17 juillet 2008

Pause estivale !

 Je ne sais pas si on peut vraiment parler de pause étant donné ma faible cadence de mise à jour... Toujours est-il que je vais continuer à ne pas raconter grand chose pendant les semaines qui viennent ; mais cette fois, le travail ne sera pas cause de mon silence, puisque que je serai en vacances ! On se retrouve à la rentrée, avec plein de choses à lire (je vous fais confiance !) ou à raconter (je vais essayer) !
Bon été à tous !

Charles Lapicque - L'embarquement pour Cythère - 1980

07 juillet 2008

Bluetooth connection, chronique sur un air de Sanseverino

Nous vivons une époque moderne et fascinante. Au temps du fier mousquetaire d'Artagnan, quand on souffrait des dents, on vous faisait asseoir sur une robuste chaise dont on vous priait de tenir fermement les accoudoirs, puis le barbier, se saisissant de sa plus grosse tenaille, vous soulageait, d'un coup de poignet vigoureux, d'un écu et de quelques molaires. Voire davantage si le besoin s'en faisait sentir. Aujourd'hui, non seulement nous pouvons être soignés préventivement, mais en plus ceci se fait dans des sièges de science-fiction qui montent, descendent, s'inclinent, pivotent, comptent jusqu'à huit, donnent la patte, font le beau, font mille autres tours variés, sans le moindre bruit. Pas le plus petit chuintement de vérin. C'est un vrai régal de s'allonger sur un tel bijou technologique.


Malgré tout, vous fermez les yeux pour ne pas trop en voir, il ne faut pas abuser de tels plaisirs, et on pourrait finir par se blaser. De temps en temps vous les rouvrez, louchez sur ceux du praticien, et replongez aussitôt dans une intense méditation. Celle-ci ne tardera pas à être troublée, quand l'homme de l'art vous demandera de vous rincer la bouche. Ne vous y trompez pas, ce n'est qu'un prétexte pour ajuster à sa lance quelque nouvel harpon. Profitez-en pour noter le drôle de petit jet d'eau qui sort de vos lèvres disjointes, de façon totalement incontrôlée, à cause des premiers effets de l'anesthésie. C'est très rigolo, on peut jouer à se prendre pour un cachalot. Ne jouez toutefois pas trop longtemps, sinon il va se rendre compte que vous le faites exprès. D'autant plus qu'il continue à jouer de son côté, en vous enfournant toute la ménagère en argent de tatie Germaine dans la bouche. Et son petit miroir de sac. Et un petit aspirateur -le balai brosse ne pouvait plus rentrer- qui apporte une touche que vous pensez finale à l'ensemble. Hormis les charmants petits outils d'amateur de modélisme qu'il manie avec une grâce et une dextérité faisant plaisir à voir, vous ne doutez pas que le test de vos compétences d'avaleur de sabres ne s'arrête là. Lourde erreur.


Alors que vous commencez à vous détendre -vous venez de comprendre que vous crisper ne servirait à rien- il en profite pour vous attaquer au matériel de travaux publics. Kärcher, disqueuse et marteau piqueur rentrent dans votre bouche et en action, signalant leur arrivée par d'inquiétantes vibrations qui menacent de séparer votre mâchoire inférieure de sa voisine du dessus. De temps en temps, sans doute pour se repérer dans ce chantier, il vous braque dans la bouche une torche bleue, dont il se protège à l'aide d'un petit disque couleur d'ambre. Mais les travaux touchent à leur fin. Il enlève les bandes de chantier rouge et jaune, pose son casque sur une petite table, essuie la sueur perlant de son noble front. Au loin, on entend un camion reculer tandis qu'une assistante dévouée ramasse un à un les cônes de signalisation. Encore quelques minutes et vous pourrez couper le ruban inaugural. D'ailleurs il vous tend un petit papier bleu qu'il vous demande de mordre. C'est sans doute un rituel. Mordez-le de toute votre énergie pour lui prouver votre reconnaissance. Le papier, pas le dentiste.


Profitez maintenant du calme revenu pour lui poser moult questions ; il ne pourra refuser de vous répondre, maintenant que vous êtes devenus des intimes ; vous lui avez quand même montré votre intimité buccale, ce n'est pas rien. Et il est toujouws won d'awrendre de ses wairs les connaissanches qu'ils zont à vous tranchmettre. Ne tentez même pas d'articuler. Vous ne feriez qu'accentuer votre ridicule. Sortez en reculant et en vous inclinant tous les dix pas en signe de soumission. Et n'oubliez pas : avoir peur ne permet pas de payer moins cher.


05 juillet 2008

Times archive : 200 ans d'archives du Times en ligne

Le célèbre journal anglais The Times vient de mettre en ligne 200 ans d'archives. Une mine pour les historiens, et les curieux. A condition de parler anglais, of course.



04 juillet 2008

Star Wars ASCIImation

Retranscrire l'épisode IV de Star Wars en ASCII, c'est long, très long, vraisemblablement épuisant, et parfaitement inutile. Mais ça permet toujours de faire parler de l'auteur de l'idée absurde lumineuse.

 

Il s'agit donc d'un dénommé Simon Janse, qui a occupé son été 1997 à cette tâche. Ca devait être un été pourri, je ne me souviens pas...

C'est inutile, donc génial. C'est beau. Même si on s'en lasse au bout d'un moment...

Via Ecrans

26 juin 2008

Une éternité d'argile, centième chronique

Shihuangdi a édifié un empire qui doit durer 10000 ans ; fils du ciel, il règne sur toutes choses, vivantes ou inanimées. Il rêve à des projets impossibles, les ordonne d'un mot, et ils deviennent réalité. Tout le monde s'incline devant lui, tout le monde lui obéit. Tout le monde, sauf la mort. Car cette personnalité charmante est agréablement agrémentée d'une peur panique de la mort, ou plutôt de son refus : le premier auguste souverain, après avoir accompli tant de belles choses, ne peut tout de même pas mourir comme le premier venu. Cet entêtement l'amènera à rechercher tantôt l'île des immortels, tantôt l'élixir de longue vie, s'entourant de magiciens, d'alchimistes, de devins et autres astrologues.

Il finira par mourir quand même d'un coup de froid mal soigné. C'est balot.

