23 septembre 2009

La petite musique de l'écriture

Martin Winckler (je regrette de n'avoir pas encore lu ses romans, mais ils figurent sur ma liste mentale de lecture) a un blog (en plus de son site, mais ce n'est pas mon propos aujourd'hui) fort joliment intitulé "Chevaliers des touches - un blog pour écrivants". C'est une sorte d'atelier d'écriture, à la manière du regretté Paroles Plurielles, mais où l'auteur intervient à intervalles irréguliers pour publier un billet inspiré par les contributions des participants, l'actualité, ou son humeur du moment.

J'avais déjà apprécié le billet "A qui un écrivain offre t-il ses livres ?", sur la pudeur de l'écrivain à "faire la pub" de ses livres, et sur la portée du geste consistant à offrir un livre, qui n'est pas aussi anodin que ça.

Aujourd'hui, c'est son texte intitulé "Qui a le droit d'écrire ?" qui m'a plu.

Sans ôter le plaisir de la découverte, je dirais juste que c'est un petit coup de gueule pour que l'on arrête de sacraliser l'écrivain, pour dire qu'il n'y a pas de statut d'écrivain, et que ceux qui écrivent pour leur plaisir, pour leur tiroir ou sur un blog que personne ne lit sont autant des écrivains que celui qui est publié.

Longtemps, je me suis demandé si j'avais le "droit" de penser que j'étais écrivain.

Au fil de sa démonstration, il compare l'écriture à la musique : pour dire qu'il y a des écrivains amateurs tout comme il existe des musiciens amateurs, et que cela ne doit pas être péjoratif, ce sont juste des gens qui ont un métier à côté ; avant de pousser la métaphore entre les deux activités -c'est plus vers la fin du texte- en exprimant le côté musicien de tout écrivain :

[...] mais parce qu'écrire [...] était ma musique et le clavier, mon instrument. J'écoutais du jazz au casque, et j'avais le sentiment que le phrasé irrégulier de mon clavier faisait écho à celui de Bill Evans ou d'Oscar Peterson.

[...]

Sur ce blog, qui n'est qu'une estrade au fond d'un bar enfumé, j'ai posé mon piano à écran et je joue pour qui veut écouter. Et toutes celles, tous ceux qui le désirent peuvent monter avec leur instrument, et participer à la jam-session.
Ca ne vous donne pas envie d'aller voir ce qui se passe du côté de ce bar enfumé ?

21 septembre 2009

Lecture lente et lecture rapide

Lu il y a peu sur La République des livres :

Nous nous acheminons vers une lecture à deux vitesses qui obéit à deux rythmes différents. La première consiste à tenir un bloc de papier, un écran d’ordinateur ou un reader entre les mains, à s’engager dans une lecture en continu de textes longs et ininterrompus et à s’immerger en profondeur dans ce tête à tête pour lequel le temps ne compte guère. La seconde place le lecteur face à un bloc de papier, un écran d’ordinateur ou de téléphone portable, et lui propose de lire en discontinu un très grand nombre de choses de manière fragmentaire [...]

Encore faut-il faire l’effort de dépasser cette attitude immature qui consiste à désigner en l’internet le grand coupable et responsable de tous nos maux et dérèglements

Est-il nécessaire d'ajouter que je suis complètement d'accord ? Je suis un grand consommateur d'informations sur internet -informations en tout genre, déversées par les (trop) nombreux blogs et fils auxquels je suis abonné- ce qui ne m'empêche nullement de faire une grande consommation de livres (et de m'en vanter).

Je suis le premier à faire la distinction (mais de manière inconsciente, je suis un peu le monsieur Jourdain du flux) entre ces modes complémentaires de lecture : je suis capable de lire très vite plusieurs articles de journaux (en ligne ou sur papier), de parcourir les dernières productions de blogs pour geeks sympas, puis de passer du temps sur Eolas ou La République des livres ; de me plonger dans les plus de 1000 pages de Belle du seigneur ou de prendre un plaisir extrême à chaque nouvelle livraison de XXI, ce
journal que l'on qualifie encore d'OVNI de la presse alors qu'il se contente d'aller à contre-courant de cette tendance actuelle à favoriser la lecture rapide au détriment de la lecture lente, le flux au détriment du récit. Je pense y revenir prochainement.

15 septembre 2009

Chronique d'un lecteur en vacances, épisode 3 : Les aventures du capitaine Alatriste

"Il n'était ni le plus honnête ni le plus pieux des hommes, mais il était courageux. Il s'appelait Diego Alatriste." C'est par ces mots que s'ouvre le premier tome de la série de romans d'Arturo Pérez-Reverte sur les aventures du capitaine Alatriste.



C'est du vrai roman de cape et d'épée, de ceux qui plongent le lecteur en plein dans le dix-septième siècle. Car le roman de cape et d'épée se doit d'être du dix-septième siècle. Si on vous propose un roman de cape et d'épée qui ne se déroule pas au dix-septième siècle, refusez le, c'est une imposture.

Ces indispensables prémices posés, penchons nous un peu sur le cas du capitaine Alatriste. D'abord il n'est même pas capitaine, mais tout le monde l'appelle comme ça. C'est un titre honorifique en quelque sorte. Et l'honneur, à cette époque, était une chose avec laquelle il ne valait mieux ne pas plaisanter. Celui qui manquait à cette règle avait vite fait de se retrouver avec six pouces d'acier dans le corps. Encore qu'il serait plus juste de dire "en travers du corps", parce que vous pouvez prendre le problème comme vous voulez, mais une épée de six pouces qui vous rentre dans la poitrine, ça ressort de l'autre côté. Surtout lorsqu'elle est maniée par la puissante poigne du capitaine Alatriste.




