15 mars 2007

Chronique de l'angoisse du roi Salomon

Sa main gauche soutient légèrement sa main droite qui tient le livre. C'est un livre de poche de la Collection Folio, immédiatement reconnaissable à sa couverture blanche. Je tente d'identifier l'ouvrage, mais je ne distingue que le dernier mot du titre -Salomon- et réussis quand même à entrapercevoir un nom d'auteur entre parenthèses : Emile Ajar. Je ne suis pas beaucoup plus avancé, je ne connais de Gary que La vie devant soi, et encore est-ce parce qu'il m'a été allègrement recommandé... Je vous en dirai sûrement le plus grand bien dès que je l'aurai lu.

Elle porte un duffle-coat noir suranné avec une doublure en nylon multicolore où le rose domine, des ballerines noires toute plates et, par dessus son pantalon, une courte robe en lycra gris ornée de ronds jaunes. Depuis que j'ai renoncé à découvrir le titre du livre, je la regarde et j'enregistre tous ces détails qui lui font ce look si particulier. Elle ne porte pas de bijoux, même si une légère marque laisse deviner qu'elle a déjà porté des boucles d'oreilles. Aucun soupçon de maquillage. Pas de vernis à ongles, ni de fard à paupières. Pas la moindre trace de rouge à lèvre. Ce qui ne l'empêche pas d'être plutôt jolie, elle a un visage agréable et harmonieux, mais sans aucune des particularités qui font tourner le regard et parfois la tête.

Elle est jeune, mais je ne saurais lui donner un âge. Peut-être vingt ans. Peut-être trente. Des cascades châtain clair de cheveux non retenus tombent sur ses épaules. De temps en temps, elle s'interrompt et semble se perdre dans la contemplation de l'horizon. C'est dans ces instants là que je peux admirer tout à loisir ses yeux d'un vert pâle presque translucide, qui s'éclipsent derrière ses longs cils fins lorsqu'elle se penche légérement pour reprendre sa lecture. De fait, elle ne lit plus et reste ainsi, à contempler un lointain indéfini. Elle sait que je la regarde et ne semble pas s'en offusquer. J'ai même de fortes raisons de penser qu'elle en fait autant de son côté, soit qu'elle m'observe à la dérobée, soit qu'elle se serve du reflet dans la vitre.


La femme debout derrière le fauteuil est moins discrète. Elle me regarde bizarrement, fixement. A croire qu'elle n'a jamais vu un chapeau. Je lui adresse un sourire carnassier, elle tourne la tête. Le métro nous balance doucement, sur cette ligne 6 en grande partie aérienne. C'est une fin de journée splendide, le soleil descendant éclabousse de reflets moirés le sac de faux velours noir que ma charmante compagne assise en vis-à-vis tient sur ses genoux. Sa main droite tient un livre qu'elle ne lit plus et repose sur sa main gauche qui s'appuie sur ce sac. Son look légérement kitsch et décalé a atteint son but : d'abord intrigué, j'ai été attentif, et me voilà séduit. Mais ce sont sans conteste ses yeux qui lui donnent son charme.

Si j'avais le temps, je crois que je tomberais amoureux. Mais la rame arrive déjà à Bercy, c'est la fin du voyage. Je me lève, avec la ferme intention de lui dire à quel point je la trouve jolie. Pour rien, pour faire plaisir. Parce que je le pense vraiment. Je suis debout, je me demande encore si je dois lui dire qu'elle a des yeux magnifiques ou si elle préferera entendre qu'elle est tout simplement belle. Elle suppose de son côté que je m'efface pour lui céder le passage, se lève à son tour, visiblement étonnée et ravie d'une telle galanterie, et me gratifie d'un sourire radieux qui donne enfin toute leur mesure à ses traits. Elle est lumineuse.

Elle s'éloigne à pas rapide dans la foule du quai, je la suis du regard un moment. Je n'ai pas eu le temps d'ouvrir la bouche.

***

Chronique écrite dans le train Paris-Dijon, la preuve...
La photo vient de
Flickr
Petit clin d'oeil au passage à Christelle et Florence ! Désolé, mais je ne faisais vraiment que l'aller-retour !

09 mars 2007

Mauvais sang

Et hop ! Consigne 41 de Paroles Plurielles ! Comme le temps passe vite...

