24 septembre 2006

Chronique scientifique des crêpes et de la sagesse populaire

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les chercheurs sont des gens comme vous et moi. Je le sais, je les ai rencontrés. Cela se passait la nuit dernière, à l'Atheneum qui n'est pas, contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, une reproduction d'Athènes en linoléum, mais le Centre culturel de l'université de Bourgogne. L'événement avait lieu dans le cadre de la Nuit des chercheurs, encore un événement à l'échelle européenne, beaucoup moins connu que les journées du patrimoine, et c'est bien dommage.


Parce que les chercheurs ne sont pas tous de vieux messieurs en blouse blanche et à la peau décolorée à force de ne pas voir la lumière du soleil. C'est fou, mais des chercheurs, il y en a de tous les âges, de tous les pays et même des deux sexes. Une telle découverte va en étonner plus d'un, je le sais, mais le premier impératif de la méthode scientifique n'est-il pas de savoir remettre en cause ses certitudes ?

Le but de cette nuit était donc de montrer les hommes derrière leur domaine d'activité, de faire comprendre que la science est avant tout une affaire de passion. Voilà pourquoi, au milieu de la musique et des néons à ultra-violets, 10 chercheurs venus de toute l'Europe présentaient leur travail et discutaient avec un public curieux et attentif.

Juste à côté de l'entrée se tenait Calin Pop, un chercheur-philosophe roumain, qui expose sa vision de l’infini chez Blaise Pascal. "La philosophie doit se rapprocher de ce qui est étrange et qui ne se trouve pas à la portée de la main." Tout un programme... Mais c'est à Barbara Rega, une chercheuse italienne en science de l’alimentation et spécialiste des arômes que j'ai parlé en premier. Pendant 20 minutes, il ne fut question que de macromolécules, arômes volatils et polymères bruns. Je n'ai pas tout compris, mais c'était grand et magnifique. J'aurais au moins appris qu'un polymère est un assemblage de molécules, que l'amidon est un polymère de glucose, et que l'ADN est aussi un polymère. Je suis content de tenir un blog, sinon je n'aurais jamais pu replacer ces belles choses.

Notre discussion moléculaire est interrompue par l'annonce de l'imminence de la conférence du Docteur H. Je suis aussi venu pour ça, je ne voudrais pas le rater. Spécialiste mondial dans sa matière, le docteur H est un crêpologue illustre, qui a fait salle comble pour cette intervention qui fut longuement ovationnée.


Veste blanche, chemise à carreau et lunettes carrées, le tout assorti d'un fort accent germanique, le docteur commence par nous remercier pour l'intérêt que nous portons à la crêpe, puis présente le plan du cours. Nous allons tout savoir sur la crêpe, de sa genèse à son comportement en société en passant par ses maladies, le tout précédé d'une introduction sur les différents types de crêpes, et accompagné de projection de diapositives, de citations de multiples livres et de graphiques extrêmement convaincants.
"Il est vrai que nous rencontrons la crêpe ordinaire (Galletta ordinaris domestica), le plus souvent à proximité des hommes, plus rarement en pleine nature"
Bientôt, l'ondulose et la pokomonéose, de même que la tératocrêpologie n'ont plus de secrets pour nous. Nous découvrons au passage le spectromètre de beauté intérieure et quelques révélations sur l'épaisseur des crêpes, qui peut être différente à l'intérieur d'une même crêpe !


Vous l'aurez compris, du moins je l'espère, ce spectacle, qualifié par l'auteur de pièce "absurdo-scientifique" est une invitation à exercer son esprit critique ; en reprenant la méthode et le vocabulaire scientifique et en l'appliquant à un objet dérisoire, Heiko Buchholz n'est pas seulement drôle : il nous rappelle qu'il faut aussi savoir prendre du recul par-rapport à certains faits, et qu'il ne faut pas tout accepter sous prétexte que le discours est scientifique. "Ce n'est pas parce qu'il y a une série de photos et de graphiques ou des citations qu'un fait relaté est vrai."

Je peux maintenant poursuivre la visite des différentes mises en scènes des autres scientifiques.

Parmi ceux que j'ai vu (trop) rapidement, il y a Julien Fatome, ex-recordman du monde de l’ultra-haut débit par fibres optiques. Il a monté une installation de fibres optiques absolument incompréhensible pour le profane, mais ce n'est pas grave, c'est très joli quand même.


C'est d'ailleurs le seul petit reproche que l'on puisse faire à cette manifestation : si l'on ne passe pas au moment où l'homme de science est là, on en sera pour ses frais. C'est dommage, j'aurais bien aimé baver d'envie devant un système capable de générer 160 milliards de signaux lumineux par secondes... Ca c'est du haut débit...

En face du génie de la communication se trouve l'installation de Vanda Gufoni, qui inclut une petite télévision et un bar orné de néons roses, ainsi qu'un petit meuble avec différent verres à bière. Son objet d'étude est l'activité mentale d'une personne qui goûte un aliment, et elle utilise la bière pour mener ses expériences. L'autre extrêmité de la pièce est occupée par la micro-installation de Maciej Zajac, chercheur polonais qui observe et teste le comportement du béton dans différentes conditions. Sur un petit guéridon sont disposés des béchers remplis de graviers pour l'un, de sable pour l'autre, et d'une fine poudre grise pour le troisième. D'autres récipients plus petits contenaient ce que je supposait être plusieurs sortes de béton aux visquosités différentes.


Il y avait aussi Marion Lenoir, une historienne qui cherche à comprendre comment la presse satirique a construit et diffusé les identités nationales, française, allemande et anglaise avant la première guerre mondiale à travers la caricature. Quant à Christophe Cailleaux, il décrypte le passé à travers les parchemins médiévaux et analyse les relations quotidiennes entre communautés religieuses de la Barcelone du XIXème siècle. Le pauvre jeune homme était acculé dans un coin de son espace par une bande de jeunes avides de connaissance. Je n'ai rien pu faire pour lui venir en aide.

Ce ne fut pas le cas pour Alain Robert, spécialiste des termites, qui s'intéresse à la communication de ces insectes sociaux. J'ai pu parler, et voir ses pensionnaires de près. Il les avait apporté avec lui dans un grand tonneau en feraille. J'ai regardé les petites bestioles pendant de longues minutes. Avec un mélange de fascination et de dégoût.


Mais l'installation où j'ai passé le plus de temps est celle d'Aurélia Vasile, jeune historienne roumaine qui prépare son doctorat en histoire à Dijon et consacre ses recherches à l’analyse de documents peu habituels en ce domaine : les films de fiction, et plus particulièrement les films historiques.

J'arrive alors qu'elle diffuse un extrait de film sur une croisade, mets un moment à comprendre de quoi il retourne, et reste en retrait, parmi les gens debout formant un demi-cercle autour de la jeune femme qui explique en quoi le cinéma peut être une arme de propagande. Réalisés sous l’autorité de Nicolae Ceausescu, ces films ont présenté l’histoire de la Roumanie dans un sens propre à flatter le sentiment nationaliste du spectateur. Dans quelle mesure était-il dupe de la manipulation ? En quoi ce type de film a t-il pu soutenir un régime féroce ?

Son travail est autant historique que sociologique ; il est très difficile de mesurer l'impact de la propagande sur le public. Le succès des films ne veut pas dire que leur message est accepté, ni même qu'il est compris.

S'ensuit un dialogue très intéressant entre Aurélia et le public ; je finis par m'asseoir. Nous parlerons de l'influence des images, de la Roumanie aujourd'hui, de la propagande, du nationalisme et du goût pour le cinéma. De sa difficulté à faire accepter son travail par l'ancienne génération d'historiens, formés sous le régime antérieur. De ses parents, de sa vision de la chute du régime à 13 ans, de la façon dont elle a construit son sujet d'étude, du découragement de certains de ses collègues.

A côté de moi s'installe un homme d'âge mûr à l'intellectualité limité, bref, un vieux con. Il apporte un point de vue plaisamment grotesque que je me fais un plaisir de corriger du tac au tac à chacune de ses interventions. En vrac, nous saurons ainsi qu'il a fait en 1981 un voyage en Roumanie à bord de la compagnie aérienne nationale, et à l'écouter, il était surpris d'en être revenu vivant, ce qui tendrait à prouver que ce n'était pas si terrible que ça. Et puis de toute façon, il y a eu des films français censurés aussi. Et en arrivant à l'hôtel, il a cassé la clef de sa porte de chambre dans la serrure, et il a eu très peur d'aller en prison, parce que les "Pays de l'Est, hein, avec tout ce qu'on disait" mais finalement on lui a donné une autre chambre, il n'en revenait pas. Il s'attendait à tout le moins aux travaux forcés pour un tel crime.

Le sommet de l'hilarité est atteint lorsqu'il nous donne son opinion de cinéphile ; puisque le sujet aborde les films historiques, il va nous révéler quel est le meilleur de tous : Titanic ! Oui, il n'est point de plus bel exemple de réalisme historique et de cinéma propre à éveiller la conscience des foules. Je balance entre la colère et la joie, mais décidemment, c'est trop drôle. La sagesse populaire n'est plus ce qu'elle était...

Le comique est partout, la science est dans les détails. Et parfois dans les crêpes.

23 septembre 2006

Chronique de la Comadi et des autres théatres

Les journées du patrimoine ne se contentent pas d'offrir une occasion supplémentaire de visiter musées, châteaux et autres édifices monumentaux, ils ouvrent également à un public avide de révélations les lieux de pouvoir, ou imaginés comme tel. L'homme n'hésite alors plus à faire la queue pendant des heures sous une petite pluie fine, ce qu'il ne consent habituellement à faire qu'avec force protestations. Telle est la force de la curiosité.