Ensuite, au physique comme au moral, le capitaine Alatriste est de ces hommes dont il vaut mieux ne pas chatouiller la moustache, qu'il a d'ailleurs bien fournie.Ancien soldat ayant survécu à toutes les batailles, spadassin par nécessité, fine lame par métier et fier par nature, car espagnol, l'homme impressionne par son calme et sa bravoure. Ajoutez à cela une restitution très précise de l'atmosphère du début du règne de Philippe IV (je le sais, j'y étais), dans un empire espagnol décadent et corrompu, et vous aurez un cocktail savoureux, roman de cape et d'épée certes, mais avec de vrais personnages. Roman historique certes, mais avec du caractère.


Autant dire qu'on prend du bon temps à les lire, ces aventures. Ce ne sont que duels à l'épée et à la dague, chapeaux à plumes, cape sur le bras et tavernes obscures. Le reste se composant essentiellement de batailles rangées, d'abordages, de complots ; avec pour méchants récurrents un inquisiteur sans pitié, un conseiller royal sans scrupules, un tueur à gages sans remords et une belle sans cœur. Le tout joyeusement saupoudré de tudieu, mordieu, morbleu et autres plaisants jurons qui donnent envie de changer de siècle.



Vous l'aurez compris, tous les éléments sont réunis pour que les pages de ces romans somme toute assez courts se lisent à grande vitesse et avec grand plaisir. L'astuce -et le paradoxe- de la narration est vieux comme l'art du roman : c'est un jeune garçon, Íñigo Balboa, que le capitaine a pris sous sa protection, qui raconte leurs aventures bien des années plus tard. Le paradoxe réside dans le fait que le garçon n'assiste pas à tout les événements qu'il décrit et que ce n'est sûrement pas le capitaine, réputé peu causant, qui les lui a raconté.

Mais ceux qui s'en offusquent n'ont pas compris que c'est là toute la magie de l'art romanesque.

Mordieu.

***

Les aventures du capitaine Alatriste, par Arturo Pérez-Reverte : 
- Le capitaine Alatriste
- Les bûchers de Bocanegra
- Le soleil de Breda
- L'or du roi
- Le gentilhomme au pourpoint jaune
- Les corsaires du levant

12 septembre 2009

Ca devait arriver...

Que se passe t-il ici ? C'est tout chamboulé ?
Eh bien oui.

D'une part, ce blog a 3 ans 1/2, il était temps de faire bouger un peu les choses. D'où ce nouveau thème, plus moderne, plus beau, plus... différent, mais pas trop (je vous dirai peut-être un de ces jours à quoi vous avez échappé).

Blogger, par Kuribo - Illustration publiée sous licence Creative Commons



D'autre part, j'ai craqué : j'ai rapatrié tous les billets de futur feu-Culture web dans les Chroniques, parce que je n'avais plus envie de me poser de pseudos-problèmes de conscience pour savoir si il fallait parler de tel sujet sur un blog plutôt que sur l'autre ; mais en gardant quand même une petite séparation entre les différents types de contenus : les chroniques, les textes, les brèves, la culture du web. Et les outils, parce que l'on est sur internet, et que tôt ou tard il y a des choses dont il faut apprendre à se servir.

Ces différentes rubriques (qui évolueront sans doute, nous verrons ça petit à petit) sont accessibles depuis les (très jolis) onglets du haut de la page. Pour le reste, des modifications seront sans doute à prévoir, mais j'ai fait en sorte que les habitués des deux blogs retrouvent leurs affaires.


Je profite de ce billet de présentation pour faire un peu de publicité à quelques productions, anciennes ou plus récentes, dont je suis un peu plus content que les autres !

05 septembre 2009

Nino Quincampoix* l'américain

Dans la grande série des sites web bizarres et poétiques dont internet regorge, je voudrais aujourd'hui parler de grocerylist.org, "the world's largest online collection of found grocery lists". Je ne traduis pas, je pense que tout le monde a compris.

Un site qui se contente de scanner et aligner des centaines des milliers (!) de listes de courses ? C'est tout ? Oui, à peu près. Depuis sa création, il semblerait que le site se soit un peu étoffé, prodiguant ici des vidéos expliquant comment est fabriqué tel produit de consommation courante (ici : le bacon ; ça fait envie...), ailleurs des trucs pour consommer moins cher, bref, ça pourrait faire quelques beaux morceaux choisis pour les émissions de coaching style M6...


Mais, fondamentalement, l'activité principale de la maison reste la liste de courses trouvée par hasard. Enfin, par hasard, pour en avoir autant, l'auteur a bien dû les chercher comme il faut. Il s'est donné tellement de mal qu'il en a même tiré un livre et une "liste ultime de courses" (the ultimate grocery list"), téléchargeable en pdf, censée éviter à son heureux possesseur les affres du produit oublié.

Maintenant, nous savons comment on dit Nino Quincampoix* en américain : ça se prononce Bill Keaggy.

***

(*) Nino Quincapoix, vous ne vous souvenez pas ? C'est l'amoureux d'Amélie Poulain, celui qui collectionne les photomaton ratées...

04 septembre 2009

Un lecteur en vacances, épisode 2 : A la croisée des mondes

Mon marathon de lecture estival s'est poursuivi en douceur avec le premier tome de la trilogie A la croisée des mondes de Philipp Pullman, un livre certes dit "pour ados", mais que je n'ai eu aucun scrupules à lire. Et j'en ai eu moins encore à dévorer la suite dès notre retour. Je dois confesser que depuis la série des Harry Potter, je recherchais une série de ce style : facile à lire, avec beaucoup de rebondissements, une histoire captivante et des personnages attachants. Pour la plage et l'imagination.

Mes attentes n'ont pas été complètement satisfaites (ce n'est pas facile de détrôner Harry), mais je ne voudrais pas faire la fine bouche : on est happé par l'histoire dès les premières lignes, qui nous font entrer de plain-pied dans un monde différent du nôtre, avec l'évocation d'objets et de concepts qui ne seront éclaircis que petit à petit. Ainsi, tout le monde se promène avec son daemon, les appareils fonctionnent à l'énergie ambarique et les scientifiques pratiquent la théologie expérimentale. Même les boussoles ne tournent pas vraiment rond. Et les ours, non contents de parler, portent des armures.