Mais, à défaut d'atteindre à l'immortalité, il s'était fait édifier un empire souterrain pour régner par delà le trépas. Un mausolée gigantesque, haut comme une colline, renfermant des trésors fabuleux protégés par des pièges ; des rivières de mercure, des constellations de perles, des oiseaux d'or et d'argent, des arbres de jade. Deux rivières ont été détournées pour le construire, et ce travail a nécessité la sueur et le sang de 700 000 hommes pendant 36 ans. Commencé en 247 av. J.C., il ne sera achevé que vers fin 211, soit un an tout juste avant la mort de son propriétaire. Ce qui prouve qu'à l'époque on savait tenir les délais de construction.


En surface, c'était tout un sanctuaire, avec ses bâtiments, son mur d'enceinte, son temple pour honorer la mémoire du disparu. Et ses boutiques de souvenirs pour rentabiliser l'ensemble. Avec l'empereur dans une boule en verre, qui neige quand on la retourne. Sous le niveau du sol, des fosses ont été creusées, qui renferment les colonnes d'une armée certes en terre cuite, mais gigantesque, avec ses fantassins, ses archers, ses officiers ; tous regardent vers l'Est, d'où pourraient revenir les âmes des ennemis autrefois combattus.

Sitôt le mausolée refermé, ses loyaux sujets, en proie à la plus vive douleur, s'empressèrent de montrer leur affliction en ne laissant pas pierre sur pierre de l'édifice, puis en brûlant ce qui restait. Mais c'est sans doute cet évènement qui a protégé les soldats de terre cuite : les galeries de bois qui les protégeaient se sont écroulées sur eux, laissant la terre et les siècles les ensevelir, effaçant de la mémoire des hommes jusqu'au souvenir de leur existence.


Après un sommeil de vingt-quatre siècles, les fosses et leurs soldats endormis ont été redécouvertes en 1974, par des paysans qui creusaient un puits. C'est du moins la version officielle. Au lieu de l'eau espérée, ils remontèrent une tête, ou alors un bras. Ou peut-être un morceau de jambe. En tout cas quelque chose de suffisamment grandiose, ancien et magnifique pour que l'on juge utile de creuser un peu. Depuis trente ans que les archéologues recollent les morceaux après les avoir déterrés, on commence tout juste à avoir une idée de l'ampleur de la découverte : ils sont des milliers qui dorment sous la terre, aux visages tous différents, avec leurs armes et leur équipement reproduit fidèlement.

Quelques uns sont exposés à la Pinacothèque de Paris, depuis le 15 avril dernier et jusqu'au 14 septembre. Venus de Chine enveloppés dans du coton, ils ne se montrent qu'entourés de gardes du corps ; un petit doigt cassé, c'est l'incident diplomatique. Un bras ou une jambe, c'est l'embargo sur les cuisses de grenouilles. Voilà pourquoi dans chacune des pièces où se trouve une statue, se trouve également son alter ego de chair et de muscle.


Un peu plus grands que nature, ils toisent une humanité qui s'étonne presque de les voir ainsi immobiles. Ils ont perdu leurs couleurs, quelques uns leur tête, on leur a pris leurs armes, mais ils sont toujours impressionnant. Les fantassins semblent prêts à reprendre leur marche, un lutteur impose sa masse et le respect aux badauds qui l'observent. Un officier aux bras croisés, aux veines bien dessinées, contemple les visiteurs avec ce regard calme et froid de ceux qui ont l'éternité pour eux.

Cette éternité que Shihuangdi n'aura peut-être pas cherché en vain.

Ma chronique est un peu longue, mais il n'en fallait pas moins pour ce terrible fils du ciel. Il est encore plus beau que ce soit la centième.

19 juin 2008

Générateur de langue de bois

J'ai depuis longtemps (ai-je besoin de vous le rappeler ?) défendu l'idée que la nécessité de répondre à votre inquiétude journalière, que vous soyez jeunes ou âgés, doit prendre en compte les préoccupations de la population de base dans l'élaboration d'un projet porteur de véritables espoirs, notamment pour les plus démunis.

Ce n'est pas tout neuf, mais encore longtemps d'actualité, je le crains...
Ca se passe ici : http://www.presidentielle-2007.net/generateur-de-langue-de-bois.php

13 juin 2008

Wordle, nuage de mots en couleurs



Wordle : En saisissant un texte ou des mots, une image est automatiquement générée, mettant en évidence les mots le plus souvent répétés. L’effet est simple, mais intéressant. On peut ensuite paramétrer la police de caractère, les couleurs et la forme générale de l’ensemble. L’image peut être sauvegardée, directement embarquée sur son site ou partagée dans la galerie du site.

Exemple avec la chronique Un fauve au Luxembourg :

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11 juin 2008

Chronique du premier auguste souverain

Pour les princes, il existe plusieurs façons de laisser une marque dans l'Histoire. Il peuvent être des conquérants, et construire un empire à la force de l'épée ; ils peuvent légiférer, et dicter les lois qui régiront la société pour les siècles à venir ; ils peuvent aussi faire édifier des édifices monumentaux, voire, pour les plus mégalomanes, des tombeaux plus beaux que les demeures des vivants. Tous sont généralement des despotes cruels, ce qui serait à vrai dire plutôt recommandé, un despote modéré étant assez peu crédible.

Le jeune Zheng Ying a commencé sa carrière de despote modestement, comme roi de la province de Qin, et a plus ou moins tout fait en même temps, sans doute pour faire bonne mesure. Le destin lui ayant offert la Chine comme terrain de jeu, autant dire il n'a pas opéré à petite échelle. Après avoir uni la mosaïque de royaumes qui composaient la Chine d'alors, il s'octroya le titre d'empereur, sous le nom de Shihuangdi. Ce qui veut dire à peu près, et sans fausse modestie, "premier auguste souverain". Et comme personne n'avait eu l'idée avant lui, il est resté dans l'histoire comme le premier empereur de Chine.

Qinshihuang
Source : Wikipédia


Il a uniformisé la langue, l'écriture, la monnaie, les poids et les mesures. La Grande muraille, c'est lui. Le grand canal du sud vers le nord, c'est lui aussi. Il a fait agrandir les routes, imposé des règles dans tous les domaines, se mêlant de codifier jusqu'à la taille des essieux des chars. Toutes choses qui lui survivront largement, puisque elles contribueront à créer l'assise des empires à venir. Cette fièvre normative s'explique par la doctrine qui lui tient lieu de philosophie : le légisme.