C'est ainsi que ce dimanche après-midi, nous nous retrouvâmes (Salut Céline !) à visiter la Comadi. La Comadi, ou la mise en scène de l'importance prise par la Communauté de l'agglomération dijonnaise ; mais cela mérite une petite explication pour les non-dijonnais.

Longtemps, Dijon fut une ville de casernes. Plusieurs se succédaient le long de l'avenue du Drapeau : Vaillant, Junot, Heudelet... Depuis que les guerres avec l'Allemagne sont passées de mode et que l'habitude du service militaire est tombée en désuétude, il a fallu leur trouver un nouvel usage. La plupart ont été rasées pour faire place à des immeubles, d'autres hébergent des fonctionnaires -ces gens là sont partout- et une seule abrite encore quelques militaires qui voient leurs beaux jours partir avec nostalgie. La caserne Heudelet abrite la Comadi.


A l'intérieur, quelques maquettes présentent l'aspect du quartier avant/après. Les 3/4 des bâtiments ont été rasés, seul a été gardé le bâtiment principal, et des pans de murs des bâtiments latéraux, qui servent de support à auvents pour le parking. L'ensemble est assez réussi, clair, lumineux, moderne. Du moins pour ce que nous avons eu le droit d'en voir : le rez-de-chaussée et l'entresol ; sans-doute les étages recélent-ils des secrets qu'il ne faut pas porter à la connaissance de la foule. Ou bien, et cette hypothèse m'apparait plus probable, il y a trop de bazar sur les bureaux pour que cela soit décemment montrable...

Après cette première visite assez calme -il faut dire que le bâtiment de la Comadi n'est pas encore perçu comme étant ce qu'il se fait de plus essentiel en matière de pouvoir local- nous avons prolongé sur le thème de la politique de proximité avec la visite du Conseil Général.



Situé tout à côté de la préfecture (l'histoire des deux bâtiments est d'ailleurs étroitement liée), le Conseil général est un bâtiment qui a tout juste un siècle, et qui se cache derrière les façades plus modernes de la rue, dans un petit jardin délimité au nord par le Conseil régional. Ca doit être très pratique pour la circulation des informations entre les différents services. Les couloirs de cet austère bâtiment s'organisent suivant un tracé en forme de carré, autour de la salle des séances qui se donne à la fois des airs de théatre et de tribunal. D'ailleurs l'intérieur , avec ses banquettes de cuir et de bois, évoque irrésistiblement celui d'un tribunal de province. Il ne manque que les avocats en robe, les prévenus menottés et le public impatient.

Mobilier en bois, tables à pieds tournés et aux plateaux recouverts de cuir vert, cette salle pourrait faire penser à une salle d'étude d'un autre siècle, sentant la poussière studieuse et les choses anciennes. Le plafond peint, avec ses moulures dorées, et sa frise des blasons des chefs lieux du département, donne cependant à l'ensemble ces faux airs de théatre évoqués tout à l'heure. Le vaste bureau en bois du Président et de ses vices (vices présidents, rhooo, vous alors) suggère à nouveau l'image d'un tribunal.


Le prospectus distribué à l'entrée nous informe en outre de l'existence d'une Commission d'héraldique, chargée d'attribuer des armoiries aux communes dépourvues qui en font la demande. Voilà un travail bien joli, qui ne se soucie que des plus grandes choses. Je repars charmé, soulagé d'apprendre qu'un comité de blasonnologie veille à nos destinées.

Après un bref détour par l'hôtel de Voguë, un des plus beaux hôtels particuliers de la ville, nous nous dirigeons vers le dernier théatre de cet après midi, un vrai cette fois. Le "grand" théatre. J'ai été amené à l'évoquer a plusieurs reprises dans ces pages, soit qu'il abrite une déprime nocturne et musicale, soit qu'il accueille des grognards ridiculement chamarés. Ce n'était pas à proprement parler une découverte totale, mais je n'avais jamais rien vu de plus que l'entrée et la salle, alors qu'il y a des étages, des salons, un bar !


Le deuxième étage recelait une exposition de phonographes, charmants objets du passé dont on pourrait tirer quelques réflexions intéressantes, mais j'en reparlerai ; la chose entrant dans le cadre plus vaste du Sixième festival international de musique mécanique. Ca ne s'invente pas, c'est à Dijon, et vous en saurez bientôt davantage. Oui, je suis prêt à toutes les vilenies pour fidéliser mon lectorat !


Mais, me direz-vous, Dijon ne propose t-elle rien d'autre à la visite que ses institutions administratives et un théatre ? Cette ville chargée d'Histoire ne compte t-elle pas de vastes bâtiments, de prestigieux monuments, de magnifiques églises et des hôtels particuliers somptueux ? Si, mais nous les avons visité l'an dernier ! Je vous en parlerai donc une prochaine fois. Repartant chez moi en flânant, je tombe d'ailleurs sur un guide et son groupe ; je me joins à la foule et je tourne encore une bonne heure par les rues du vieux Dijon, tant que le parcours de la visite va dans ma direction.

Mais les milles détails évoqués ce soir là sont une autre histoire...

21 septembre 2006

Un monde formidable

Entendu sur Inter : le département de la Justice du Texas a mis en ligne les dernière paroles des condamnés à mort. Vous pourrez maintenant savoir à quoi pense un homme qui va recevoir une injection mortelle.

Et celui qui a mis 90 minutes pour mourir, on a vraiment recueilli toutes ses dernières paroles ?

S'cusez moi, il faut que j'aille vomir là...

20 septembre 2006

Chronique des préfets en pantoufles

Aux derniers des beaux jours, quand le vent pousse quelques nuages dans un ciel où le soleil se voile, l'Europe toute entière descend dans les rues et visite ses monuments. On appelle cela les Journées du patrimoine. Il fallait bien que l'on finisse par se mettre d'accord sur au moins un sujet. La culture n'est pas le moins beau.

Les bâtiments les plus prestigieux et les plus administratifs ouvrent leurs portes. La foule se presse pour visiter le bureau du Premier Ministre. On se bouscule aux grilles des châteaux. Des ministres s'amusent à guider les badauds à l'intérieur de l'arc de triomphe, pâle copie de la Porte Guillaume. On se piétine devant le siège des journaux. Les enfants échappent à la vigilance de leurs parents. Certains tombent dans les oubliettes. On voit par là que la passion du patrimoine pousse à faire des choses grandes et magnifiques.
Les préfets se tiennent bras croisés sur leur perron et accueillent le public d'un sourire crispé. Parce que ce n'est pas très amusant de faire visiter sa maison. Car la Préfecture est la maison du Préfet. Il faut le comprendre cet homme.

Comme j'arrive dans la cour d'honneur de la préfecture, je constate avec un sourire moqueur (oui, oui, moi, je suis moqueur) que le conférencier au micro est le même que l'année dernière. Sans doute fait-il partie des meubles. Le même joyeux drille lénifiant. Comme j'ai déjà écouté son exposé avec plus d'attention qu'il n'était nécessaire la fois précédente, je me considère dispensé de l'exercice, et laisse la foule se masser au pied de l'escalier d'honneur, me calant confortablement au chambranle de l'entrée. Retourné au bas des marches, le préfet discute avec quelques collaborateurs, se dirige vers la porte monumentale donnant sur la rue, parle avec des factionnaires, vaque à ses occupations.


Les explications sur la chambre bleue où a dormi le général de Gaulle et le bureau où Alexandre Dumas n'a jamais écrit ne me passionnant vraiment pas, j'observe les gens qui m'entourent. Certains sont bien habillés, d'autres s'efforcent de l'être. Un monsieur à côté de moi, trapu, ventru, chauve et luisant, orné d'une décoration inconnue, a visiblement sorti ce qu'il avait de plus beau. Un costume gris souris avec des petits carreaux. Il l'avait déjà pour le mariage de son cousin. En 1967. A moins que ce ne soit le costume du témoin, ce que laissent supposer les ourlets récemment défaits -on voit encore la trace de la piqûre. Un petit fil pend dans son dos.

Un autre, plus jeune, la quarantaine arrogante et stigmatisée de la légion d'honneur, m'apparait particulièrement antipathique dès le premier regard. Ce n'est pas sa faute, le tort m'incombe totalement. Il est bien habillé, il a des chaussures propres et une femme avenante. Alors quoi ? Il avait le petit détail qui casse tout : la coiffure. Je ne suis pas du genre à m'offusquer du manque de rigueur capillaire, bien au contraire. Avec ma tête de Fantasio, ce serait mal venu. Mais le bon goût n'est visiblement pas la chose du monde la mieux partagée. Il a la nuque rase, les cheveux coupés très courts, dans le plus pur style légionnaire. Sauf sur le devant où, par une coqueterie mal avisée, il a tenu à conserver une mèche qui hésite entre la banane du rocker au réveil et l'évocation hitlérienne. Bref ce n'est pas une réussite.

Voilà deux hommes qui n'ont pas bénéficié des services des meilleurs ouvriers de France. Car c'est la raison de ma présence en ce lieu à cette heure matinale (pensez donc, il est tout juste 10 heures). On m'a laissé entendre qu'il y aurait un chocolatier parmi les artisans, et je suis venu juste pour ça...