Monde fantastique, objets magiques, créatures étranges : Pullman utilise toutes les ficelles de l'héroic fantasy mais l'intérêt principal du roman est ailleurs. Cette notion de théologie expérimentale par exemple. Mine de rien, il s'agit du thème principal autour duquel tourne toute l'intrigue. Mais ça, on ne peut pas le savoir quand on se plonge dans les aventures de Lyra.

Car ce qui est pressenti dès le premier tome sera confirmé par la suite : derrière la façade "roman jeunesse" se cache une entreprise de démolition du fanatisme religieux, voire des religions tout court. Dans le roman, les méchants, c'est les religieux. Qu'importe la croyance, c'est un problème de concept. Si ils croient, c'est qu'ils se sont trompés.

"La religion chrétienne n'est rien de plus qu'une très puissante et très convaincante erreur."

Autant dire que c'est avec ravissement que j'ai poursuivi ma lecture après avoir découvert cet aspect du livre, mais il ne faudrait pas pour autant le réduire à un pamphlet anti-religion. Il y a une vraie histoire, et le ton est assez adulte -je veux dire par là qu'il y a des morts, et que les méchants ne font pas de la figuration.

L'autre élément clé du récit est évidemment la notion de mondes parallèles. D'où le titre, auront déjà compris les plus perspicaces d'entre vous. Je ne m'étendrai pas sur cette idée, je me suis promis de ne pas dévoiler l'intrigue en débutant l'écriture de cette chronique.

Quoi d'autre ? La recherche du père est un thème qui sous-tend discrètement toute la trilogie ; la découverte que celui-ci n'est pas invincible est son inévitable pendant. C'est bien sûr un roman d'apprentissage, les jeunes héros ont une quête à accomplir, ils en ressortent différents, grandis ; l'exercice semble quasiment obligatoire pour ce type de livre.

C'est aussi, plus finement, une histoire qui révèle l'importance de raconter des histoires. Lyra commence par inventer des mensonges, puis apprend que l'on peut raconter sans mentir, juste en imaginant. Construire à partir de ce qu'on a vécu, c'est sur cette idée que Pullman conclut, et tire une morale digne du conteur qu'il est : les histoires, c'est fait pour vaincre la mort.

***

A la croisée des mondes : Les royaumes du Nord, La tour des anges, Le miroir d'ambre / Philip Pullman

02 septembre 2009

Des collines d'un vert bien saturé

Dans la foulée de mon article d'hier sur l'image "colline verdoyante" de Windows XP, je voudrais ajouter aujourd'hui un mot sur des photographies issues du site amolife : Incredible Photography of Fields.

Vous voyez le lien avec l'article précédent ? 

Faut traduire ça comment ? "Des photos incroyable de champs "? Sans doute. Mais ce qui m'a paru incroyable, c'est l'extrême saturation de ces photos. Un peu ça va, mais là, c'est presque trop... à la limite du kitsch. Je vous laisse juger.

01 septembre 2009

Des collines verdoyantes jusqu'à plus soif

Je pense que tout le monde connait la fameuse image "Colline verdoyante", fonds d'écran par défaut de Windows XP, et qui serait de ce fait l'image la plus diffusée au monde :


A partir de cette photo somme toute banale, on peut dire quelque petites choses.

A la manière de son article sur Wikipedia, où des geeks expliquent à qui veut bien les lire la genèse de cette photo, on peut donner le jour et l'heure où elle a été prise, la météo lors de la prise de vue, le type d'appareil utilisé et toute une foule de renseignements passionnant comme l'algorithme de compression utilisé.

On peut aussi trouver le même paysage, en automne, avec des vignes, toujours sur Wikipedia :


Si ce n'est pas le même endroit, ça a au moins le mérite de ressembler.


En cherchant un petit peu, on découvre vite que l'icône a eu son lot de parodies, détournements, réutilisations ou œuvres d'art :



Et si vous cherchez vraiment bien, vous pourrez même y voir la tête du diable... (mais il faut vraiment être resté trop longtemps sur la photo à ce stade)

28 août 2009

Chronique de l'été qui s'enfuit

Ce vendredi soir, au supermarché, c'était le dernier vendredi de vacances avant la rentrée. Ce n'était pourtant pas la traditionnelle ruée, les familles n'ayant pas encore reçu les listes de fournitures absolument indispensables à la réussite de l'année scolaire de leurs rejetons, cahier blanc à petits carreaux, feuilles perforées à simple interligne, stylo plume à encre bleue, cahier de texte, compas, rapporteur et autres crayons HB avec la gomme au bout.

Pour ma part, c'était mes préférés, les HB de chez staedtler, superbes dans leur habit à rayures jaunes et noires, comme Nestor, le domestique du château de Moulinsart. Et la gomme ne servait pas à tant à effacer qu'à mâchonner pensivement, ou plutôt distraitement, lorsque les cours de mathématiques tendaient à durer un peu trop longtemps.


Il régnait dans les allées une douce nostalgie qui ne disait pas son nom, perceptible seulement à quelques indices épars ; une atmosphère qui n'était pas tout à fait celle d'une fin de vacances, et pas encore celle d'un début d'école, où quelques stigmates des activités des dernières semaines restaient visibles. Beaucoup de shorts, de manches courtes et de lunettes de soleil ; des kilomètres carrés de peau bronzée, des T-shirt I love Barcelone, des badges à la gloire des USA, des paniers de paille tressées et des chapeaux de la même matière.

Et des tongs. C'est effarant le nombre de pieds chaussés de tongs que j'ai pu voir. A croire que la tong, plus que le short, les lunettes de soleil ou la crème solaire, sont l'accessoire incontournable du costume du vacancier.