Un petit texte écrit très vite, je me suis bien amusé à le faire. Je me rend compte que si ce texte avait été publié hier, on aurait pû lui chercher un rapport avec la journée de la femme... Je m'aperçois également que j'ai une fois de plus légérement détourné la consigne...

Une jolie maison aux volets bleus, dans une rue tranquille, dans un quartier tranquille, quelque part où il fait bon vivre...
Pourtant dans cette maison se passe quelque chose de "secret", que personne ne sait...
Racontez...
Avec comme incipit: "Ça fait huit jours exactement que... "



Ca fait huit jours exactement. Oui j'en suis sûre, je sais compter quand même ! Huit jours je te dis. Pas dramatique, pas dramatique, t'es bien un mec toi ! Moi je dirais plutôt que ça commence à faire ! Je m'énerve si je veux ! Et me touche pas ! C'est trop tard pour être désolé ! Ben voyons, c'est pas ta faute ! Tous pareils hein ? T'as qu'à dire que c'est la mienne tant que tu y es ! Ouais ben tes sarcasmes tu te les gardes ! Evidemment qu'on était deux !

Je sais bien que ça a été vite. Mais non, je ne regrette pas ! Oui c'était super, tu sais bien que c'est pas de ça que je te parle. Commence pas à changer de sujet ! Depuis le temps que je me cherchais un mec, je vais pas dire que c'était pas cool ! Et tu m'as réservé des surprises hein ! Notre première soirée dans ce resto asiatique, le mois dernier, puis la nuit qui a suivi... et dire que je te croyais timide !

Putain, mais ouvre pas les volets ! T'as envie que tout le monde me voit à poil ? T'aurais mieux fait de les repeindre ce jour là... ras le bol de ce bleu... ras le bol de tout... non, je pleure pas ! Me regarde pas, je veux pas que tu me voies pleurer ! Et tu comprends rien, va t-en ! Mais... reste avec moi, merde ! Serre-moi, serre-moi fort... Qu'est ce qu'on va faire ? Mais qu'est ce qu'on va faire hein ? Ca fait huit jours, huit jours exactement... et je suis en retard.

08 mars 2007

Maurice, tu pousses le bouchon un peu trop loin

Un questionnaire ! Ca faisait longtemps... Maurice, qui n'a pas manqué de noter à quel point j'adorais ça, n'a pas hésité à me faire suivre celui-ci, aussi pimpant que culinaire. J'ai tenté d'y répondre à ma façon habituelle, c'est à dire avec rigueur et honneteté. Voyez-vous une autre manière de procéder ?


1) Si vous étiez coincé(e) sur une île pour le reste de votre vie, et que vous ayez à choisir une seule cuisine (française, italienne...), laquelle adopteriez-vous ? Pourquoi ?


Je suppose que la question ne s'applique que pour les îles désertes ? Parce que si il s'agit d'une île habitée, équipée, et pour tout dire civilisée, comme le sont le Japon, l'Australie et Noirmoutier, je ne vois pas trop l'intérêt. Et puis, entre Ik*a et Mob*lpa, c'est tout au plus une histoire de moyens financiers. Ou de coup de tête, et je ne dit pas ça pour les cuisines italiennes.

Mais si on part du principe que c'est une question du même acabit que le sempiternel "quel livre emmeneriez-vous sur une île déserte ?" (et il est vrai que lorsque l'équipage de forbands débarque son capitaine sur une île, royaume solitaire et oublié des atlas, où il régnera à l'aide de son couteau et d'un fusil armé d'une seule balle, il ne manque jamais de lui poser cette très pertinente question, soucieux de préserver et sa santé physique et l'embellisement de son âme lors des nombreuses soirées qu'il passera auprès d'un feu allumé à grand peine en frottant deux cailloux, mais je crois que je m'égare) bref, la réponse est bien simple : il n'y a pas de cuisine sur une île déserte. Parce qu'il n'y a pas l'eau, pas l'électricité, pas le gaz, rien. Nada. On tente de survivre en suçant des noix de coco et en buvant du rhum. On se fait des habits en peau de chèvre, un chapeau de la même matière, et on déambule ainsi, regardant vers le large si quelque voile ne surgit point à l'horizon. C'est grand et magnifique.

Sauf à Noirmoutier, où l'on cultive la bonotte, et le sel qui va avec.

2) Quel est l'aliment ou le plat le plus inhabituel que vous ayez goûté ?