(Bureau du Préfet, journées du Patrimoine 2005)

Sur ces entrefaites, le préfet revient, le journal et le programme télé calés sous le bras ; je l'imagine un instant traversant la cour en pantoufles le matin de bonne heure, pour aller aux nouvelles vers la concierge et récupérer son courrier. On peut toujours rêver. Quoi qu'il en soit, il est comme moi bloqué par la foule. Il s'agite, parle tout bas en direction du conférencier qui s'éternise. Va t-il lui demander de presser le mouvement ? Il l'avait déjà fait l'an dernier. Comme il est à quelques pas de moi, j'ai tout le loisir de l'observer à son tour. Son blazer n'est pas assorti à son pantalon. Venant d'un tel personnage, c'est décevant. Il ne se doutait pas que je rapporterai ça, sinon il les aurait choisis de la même couleur, soyez-en sûrs.

La petite touche en plus en 2006 : les poules en céramique

Il ne se doute pas non plus qu'il est à côté de l'un de ses nombreux subordonnés indirects. Ce qui n'est pas plus mal. Notre seul échange, près de deux ans auparavant, s'était limité à quelques grimaces et gesticulations par lesquelles il tentait de me faire comprendre que je l'éblouissait avec un vidéoprojecteur... La momie finissant enfin son exposé -dont une salvatrice panne de micro nous a épargné un bon morceau- la visite va pouvoir commencer. Visite, c'est vite dit. Comme l'an dernier, elle se résume à la suite présidentielle où ont dormi Napoléon et le général De Gaulle (mais où Alexandre Dumas n'a jamais écrit, il est bon de le rappeller), le salon bleu, le bureau du préfet et le jardin.

Par acquis de conscience, je fais un rapide tour des lieux, déambulant avec des airs de propriétaire au milieu de la populace la foule du week-end. Si ce n'est les poules en céramique sur la cheminée, (soutien à la filière avicole ?) rien n'a vraiment changé. Je repère au passage la table avec les sculptures monumentales en chocolat. Apparemment, il n'y a rien à manger. Faisons d'abord le tour des autres, on finira par ça.


Parmi les meilleurs ouvriers de France disséminés à travers l'hôtel, il y avait un restaurateur de tableaux, un paysagiste, deux tailleurs de pierre et un serrurier ; un couvreur et un chauffagiste. Seul le restaurateur était intéressant, mais malgré mes questions, je suis resté sur une impression de frustration. Il faut plus de 10 minutes pour bien parler de la restauration des tableaux en général... J'ai d'ailleurs un peu regretté l'absence d'explications de leur travail par ces ouvriers. La plupart se prêtaient aimablement au jeu des questions, mais d'autres n'étaient pas visibles, laissant le public seul face au travail exposé pour l'occasion, et cherchant à en découvrir le sens profond - c'est moi le public.

Il est maintenant temps de retourner près du chocolatier. Les sculptures dégagent une odeur sur laquelle il n'est pas possible de se tromper. Sans elle, le doute serait permi quant à leur composition. C'est bien du chocolat. Gourmand, Sammy pensait naïvement que l'on allait lui en donner des brouettes. Ou des seaux à la rigueur. Ou au moins une grosse poignée. Eh bien, non. Le chocolat, c'est cher, et il n'aura droit qu'au pavé d'or réglementaire que deux hôtesses proposent à la sortie. Ce n'est pas si mal. Au moins aura t-il pu parler à l'artiste ! Fabrice Gillotte parle de son art avec précision et courtoisie.

Je sais maintenant où acheter du bon chocolat.
Vu le prix, ce n'est pas un détail...

***
Envie de découvrir ?

19 septembre 2006

J'entends siffler le train

Je rencontre des gens grâce à ma chronique sur les belles fée railleuses qui ont leurs vapeurs ! J'ai découvert que j'avais un voisin blogueur, qui avait lui aussi été la voir. Un voisin des champs. Nous formons ainsi le joli couple du bloggeur des villes et du bloggeur des champs. Non, ce n'est pas une fable !

Nous avons donc été voir la même chose quelques kilomètres de distance, sauf que lui il a aussi filmé !

L'expression de la semaine

"Tu ne verrais même pas un Diddl dans un rayon de Barbies !"
Copyright Amélie ;-)
et merci à sa maman de nous en avoir fait profiter !

Cadillac... le retour

Je ne sais plus si je vous ai dit que "Cadillac, cadillac" habitait le même immeuble que moi ? Eh si... Je crois bien qu'il me suit en fait. Si, si. Il y a des signes qui ne trompent pas : en formation pendant deux jours, je l'ai revu au restaurant...

Quoi qu'il en soit, la preuve est faite : la scène décrite dans cette chronique est caractéristique de son état "normal", pour autant qu'un tel olibrius puisse avoir un état normal...

16 septembre 2006

Chronique des princesses qui fument

On imagine volontiers les princesses comme de frêles jeunes femmes souffreteuses, qu'un petit pois tuméfie et que la moindre quenouille fait dormir pour cent ans. Au moins. Elles sont jolies et délicates, ou du moins les imagine t-on ainsi, et ne se vêtent que de robes couleur du soleil. Ou de la lune pour les plus taciturnes. Encore les plus simples se contentent-elles d'une robe couleur du temps.

J'ai pourtant vu hier une princesse qui n'était ni délicate, ni parée d'étoffes rares et précieuses, et qui ne craignait pas de se frotter à la violence du monde. Il faut dire qu'elle est taillée pour les gros travaux : 120 tonnes pour 27 mètres de long, elle affiche ses rondeurs sans complexe, boit 150 litres par jour et fume sans discontinuer. Voilà qui découragerait les plus enhardis des charmants princes. Et pourtant, l'arrivée de cette vieille demoiselle de 57 ans a attiré une foule assez conséquente. Car la foule aime les curiosités. Et Sammy aussi, qui n'a pas hésité à ne se nourrir que d'un sandwich afin d'admirer la belle.

Elle est arrivée avec juste ce qu'il faut de retard pour se faire désirer. Lancée à toute allure, elle a ralenti en s'approchant de la foule, s'est mise a siffler violemment en lachant d'imposantes volutes de fumée grise. Et tout le monde a applaudi.

Il faut dire que 241P17 (c'est son petit nom) est une locomotive comme on en voit plus. Avant d'être sauvée du recyclage sous forme de boîtes de conserve par une poignée de passionnés, elle a été fabriquée par les établissements Schneider en 1949 et affectée à la traction à grande vitesse de l'époque, avec une vitesse commerciale de 120 Km/h. Il leur a fallu 13 années de travail pour remettre en état leur "Princesse", obtenir l'agrément de circulation et permettre à ce patrimoine sur roulettes de reprendre du service.

La "Princesse" est une fort belle chose qui mérite ces égards. C'est un monument historique qui témoigne d'un temps pas si lointain. Une époque où les cheminots, la clope au bec et la pelle entre leurs mains calleuses, enfournaient 40 kilos de charbon par kilomètre dans le ventre de la bête. En sifflotant Love me tender, love me suie. C'est du moins ainsi que je m'imagine la chose.


Ils étaient d'ailleurs là, les anciens, les nostalgiques et tous ceux qui ont connus la vie duraille de ce temps là. Dans le train et sur les quais, au milieu de la foule des curieux. Certains diront que se masser par grappes au bord d'une voie ferrée pour regarder passer le train, c'est vache... Ceux là n'ont jamais vu une vraie locomotive à vapeur. Ils n'ont jamais senti cette puissance animale qui se dégage de la machine. Ils n'ont pas admiré les dimensions de la machine, sa beauté de chose désuète, inutile, et pour tout dire indispensable. Car ils n'ont pas vu la fierté dans le regard des hommes.


C'est la chaleur qui surprend en premier. Il doit facilement faire 40 ou 50° dans la proximité immédiate de la locomotive. Ensuite on perçoit l'odeur de fer chauffé et de charbon, à laquelle vient s'ajouter le bruit des jets de vapeur qui semblent ne devoir jamais s'arrêter.


J'ai essayé de traduire mes impressions à travers ces quelques mots ironiques et par l'entremise de photos, rituel imposé de ce genre d'événement. J'aime beaucoup celle-ci, extraite du site officiel de la 241P17 ; elle donne une meilleure idée que les miennes des dimensions de la machine.


La passion des hommes pour les belles choses est un détail nécessaire.

13 septembre 2006

En sortant de Carrefour

Une fille -probablement une vendeuse- téléphone dans l'allée devant les magasins du centre commercial. Elle est en train de décrire un objet quelconque à son correspondant (quelque chose dans le ton de sa voix me fait penser que c'est une amie) ; elle s'accompagne en mimant la chose en question, comme si cela devait permettre à sa correspondante de mieux saisir de quoi il retourne.

A tel point qu'elle finit par caler le téléphone avec son épaule, pour être plus à l'aise dans ses amples mouvements descriptifs. La chose décrite a l'air assez volumineuse du coup. Une armoire ?

J'ai failli lui dire en passant : "vous savez, elle ne vous voit pas ;-)" mais je n'ai pas osé...

12 septembre 2006

Sincérité

La pensée du jour est pour Delph et Lilou.
Merci à vous deux.

11 septembre 2006

Choses vues au volant

A un cédez-le-passage devant un rond-point, un bus est arrêté sur la voie de droite, "warnings" en action. Arrêt temporaire ou problème quelconque, je ne m'attarde pas pour chercher à savoir le pourquoi du comment : je prend la voie de gauche et m'arrête pour laisser passer les voitures déjà engagées dans la boucle. Je regarde la scène dans mon rétroviseur : une, puis deux voitures arrivent, et connement -il n'y a pas d'autres mots- s'arrêtent derrière le bus et attendent qu'il redémarre.

Gageons qu'elles y sont encore.