Sauf pour l'homme qui s'était trompé de saison. Je l'ai vu arriver, à côté de moi, alors que j'attendais placidement mon tour pour poser mes achats sur le tapis roulant. Pas de short, pas de chemisette, et encore moins encore de tongs. Il portait un jean's, un sweat-shirt en polaire assorti d'une capuche et des chaussures montantes noires en cuir épais.

Peut-être rentrait-il d'un pays très froid ? Peut-être s'était il fait voler sa valise à l'aéroport ? Ou alors, peut-être voulait-il simplement conjurer à sa façon la douce nostalgie de l'été qui s'enfuit.
***
Source de la photo : Flickr

Hexday, beautiful day

Vous voyez les petites bandes de couleur juste là ? Oui, là, sous cette phrase :


C'est un petit badge qui s'incrémentera chaque jour d'une nouvelle couleur que j'aurai choisie sur le site Hexday.

C'est inutile, ça n'augmentera pas mon nombre de visiteurs, je n'aurai pas plus d'amis sur Facebook, ni de "followers" sur Twitter. C'est juste un acte gratuit et poétique, pour lequel es créateurs du site devraient être loués.

Le tout donne une sorte d'œuvre collective, formant une mosaïque aux pavés de couleurs de plus en plus réduits et disparates au fil des mois et des humeurs des participants.  Et c'est très bien comme ça.



Il y a même un flux RSS pour visualiser ce petit feu d'artifice collectif, sur son bureau ou sur sa page Netvibes. C'est grand et magnifique.





20 août 2009

La grande misère de Facebook

Vu à l'instant sur Facebook :


C'est tout, je crois que ça se passe de commentaires.



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19 août 2009

Star Wars en fines tranches

Vu sur Ecrans il y a un petit bout de temps et conservé au frais depuis dans mes favoris : Star Wars Uncut.

Il s’agit de découper Star Wars épisode IV (le tout premier, donc) en 473 plans de 15 secondes, puis de demander aux internautes de retourner une ou plusieurs séquences.
En gros, ça peut donner ça :

Star Wars Uncut - Scene 400 from r2witco on Vimeo.



Sympa, affaire à suivre.

17 août 2009

Chronique d'un lecteur en vacances - Episode 1 : Les aventures de Boro, reporter photographe

Je lis beaucoup. Enfin, beaucoup, beaucoup, tout est relatif. Disons plutôt pas mal. En quantité. Un peu plus que la moyenne de mon entourage. Mais sans doute pas assez au regard de la liste toujours renouvelée de livres à lire. Mais si il est une saison où je peux m'adonner à cette activité dans toute son ampleur, c'est bien l'été. J'aime beaucoup lire pendant les vacances. C'est vraiment le moment de l'année qui se prête le plus à cette activité : plus de travail, plus d'ordinateur, de longues plages (de temps et de sable) pour bouquiner assis, couché, debout (pourquoi pas) ou dans l'eau (déconseillé).

A ce titre, la saison 2009 a été particulièrement productive. C'est pourquoi j'ai pensé en faire ici-même un petit compte-rendu, en un ou plusieurs épisodes.

***


Blèmia Borowicz ("Blèmia pour le prénom, Borowicz pour le nom, Boro pour la signature") a un sale caractère, une jambe foutue et la canne qui va avec, mais ce sont ses seuls points communs avec Grégory House. Lui, son style à la ville c'est plutôt sosie romanesque de Robert Capa, avec Leica en bandoulière, nom compliqué (Endre Ernő Friedmann pour le modèle), origine hongroise et pseudo en quatre lettres.

Lui aussi fondera sa propre agence quand il sera riche et célèbre ; je le sais parce que c'est explicitement dit dans le roman. C'est un peu dommage : le suspens en est drôlement limité. La série complète doit faire quatre ou cinq tomes, je ne sais plus trop, mais on sent bien que les auteurs savaient déjà dès le premier comment tout cela se terminerait. Ce qui est plutôt logique en soit, je ne conteste une louable volonté d'organisation dans le travail, mais les auteurs ne jouent pas le jeu du roman, ils oublient que le lecteur peut aussi aimer avoir des surprises.

Autres détails chiffonnants : ils savent ce qu'il va se passer et savent que le lecteur le sait aussi, d'où des annotations du genre "Nous sommes le 29 janvier 1933. A Berlin, se joue le sort du monde libre." Eh bien moi, quand je lis un roman à prétention plus ou moins historique, j'aime bien faire comme si je ne savais pas comment l'Histoire, la vraie, s'est passée. Un peu comme dans Vingt ans après, quand les trois mousquetaires qui en vrai sont quatre mais ne nous égarons pas, veulent sauver Charles 1er d'Angleterre du billot : on y croit jusqu'au bout, et pourtant, on sait comment ça finit...

En outre, il y a trop de clins d'oeil, trop de personnages plaqués au détour d'une phrase pour créer une ambiance années 30 : Joséphine Baker, Kiki de Montparnasse, Foujita... Dumas utilisait aussi des personnages historiques, mais avait le bon gout de les laisser dans leur jus.

Heureusement, l'histoire est prenante, et fait oublier, après quelques chapitres, certains passages inégaux, probablement dûs une écriture à 4 mains : une histoire d'amour presque impossible, un gentil photographe intrépide, de méchants nazis et une organisation secrète dont je n'ai pas bien saisi l'utilité au final...

Heureusement, je suis bon public, aussi lirai-je la suite un de ces jours, mais pas dans l'immédiat. J'ai d'autres suites à lire dans un premier temps.

A suivre !


Au menu :

- La dame de Berlin
- A la croisée des mondes : Les royaumes du nord
- Le capitaine Alatriste
- Belle du seigneur
- Vacarme dans la salle de bal
- Gros-Câlin
- La ballade du café triste
- La jeune fille à la perle
- La coeur à la craie
- Les gens

23 juillet 2009

Bon comme du bon pain ?