Ces questions ne sont décidement pas très précises, laissant une grande marge d'appréciation au malheureux chargé d'y répondre. Je m'en trouve très perturbé. Je vais néanmoins tenter de faire de mon mieux, en levant le voile sur un des aspects les plus surprenant de ma personnalité : de ma vie, je n'ai jamais mangé un plat. Aucun. Pas le moindre arcopal, pas le plus petit morceau de tefal et autre duralex. J'ai bien dû avaler quelques parcelles de papier d'aluminium, voire un fragment de papier sulfurisé, mais pas de quoi en faire un plat. C'est bien ce que je disais.

Pour l'aliment le plus inhabituel, je vais répondre ce que tout le monde devrait répondre : des mouches, des araignées, probablement quelques moustiques. J'avais lu un jour le nombre théorique que nous étions censés en avaler au cours d'une vie, notamment en dormant, ce qui m'étonne d'ailleurs, car j'ai toujours très faim lorsque je me réveille. C'était assez surprenant.

3) Quel est l'aliment ou le plat le plus inhabituel que vous ayez goûté et aimé ?

Tiens, un questionnaire à échos.

4) Quels aliments évitez-vous de manger (que ce soit à cause d'allergies, d'un régime alimentaire précis ou juste parce que vous n'aimez pas) ?

D'une manière générale, j'évite de me ronger le foie, me manger les sang ou me bouffer la tête. C'est très mauvais.

5) Est-ce que vous cuisinez ?

Mon avocat m'a déconseillé de répondre à cette question. Jusqu'à preuve du contraire, je n'ai tué personne. Vous n'avez pas le droit de m'accuser ainsi.

6) Quel est le plat que vous préparez lorsque vous souhaitez faire plaisir ?

Encore cette histoire de plat ? Celui qui a conçu ce questionnaire devait avoir un problème avec ce genre d'objet. Vraisemblablement un traumatisme lié à l'enfance et non résolu. Je suppose que quand il était petit, il a cassé un plat, sa maman l'a fait monter dans sa chambre et privé de dessert et il en garde encore une rancoeur tenace mais refoulée. C'est pourquoi il ne songe qu'à offrir des plats à ses amis, c'est une manière pour lui de conjurer ce traumatisme.

Je préfère pour ma part m'en tenir aux classiques chocolat et/ou vin, mais si vous voulez que je vous offre des ustentiles de cuisine, dites le moi, il y a longtemps que je n'ai pas été trainer chez Ik*a.

7) Lorsque vous allez au restaurant, quel plat préférez vous choisir ?

Et ça continue ! Désolé, je ne suis pas kleptomane. Mais il parait que certains restaurants populaires offrent un plat par jour à leurs clients. D'où le nom de plat du jour. C'est pas cher, c'est pas bon, mais on a le droit de partir avec l'assiette, ou le plat, selon que l'on a commandé une assiette de charcuterie ou un boeuf en daube. Il faudra que je me renseigne.

8) Au restaurant, avez-vous déjà demandé à ce que l'on vous change un plat ou un vin ?

Bon, ça commence à bien faire ces suspicions. Non seulement je n'ai jamais volé de plat dans un restaurant, mais il ne me viendrait pas à l'idée de revenir le lendemain pour me plaindre de sa couleur, ou de son émaillage déficient qui part au lave-vaisselle. Ce serait incongru, et pour tout dire déplacé. Et puis, comment voulez-vous voler un plat sans vous faire remarquer ? Sauf à avoir des complicités parmi le personnel, je ne vois pas. Il faut tenir compte des dimensions de l'objet, de son poids, des salissures éventuelles, voire des restes d'aliments qu'il pourrait contenir. Non, c'est vraiment se donner trop de peine pour pas grand chose. Par contre, voler des couverts, une petite assiette à apéritif, voire un verre, oui, c'est tout à fait possible et je parle en connaissance de cause mais ne le faites pas, voler c'est pas beau.

9) Organisez-vous de grands repas pour le plaisir de cuisiner ?

Non. Vous m'invitez quand ?

10) Quel est l'aliment dont vous ne pourriez pas vous passer ?

Sherlock Holmes. Parce que c'est alimentaire, mon cher Watson.

Pardon...
J'le ferai pû.