09 septembre 2006

Concert de rentrée à Dijon

La lune luit faiblement au-dessus de l'église Saint-Michel, tout au bout de la perspective tronquée de la rue de la Liberté. Quelques 300 personnes patientent devant l'estrade aux couleurs de France bleu Bourgogne disposée dans l'arc de cercle de la place. Je suis en avance, ayant pour une fois pris le chemin le plus logique, c'est à dire le plus court. Je me promène parmi la foule, fais le tour des installations, observe avec angoisse la structure métallique de la scène -ça tient bien au moins ?- et m'interroge quant à la signification des tentes dressées dans la cour de la mairie, avant de comprendre qu'elles abritent les premiers secours, sécurité civile et autres brancardiers parés à ramasser les blessés, les malaisés et les morts, le cas échéant.

Je dis malaisés si j'ai envie. Non mais sans blagues.

En attendant le début du concert, je me dirige mollement du côté du théatre, où semble régner quelque agitation. Un général d'Empire accueille le public. Ah bon. Qu'est-ce donc que ceci ? Me mêlant à la foule, j'entre dans le hall où une douzaine de sapeurs barbus, ventrus et anachroniques font une haie d'honneur au pied de l'escalier. Abordant sans vergogne une dame qui, ça se voyait à sa tête, sait, je m'enquis de l'événement qui a lieu ici ce soir.


- Elle, étonnée de mon ignorance : ben c'est un concert, avec la garde impériale
- Moi, indifférent : ah bon
- Elle, s'illuminant, visiblement ça a l'air important : ça vous intéresse ?
- Moi : euh... pas vraiment, non
- Elle, sincérement déçue : oh, c'est dommage, vous avez tort
Laissant là les sectateurs de la grande Armée et du boucher d'Iéna, avec les uniformes, les cuivres, la fanfare, les aigles et le petit chapeau, bref le souffle de l'épopée, je sors et repars vers la place de la Libération. La musique militaire, c'est pas mon truc. D'ailleurs, il est doit être l'heure je pense.

La lune se cache derrière l'extrêmité est des façades de la place, l'animateur ouvre la soirée par le speech de circonstance. Nous nous rapprochons instinctivement de la scène. Trois groupes vont se succéder ce soir : L'odeur des gens, Dorothée Daniel et Iltika. La lune joue à cache cache le long des toits, le concert commence.

L'odeur des gens est un groupe très sympa, avec des chansons à texte -je veux dire qu'elles semblent raconter quelque chose- et un accompagnement accoustique : guitares, percussions. Les trois voix s'accordent bien, les mélodies sont entraînantes ; par contre, ne comptez pas trop sur moi pour vous rapporter les paroles... je ne comprend jamais rien en live (musique trop forte...) et encore, par-rapport au groupe suivant, j'ai compris l'idée dominante de la plupart des chansons. L'amour, l'amitié, la route, et une belle chanson sur le Cambodge, martyrisé par les khmers rouges.


La nuit est maintenant complétement tombée, le froid commence à se faire sentir. La lune sort d'une cheminée, les techniciens s'affairent pour débarasser la scène et installer le matériel du groupe suivant. Un piano de concert surgit de nul part, une batterie est montée à l'extrêmité opposée (côté jardin, si vous voulez, mais on est pas au théatre) et l'animateur de France bleu meuble tant bien que mal le vide imposé. Un ban bourguignon est organisé, je vous expliquerai la chose dans une prochaine chronique.

Les gens autour de moi vont et viennent, se reconnaissent, chahutent et crient. La brise de la nuit m'amène des odeurs mêlées de chewing-gum à la fraise, de sueur, de bière, de vin blanc et d'herbes de Provence à fumer. Quelques pusillanimes se limitent tout de même au tabac.

La lune est coupée en deux par une antenne, Dorothée Daniel et ses instrumentistes entrent enfin en scène. Les chansons, qu'elle interprete d'une voix flutée et cristalline, sont accompagnées au piano et au synthétiseur, que viennent souligner la batterie et une contrebasse. La chanteuse est assez jolie, du coup je m'approche un peu plus de la scène pour mieux voir pour mieux entendre.


Elle chante avec aisance, en s'accompagnant de mouvements de la main droite, absorbée dans son texte. Je n'ai pas compris grand chose aux paroles. Il parait que ça parlait d'amour. Ne voyez là aucune ironie... c'est juste sa voix qui est trop haute et la foule trop bavarde. J'achéterai peut-être le CD, parce que j'ai quand même ressenti quelque chose. J'aurais presque envie de dire qu'elle se rapproche de Pauline Croze, si je ne craignais d'être injuste ; en matière musicale, les comparaisons ne sont pas toujours les compliments que l'on voulait faire. Je pense qu'elle fera parler d'elle d'ici peu.

Il fait désormais assez froid. La vinasse coule à flot. Un ado boit du blanc à même le goulot d'une bouteille dont le bouchon a été enfoncé à l'intérieur. Quelle pitié. Un tel manque de goût me fait hausser les sourcils. Il flotte à la surface du liquide comme celui-ci se renverse pour avaler une grande gorgée. De plus, cette attitude démontre un manque d'esprit pratique affligeant : il est toujours utile d'avoir un bouchon sous la main. Un vrai alcoolique bourguignon doit pouvoir faire face à toutes les situations.

L'animateur fait à nouveau ce qu'il peut pour meubler, mais cette fois, l'attente sera un peu plus longue. Je ne sais pas quoi, mais il y a quelque chose qui ne marche pas. La lune elle-même s'est arrêtée dans sa course pour regarder les technos s'agiter en tout sens. Il nous apprend tout de même que nous sommes 7332 sur la place. Rugissement de la foule. Je me demande comment l'on a procédé pour obtenir un chiffre aussi précis. Mystères de la technique. Sans doute un assistant à l'oeil perçant a-t-il compté toutes les têtes de ce troupeau humain piétinant dans la semi-obscurité. Sans doute aura t-il trouvé le recoin où se cachait Hubert Félix-Thiéfaine qui était, parait-il, présent.


Iltika entre enfin en scène. C'est le groupe le plus original de la soirée. Il mélange du rap et des instruments que l'on a pas l'habitude de lui voir associés. Les textes de Sidi s'accompagnent au violon et à la contrebasse, à la guitare et au luth. Sidi est sur son banc, et déroule ses textes autour de celui-ci, où se produisent des rencontres, des rêves, des tranches de vie.
iltika, porte-voix de tranches de vies, de rencontres routinières ou incongrues.
Les histoires de bancs deviennent l'écho de nos existences ...
(extrait du site)
Je suis ravi d'entendre du rap tel que je le conçois : poétique. Pas ce mélange de rebellion simulée et de haine attisée ou certains se complaisent. La mise en scène est peut-être un peu tape à l'oeil, mais donne de belles images. Le photographe en coulisses a dû se régaler. Le violoniste, se tient en recul, au milieu de la fumée artificielle, juste sous le faisceau strié d'un spot ; vêtu de noir des pieds à la tête, qu'orne un chapeau de la même teinte, il semble irréel.

Le vin blanc -mêlé aux herbes de Provence ?- fait des ravages. La petite bande à côté de moi s'agite bruyamment, les skaters décorés de piercings s'envolent sur les mains de la foule, retombant parfois plus ou moins gracieusement.

Cette partie m'a semblée trop courte. C'est vrai que pas mal de temps avait été perdu en péripéties techniques. L'ambiance entre slam et rap, entre le bled et le quartier des Grésilles (je précise pour les moins dijonnais d'entre vous que c'est un peu notre "zone" à nous, même si il ne faut rien dramatiser. Il suffit juste de marcher vite) me plaisait bien.

Bonne participation du public. Non, ce n'est pas juste à cause du froid. Le charisme déclamatoire de Sidi devait aussi y être pour quelque chose. Et j'ai failli tout comprendre. Seuls les cris perçants de mes voisins alcoolisés me l'ont interdit.


Le concert est terminé, je rentre en heurtant du pied bouteilles vides et verres en plastique. La lune a disparu derrière la scène. C'est un détail sans intérêt.

Salaam.

De dangereux crétins

La pensée unique colonise la société... D'ici peu, si on continue à tenir compte de l'avis éclairé des uns et des autres, on fera des auto da fés de dictionnaires.

Heureusement il reste des personnes intelligentes :
La valeur de la connerie n'attend pas le nombre des années d'exploitation...

07 septembre 2006

Article à faire : la vie de bureau

Exemple : les collègues qui lisent le journal, discutent et mènent leur vie pendant que l'on essaye de comprendre des explications techniques au téléphone. Penser aussi à décrire quelques "cas particuliers" : les bacards, les silencieux, ceux qui te bloquent deux heures dans le couloir et ceux qui disent à peine bonjour...

06 septembre 2006

Chroniques des cerveaux disponibles et du grand nettoyage

En 1997 sortait l'excellent livre de Jean-Philippe Toussaint, La télévision. Je me souviens avoir beaucoup ri en lisant l'histoire de cet homme qui a arrêté de regarder la télévision, et qui passe l'été à Berlin, à n'en plus finir de commencer à écrire un essai sur Titien Vecellio. (Il n'écrira que la première phrase) Je me souviens de deux pages de zapping mémorable. Je me souviens des mésaventures d'une plante verte. (Une fougère) Je me souviens d'un épisode avec des nudistes en plein centre de Berlin. Je me souviens que sa femme s'appellait Delon. Je me souviens qu'il regardait la télévision "les pieds nus et la main sous les parties"


Je me souviens (mais Google m'a un peu aidé) du premier paragraphe :
J’ai arrêté de regarder la télévision. J’ai arrêté d’un coup, définitivement, plus une émission, pas même le sport. J’ai arrêté il y a un peu plus de six mois, fin juillet, juste après la fin du Tour de France. J’ai regardé comme tout le monde la retransmission de la dernière étape du Tour de France dans mon appartement de Berlin, tranquillement, l’étape des Champs-Élysées, qui s’est terminée par un sprint massif remporté par l’Ousbèke Abdoujaparov, puis je me suis levé et j’ai éteint le téléviseur. Je revois très bien le geste que j’ai accompli alors, un geste simple, très souple, mille fois répété, mon bras qui s’allonge et qui appuie sur le bouton, l’image qui implose et disparaît de l’écran. C’était fini, je n’ai plus jamais regardé la télévision.