Jusqu'où peut-on aller au nom de l'art ? Très loin, sans aucun doute.

Kittiwat Unarrom, artiste thaï, a carrément choisi le morbide. Il confectionne avec amour des têtes coupées, des bras pendus à des crocs de bouchers, des jambes en tas, des organes aux belles couleurs anatomiques. Et tout ça en pain. Emballé sous cellophane et prêt à consommer.



C'est extrêment dérangeant. Et je crois bien que c'est le but. Même si je ne comprend pas pourquoi il fait ça. Faire réfléchir sur l'image ? (du pain en forme de cadavre, c'est toujours du pain) Juste le plaisir de provoquer ? Jouir de nos questions sans réponses et de notre malaise face à son oeuvre ?

Peut-être tout cela à la fois.





Dans un genre légèrement différent, mais tout en restant dans le même registre du cannibalisme soft, Sharon Baker, la bien nommée (je ne vous ferai pas l'affront de traduire), a réalisé une sculpture de son corps, en pain toujours, l'a fait cuire et... a invité tout le voisinage à venir le manger !




Il parait toutefois que c'était pour une bonne cause, avec bénéfices reversés à la lutte contre le cancer du sein. Mais tout de même. La mode reviendrait-elle au cannibalisme par farine interposée ?

Méfiez vous des boulangers !

20 juillet 2009

Vacances !

Je crois que ça se passe de commentaires. Reprise de l'activité bloguesque en septembre, peut-être avant si le temps le permet. Et quand je parle du temps, je ne parle pas que de la météo, mais surtout de celui qui est mesuré par l'écoulement du sablier... Songez-y quand vous serez sur la plage : tout ce sable bêtement gâché !

Photo de JL62, publiée sous une licence Creative Commons

Si mon temps me le permet donc, j'aimerais vous entretenir de XXI, magazine hors-norme et trimestriel, du Petit Nicolas, de Sherlock Holmes et de Henry David Thoreau. Rien que du grand et du magnifique.

Et des crêpes, parce que tout ça donnera forcément un peu faim.

Et de l'auditorium de Dijon, qui est un très bel endroit, mais dont les dirigeants devraient cesser sans délai la consommation d'herbes exotiques, vraiment..

Et peut-être aussi finir ma série La Patrie reconnaissante, bien qu'elle ne semble pas avoir rencontré son public, comme on dit pudiquement dans le milieu du spectacle après avoir fait un bide !

Et beaucoup plein quelques petites choses encore !

Jusqu'à la fin du mois d'août, vous retrouverez la musique libre de l'été tous les lundis, et de nouveaux articles paraitront dès le 1er septembre. Ou peut-être avant. On verra bien.

15 juillet 2009

Little people

Le photographe Slinkachu a réalisé une série intitulée "Little people", mettant en scène de petits personnages dans un cadre réel -la plupart du temps la rue- en jouant sur l'échelle de la photo pour créer un décalage entre l'aspect réaliste et la mise en scène de jouets.

via Cocktail de Web News via Cgunit

 
 



La série complète est visible sur le site de l'auteur : http://www.slinkachu.com/ sur lequel on peut en outre comparer l'image "à hauteur d'homme" et le résultat final.



12 juillet 2009

Mais qui est Ashley Leon ?

Je ne sais pas si vouss avez fait attention mais Michaël Jackson est mort (et toujours pas resuscité, mais qu'attend t-il, le bougre ?) Non, ce n'est pas cela qu'il fallait remarquer ; ce que je voulais vous montrer c'est, que dans une bonne partie des articles annonçant la mort du chanteur et le désarroi de ses fans, un nom revient régulièrement : Ashley Leon.



On ne sait d'ailleurs pas trop s'il s'agit d'un garçon ou d'une fille, ça change au gré des articles : il s'agit tantôt d'un étudiant, tantôt d'une étudiante. Les plus prudents disent "un fan" pour mettre tout le monde d'accord.

Un petit tour sur Wikio nous démontre l'étendue de cette célébrité toute relative, car tous les articles sont datés du 26/06.

Mais pourquoi ce quart d'heure de gloire virtuelle pour ce fan voué au retour à l'anonymat ? Parce que c'est lui l'auteur de la fameuse phrase "On savait qu'il était fou. Mais c'est Michael Jackson", repris par de nombreux sites et blogs, dont celui-ci.

La morale de cette anecdote sans grand intérêt ? Quand vous êtes interrogés par un journaliste, réfléchissez bien avant de donner votre vrai nom.

Ou prétendez vous appeler Ashley Leon.

08 juillet 2009

Minuit moins 5 à Longyearbyen

Longyearbyen. Je ne sais même pas comment ça se prononce. Longyearbyen. Sûrement d'une drôle de façon. Longyearbyen, vous parlez d'un nom. Longyearbyen, c'est le chef-lieu de l'archipel norvégien du Svalbard. On peut aussi dire archipel du Spitzberg, c'est joli aussi. C'est un endroit charmant, à 1.000 km du pôle Nord à peu près. La température y est très occasionnellement positive. Une canicule a fait plusieurs morts il y a quelques années de cela.[1] Pensez donc, il avait fait 21° C pendant plusieurs heures d'affilée.[2]

Longyearbyen est donc la localité rêvée pour les personnes qui craignent les chaleurs excessives. Et la foule. Car cette capitale provinciale de 2000 âmes (2075 en 2007, mais la canicule est passée par là) offre, outre le confort moderne que les plus rustres des ours blancs sont en droit d'exiger, un espace vital relativement conséquent[3], propre à satisfaire les misanthropes les plus farouches.