***

La vignette du gamin qui dit "Mauriiice, tu pousses le bouchon..." vient de Google. Elle doit être copyright Nestlé, petit c dans un rond ou quelque chose comme ça, je veux pas aller en prison, ça aussi je le ferai pû, pardon monsieur Nestlé.

05 mars 2007

Ceci n'est pas une chronique

Pssssst !


Vous savez quoi ?


Ce blog a un an !!!


Et j'ai failli l'oublier !


Au fait, où a été prise la photo de cette belle horloge ?

Chronique du simple bonheur

J'aime beaucoup le café. J'en bois le matin, j'en bois à midi, si je m'écoutais je me reléverais la nuit pour en boire. Je signale au passage à M. Nespresso que ma carte bleue a bien été débitée mais que je n'ai toujours pas reçu mon café. Et si d'autres font leurs délices du thé ou du produit de la vigne, certain(e)s succombent aux tentations voluptueuses de la tisane. Chacun trouve son bonheur où il peut. C'est le thème du film d'Eric-Emmanuel Schmidt, Odette Toulemonde. C'est un film sur le bonheur des autres. Ceux qui sont heureux de pas grand chose, ceux qui collectionnent les poupées costumées, ceux qui lisent du Balthazar Balsan et planent au-dessus des toits de Bruxelles parce qu'ils ont appréciés son dernier livre, ceux là aussi ont droit au bonheur, qui n'est pas réservé à une certaine forme d'élite. Elite intellectuelle qui méprise les bonheurs simples et populaires, ou qui se plait à séparer le monde en deux catégories : les gagnants et les perdants.


Odette Toulemonde, petite employée de grand magasin au destin terne et banal, vit avec son fils coiffeur et sa fille grincheuse, habite un modeste appartement dans une banlieue ouvrière plus modeste encore, avec les gosses qui courent dans le couloir, les poubelles à descendre et la mer du nord comme dernier terrain vague. Mais elle lit. Pas les chefs d'oeuvre de la littérature, ni des centaines de livres par an, ni des auteurs recommandés par les critiques les plus en vue ; non, elle lit les livres de Balthazar Balsan, et c'est une des choses qui suffisent à son bonheur. Mais la vrai raison de sa joie de vivre, elle la porte en elle, toujours souriante, chantante, virevoltante, entrainant tout son petit monde avec elle au son de Joséphine Baker.

Le film commence alors qu'elle prend son après-midi de congés pour se rendre à Bruxelles, pour enfin rencontrer en dédicaces et en vrai cet auteur auquel elle voue une admiration sans bornes. Seulement voilà, une fois devant son grand homme, elle est tellement émue qu'elle n'arrive même pas à dire son nom. Elle décide alors de lui écrire, choisit son plus beau papier à lettres (le rose, avec un petit ange au milieu) et lui dit l'importance qu'il a dans sa vie, avec ses mots naïfs mais débordant de sincérité. A l'occasion d'une autre séance de dédicaces, elle lui remet sa lettre. Balsan n'accorde qu'une importance relative à cette inconnue parmi d'autres, la lettre finit dans la poche intérieure de se veste, il la retrouvera par hasard en s'enfuyant de l'hôpital où sa tentative de suicide le mènera. Parce que si il a toutes les apparences du bonheur, il n'est pas heureux. Parce qu'il vient d'être descendu en flammes par le critique le plus important du moment, parce que son fils se fait taper dessus suite à cette émission, parce que sa femme le trompe avec le critique en question. Tombant par hasard sur la lettre d'Odette, il se met à sa recherche, et échoue un soir dans son petit appartement... La suite est assez évidente, aussi ne vous la raconterai-je point.



Dans Little Miss Sunshine aussi, tout le monde poursuit à sa façon son petit bonhomme de bonheur. Et le bonheur, c'est pas évident, surtout lorsque l'on divise le monde en deux catégories : les gagnants et les perdants. C'est la marotte du père d'Olive Hoover, qui applique à longueur de journée à sa famille sa méthode en neuf points pour devenir un gagnant, un vrai, un de ceux qui marchent sur la tête des autres.