Il ne connait que deux principes : l'ordre et la discipline. Il ne croit ni à la bonté, ni à l'art, et pas plus à l'héroïsme ou à la droiture. Dans son armée, on gagne du grade au nombre de têtes coupées. Il considère les livres et les philosophes comme dangereux, et fait donc brûler les premiers et enterrer les seconds. Vivants, pour qu'ils en profitent mieux. Sur le chantier de la Grande muraille, les rebelles sont cuits au chaudron. Avec des carottes et des navets. Et un oignon piqué de clous de girofle, pour le goût.

A suivre...

05 juin 2008

Les fantômes de William Hundley

William Hundley, duquel je viens de parler de son goût pour les cheeseburgers, est surtout connu pour ses photographies où des gens recouvert d'un drap sautent en l'air dans les rues d'Austin ou de Mexico. L'effet est saisissant.

Source : Ecrans




William
Hundley
Downtown Security Task Force
Friends
Series © 2007



Toutes les séries sur ce thème :
Son site : http://www.williamhundley.com/

La civilisation américaine

J'aime beaucoup ces séries du photographe William Hundley, mettant en scène divers objets reposant sur des cheeseburgers.


Source : Ecrans


William Hundley, Chihuahua on Cheeseburgers
© 2008

04 juin 2008

Encore des cartes !

Au mois de janvier, j'ai parlé des cartes de Cassini sur Google maps,voici aujourd'hui deux autres ressources à vocation para-cartographique.

  • Free vector world maps collection : une liste de dix cartes du monde vectorisées (avec ou sans le contour et nom des pays) disponibles gratuitement, et utilisables pour ses projets personnels (Source : Ecrans)

Mer de méthane sur Titan,
peut-être portera t-elle votre nom un jour...
  • Stange maps, c'est un blog (en anglais), qui propose régulièrement des "cartes étranges" : une carte du Canada en fromage, le plan de l'étage du 221b Baker Street, la localisation des gobelins en Europe par densité de population, mer de méthane sur Titan...

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28 mai 2008

Il faut une suite aux débuts - Fin !

Comme vous l'avez bien sûr deviné, le texte du billet précédent, écrit pour la consigne 69 de Paroles plurielles, est composé uniquement d'incipits de livres plus ou moins connus.

Mais les avez-vous tous reconnus ?

Ce texte compte 11 phrases, mais il ne contient que 10 incipits ; j'ai un peu triché, je l'avoue : l'une des œuvres que j'ai utilisé m'a fourni ses deux premières phrases. Cela dit, elles ne se suivent pas dans mon texte.

Alors, qui saura retrouver les 10 livres en question ?

...Tilu et Dominique Hasselmann ont commencé le travail !

***

Mise à jour du 28/05

Voici la liste des réponses, remplie au fur et à mesure, avec leur auteur entre parenthèses - en vert, les titres qui n'ont pas été trouvés (et quelques liens en prime)

1- Le journal d'un fou / Nicolas Gogol (deuxième phrase) (Marieke)
2- Charlémoi / Christine Jeanney (Marieke)
3- Le tambour / Günter Grass (Marieke)
4- La vie devant soi / Romain Gary (Marieke)
5- Moby Dick / Herman Melville (Tilu)
6- Le journal d'un fou (première phrase... eh oui, n'avais-je pas prévenu ?)
7- Manuscrit trouvé à Saragosse / Jean Potocki (Marieke)
8- La chute de la maison Usher / Edgar Poe (Dominique Hasselmann)
9- Je me souviens / Georges Perec (Dominique Hasselmann)
10- Madame Bovary / Gustave Flaubert (Florence)
11- Battling le ténébreux / Alexandre Vialatte

15 mai 2008

Il faut un début à tout

Pour la consigne 69 de Paroles plurielles, je n'avais pas d'idées, alors j'ai décidé de m'amuser un peu. Si ce texte vous parait un peu décousu, c'est normal, mais je vous laisse réfléchir au pourquoi de la chose. Au demeurant, l'explication n'est pas très difficile à trouver. Cela pourrait même faire l'objet d'un petit concours...

L'incipit proposé était : "Ce matin, pour la première fois depuis longtemps..."


Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je me suis levé assez tard, et quand Mavra m'a apporté mes bottes cirées, je lui ai demandé l'heure. Commencer par commencer ; commencer par je... D'accord : je suis pensionnaire d'une maison de santé. La première chose que je peux vous dire c'est qu'on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes, c'était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines.

Appelez-moi Ismaël. Il m'est arrivé une aventure étrange. Officier dans l'armée française, je me trouvais au siège de Saragosse. Pendant toute la journée d'automne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourd et bas dans le ciel, j'avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre et, enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique maison Usher.

Je me souviens que Reda Caire est passé en attraction au cinéma de la porte de Saint-Cloud. Nous étions à l'Etude, quand le proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Il me suffit de fermer les yeux pour entendre encore ronronner les becs de gaz de la petite étude, voir les murs verts et les grandes cartes géographiques, le Bassin Parisien avec ses auréoles, le Tonkin violet, l'Annam rose, et trente têtes penchées patiemment sur des cahiers.