Longyearbyen, l'été - Wikimedia commons

Longyearbyen est à ce point idyllique que des hommes sérieux, des scientifiques à la blouse blanche et à l'air grave[4], ont décidé d'en faire le lieu de la sauvegarde de l'humanité, rien de moins. Comprenez-moi bien : il ne s'agit pas de tous déménager dans ce petit coin de vacances sur glace pour échapper aux tracas du quotidien, mais bel et bien de creuser un trou dans le permafrost pour cacher les petites graines de l'humanité. Non, pas ces petites graines là ; de vraies petites graines, celles du riz, du blé, des lentilles, du mil, du sorgho... de la pomme de terre, qui n'est pas vraiment une graine, mais les norvégiens sont des gens tolérants.

Voilà pourquoi, le 26 février 2008, alors que le jour allait bientôt se lever[5], des personnalités aussi éminentes qu'emmitouflées se sont rendues à Longyearbyen, chef-lieu de l'archipel de Svalbard, pour inaugurer la plus grande réserve de semences du monde. On avait posé sans eux la première pierre, plusieurs mois auparavant, parce que manipuler une truelle avec des moufles, ce n'est pas facile.

Mais pourquoi cette réserve, à cet endroit, par ce froid ? Est-ce bien raisonnable ?




Il semblerait que oui. Les scientifiques à air grave et blouse blanche évoqués plus haut ont longuement étudié la question, et leur conclusion est sans appel : l'humanité court à sa perte.

Plutôt que de s'avouer vaincus devant cette triste évidence, l'idée a -eurêka- germée dans un de leurs cerveaux fertiles : si l'on ne peut rien faire pour éviter l'inéluctable auto-destruction finale, et imminente, de l'espèce, faisons au moins en sorte que les survivants du cataclysme aient de quoi casser la croûte. Planquons les graines dans un frigo.

C'est ainsi que le nom de Longyearbyen s'est imposé. C'est ainsi que ce bout de terre gelée oublié du monde a hérité de son sanctuaire. Pour assurer la sauvegarde de la diversité végétale de la planète contre, comme le dit joliment l'AFP, "le changement climatique, les guerres, les catastrophes naturelles et l'incurie des hommes".

L'incurie des hommes, ça peut être une banque de semences qui perd un de ses échantillons[6] (les scientifiques sont parfois tellement distraits) ; ça peut aussi être un militaire qui fait une fausse manœuvre en admirant son dernier joujou.

Il faut dire qu'avec un stock mondial de 20590 bombes nucléaires (à peu près), le risque d'une fin digne du docteur Folamour[7] commence à devenir non négligeable. Si l'on ajoute au tableau les perturbations dues au changement climatique, les problèmes liés aux hydrocarbures (pic pétrolier, géopolitique du pétrole) ou encore les risques liés aux nouvelles technologies[8], on comprend mieux l'urgence de planquer sa graine. Scrat l’écureuil a bien raison.[9]









20590 têtes nucléaires, c'est plus qu'il n'en faut pour faire exploser plusieurs fois la planète. Les surnuméraires sont conservées pour le cas où l'ennemi trouverait refuge sur une planète de secours. Car l'ennemi est fourbe. Il faut tout prévoir.[10]

Pendant que les militaires préparent l'avenir, les scientifiques, inquiets, calculent le compte à rebours avant le feu d'artifice. Ils ont à cet effet mis au point une "horloge" conceptuelle sur laquelle minuit représente la fin du monde[11]. A chaque regain de tension, à chaque soubresaut un peu plus violent entre un prince voyou et un Etat sans rire, ils avancent l'horloge du nombre de minutes qu'ils estiment nécessaire. A l'inverse, à chaque signe de détente, dès qu'un sale gosse cacochyme accepte de se séparer de quelques unes de ses bombinettes, ou qu'un bienfaiteur de son peuple rend son dernier soupir, ils reculent de plusieurs minutes le décompte fatal.

Depuis le 17 janvier 2007, l'horloge de l'apocalypse est à 23h55.

A Longyearbyen, il parait que les ours blancs s'en foutent.

***
[1] C'est pas vrai
[2] C'est vrai
[3] Deux fois la superficie de la Belgique pour 2300 habitants, on est à l'aise
[4] Ce n'est pas totalement vrai : selon l'UNESCO, un chercheur sur quatre est une chercheuse. Seulement.
[5] Celui qui suit la nuit polaire, bien entendu
[7] Java des bombes atomiques... et 10 femmes pour un homme pour les survivants réfugiés dans une "arche de Noé"
[8] Source : Wikipedia
[9] Ca, c'est pour détendre l'atmosphère
[10] C'est sans doute ce qui explique le nombre proprement ahurissant d'essais nucléaires menés entre 1945 et 1998 : 2053.Voir l'article "La musique de l'apocalypse"
[11] L'horloge de l'apocalypse ou Doomsday clock

04 juillet 2009

Coup de grisou pour genre mineur (article mis à jour)

Qui oserait prétendre que les albums pour enfants ne sont qu'un genre mineur ? Sûrement pas moi. Ni Dame Kiki de Posuto, qui chronique régulièrement des œuvres remarquables de la littérature enfantine sur Pages à pages.

Attention, je ne parle pas des aventures de Blump le canard ou de Martine chez le dentiste. Je parle des vrais albums, pensés, conçus et édités avec sérieux, quand ce n'est pas avec passion ; par des gens qui en font profession, quand ce n'est pas profession de foi.

Ancien étudiant en métiers du livre, j'ai certes mal tourné (10 ans plus tard, je ne suis pas bibliothécaire) mais j'ai malgré tout conservé une affection particulière pour ce support, qui me pousse, chaque fois que l'occasion m'en est donnée, à regarder ces ouvrages d'un œil attendri et presque professionnel.

Et dans le registre de l'album jeunesse, on peut trouver de tout, le meilleur comme le pire. J'en veux pour exemple l'excellent album Marius, publié par les non moins excellentes éditions de l'Atelier du poisson soluble, et l'affreux Dans ma rue, commis par les pourtant pas moins bonnes éditions du Rouergue.