Si vous voulez du rab, c'est par là...


Je me souviens de Georges Perec aussi !
Quand je suis arrivé dans cet immense appartement que j'ai la joie d'occuper depuis maintenant 31 mois, je n'avais pas de télévision. C'est une acquisition somme toute assez récente, que j'avais longtemps différée, craignant de ne pas trouver la place suffisante pour caser l'objet, et d'une utilité que l'usage me pousse à remettre en question. Mais je la garde, j'aime trop me mettre en colère devant la bêtise affligeante de certaines émissions, ou encore devant l'inculture abyssale de certains candidats à des jeux diffusés sur une chaîne qui en a juste gardé le maillon. Tout ça pour rendre disponible du temps de cerveau. Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris.

***

Puisque vous en mourrez visiblement d'envie, je vous offre cette pensée mémorable dans son intégralité, juste pour la beauté de la chose :
Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit.

Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.

***

Pour être totalement honnête, je dois reconnaître mon ravissement sans borne à payer cette taxe moyennageuse qui me fait rentrer de plain-pied dans la caste des possédants. Vulgairement nommée la redevance -mais de quoi suis-je redevable, j'aimerais bien le savoir- elle n'est pas sans rappeller l'ancienne et regrettée gabelle. Voilà encore une opinion d'une mauvaise foi ahurissante, que vous devrez vous efforcez de replacer lors de votre prochain repas chez Tatie Germaine, mais je vous confiance. D'ailleurs, et c'est sûrement l'époque qui veut ça, le progrès fait rage. Je l'ai entendu sur France Inter ce matin, Le Monde de ce soir me le confirme : le gouvernement envisage sérieusement d'étendre la redevance à la télévision sur internet. Je crois que je n'avais rien entendu d'aussi stupide depuis la proposition de taxer les e-mails de la même manière que le courrier papier. J'y reviendrais peut-être un de ces jours.
Le gouvernement réfléchit à une évolution des modalités de collecte de la redevance afin que les personnes recevant la télévision sur un ordinateur soient, elles aussi, assujetties à cette taxe, a indiqué, mardi 5 septembre, le ministre de la culture et de la communication, Renaud Donnedieu de Vabres. "Demain, peut-être faudra-t-il faire évoluer les modalités de l'assiette de la taxe", a déclaré le ministre. "Peut-être faudra-t-il faire évoluer la petite phrase" qui figure sur le formulaire de la taxe d'habitation et qui demande au contribuable s'il possède ou non un poste de télévision, a-t-il ajouté.
Notre bien aimé ministre de la culture et de la communication est en passe de devenir l'homme le plus populaire du web. Quel chance il a. Toujours est-il que regarder des conneries va devenir un luxe que bien peu pourront se permettre. Si ça continue à ce rythme, il n'y aura bientôt plus qu'une télévision par immeuble, achetée collectivement par les locataires. On se regroupera autour, le soir, à la veillée, dans un esprit de fraternité qui nous manque aujourd'hui. Les commentaires n'en seront que plus pertinents, jamais encore l'intelligence, les bons mots et les traits d'esprits des animateurs et autres impertinents trublions n'auront été si pieusement consignés (en un seul mot). De temps en temps, un flash d'information viendra interrompre la publicité. Une facture sortira par un ingénieux dispositif ménagé en bas de l'écran. La grand-mère pédalera pour alimenter une dynamo, afin d'économiser l'énergie.

Mais le temps de cerveau humain disponible est à ce prix.

Même si je regarde assez peu la télévision, je dois admettre que je le regarde tous les jours. En mangeant. Tout le monde a ses faiblesses. Hier soir, je me suis ainsi retrouvé à regarder distraitement un objet télévisuel non identifié, en mangeant un lapin bien dur. La semaine prochaine, on se remet à l'escalope de dinde. La chose s'intitule "C'est du propre" et effectivement, c'est pas triste. Je vous présente briévement le concept : deux fées du logis se rendent dans le bouge d'un gros sale ou d'une vieille crasseuse, et nettoient l'innettoyable en moins de temps qu'il ne faut pour le filmer. (Et dire qu'il me faut 2 heures pour nettoyer une cuisine de 2 mètres sur 1 !) Une fois de plus, je me suis demandé si c'est vrai, ou si l'ensemble des participants ne serait pas des comédiens payés par la production. C'est trop sale pour être vrai. Même dans les pires moments de déprime, je n'ai jamais pu atteindre cet optimum de la crasse. A croire que je ne suis pas bien doué.

Car les lieux présentés, à défaut de joindre l'éclat à la blancheur, unissent la saleté la plus repoussante au bordel le plus ahurissant. Je m'étais demandé il y a quelques mois de cela, comment les camelots proposant à la vente des nettoyants magiques faisaient pour présenter au public des objets aussi sales, pour les besoins de leur démonstration. Je pense qu'ils doivent les salir eux-même. Ce qui prouvent bien qu'il y a une technique. Une science. Pour tout dire, un art.

De fait, c'est avec le décapage d'un appartement-atelier d'artiste qu'il m'a été donné de voir le déroulement complet du processus. Les fées Carabrosse et Mézydelordre -car ce sont elles- commencent par visiter les lieux en s'extasiant sur la performance de l'artiste. "comment fait-il pour obtenir cette couleur particulière ?" Avisant l'évier : "J'adore les coulures" ; "C'est l'art de la saleté" Ensuite vient la petite séquence de morale. On gronde gentiment le peintre de s'être ainsi laissé aller. On lui fait remarquer que les vêtements se rangent dans une armoire et ne s'empilent pas un peu partout. Que les éviers tout noirs, c'est peut-être très joli, mais c'est dégoutant. Que c'est certes pratique de se servir d'une mézzanine comme d'une décharge, mais ça limite considérablement la surface utile. Qu'il ne sert à rien de conserver les noyaux d'avocats jusqu'à ce qu'ils germent, au milieu des assiettes. Non, non. C'est inutile.

Bref, que le ménage n'est pas réservé aux femmes ; que la poussière ne se fait pas tous les quarante ans, mais une fois par semaine.

Le gros barbu septuagénaire se dandine comme un éléphanteau pris en faute. Qui aurait, par exemple, aspergé un touriste innocent, ou barri férocement au passage du prince héritier du Japon, mettant ainsi en péril les capacités auditives futures de l'espoir impérial d'une dynastie dont, entre nous, on se fiche... royalement. Bref, il a honte. On le comprend aisément. Car il n'est pas agréable d'être ainsi gourmandé devant les caméras. Le vilain coquin. "Voui m'dame, j'le ferai pû"

Le plus drôle dans ce genre d'émission, c'est l'indispensable voix off qui pense littéralement à la place des personnes filmées.
Face à cette métamorphose, Dominique a du mal cacher son émotion
Il y a quand même, et ça m'a surpris, un second degré certain. Les protagonistes ne sont pas présentés comme des propres à rien, si vous me permettez ce jeu de mot, mais comme des victimes de la saleté, qu'il faut sans doute s'imaginer comme une déesse malfaisante prête à frapper nos intérieurs aseptisés. D'ailleurs les deux héroïnes sont là pour en découdre avec la saleté, ce qu'elles font avec ardeur, sitôt descendues de leur clean mobile. Et quel est leur loisir favori ? Regarder un bon programme... de machine à laver !

Si les émissions a priori débiles se mettent à faire de l'ironie, peut-être que tout espoir n'est pas perdu. A condition qu'il nous reste assez d'espace de cerveau disponible pour la comprendre.

C'est un détail qu'il ne faut pas négliger.

***

Crédits et discrédit :
La photo de Toussaint vient du site des éditions de Minuit, c'est Bilal qui a dessiné Perec, les vignettes des folles du ménage ont été piquées sur le site de M6.
Le nettoyage de cerveau est de l'inénarable Patrick Le Lay.

05 septembre 2006

C'est du propre ?

Je regarde distraitement cette chose télévisuelle non identifiée en mangeant un lapin -bien dur ma foi. La semaine prochaine, on se remet à l'escalope de dinde. Une fois de plus, je me demande si c'est vrai, ou si l'ensemble des participants ne serait pas des comédiens payés par la production. C'est pour ainsi dire trop sale pour être vrai. Même dans les pires moments de déprime, je n'ai jamais pu atteindre cet optimum de la crasse. A croire que je ne suis pas bien doué.

04 septembre 2006

Comment devenir un blogeois ?

C'est simple : il faut poster souvent, si possible plusieurs fois par jour, parler des nouvelles technologies, de toutes les nouveautés du web, quitte à reprendre une info maintes fois développée (et bien souvent en mieux) par ailleurs. Surtout, et c'est là le point le plus important, il faut être persuadé que les moindres détails de sa vie intéressent la foule.
Aaaah. Que ça fait du bien d'être méchant.

01 septembre 2006

Livre en cours

Je suis tombé dans La peste. J'ai ouvert le bouquin il y a deux jours, j'ai lu distraitement le premier chapitre, et ma distraction ma amené jusqu'au 10ème chapitre. C'est balot pour le Kundera commencé il y a un mois...