24 avril 2008

Un fauve au Luxembourg, chronique illustrée

Les ramasseurs de pommes de terre, 1905

Un fauve s'est installé dans le tranquille musée du Luxembourg, qui ronronne paisiblement dans l'écrin du non moins paisible jardin éponyme, à deux pas de sénateurs qui ne se caractérisent pourtant pas pour leur violence. Mais il s'agit ici de violence picturale, et le fauve en question n'exprime ce caractère que dans ses toiles ; encore l'épithète lui fut-elle accolée dédaigneusement à l'époque. En 1905, au Salon d'automne. Son style rejetant l'académisme -on ne lui fera pas tort en parlant d'anarchisme- avait quand même de quoi dérouter le critique pompier de service.
"Ce que je n’aurais pu faire dans la société qu’en jetant une bombe -ce qui m’aurait conduit à l’échafaud- j’ai tenté de le réaliser dans la peinture, en employant de pures couleurs sortant de leur tube. J’ai satisfait ainsi à ma volonté de détruire, de désobéir, afin de recréer un monde sensible, vivant et libéré."
Le rêve secret de Vlaminck, son ambition de peintre ? Rien de moins que figer le présent, capturer d'un seul coup de pinceau la lumière, les couleurs, et surtout les émotions du moment avant qu'elles ne s'envolent. Exprimer du réel les sentiments qu'il recèle par l'usage (l'abus ?) de la couleur.
"Je haussais tous les tons, je transposais dans une orchestration de couleurs pures tous les sentiments qui m’étaient perceptibles. J’étais un barbare tendre et plein de violence."
Les coteaux de Rueil, 1906

Car chez Maurice de Vlaminck, ce qui compte, c'est la couleur. Surtout dans les oeuvres de la période présentée dans l'exposition (de 1900 à 1915), époque au début de laquelle le vermillon sort directement du tube pour s'étaler sur la toile, créant d'un tableau à l'autre un festival de rouges et des explosions de jaune, entrecoupées des vaguelettes bleues de la Seine après le passage d'un lourd chaland à vapeur.

Tugboat on the Seine, 1906

Car le Vlaminck des premières années ne s'éloigne guère des bords de Seine. Pour des raisons financières essentiellement, à une époque où ses petits camarades partaient se faire les griffes sous le soleil du Midi. Mais également car son caractère le pousse à se singulariser ; bien que sa trésorerie se soit alors améliorée, il ne passera qu'une semaine à Martigues en 1913, à l'invitation de son ami Derain. Il est avant tout individualiste, têtu, original. Profondément sincère.

La Seine à Chatou, 1906

Serait-il un affreux anarchiste, un peintre maudit tendance nihiliste, sans dieu ni maître, ne respectant ni école ni modèle ? Même pas. Paul Signac aura pu avoir un rôle dans son inspiration, mais sa première référence restera Vincent van Gogh, dont l'influence se fait sentir dans sa façon de travailler la peinture, dans l'amplitude de certaines déformations où la force d'expression de la couleur compte davantage que la géométrie.
"J’aime mieux van Gogh que mon père!"
Nature morte au compotier, 1905

En 1907, lors de la rétrospective Cézanne, c'est le choc. Il s'assagit un peu. Les couleurs se font moins vives, les formes des choses font leur apparition dans sa peinture ; le fauvisme s'essoufle, il n'aura pas duré 3 ans. Mais déjà Vlaminck s'intéresse aux arts africains et océaniens et ce, avant Picasso ; frôle le cubisme mais sans l'aborder complétement, dans un souci constant de rester proche du réel.

Vins et liqueurs, 1910

La Première Guerre mondiale finira d'ancrer en lui ses opinions anarchistes et anti-militaristes, et viendra s'ajouter aux autres influences. Les dernières toiles de l'exposition (qui en compte 70) sont plus sombres, plus mélancoliques, avec des paysages moroses et des ciels annonciateurs d'orage. La suite de l'histoire de cette vie intimement liée aux grandes évolutions artistique de la première moitié du XXème siècle nécessitera sans doute une autre exposition.

Le grand fauve ne se chasse pas facilement.

***

Vlaminck au Musée du Luxembourg : du 20 février au 20 juillet 2008

19 avril 2008

Peut-on rire de tout ?

La réponse, vous la connaissez :

Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant, non ? C'était il y a vingt ans, déjà... Il est temps d'investir !

11 avril 2008

Chronique de la bêtise triomphante

Je n'ai pas beaucoup de certitudes dans la vie. Encore ne sont-elles que rarement optimistes : je suis persuadé par exemple de la force de la bêtise, la toute-puissance de la connerie et son côté violemment séduisant, soulagé seulement devant son aspect égalitaire, dans la mesure où nous sommes tous susceptibles d'être frappés à part égale. Mais ses manifestations me laissent toujours un arrière-goût dans la bouche, une sorte de lassitude amère, un peu comme devant le constat d'un échec irrémédiable. Parce que dans ma grande naïveté, j'ai tendance à placer les plus hauts sentiments dans l'humain, dans ses réalisations, dans sa volonté farouche de dépasser sa condition.

Et quoi de mieux que l'art pour atteindre ce but ? A travers l'art, l'homme a toujours voulu exprimer ce qui était plus puissant que lui, son ineffable peur de la mort, l'évidence tragique de l'existence, un désir un peu fou de se survivre à lui-même ; il a dessiné ses prières au noir de fumée sur les parois des grottes, il s'est tatoué le visage, il a pris de la glaise pour en faire des idoles ; il a peint des fresques, sculpté des bas-reliefs, érigé des monuments qui lui survivront encore quelques siècles, inventé le chant, la poésie, la miniature et l'art du récit. Il a fait ce qu'aucun autre animal n'est capable de faire, il a utilisé son intelligence pour créer, bipède fragile et vaniteux se rêvant à l'égal de ses dieux.

Richard et Paul, photo de Christian Delécluse
Les moyens et les techniques ont évolué, la fièvre est restée la même. La photographie remplace l'art pariétal, la force de l'image demeure. Il est certaines choses qui n'évoluent pas beaucoup, malgré le passage des siècles : l'amour d'un père pour son fils, ce sentiment éternel de la paternité, que l'on peut illustrer d'un long poème ou d'une simple image. Christian Delécluse a choisi l'image, puisqu'il est de son métier photographe. Il a réalisé une série de clichés autour de ce thème de la paternité, réunis depuis dans un livre qui n'a jamais fait la moindre vague, même dans les rayonnages des librairies les plus prudes. Et il n'est venu à l'esprit d'aucun détraqué de considérer qu'une image emplie d'une telle tendresse puisse être une apologie du crime sexuel.