Marius, de Latifa Alaoui M. et Stéphane Poulin, aborde sans inutiles fioritures ni fausses pudeurs la question de l'homosexualité. Et celle du divorce, mais de façon presque accessoire.
Je m'appelle Marius, j'ai cinq ans et j'ai deux maisons.
Maintenant maman a un nouvel amoureux.
Mon papa aussi a un nouvel amoureux.
Quelques vérités sont ainsi amenées, tranquillement, sans avoir l'air d'y toucher : homosexuel, ce n'est pas un gros mot, même si il faut quand même l'expliquer à la maitresse ; deux hommes qui vivent ensemble, ce n'est pas "mal", même si mamie pense le contraire ; et ce n'est même pas héréditaire : le petit garçon, avec son épée en bois et son bandeau sur l'œil, rêve, dans sa cabane de pirates, de sa future femme pirate (avec un bandeau sur l'œil aussi, sinon on est pas un vrai pirate).



L'ensemble est joliment agrémenté de quelques trouvailles d'illustration : une poule mouillée, forcément sous un parapluie, et "je suis la puce de maman et le poussin de papa", au sens propre. Le résultat est parfait. Pas un mot de trop, pas un dessin inutile, juste ce qu'il faut et sans provocation, pour briser les tabous en douceur.


Tout le contraire de Ma rue. (Guillaume Guéraud et Anne von Karstedt)


Des éditions du Rouergue, je gardais le souvenir d'albums aux choix parfois audacieux mais jamais choquant, la plupart du temps novateurs, souvent avec une touche de poésie. Qu'est ce qui leur a pris ?

Ma rue, c'est un fleuve de sang qui serpente entre les immeubles, sortant parfois de tunnels figurant une bouche ouverte où les pierres de taille sont les dents d'une mâchoire horrible comme la gueule de l'enfer... Ce sont des corps disloqués des gens qui s'aimaient, et qui meurent sur l'asphalte sanglante ; c'est une rue avec des barreaux aux fenêtres, du fil barbelé, des panneaux indicateurs en guise de végétation.


"Ma rue aime les amoureux. Elle embrasse les corps brisés et emballe les coeur perdus. Ma rue me noue les tripes."

Bref, c'est cauchemardesque. Je n'arrive pas à comprendre que des gens sérieux, des grandes personnes sensées et raisonnables, aient conçu le projet de donner à voir une chose pareille à des enfants. Même moi, qui suis, d'après l'état civil et les impôts, plus proche du groupe des grandes personnes que de celui des pirates à cabane (et bandeau sur l'œil), j'ai eu des frissons en le feuilletant.

Jusqu'alors, je n'avais vu un tel "climat de peur et de violence" (via L'idiot du village) que dans la tétralogie du monstre, d'Enki Bilal ; là aussi, un décor blafard, un dessin minutieusement torturé, des images délirantes, mais au service d'une œuvre et d'un univers. Et d'un public un peu plus âgé que celui auquel Ma rue est censé s'adresser.

Ne vous avais-je pas prévenu ? L'album pour enfants ne relève pas d'un genre mineur.

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Pour aller plus loin :
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Petite mise à jour du 04/07/2009 :

Suite à une remarque pertinente de Chérie de Sammy, je me suis avisé que Ma rue n'était pas à proprement parler un album pour enfants, mais un "livre enfant à partir de 10 ans" (qui était dans le secteur adultes de la bibliothèque, qui plus est) Il n'empêche. J'ai décidé que ce livre/album devait faire peur, donc je n'en démordrai pas ! (oui, il m'a vraiment mis mal à l'aise)

D'ailleurs, l'auteur, Guillaume Guéraud semble s'être fait une spécialité du style "dérangeant" ; présenté comme "l'un des auteurs jeunesse les plus dérangeants de sa génération", il a obtenu le prix Sorcières[1] en 2007 pour son roman Je mourrai pas gibier, roman (très) noir pour ados.

Il est également l'auteur de romans d'anticipation comme La brigade de l'oeil, dans la droite ligne de ce que nous venons de voir.

Sans doute ai-je trop rapidement classé Ma rue, sans doute l'ai-je tout bonnement mal compris. Je me rends compte que nous avons affaire à un véritable auteur, qui impose son univers, au mépris du risque de choquer, ce qui n'est pas pour me déplaire. Même si je n'arrive pas à me défaire du sentiment de malaise que cet album m'a procuré, il est tout de même frappant que je me sois senti obligé de publier ce correctif à propos de cet album ci ; je reviendrai peut-être sur cet auteur, son univers, et la littérature jeunesse en général dans une autre chronique.

[1] Décerné par l'ALSJ, Association des librairies spécialisées jeunesse ; voyez leur blog : Citrouille et leur interview de Guillaume Guéraud

03 juillet 2009

La musique de l'apocalypse

Isao Hashimoto a réalisé une animation mettant en lumière d'une façon originale et, il faut bien le dire, artistique, les 2053 explosions de bombes nucléaires tirées entre 1945 et 1998, de Los Alamos aux essais pakistanais.

Il a utilisé un son et une couleur par pays ; associés au son spécifique signalant le changement d'année, l'ensemble donne une oeuvre de musique minimaliste, assez envoûtante, hypnotisante, et légèrement écœurante quand on se reprend à penser que chaque point sur la carte est un essai de bombe nucléaire.

Je pourrais disserter sur l'inanité financière de ces 2053 occasions de mieux dépenser l'argent du contribuable, mais mon propos n'est pas là.


En regardant ce film (il dure plus d'un quart d'heure quand même), j'ai eu peur. Je me suis dit qu'un jour... ce ne serait plus un essai, encore une fois. Une fois de trop.

La dernière.