31 août 2006

Livres à lire

Vu à Carrefour : De sang froid/Truman Capote (on en aurait pas fait un film récemment ?) et le dernier Amélie Nothomb, dont j'ai déjà oublié le titre. La quatrième de couverture parle d'une histoire d'amour dont les chapitres ont été mélangés par un fou ; les pages feuilletés ont surtout l'air de parler de tueurs. Etrange, comme toujours avec Amélie.

Les brèves du mois d'août

Vous l'aurez sans doute remarqué si vous venez tous les jours, je teste une nouvelle idée depuis le 26 de ce mois : la brève du jour.


Quoi ? Vous ne passez pas me lire tous les jours ? Alors, au moins tous les deux jours ? Si, si, vous passez tous les deux jours. Ma naïveté l'espère, mon ego l'exige, les statistiques le prouvent.


Détails saisis au hasard, pensée du jour, anecdote, j'ai voulu vous faire partager toutes ces pensées inintéressantes et toutes ces petites choses du quotidien qui ne méritent pas nécessairement un long développement.

Trève de digression, voici donc les 6 brèves du mois d'août. Un petit billet pour finir le mois sur une petite séance de rattrapage ! Dois-je dire que j'ai eu cette idée en m'extasiant devant mon placard de cuisine superbement rangé ? Ne cherchez pas le rapport, vous n'y arriverez pas...

***

26-08 : Chose vue au supermarché
Une dame avec un gros pansement à l'index gauche. Nous engageons une brève conversation suite à un cri de douleur qu'elle laisse échapper après s'être cognée ledit doigt. Accident de tondeuse ? Non, accident du travail. J'ai tout su en 30 secondes.
Je l'ai vu à une caisse en sortant. Elle racontait son aventure à la caissière, qui affichait sa compassion avec force mimiques.
Elle a perdu un bout de doigt, mais gagné un sujet de conversation.


27-08 : Petite psychologie de bazar
Si la première impression que vous avez d'une personne est que celle-ci est bizarre, eh bien, elle l'est. Etonnant non ?

28-08 : Le calembour du café
  • Catherine : On a bien fait de passer par là pour remonter d'Espagne, parce que c'était rouge à Orange
  • Noël : C'était rouge à orange ? C'est un camaïeu alors ?
29-09 : Plagiat ou rapprochement intempestif ?
Un parti politique au nom en trois lettres, dirigé par un monsieur nommé Nicolas S. vient de mettre en place une plate-forme de blogs pour ses militants : Les blogs de la France d'après. Le jour d'après/La France d'après.
J'ai eu l'idée en premier, flûte.
Pas de lien, vous êtes assez grand pour trouver tous seuls, et je m'impose une réserve autant fonctionnariale que méprisante. Bandes de copiteurs, va.

30-08 : Calembours de bon goût
  • Hervé : Je suis sûr qu'ils vont nous mettre une burne au contrôle de légalité
  • Moi : C'est bien, en cherchant bien, on trouvera sûrement la deuxième
    Plus tard : le même, expliquant comment les bonzes prient et s'inclinent devant le Boudha
  • Moi : Il a pas intérêt à se casser la gueule le mec
  • Lui : Pourquoi ?
  • Moi : Parce que sinon on verrait crouler un bonze !
J'ai honte parfois...

31-08 : Livres à lire

Vu à Carrefour : De sang froid/Truman Capote (on en aurait pas fait un film récemment ?) et le dernier Amélie Nothomb, dont j'ai déjà oublié le titre. La quatrième de couverture parle d'une histoire d'amour dont les chapitres ont été mélangés par un fou ; les pages feuilletés ont surtout l'air de parler de tueurs. Etrange, comme toujours avec Amélie.

28 août 2006

Chroniques des invasions pacifiques et des cailloux dans les choses sûres


J'avais remarqué la chose à Lyon, lors d'un bref passage en mai : à deux reprises, j'avais été intrigué par des petites mosaïques bicolores, placées assez haut sur des façades d'immeubles et représentant ce qui me semblait être de ces aliens stylisés qui firent les belles heures des premiers jeux vidéos et autres bornes d'arcade.

Ma guide n'ayant pas trouvé la chose particulièrement remarquable, j'oubliais assez vite ce détail, et omis même de le prendre en photo (venant de moi, grand spécialiste de la photo de futilités, c'est un oubli assez rare pour être signalé)

Quelle erreur ! Quelques semaines plus tard, un concours de circonstances me fait repenser à ces étranges bestioles ; j'entreprend aussitôt une recherche sur internet et je découvre qu'il s'agit de rien de moins qu'une invasion.

Planifiée, organisée, méthodique. Inéluctable.

Mondiale.

Car Lyon n'est qu'une ville parmi d'autres, les aliens -car le doute n'est désormais plus permi- ont déjà colonisé Paris, Montpellier, Avignon et Grenoble, mais aussi Genève, Rotterdam, New York, Tokyo ! Même Clermont-Ferrand. C'est dire la virulence du phénomène. Aucun continent n'est épargné. Sommes nous menacés ? Nullement. Sauf à considérer toute remise en cause des petites habitudes et de l'ordre établi comme une menace.


Car ces aliens, ces space invaders, sont bien innoffensifs, pour autant que l'on puisse considérer comme inoffensive l'intrusion de l'art dans la vie quotidienne. Car il s'agit bien d'une oeuvre d'art à grande échelle. Ludique et épidémique. L'artiste l'explique lui-même : "Un Space Invader que l’on croise n’est pas une simple mosaïque placée là mais l’élément d’un réseau."

L'invasion s'est faite en plusieurs étapes avec quelques années d'intervalle : Le premier space invader a été posé au début des années 90 dans une ruelle parisienne. Pour reprendre les mots de l'artiste, il s’agissait d’un «éclaireur», d’une «sentinelle», car il est resté seul quelques années. Ce n'est qu'en 1998 que Space Invader a «actionné le programme», a réellement commencé «l'Invasion», la «prolifération».
Aucune de ses mosaïques n’est posée au hasard, les lieux sont choisis selon divers critères qui peuvent être esthétiques, stratégiques ou conceptuels. Par exemple la fréquentation : l’artiste avoue avoir un penchant pour les sites où les gens affluent, mais aussi pour les recoins les plus cachés. Puis la cartographie : à Montpellier les envahisseurs sont placés de manière à faire apparaitre en vue aérienne un grand space invader lorsqu’on les relie entre eux.
(Wikipédia , article Invader)

Dès lors, je savais que je tenais là un beau sujet d'article, et que je me devais de vous en faire profiter tôt ou tard. Alors, merci qui ? Car les buts d'Invader sont grands et magnifiques. Il ne vise à rien de moins qu'à introduire l'inattendu dans le quotidien, l'art dans la ville, le ludique dans un environnement trop fonctionnel.

Afin de garder une trace de ces oeuvres au destin éphémère (éphémère par nature car la forme d'une ville change plus vite hélas ! que le coeur d'un mortel), il les photographie et les cartographie. L'oeuvre prend une nouvelle dimension dès lors que l'on a conscience de la prégnance des thèmes de la carte et du labyrinthe, véritable invitation à participer à son tour, ne serait-ce qu'en cherchant les "envahisseurs".


Les cartes me permettent de faire le lien entre un infiniment petit (le pixel, le Space Invader) et un infiniment grand (les villes, la planète). Elles représentent aussi une idée d’errance. J’utilise personnellement des cartes pour mieux quadriller les villes que j’envahis, c’est un aller-retour permanent du terrain à sa représentation.
Le reste de l'interview d'Invader est disponible ici. Certaines des questions sont stupides, mais les réponses de l'artiste éclairent bien sa démarche, notamment le lien avec le jeu vidéo qui a inspiré ses petits personnages, et son rapport avec les autres formes d'art urbain.
Après la lecture de cet article et toutes ces belles découvertes, votre vie sera bien plus palpitante. Vous traquerez le space invader dans tous les recoins de vos villes respectives, vous en ferez des photos, vous les montrerez à vos amis éberlués. Votre boulangère vous regardera avec circonspection. Vous pourrez faire des sites entièrement consacrés à ce phénomène. Je parlerai de vous sur mon blog. En un mot, ce sera la gloire.

En attendant que ce soit votre tour, voici deux photos-blogs, dont l'un exclusivement consacré à la traque de l'alien en mosaïque :
A mon grand regret, il n'y a pas de space invaders à Dijon. Je vais être obligé d'en fabriquer moi-même !

***

J'aime bien faire du rangement. A vrai dire le terme n'est pas vraiment approprié. J'aime beaucoup vider un placard, un tiroir, ou le répertoire D:\Mes documents\Divers de mon disque dur, tout poser sur le bureau, et tout réorganiser différement. Existe t-il des occupations plus saines et plus passionnantes ? Cela permet de passer agréablement son temps, parfois plusieurs heures, de faire le ménage dans les coins les plus reculés, et de se débarasser d'une foule de choses inutiles que l'on se surprend d'avoir gardé aussi longtemps.

L'actualité récente m'apprend que je ne suis pas le seul à souffrir de cette petite manie au demeurant bien innocente. Les savants les plus considérables et les plus respectables ont le même problème. Pensez donc. Ils ont pris toutes les planètes, ont tout vidé sur la table, et ont tout réorganisé différement.

Parce que la façon de ranger les planètes ne leur convenait plus. Depuis le temps qu'on en parle, et ça remonte à fort longtemps, (Vialatte aurait dit "l'astronomie date de la plus haute Antiquité", mais je ne voudrais pas paraphraser), ils viennent juste de s'apercevoir qu'il n'existait pas vraiment de critère pour distinguer les planètes et les gros cailloux.