Mais cette semaine, au Musée d'Aquitaine de Bordeaux, il en a été différemment. Son travail devait faire partie de l'exposition Humain, très humain, qui s'ouvre ce samedi, et quelques dizaines d'heures avant le vernissage, certains beaux esprits ont décidé qu'il était dangereux de laisser à la vue de tout un chacun de telles photographies car, je cite le directeur du musée, ouvrez les guillemets avec des pincettes : "On sait bien qu’avec les problèmes de pédophilie ou d’inceste, les gens auraient pu mal réagir. Ils risquaient d’être choqués." Braves gens vous voilà prévenus, on vous protège contre vous mêmes. Les scandaleuses images ont donc été retirées, au grand désarroi de leur auteur et des autres photographes de cette exposition collective. Ceux-ci ayant menacés de se désengager si le travail de leur confrère n'était pas réintégré, celui-ci le sera de manière effective la semaine prochaine -après le vernissage- et en lui associant un "dispositif d'avertissement", comme il se doit pour toute image pornographique, bien entendu. Le principal est de ne choquer personne.

Il est de nos jours préférable de passer pour un lâche que d'inciter à la réflexion. Le plus petit accroc à la bien-pensance est un affront, un homme nu posant avec son petit garçon est crime contre l'ordre moral établi. La morale triomphante prend ses quartiers, elle va rester quelques temps parmi nous. La bêtise est son colocataire fidèle. Puissiez-vous leur faire bon accueil. Pour ma part, je reste convaincu que [dans ce type de situation] la pornographie est dans l'oeil qui regarde, pas dans l'image.

OULIPO : Cent mille milliards de poèmes

Citant mon billet précédant dans sa revue, Olivier dit qu'il préfère néanmoins l'OULIPO. Je ne saurais être plus d'accord ! Queneau et Perec ne jouaient pas dans la même cour que les petits gadgets évoqués hier. Mais cela m'a tout de même fait penser qu'il devrait bien exister quelques exercices ludiques autant que virtuels autour de l'oeuvre de Queneau qui se prête le plus facilement à la mise en ligne : Cent mille milliards de poèmes.

Vous ne trouverez pas la version complète de l'oeuvre sur internet : le jugement en référé du 5 mai 1997 assimile cette transposition à de la contrefaçon.

Quelques générateurs avec des extraits de l'oeuvre :

Lorsque tout est fini lorsque l'on agonise
Pour consommer un thé puis des petits gâteaux
Le chauffeur indigène attendait dans la brise
Il n'avait droit qu'à une et le jour des Rameaux

Souvenez-vous amis de ces îles de Frise
Qui clochard devenant jetait ses oripeaux
Un audacieux baron empoche toute accise
À tous n'est pas donné d'aimer les chocs verbaux

Le poète inspiré n'est point une polyglotte
Comme à Chandernagor le manant sent la crotte

L'autocar écrabouille un peu l'esprit latin
Ne fallait pas si loin agiter les breloques
On s'excuse il n'y a ni baleines ni phoques
Mais on n'aurait pas vu le métropolitain



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10 avril 2008

Bougre d'extrait de cornichon ambulant !

Je viens de découvrir un site absolument indispensable (comprendre : inutile), qui me plait donc beaucoup. Tout est dans le titre : Charabia.net. Son but ? Proposer des générateurs automatiques de textes. Il y a mêmes les instructions pour créer son propre générateur.



Le titre de ce billet est directement inspiré du Générateur à jurons du Capitaine Haddock. Mais on trouvera aussi quelque agrément à user et abuser du haïku-tron, du Viens voir Mamie, et surtout, de mon préféré : le Janclodotron, que je connaissais déjà par ailleurs, mais pardon c'est trop bon :
Même si on se ment, [il s'emporte] si vraiment tu veux te rappeler des souvenirs de ton perroquet, il y a de bonnes règles, de bonnes rules et cette officialité peut vraiment retarder ce qui devrait devenir... Tu vas te dire : "J'aurais jamais cru que le karaté guy pouvait parler comme ça !"

Mention spéciale pour les générateurs qui sont les plus proches de l'intitulé du site, à savoir produire quelque chose de complètement incompréhensible :


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07 avril 2008

L'homme des foules

Paroles plurielles poursuit sa route de mots avec une consigne n°66 où il fallait illustrer cette photo de NarB en s'inspirant de l'incipit suivant : "C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué"... Le titre est un emprunt à Edgar Poe, bien sûr.
C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Quitter mon lit est chaque matin plus difficile que la veille. Le moindre effort me coûte, et sortir de chez moi m'est de plus en plus odieux. Mes journées s'écoulent lentement, toutes semblables, comme tissées d'une même étoffe grise, sale et usée. Rien ne parvient plus à m'intéresser, les jours glissent l'un après l'autre, les saisons se suivent, et ma vie est comme un long tunnel sans lumière. Lors de mon pot de départ, entre deux claques dans le dos, ils m'avaient pourtant assuré de ma chance : "Quel veinard ce René ! La retraite a 60 ans, tu seras dans les derniers a en profiter !" A quoi bon ? Je n'ai pas de femme, pas d'enfants, pas vraiment d'amis ; pas de passions, aucun vice à assouvir. J'ai passé ma vie à thésauriser sans le moindre but. Mon travail, pour peu passionnant qu'il fut, donnait au moins un sens à mon existence. Maintenant je ne sers plus à rien. Je ne prend même plus la peine de faire semblant d'exister.

Aujourd'hui, je ne saurais pas dire pourquoi, je suis descendu dans la station de métro, celle qui est en face de chez moi. Je ne pense pas que ce soit par nostalgie du temps, qui me semble déjà si lointain, où je prenais place moi aussi sur un strapontin crasseux ou bien restait debout, agrippé à une barre, tassé contre des congénères dont je fuyais le regard. Non, je ne sais pas pourquoi je suis là. Je regarde mes cheveux gras, luisant à force de n'être pas lavés, dans la vitre garantie incassable d'un panneau d'information où se reflètent également les voyageurs montant dans la rame. Dans un instant les portes vont se refermer, ils vont repartir et je vais rester seul sur ce quai, seul dans ma vie, seul avec les rails électrifiés sous les yeux. Il suffirait d'un si petit effort pour passer de l'autre côté du miroir dans lequel je contemple cette vie qui s'agite juste à deux pas de moi, que j'en ai les larmes aux yeux.

Si peu de choses ; je me retourne, je m'approche de la foule, un pas, deux pas, et je m'intègre à cette cohue bruyante et odorante, je retrouve ma place dans ce manège un peu vain, juste pour quelques minutes, quelques tours supplémentaires, juste pour rester vivant encore un moment. J'ai bien fait le tour de la question, j'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac, (je n'en avais jamais parlé à personne), et j'ai commencé à observer mes biens chers frères et leurs attitudes plurielles. Je crois que je vais rester encore un peu finalement.