Cette petite mélodie entêtante à des airs de musique de fin du monde.

via Art Space Tokyo : Half a century of nuclear explosions

Cet article est le pendant d'une chronique beaucoup plus longue qui sera publiée sur les Chroniques de Sammy dans quelques jours. Je placerai les liens de l'un vers l'autre dès que le texte sera publié.

Mise à jour du 08/07/2009 :

La chronique annoncée est désormais en ligne : Minuit moins 5 à Longyearbyen

28 juin 2009

Des psychopathes, des psychopathes, oui mais à Miami

Morgan Dexter n'est pas un mauvais garçon. Au dire de ses voisins, collègues et fréquentations occasionnelles, ce serait même plutôt un voisin charmant, un collègue sympathique ; un bon garçon. Même si certains le trouvent indéfinissablement bizarre. Sans pouvoir expliquer pourquoi. Juste une sensation.

Pourtant, c'est un bon garçon. Souriant. Toujours le mot pour rire. Gentil avec les enfants. Bien habillé. Propre. Méticuleux. Normal. Du moins il s'efforce de paraitre tel. Parce que tout dépend de ce que vous entendez par normal. Dans son genre, il est tout à fait normal. Il se prépare longuement, choisit le bon moment, et offre un travail soigné à ses camarades de jeu.

Son genre, c'est serial killer.



On peut donc affirmer qu'il n'est pas exactement comme tous les autres. Pour lui, les autres, ce sont "les humains". Il se rend bien compte qu'il n'est pas comme eux, avec leurs émotions, leurs coutumes, alors il fait ce qu'il peut pour les imiter, même si de temps en temps, il ne colle pas complètement à l'image que la société attend de lui, même si certaines de ses phrases commencent par "je" et finissent par "nous".

Parce qu'il n'est pas tout seul dans sa tête, Dexter. Il y a aussi le "passager noir" sur le siège arrière, passager clandestin qui prend les commandes de la dextermobile de temps en temps, pour s'offrir une petite virée.


Mais Dexter n'est pas non plus comme tous les serial killer : il ne tue que les méchants. Il ne tue que ceux qui le méritent. C'est à cause de l'éducation très stricte qu'il a reçu de son papa adoptif, ancien flic. Et puis il ne voudrait pas faire de la peine à sa petite sœur, jeune flic. Mieux que ça : à l'occasion, il lui donne un coup de main dans ses enquêtes, grâce à ses "intuitions" à la limite de la divination dès qu'il est question de meurtre !

Alors il choisit ses victimes, il fait des listes de méchants à éliminer et, quand le passager noir réclame son dû les soirs de pleine lune... Jetons un voile pudique sur cette scène de plaisir intime entre ce cher Dexter et son passager noir. Il ne restera à la fin que des sacs poubelle très propres, au contenu bien découpé, parce que bon, ce travail, son vrai travail, c'est avant tout un art, voyez-vous. Et puis le sang, c'est tellement sale. Tellement vulgaire. Juste bon pour les cinglés à la petite semaine.

Le reste du temps, il se fond dans la masse et exerce son métier de couverture avec application. Il est expert judiciaire au service médico-légal de la police de Miami. Sa spécialité, ce sont les tâches de sang...

Le décor est posé, à vous de décider ou non de faire connaissance avec ce charmant garçon. C'est une lecture agréable pour un après-midi au bord de la piscine, une matinée au lit, un moment transat. Je le déconseillerais toutefois pour les nuits d'insomnies, les femmes enceintes, les âmes sensibles, les allergiques à l'humour noir.

Et les serial killer. Qui n'ont aucun humour, ils font juste semblant.

***

Pour aller plus loin :
  • Ainsi que le rappelle Kiki en commentaire, Dexter est également une série saluée par la critique, bien plus intéressante que les romans "plutôt médiocres et complaisants" de Jeff Lindsay. (C'est eux qui le disent, moi je suis un gentil, un vrai, je traduis ça par "lecture agréable au bord de la piscine"...)

27 juin 2009

Michael Jackson, Twitter, et la nouvelle circulation de l'information

Article très intéressant de Damien Douani sur Read write web France, à propos de la mort de michael Jackson et de la transmission de l'information ; il a décidé de passer toute la nuit à observer, sur le net et à travers les médias "traditionels", la propagation de l'information sur la mort de Michael Jackson :
c’est typiquement le type d’électrochoc émotionnel qui permet de voir comment les courants informationnels se diffusent désormais, notamment quand les “médias classiques” sont pris au dépourvu
Il en tire la conclusion que cet événement est la démonstration d'une nouvelle hiérarchisation de l'information, ou plutôt de ses vecteurs de diffusion en cas d'événement soudain.



Idées fortes de son raisonnement :
- l'information se propage par bouche à oreille numérique
- la rumeur s'auto-régule (exemple de la mort supposée de Jeff Godblum)
- d'un réseau à l'autre, le contenu ne sera pas exactement le même : "alors que twitter véhicule du brut, de l’émotion spontanée, de l’information, du “breaking news”, facebook s’installe dans le partage, le souvenir, la mémoire"
- le mode de fonctionnement des médias "classiques" limite leur réactivité
-à l'inverse, les blogueurs sont plus réactifs

      Quelques remarques personnelles sur ces observations :
      - les "médias sociaux" et sites de micro-blogging s'avèrent de plus en plus efficaces pour relayer de façon extrêmement rapide une information
      - par contre, celle-ci peut être vraie... ou fausse, et l'auto-régulation évoquée suppose malgré tout l'intervention d'une source "extérieure" fiable
      - les médias dits "traditionnels", certes structurellement plus lents, ont tout de même pour métier de vérifier et de recouper l'information (en théorie)
      - c'est en général chez eux que l'on trouvera les détails, les explications et les analyses ultérieures à l'évènement, internet se contentant, dans cette seconde phase, de reprendre en boucle, comme Damien Douani le remarque lui-même : "on ne verra ressurgir dans twitter que les news liées aux “élucidations” sur les circonstances de sa mort"