ?


Ce blog a un an !!!


Et j'ai failli l'oublier !


Au fait, où a été prise la photo de cette belle horloge ?

Chronique du simple bonheur

J'aime beaucoup le café. J'en bois le matin, j'en bois à midi, si je m'écoutais je me reléverais la nuit pour en boire. Je signale au passage à M. Nespresso que ma carte bleue a bien été débitée mais que je n'ai toujours pas reçu mon café. Et si d'autres font leurs délices du thé ou du produit de la vigne, certain(e)s succombent aux tentations voluptueuses de la tisane. Chacun trouve son bonheur où il peut. C'est le thème du film d'Eric-Emmanuel Schmidt, Odette Toulemonde. C'est un film sur le bonheur des autres. Ceux qui sont heureux de pas grand chose, ceux qui collectionnent les poupées costumées, ceux qui lisent du Balthazar Balsan et planent au-dessus des toits de Bruxelles parce qu'ils ont appréciés son dernier livre, ceux là aussi ont droit au bonheur, qui n'est pas réservé à une certaine forme d'élite. Elite intellectuelle qui méprise les bonheurs simples et populaires, ou qui se plait à séparer le monde en deux catégories : les gagnants et les perdants.


Odette Toulemonde, petite employée de grand magasin au destin terne et banal, vit avec son fils coiffeur et sa fille grincheuse, habite un modeste appartement dans une banlieue ouvrière plus modeste encore, avec les gosses qui courent dans le couloir, les poubelles à descendre et la mer du nord comme dernier terrain vague. Mais elle lit. Pas les chefs d'oeuvre de la littérature, ni des centaines de livres par an, ni des auteurs recommandés par les critiques les plus en vue ; non, elle lit les livres de Balthazar Balsan, et c'est une des choses qui suffisent à son bonheur. Mais la vrai raison de sa joie de vivre, elle la porte en elle, toujours souriante, chantante, virevoltante, entrainant tout son petit monde avec elle au son de Joséphine Baker.

Le film commence alors qu'elle prend son après-midi de congés pour se rendre à Bruxelles, pour enfin rencontrer en dédicaces et en vrai cet auteur auquel elle voue une admiration sans bornes. Seulement voilà, une fois devant son grand homme, elle est tellement émue qu'elle n'arrive même pas à dire son nom. Elle décide alors de lui écrire, choisit son plus beau papier à lettres (le rose, avec un petit ange au milieu) et lui dit l'importance qu'il a dans sa vie, avec ses mots naïfs mais débordant de sincérité. A l'occasion d'une autre séance de dédicaces, elle lui remet sa lettre. Balsan n'accorde qu'une importance relative à cette inconnue parmi d'autres, la lettre finit dans la poche intérieure de se veste, il la retrouvera par hasard en s'enfuyant de l'hôpital où sa tentative de suicide le mènera. Parce que si il a toutes les apparences du bonheur, il n'est pas heureux. Parce qu'il vient d'être descendu en flammes par le critique le plus important du moment, parce que son fils se fait taper dessus suite à cette émission, parce que sa femme le trompe avec le critique en question. Tombant par hasard sur la lettre d'Odette, il se met à sa recherche, et échoue un soir dans son petit appartement... La suite est assez évidente, aussi ne vous la raconterai-je point.



Dans Little Miss Sunshine aussi, tout le monde poursuit à sa façon son petit bonhomme de bonheur. Et le bonheur, c'est pas évident, surtout lorsque l'on divise le monde en deux catégories : les gagnants et les perdants. C'est la marotte du père d'Olive Hoover, qui applique à longueur de journée à sa famille sa méthode en neuf points pour devenir un gagnant, un vrai, un de ceux qui marchent sur la tête des autres.

Ce qui n'empêche pas les uns et les autres d'avoir des rêves grands et magnifiques. Le père, veut vendre sa méthode -et se heurtera à de cruelles désillusions- le fils a fait voeu de silence jusqu'au jour où il entrera à l'Ecole de l'air -il fait des pompes et lit Nietzche- l'oncle suicidaire rêve d'une Amérique qui comprendrait Proust et le grand-père, épicurien shooté et obsédé, ne demande pas grand chose à la vie. Ou alors juste un magazine porno et un rail de coke de temps en temps. Olive Hoover, 6 ans, ne rêve que de devenir Little miss sunshine, sorte de mini-reine de beauté. Se trouvant sélectionnée pour ce prestigieux concours, toute la famille s'embarque à bord de l'antique combi wolkswagen et se met en route pour la Californie.

J'aime beaucoup les road-movies. C'est toujours l'occasion de toutes les mises au point, les réglements de comptes, et le retour à l'essentiel, en général au bout de la route. Celle que l'on fait sur l'asphalte du Nouveau-Mexique, mais aussi en soi. Et c'est sans compter tous les événements tragiques ou cocasses que les héros ne manquent pas de rencontrer. Comme faire démarrer un van sans embrayage, ou mettre le cadavre de papy dans le coffre sans se faire remarquer. Au bout du compte, au bout de la route, quelques illusions se seront envolées, mais ils se seront mis d'accord sur l'essentiel. Qu'il faut faire ce que l'on aime, les vrais gagnants sont ceux qui ont le courage d'essayer. Qu'un rêve est fait pour être vécu jusqu'au bout, qu'il faut profiter de tous les plaisirs de la vie tant qu'on le peut, parce qu'on a tôt fait de se retrouver résumé au contenu d'une petite boîte. Et que les concours de beauté pour petites filles, c'est encore plus pitoyable qu'un défilé de caniches pomponnés.
Il faut faire ce que l'on aime, et merde au reste
(Dwayne Hoover, nietzchéen repenti)
Les rêves sont faits pour être vécus, le bonheur est fait de petites choses simples. Et merde au reste.