31 mars 2008

Des clowns dans le navigateur...

Spectacle éclair de deux clowns qui utilisent votre navigateur comme support de leur sketch. Pas mal du tout.
Vous cliquez sur le lien, là, en-dessous, et vous ne touchez plus rien jusqu'à la fin !

21 mars 2008

Chronique des plaisirs régressifs

Ca commence toujours comme ça : on ouvre la porte du réfrigérateur, d'un geste souple et décidé, ni trop brutal ni trop mou, afin de lui imprimer juste la force nécessaire pour ne pas faire s'entrechoquer les bouteilles de lait, jus de fruit ou vin, et autres récipients de verre bringuebalant à la moindre secousse. On peut alors se saisir de la plaquette de six petits pots, apprécier, d'une légère pression du bout des doigts, le contact de leurs parois rainurées alliant la dureté de l'emballage au moelleux du contenant puis, d'un geste vif et précis, en soustraire deux dans un claquement sec de plastique qui casse.

On ôte alors l'opercule (du premier coup bien sûr), puis on fait tomber le fromage dans une soucoupe - de préférence en duralex, celle avec le numéro de moule au fond- en pressant légèrement le pot, qu'il est possible de tenir par ses coins pointus. Puis vient le moment le plus délicat, le déroulage du papier collant. Car dans les petits suisses, tout le monde le sait, le nom du produit n'est pas indiqué sur l'emballage, mais sur un papier tout fin, enroulé autour du contenu lui-même, et que l'humidité a fragilisé. C'est ce qui fait la beauté de la chose, car il ne faut ni déchirer le papier, ni écraser prématurément la forme encore cylindrique qu'il recouvre.

Mais les vrais amateurs contournent cette difficulté en un tournemain, pour passer, après avoir plié le papier sur lui-même et l'avoir introduit dans le pot en compagnie de l'opercule (le tout sans s'en mettre plein les doigts, ce qui exige malgré tout une certaine pratique), à l'étape suivante, celle du sucrage. Encore tais-je l'ajout du deuxième pot, rendu moins aisé par la présence du premier dans la soucoupe. Mais il ne me parait pas indispensable de m'attarder sur cette péripétie, alors que je n'ai toujours pas décrit le petit monticule pyramidal que le sucre doit former en recouvrant les petits suisses. Tout au plus peut-on encore voir émerger l'endroit où le fond du pot a imprimé son quadrillage sur la pâte molle.

Le malaxage à la petite cuillère, accompagné du bruit du sucre qui crisse contre le bol, annonce la fin du cérémonial. En quelques bouchées tout sera avalé, l'écuelle nettoyée, au besoin léchée, et ne subsistera sur la langue qu'un arrière goût étrange, mélange doux-amer de sucre et d'enfance enfuie. On peut alors poser sur le monde, la vie et toute ces sortes de choses un regard repu, empreint de bienveillance et de sérénité. Car tel est le plaisir régressif du petit suisse.


08 mars 2008

Chronique des pierres et des ciseaux

Feuille ciseaux caillou, je me suis fait couper les cheveux. Ce n'est peut-être pas la nouvelle de l'année mais c'est sûrement parce qu'il s'agit d'une coiffeuse normale, pour ne pas dire banale, avec des tiroirs plein de ciseaux, des doigts plein de bagues, une tendinite à l'épaule et d'agressives brosses garnies de piquant blancs, surgissant de dessertes en plastique noir, tels des buissons d'aubépine mutants.

Caillou ciseaux feuille, le salon où je me rendais auparavant offrait à la vue les mêmes ciseaux exotiques, les mêmes brosses belliqueuses, les mêmes bombes de laque et les mêmes mémères à la teinture ratée, mises à réchauffer à feu doux sous d'improbables parasols halogènes, sèches-cheveux futuristes dont Gaston Lagaffe aurait dessiné les plans. Seulement, ciseaux feuille caillou, mon ancienne coiffeuse, elle avait un truc en plus : elle croyait au pouvoir des pierres. Elle aimait les cailloux. On pouvait à la limite entrer sans voir le bloc de lignite posé sur le comptoir, vaguement dissimulé entre le téléphone et le pot à crayons, mais dès que le regard allait plus avant dans la découverte du lieu, on ne pouvait plus les manquer, les cailloux, qui trônaient un peu partout, narguant les ciseaux et snobant les feuilles des magazines. Caillou ciseau feuille, à ce jeu là le caillou gagnait toujours.

Feuille caillou ciseau, une grande géode d'améthyste posée sur un haut meuble d'angle dominait le petit peuple des pierres. Sur une autre étagère, disposés sur un plateau tels des fromages rares, divers quartz attiraient le regard. En cercle et en alternance, cinq cristaux roses polis et autant de blancs bruts occupaient le bord, une autre sorte de pierre translucide taillée en obélisque miniature étant posée au centre. Ce dispositif se répétait en plusieurs lieux de la pièce, sans doute à des endroits bien déterminés, calculés par des procédés mystérieux, cabalistiques, ésotériques en diable, enseignés aux seuls initiés les nuits de pleine lune, après des années d'une pratique intense et secrète.

Ciseaux feuille caillou, je ne peux m'empêcher de penser que cette brave dame croit vraiment dans les vertus des pierres, qu'elle s'adonne à la lithothérapie en dilettante, qu'elle pense sérieusement répandre la joie, l'harmonie et les ondes positives dans sa boutique grâce à ses cailloux. Peut-être se livre t-elle, la nuit venue, ou chaque 29 février -les voies du mysticisme prennent parfois de bien étranges chemins- à des rites capillolithothérapeutiques, où les fidèles, une pierre posée sur la tête et un cristal dans chaque paume, psalmodient inlassablement le mantra sacré : Feuille ciseaux caillou, caillou ciseaux feuille, feuille caillou ciseau, ciseaux feuille caillou... Avec des petits cailloux dans la bouche, tels des Démosthène du XXIème siècle.

Ou alors c'est juste pour faire joli. Comme les piercings en diamant dans le menton de sa jeune apprentie.