Le critère est maintenant posé. Pluton n'est plus qu'un gros cailloux. C'est la fin d'une courte carrière entamée le 18 février 1930, avec sa découverte par Clyde Tombaugh. Mais telle est la décision de l'assemblée générale de l'Union astronomique internationale (UAI)
Pluton n'est pas suffisamment massif pour être capable de dominer son environnement et de dégager le voisinage autour de son orbite de tous les objets étrangers. C'est d'ailleurs la condition pour qu'un objet puisse être défini comme planète. Une autre est que l'effet de sa propre gravité lui confère une enveloppe sphérique, et que cet objet, pour qu'il soit considéré comme une planète, doit être en orbite autour d'une étoile, donc il doit tourner autour du Soleil.
Néanmoins, le doute subsiste, car Pluton "dispose d'un énorme fan club parmi les astronomes" (Le Monde du 24-08-2006) Ce qui prouve bien que l'on est jamais sûr de rien. Les spaces invaders viennent peut-être de Pluton. Tout est envisageable. Il ne s'agit peut-être que d'une basse vengeance face à l'invasion.

Les choses sûres ne sont plus ce qu'elles étaient.

C'est un détail qui a son importance.

Le calembour du café

  • Catherine : On a bien fait de passer par là pour remonter d'Espagne, parce que c'était rouge à Orange
  • Noël : C'était rouge à orange ? C'est un camaïeu alors ?

27 août 2006

Petite psychologie de bazar

Si la première impression que vous avez d'une personne est que celle-ci est bizarre, eh bien, elle l'est. Etonnant non ?

Chose vue au supermarché

Une dame avec un gros pansement à l'index gauche. Nous engageons une brève conversation suite à un cri de douleur qu'elle laisse échapper après s'être cognée ledit doigt. Accident de tondeuse ? Non, accident du travail. J'ai tout su en 30 secondes.
Je l'ai vu à une caisse en sortant. Elle racontait son aventure à la caissière, qui affichait sa compassion avec force mimiques.
Elle a perdu un bout de doigt, mais gagné un sujet de conversation.

23 août 2006

Chronique des choses les plus diverses et des annonces étranges

Gravement bronzés et les chaussures pleines de sable, les aoûtiens se décident à contre coeur à retourner travailler. Certains ont du sel dans les cheveux, des algues pour les plus téméraires, une minerve autour du cou pour les plus imprudents ; la plupart ont les valises encore pleines et la bourse vide. On commence à parler prime de rentrée et recherche d'appartement, cahier de texte et dossiers empilés. En un mot, on achète des cartables. Les fonctionnaires, à l'instar des écoliers, reprennent le travail sur un rythme lent, en s'efforçant de ne pas replonger trop rapidement dans la monotonie paperassière. J'en ai même vu qui traînaient les pieds. Les rues et les administrations se remplissent, les plages se vident. Les mouettes ont enfin la paix, les piétons, les cyclistes et les bénéficiaires des délires ubuesques des caisses d'allocations familliales recommencent à trembler.

Bref, les choses reprennent leur cours normal. Pour ne pas être en reste, Sammy s'est arraché quelques heures à l'attraction qu'exercent sur lui internet, les mauvais téléfilms et sa planche à repasser, pour aller traquer l'insolite au coin de la rue. S'est-il accru pendant l'été ? La chose est peu probable, mais sait-on jamais. Effectivement, aucun bouleversement notable ne m'attendait dans mon périple. Le bareuzai n'a pas bougé, la porte Guillaume se dresse toujours prétentieusement devant le square Darcy. Les fontaines de la place de la Libération éclaboussent les badauds. La plupart des immeubles sont à leur place, aucun n'a été bombardé. Je m'en estime très satisfait.

Mais mon propos n'est pas de lancer ou de rentrer dans un quelconque débat. Les faits évoqués sont abondemment commentés par les milieux autorisés à penser. Ce petit apparté est avant tout destiné à faire connaître, si besoin était, l'action d'Amnesty International. Car certaines choses ne sont pas des détails.

Refermons la parenthèse, et retrouvons-les, ces chers détails que nous avons le luxe de pouvoir chercher. Ils peuvent jalonner un parcours, comme autant d'étapes propices à photos parfaitement inutiles mais légérement décalées. Une fois de plus, tout dépend du regard que l'on pose sur la banalité quotidienne. Et ça me permet de vous tenir en haleine en attendant d'avoir quelque chose de plus intéressant à vous raconter. Reconnaissez que ce n'est pas rien.


Beaucoup d'affiches, de panneaux, d'avertissements pour cette cuvée. Car l'Homme aime s'adresser à son semblable. Touche pas ceci, touche pas cela. Déviation obligatoire. Ca c'est à moi. Te gare pas là. Regarde ailleurs. Danger de mort. Attention travaux. Autant de signes auxquels nous ne prêtons plus grande attention. Alors, si une de ces pancartes a le bon goût d'être un peu différente des autres, il ne faut pas s'étonner qu'elle attire mon regard.

Ca a été le cas pour ce portail rouge doté d'une pancarte adorablement malhabile, et ce fut également le cas pour cette autre porte grillagée, dont je ne suis pas certain de bien saisir le message sybillin qu'elle adresse au passant. J'ignorais que les gens fussent aussi avides de travaux, qu'ils en étaient à les réclamer à grands cris chez de paisibles vieilles personnes. Sans doute parce qu'une telle folie ne me viendrait jamais à l'idée.


Sans doute la pancarte est-elle destinée à quelque voisin en manque d'exercice. Nous ne saurons jamais le fin mot de l'histoire. Mais c'est bien mieux ainsi. Renoncer à comprendre, et accepter l'idée qu'un monsieur, sans doute tout aussi respectable que vous et moi, ait pris du temps pour écrire et afficher ce morceau de carton mystérieux, n'est ce pas véritablement accepter la poésie du détour de la rue ? Bon... je l'avoue, je pense moi aussi qu'il faut être un peu con pour mettre ça sur son portail. D'autant plus que le fer à cheval ne plaide pas en faveur du bon goût.

Des panneaux qui interdisent ou qui obligent, d'autres qui avertissent, et d'autres encore qui ne servent à rien ; des vacanciers déprimés de reprendre le boulot et des vieux ronchons ; des cyclistes frisonnant aux croisements. Rien que de l'ordinaire. Somme toute, il n'y a que sur ce blog qu'il y a des nouveautés pour la rentrée ! Le mérite en revient à Blogger qui s'est décidé, pour son 7ème anniversaire, à faire un peu évoluer sa plate-forme. Cette nouvelle version est peut-être bien un peu trop simplifiée à mon goût, mais apporte quelques fonctionnalités bien sympathiques. Merci pour le commentaire Eldau ! Il parait même, à en croire Zorgloob, que j'appartiens à une petite minorité de privilégiés : "Seule une poignée d'utilisateurs y ont accès, donc prenez votre mal en patience" Vous voyez que vous êtes des lecteurs comblés !

Vous laissant sur cette vision irréelle du tas de petits cailloux blancs abandonné par un Petit Poucet précautionneux -notez les barrières- je m'en vais dormir afin de mieux réfléchir à un prochain article des plus instructifs. Il sera question de petits carreaux de faïence, d'art urbain et d'invasion extraterrestre. Bref, des choses grandes et magnifiques.

Car chaque détail a son importance.

15 août 2006

Chronique des couvertures bleues

Couché sur le côté, un homme dort. Il tousse dans son sommeil, d'une toux sèche et pénible à entendre. Sans doute la mince couverture bleue dans laquelle il est enveloppé ne le protège t-elle pas suffisament. Couché sur le côté, il dort. La nuit est fraîche, peut-être un peu trop pour un 15 août, mais vraiment, pas de quoi attraper la mort, oh non. Il dort. La couverture est bleue, la nuit est fraîche. Le banc est vert.

Le banc est vert dans cette allée déserte, passage qui n'a d'autre fonction que relier un boulevard à une rue de moindre taille. Perdu dans une rêverie sans fin, attentif au seul plaisir de mettre un pied devant l'autre dans des rues désertes, je passais à côté de lui sans le voir quand sa toux m'a fait sursauter. Je regardais les immeubles, estimais à quelle distance un halogène aveuglant se déclenchait, et où il me faudrait passer la fois suivante pour l'éviter ; attentif au seul plaisir de mettre un pied devant l'autre, je marchais sans le voir.

Sans le voir.

Combien de fois par jour passe t-on ainsi, sans le voir ? Combien de fois fait-on semblant de ne pas le voir, parce que ça nous gêne ? Cette chronique n'est pas une chronique de la misère urbaine, ni une chronique de l'impuissance. Non, c'est juste la chronique d'un homme qui dort sur un banc. Et je me suis senti gêné, en trop, à le regarder dormir ainsi. J'ai eu l'impression de lui prendre, oh, bien malgré moi, le droit à dormir dans la tranquilité. Mais le possède t-il seulement encore ?

Combien est vulnérable un homme qui dort sur un banc... Peut-on mourir de froid dans la rue, un 15 août ? On peut aussi mourir de solitude. Et d'indifférence.

Quand, cette nuit ou une suivante, vous sortirez pour vos loisirs, vos amours, pour d'autres raisons qui vous appartiennent, ou tout simplement pour être attentif au seul plaisir de mettre un pied devant l'autre, pensez aux hommes qui dorment sur les bancs. Vulnérables. Invisibles. Dans une mince couverture bleue.

***

Si vous sortez, allez donc voir Pirates des Caraïbes II : le secret du coffre maudit. J'avais décidé de vous en parlez ce soir, mais l'homme à la couverture bleue s'est imposé à moi. Si ce n'est déjà fait, regardez le premier opus -vous pouvez, par exemple, le voler à un ami, c'est moins risqué que dans une grande surface- et courrez ventre à terre voir la suite. L'histoire ne vaut pas la peine d'être rapportée, mais le rire vaut la peine d'être partagé.