05 mars 2008

Paris by night

J'ai vu cette photo tout à l'heure je ne sais plus trop où. On clique pour voir en grand. C'est beau.

Chronique du temps qui passe, mais pas tant que ça

Ce blog a aujourd'hui deux ans. Deux ans déjà ! C'est fou comme le temps passe vite. Je sais à quel point cette phrase fait cliché, mais c'est le moment ou jamais de la placer. "C'est fou comme le temps passe vite", c'est toujours mieux que "Ouhlala comme il a grandi", "Il vous ressemble de plus en plus" et autres "Ah ben ça nous rajeunit pas tout ça". "C'est fou comme le temps passe vite", ça mange pas de pain, c'est un truisme consensuel, tout le monde s'y retrouve et les plus malins pourront toujours réfuter en citant Léonard de Vinci : "C'est à tort que les hommes se plaignent de la fuite du temps, en l'accusant d'être trop rapide, sans voir qu'il s'écoule à la bonne vitesse." Oui, j'ai décidé que cette troisième année serait culturelle. Alors autant commencer tout de suite.

Chaque début d'année s'accompagnant de son cortège de bonnes résolutions, voici un petit florilège de mes meilleurs penchants affichés pour la saison de blog 2008-2009. Je dis florilège exprès, parce que c'est d'un niveau de langue plus soutenu que sélection, et toujours préférable au hideux "best of". Mais j'eusse pu j'aurais aussi bien pu dire anthologie. Ou pas. C'est moi qui décide.

Le 1er mars, sans doute dans l'optique d'avoir matière à écrire dans cet article d'anniversaire, je suis allé m'inscrire à la bibliothèque de Dijon. D'emblée, on voit le côté culturel de la chose. Les plus perspicaces noteront également qu'il m'aura fallu quatre années depuis mon arrivée dans cette ville pour en trouver la bibliothèque, à croire qu'elle était décidément bien mal indiquée. Mais la douce pression de Chérie de Sammy, associée à un manque de place de plus en plus flagrant m'ont aidés à en trouver le chemin. Plus exactement, il s'agit de l'annexe la plus proche de chez nous, dont le responsable m'a gentiment assuré la visite guidée des 40 m². J'aime beaucoup les bibliothèques. C'est juste le fait de devoir rendre le livre après l'avoir lu qui me chagrine. C'est paradoxal pour quelqu'un dont le métier de bibliothécaire aura été la première formation, (et dire que ça remonte à presque 10 ans ! C'est fou comme le temps passe vite !) mais je pense que tous ceux qui se sentent plus ou moins proches de la chose littéraire comprendront ce que je veux dire.

La bonne résolution suivante n'en est pas une, ce qui fait que ce florilège ne comptera qu'un élément. C'est comme ça. Il ne faut pas être trop ambitieux. Il s'agit d'une petite nouveauté sur le blog, la nouvelle version de la "blogroll", qui permet notamment d'afficher ses blogamis en fonction de la date de leur dernière publication. Les liens sont "en dur", je ne sais pas ce que ça veut dire, mais il parait que c'est bien. Je la teste depuis une bonne semaine, et je trouve que c'est plutôt pas mal. Ca prend juste un petit peu plus de place que l'ancienne version, mais ça met mieux en valeur vos productions respectives, que j'ai eu le loisir de découvrir ces deux dernières années. Déjà. C'est fou comme le temps passe vite.

29 février 2008

Chronique du Sapeur, billet paraissant tous les quatre ans

Disponible dans toutes les bonnes librairies, mais aujourd'hui seulement, La Bougie du Sapeur est un périodique paraissant tous les 29 février. Et ce depuis 1980, fait dont je me suis avisé ce matin. La Bougie du sapeur est donc née la même année que moi. Gage de qualité qui ne pourra que conforter le lecteur hésitant devant cet opuscule au prix relativement élevé. Quatre euros, c'est une somme. Ce à quoi je répondrai qu'il est relativement facile, même en ces temps troublés (le pouvoir d'achat, à l'instar du canard sauvage, batterait de l'aile) de thésauriser un euro par an.

Voyez-vous la beauté de la chose ? Une petite boîte, que j'imagine volontiers en fer-blanc et ornée d'une vache hilare, percée d'une fente en son sommet, où le petit enfant glisse une à une les piécettes dans l'attente de ce jour si rare, ce fameux 29 février qui ne tombe que les années bisectiles bisextilles bissextiles - d'ici là il saura même l'écrire. Les plus grands économiseront avantageusement sur le prix de 3 litres d'essence pour s'offrir ce luxe.
"Le 29 février rira, quatre années bien passera"
Li Chen Glu, penseur injustement méconnu
Ce huitième numéro que je survole en écrivant ces lignes parait bien fourni et promet des lectures riches d'enseignement. Mais je ne perds pas de vue que j'ai quatre ans pour en venir à bout. J'apprendrai ce faisant ce que nous réserve l'Administration en matière de taxation automobile, pourquoi le nombre de pêchés capitaux risque de passer de 7 à 6, quels sont les politiciens les plus drôles et comment sont notés les ministre à la fin du conseil de classe : avec carnet de liaison à faire signer par les parents. Puis, quand ce travail m'aura épuisé, je laisserai le supplément La Bougie du sapeur Madame à Chérie de Sammy. En attendant La Bougie du sapeur dimanche, qui devrait sortir, si la météo le permet, le dimanche 29 février 2032...

Photo extraite du site La confrérie du Sapeur
Où serons-nous alors ? Je me souviens très bien du 29 février 2004, je venais tout juste d'arriver à Dijon. Je me souviens un peu moins bien du 29 février 2000, et encore moins du 29 février 1996 ; je ne sais même plus où sont rangés ces précieux anciens numéros. La Bougie du sapeur est-elle un moyen d'éclairer le chemin parcouru ? N'exagérons rien, ses auteurs ne se veulent que de joyeux lurons. C'est à dire qu'ils n'aspirent qu'à habiter dans la riante commune de Lure, berceau de Georges Colomb et du sapeur Camember, qui a même sa statue de bronze quelque part dans la ville. Je nourris le secret espoir que des autochtones me fournissent davantage de précisions sur son emplacement.

Après avoir rendu à Christophe ce qui est à Georges Colomb, et à Lure ce qui est au Sapeur Camember, je ne saurais terminer ce billet qui se veut avant tout culturel sans rendre à Olivier ce qui est à Olivier, l'expert en revues du net, qui nous mâche chaque jour notre web quotidien. A cause de lui, je n'ose plus faire de liens dans mes billets de peur d'être taxé d'imitation ! Il signalait dès hier l'article de Legweak sur le même sujet. Nous voilà unis dans le Camember.

28 février 2008

Chronique des droits du chien

Il y a quelques mois de cela, dans un article injustement cynique et méchamment ironique, j'insinuais qu'utiliser un produit répulsif pour éloigner les SDF, les clochards, les chiens et autres encombrants des pavés du centre-ville, ce n'était pas bien. Il y a des fois comme ça, on ferait mieux de se taire, parce qu'on dit des bêtises sans même s'en rendre compte. C'est vrai quoi, je ne suis pas vraiment qualifié pour parler des pauvres, n'étant pas à la rue moi-même, et encore moins pour donner un avis sur les élus municipaux, n'étant pas maire de ma ville.

Je ne suis qu'un blogueur inutile et improductif, piteusement caché derrière son clavier, qui lâche son fiel sans maîtriser les tenants et les aboutissants du sujet qu'il évoque. Mais je fais amende honorable, je m'excuse, je m'humilie publiquement, et promet désormais de ne plus me mêler des affaires de la Cité, laissant ce soin -que dis-je, cette écrasante responsabilité- à ceux auxquels le peuple a choisi d'accorder sa confiance pour jouer ce rôle. Mon étroitesse d'esprit, mon manque de hauteur de vue, mon absence presque totale de recul par-rapport aux dures nécessités de la vie urbaine m'avaient en-effet fait négliger ce point capital : "Il faut tout tenter dans une ville". Devançant la demande de la population, le maire se doit donc de "répondre aux préoccupations des gens", "d'essayer des choses" pour satisfaire leur légitime demande de sécurité, de salubrité de propreté et de tranquillité.

Et bouter les nuisibles pauvres hors les murs de la cité, c'est un des droits de l'homme -et par conséquent le devoir de l'élu- j'en veux pour preuve les affirmations sus-citées de la personne en charge des Droits de l'Homme dans ce pays. Il est tout simplement impossible de l'imaginer disant quelque chose qui pourrait sembler contraire aux Droits de l'Homme. C'est son boulot, elle sait de quoi elle parle, non ? Ce qui n'est bien évidemment pas mon cas. Mais me voilà bien puni, je ne suis pas près de recommencer à accoler le qualificatif d'humain au premier pauvre venu. La prochaine fois, je songerai à ses sages préceptes avant de dire n'importe quoi, ou mieux encore, je me tairai, de peur de mal m'exprimer, et continuer à passer pour quelqu'un qui parle sans réfléchir.

27 février 2008

Hollywood poster generator

Sur le modèle du regretté "Martine cover generator", son auteur vient de pondre un nouveau joujou, avec des affiches de films hollywodiens : Hollywood poster generator.

Parfaitement inutile, mais tellement drôle.


26 février 2008

Charognards en rafale

Décidément les journalistes se croient tout permis.

On savait déjà que ces charognards gagnaient leur vie en accablant de pauvres hommes politiques. Mais voilà que certains s'imaginent qu'ils peuvent interviewer qui ils veulent, poser tout à trac des questions embarrassantes, venir jouer les troubles fêtes dans une sympathique réunion entre amis.

"Elle a voulu interviewer de manière brutale monsieur Dassault. Les gens s’en sont émus. Je ne peux que regretter la manière non-déontologique dont s’y est pris cette journaliste. "
C'est vrai quoi. Poser des questions qui n'ont pas été approuvées avant, ce n'est pas déontologique. C'est de la provocation pour tout dire. Braquer un micro siglé France Inter sous le nez d'un pacifique marchand d'avions, c'est brutal. Sans doute s'est-il senti agressé cet homme.

C'est d'ailleurs pour ça qu'il s'entoure d'un service de sécurité. Pour éviter ce genre de rencontre inconvenante. Mais les gorilles sont magnanimes. Ils ont tout juste feints de lyncher Pascale Pascariello, parce qu'ils n'étaient pas tout à fait sûrs qu'elle soit journaliste. Il serait en effet regrettable de s'en prendre à un citoyen inconscient mais inoffensif.

Ils l'ont secoué comme un prunier, sans doute pour voir si une carte de presse allait tomber de son blouson, puis lui ont dit de se casser d'aller voir là bas si j'y suis.

On y va avec elle ?


13 février 2008

Au revoir, et merci

On avait tous en nous quelque chose d'Henri Salvador. Je viens d'apprendre sa mort, et ça fait un choc. Quand j'étais petit, j'écoutais en boucle sur un vieux 45 tours Zorro est arrivé, puis j'ai appris à découvrir les autres facettes du bonhomme. Pas seulement un roi du gag, mais avant tout crooner jusqu'au bout des ongles, et la classe internationale jusqu'à 90 ans.
Chapeau l'artiste.
Et merci.



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Le Monde

A tout seigneur tout honneur, c'est chez Maître Eolas que j'ai lu la nouvelle en premier (ou : "la force des blogs") Il a choisi Une chanson douce pour illustration, mais je trouve que le Jardin d'hiver évoque mieux le monsieur Henri des dernières années.

12 février 2008

typoGenerator

TypoGenerator permet de générer un nombre infini d’images typographiques, de typoPosters, à partir d’un texte saisi (ici Chronique des plic et des ploc). Pour construire une image, typoGenerator va chercher des images correspondant à ce texte dans Google Images. Il crée alors un fond auquel s’ajoutent aléatoirement une bonne pincée d’effets, et parfois des lettres ou du texte.

Une fois l’image générée (ça peut être un peu long), on peut l’ouvrir en 640x480, n’afficher que le fond, ou l’enregistrer pour la mettre sur son site (pour usage non-commercial). On peut également lancer un nouvel essai (« try again »), et choisir de conserver le fond, les couleurs et/ou le style du texte. On peut également essayer le générateur sans saisir de texte ou avec un texte sans sens, rien que pour les effets.

Copié-collé depuis Ecrans





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