05 août 2006

Folie joyeuse, chronique des supermarchés épisode III

Cadillac, cadillac...

Ce qu'il y a de bien dans les supermarchés, c'est qu'il n'est pas forcément obligatoire d'être attentif aux détails pour surprendre l'insolite -les moineaux dans les poutrelles, au-dessus du rayon des féculents, la dame qui monte sur le bord du meuble réfrigéré pour aller chercher le paquet de gruyère râpé le plus haut perché (il est plus frais ?), la mamie qui fonce droit devant elle avec son chariot et qui vous reprocherait presque de vous être laissé rouler sur les pieds.

Parfois, l'inattendu me tombe dessus sans que j'aie à faire le moindre effort. Cette fois, il a pris l'apparence d'un vieil homme un peu frappé, qui me mit en joie pour l'après-midi. Je l'avais bien remarqué, malgré tout, apostrophant les clients, parlant fort et tenant des propos qui me semblaient, même à distance, assez décousus, et pour tout dire incohérents. J'avais même fait un tour supplémentaire dans l'allée, pour tâcher d'écouter ce que l'énergumène racontait à un boucher imperturbable.

Mais je ne m'attendais pas à le voir arriver derrière moi à la caisse... Alors que la dame devant partait, il se lance. Mais à qui parle t-il au juste ? J'échange un regard inquiet avec la -jolie- caissière. Tout ce que j'ai retenu, c'est la phrase "Cadillac, cadillac, l'affaire est dans le sac", qui est revenue à plusieurs reprises. A vrai dire, il a commencé avec ça, et m'a demandé si je comprenais... je lui confesse mon inculture abyssale, et lui assure que je serais heureux de pouvoir replacer ses explications... Sourire complice avec la caissière.

Sa logorrhée terminée, il me demande si j'ai bien compris. Je m'empresse de lui assurer que oui, mais j'ajoute perfidement que j'aurais du mal à replacer son histoire, car je n'ai pas d'amis assez intelligents pour comprendre ça ! Et lui de répondre, le plus sérieusement du monde "vous êtes entourés par des cons !"

Sabrina -c'est du moins le nom porté sur le badge- se mord les lèvres pour ne pas éclater de rire...

...l'affaire est dans le sac !

***

Chroniques des supermarchés :

01 août 2006

Histoire avec des si...


Rien n'est jamais écrit à l'avance. Avec le recul, il est aisé de se figurer que les événements s'enchaînent avec cette logique infaillible, mécanique et pour ainsi dire automatique du bel ordonnancement des livres d'Histoire. Une succession de détails en apparence anodins, ne prendra sa véritable importance qu'avec le recul qu'apportent les années. (Cf ce propos rapporté par Victor Hugo dans Choses vues "du reste, tout cela n'est pas de l'Histoire")

Il suffit de peu de choses pour que tout bascule. Que se serait-il passé si l'aviateur Charles Lindbergh avait été élu contre Roosevelt en 1940 ? Partisan de la non-intervention américaine dans le conflit européen, antisémite notoire, admirateur d'Hitler et raciste accompli, qualifié par certains de "compagnon de route" des nazis aux USA, de quelle façon l'Histoire telle que nous la connaissons aurait-elle été changée ?

A travers de vrais-faux souvenirs d'enfance -son regard d'enfant de 7 à 9 ans- Philip Roth prend l'Histoire comme un matériau et propose une version parmi d'autres de ce qui aurait pu se passer. Toutefois, le complot contre l'Amérique est plus qu'un simple roman historique ou une nouvelle variation sur le thème de l'antisémitisme. C'est un roman de la peur, la peur insidieuse de ceux qui se sentent menacés dans leurs propre pays, à cause de ce qu'ils sont. Ce qu'ils sont ? D'abord des citoyens américains, des juifs ensuite. Autant dire que pour eux, tout était clair, ou du moins le croyaient-ils : il était aussi simple d'être juif en Amérique qu'auvergnat à Paris. L'intégration parfaite donc.
Leur judaïté ne venait pas d'en haut. Certes, le vendredi soir, au coucher du soleil, quand ma mère allumait les chandelles du shabbat [...] elle invoquait le Tout-Puissant par son nom hébreu, mais le reste du temps, personne ne parlait jamais d'« Adonaï ». Ces juifs-là n'avaient pas besoin de grands termes de référence, ni de profession de foi ni de credo doctrinaire pour se savoir juifs ; et ils n'avaient assurément pas besoin d'une langue à part [...] Leur judaïté n'était pas une infortune ou une misère dont ils s'affligeaient, et pas davantage une prouesse dont ils tiraient fierté. Leur être leur collait à la peau sans qu'il leur vienne à l'idée de s'en débarasser. Leur judaïté était tissée dans leur fibre, comme leur américanité.
Mais petit à petit la peur gagne les esprits, les clans se constituent, les familles se déchirent. Peut-on continuer à vivre comme avant ? Faut-il fuir au Canada ? Lindbergh veut-il seulement maintenir l'Amérique hors de la guerre, ou bien sa politique est-elle conduite par ses sympathies nazies ? Les motifs d'inquiétude se succèdent. Sitôt élu, le président Lindbergh signe un pacte de non-agression avec l'Allemagne ; plus tard, c'est Von Ribbentrop lui-même qui sera reçu avec tous les honneurs à la Maison Blanche. La communauté s'interroge : à quand les premiers camps ?

La tension monte progressivement, l'ambiguïté prédomine ; les résidents juifs de Newark sont-ils paranoïaques, ou une « 5 ème colonne » est-elle vraiment à l'oeuvre ? Les impressions, d'abord floues et incertaines (Cf. la visite de la famille Roth à Washington, leur frayeur lorsqu'ils sont escortés par un motard de la police) sont de plus en plus nettes, et l'atmosphère devient de plus en plus inquiétante. Les premières mesures franchement discriminatoires sont prises sous couvert d'intégration. On crée un "bureau de l'assimilation", puis le programme "Des gens parmi d'autres" visant à "cultiver l'américanité" : les petits juifs sont envoyés à la campagne découvrir les vraies valeurs de l'Amérique. De fait, c'est une véritable entreprise d'acculturation, de déjudaïsation qui se met en place. Ce sont ensuite leur parents qui sont obligeamment invités à émigrer dans ces régions désertiques, avec une nouvelle loi de peuplement singeant celle des colons fondateurs des débuts du pays. L'objectif réel est clair : disséminer les communautés juives et leur pouvoir électoral, dans un premier temps... mais après ?
Je refuse de m'enfuir ! Cria t-il soudain, faisant sursauter tout le monde. Nous sommes chez nous, ici
Non, dit ma mère tristement. Plus maintenant. Nous sommes chez Lindbergh, chez les goyim, nous sommes chez eux.
La question du rôle d'une communauté est ainsi posée. Où se trouve la frontière entre communauté et ghetto ? Qui crée le ghetto ? Ceux qui y vivent, ou ceux de "dehors" ? C'est un des thèmes secondaires du roman, à savoir la place d'une communauté dans une nation, et la question de l'appartenance relative à l'un ou l'autre de ces ensembles. L'avis de l'auteur, on l'a vu, est sans équivoque : être juif n'est pas une fin en soi et il ne le revendique pas, pas plus que ses personnages.

A un passage clé du début du roman, le père du narrateur est traité de "grande gueule de juif" ; à la fin de celui-ci, la mère de son camarade est brûlée dans sa voiture par des émeutiers, dans un sud américain qui semble devenir la proie d'un vaste pogrom. Un journaliste juif impertinent et provocateur, trublion dans la course à l'investiture présidentielle et grand dénonciateur des "fascistes de Lindbergh" et de ses "croix gommeux" de la Maison Blanche, est assassiné. C'est le signal des émeutes anti-juives, et le paroxysme de la peur.

Et c'est à ce moment précis que le président Lindbergh disparait. Une vraie disparition d'aviateur, en plein ciel, qui ouvrira la voie à toutes les spéculations. Tout s'accélère, l'état d'urgence est décrété, la garde nationale et l'armée patrouillent dans des rues désertées par le couvre-feu. Le vice-président fait du zèle ; les opposants les plus virulents et les plus emblématiques sont arrêtés, accusés d'avoir mis en oeuvre un complot visant à la disparition du président. Roosevelt lui-même est mis "sous la protection de la police". Les radios sont occupées, les journaux fermés.

Le titre prend alors tout son relief : de quel complot parle t-on ? D'un complot juif, thème cher aux antisémites de toutes les époques ? D'un complot nazi, dont Lindbergh serait le chef, ou tout simplement l'homme de paille ? Ou alors d'un coup d'Etat en bonne et due forme, qui a attendu son heure pendant plus de deux ans ?

Par la voix de différents personnages, l'auteur propose deux explications aux événements, aussi imaginaires que réalistes, qu'il relate : une conspirationniste et paranoïaque, et une autre beaucoup plus terre à terre. En outre, les références historiques et les biographies des protagonistes sont donnés en fin d'ouvrage. Au lecteur de se faire sa propre opinion.

C'est Pierre Assouline qui m'a donné envie de lire ce livre, avec ce commentaire dans La république des livres Si, comme moi, vous n'êtes pas capable de résister à la tentation d'acheter un livre après en avoir lu la critique, n'allez pas sur ce blog...

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A lire :
  • Le complot contre l'Amérique/Philip Roth, Gallimard – 22€
  • Choses vues/Victor Hugo, coll. Bouquins, Robert Laffont

Ecrit le 30 juillet 2006