Ce qui n'empêche pas les uns et les autres d'avoir des rêves grands et magnifiques. Le père, veut vendre sa méthode -et se heurtera à de cruelles désillusions- le fils a fait voeu de silence jusqu'au jour où il entrera à l'Ecole de l'air -il fait des pompes et lit Nietzche- l'oncle suicidaire rêve d'une Amérique qui comprendrait Proust et le grand-père, épicurien shooté et obsédé, ne demande pas grand chose à la vie. Ou alors juste un magazine porno et un rail de coke de temps en temps. Olive Hoover, 6 ans, ne rêve que de devenir Little miss sunshine, sorte de mini-reine de beauté. Se trouvant sélectionnée pour ce prestigieux concours, toute la famille s'embarque à bord de l'antique combi wolkswagen et se met en route pour la Californie.

J'aime beaucoup les road-movies. C'est toujours l'occasion de toutes les mises au point, les réglements de comptes, et le retour à l'essentiel, en général au bout de la route. Celle que l'on fait sur l'asphalte du Nouveau-Mexique, mais aussi en soi. Et c'est sans compter tous les événements tragiques ou cocasses que les héros ne manquent pas de rencontrer. Comme faire démarrer un van sans embrayage, ou mettre le cadavre de papy dans le coffre sans se faire remarquer. Au bout du compte, au bout de la route, quelques illusions se seront envolées, mais ils se seront mis d'accord sur l'essentiel. Qu'il faut faire ce que l'on aime, les vrais gagnants sont ceux qui ont le courage d'essayer. Qu'un rêve est fait pour être vécu jusqu'au bout, qu'il faut profiter de tous les plaisirs de la vie tant qu'on le peut, parce qu'on a tôt fait de se retrouver résumé au contenu d'une petite boîte. Et que les concours de beauté pour petites filles, c'est encore plus pitoyable qu'un défilé de caniches pomponnés.
Il faut faire ce que l'on aime, et merde au reste
(Dwayne Hoover, nietzchéen repenti)
Les rêves sont faits pour être vécus, le bonheur est fait de petites choses simples. Et merde au reste.

27 février 2007

L'espadrille vole à 12 000 pieds

Céline et Delphine furent bouleversifiées devant une telle audace vestimentaire, Christine l'évoque dans un autre commentaire, et je ne doute pas que nombreuses sont celles qui voulaient les voir. Les voici donc, ces espadrilles qui font tant rêver mon lectorat féminin...


Pardon pour le titre, j'ai honte parfois.

24 février 2007

Beaucoup de vent pour rien

Paroles plurielles, consigne 40. Comment ça, on passe de la consigne 38 à la consigne 40 ? Ben... je n'ai pas eu le temps de faire la 39. C'est balot. Mais je vois avec plaisir que vous suivez et qu'on ne vous égare pas aussi facilement !

En s'appuyant sur cette photo, il fallait écrire un texte dont l'incipit serait : "Il choisit toujours la solution la plus compliquée" (c'est pour moi que vous dites ça ? Ah bon. Parce que ça aurait pû...)

Ainsi que je l'ai expliqué à Coumarine, l'idée de ce texte m'est venue hier lors d'une réunion interminablement inutile ; j'en ai jeté les principales idées à la hâte sur mon cahier (j'ai renoncé à arracher les pages, les brouillons de textes se mêlent désormais aux notes de réunions, c'est un mélange assez sympathique) Cela dit, évitez d'en tirer des conclusions définitives ! Il m'est arrivé de participer à des réunions courtes et productives !


Il choisit toujours la solution la plus compliquée. Au début le problème était relativement simple, du moins ses manifestations n'étaient-elles pas trop dramatiques. Quelques infiltrations d'eau au sous-sol, rien d'insurmontable. Il suffisait de passer un marché avec une entreprise, engager des travaux d'étanchéité, peut-être installer un drain autour du bâtiment, et l'incident aurait vite rejoint la longue liste des mésaventures de cette vieille maison, bien insignifiant derrière le grand incendie de 1757, ou les soulèvements populaires de 1863, encore présents dans toutes les mémoires.

En quelques mois, tout aurait été réglé. Mais il a préféré sortir le grand jeu. Brainstorming, séances de réflexion, groupes de travail et réunions interminables dans les grandes salles au plafond trop haut où les voix des uns et des autres se perdent en d'infinis échos. Chacun n'écoute que soi-même et personne n'entend les autres. D'une fois sur l'autre seul changeait le nombre de participants, toujours plus nombreux, toujours plus qualifiés, toujours plus brillants, mais incapables de se mettre d'accord sur quoi que ce soit. Et pendant ce temps l'eau continuait à monter. A l'automne elle avait déjà inondé la salle des archives.

Mais lui, il parade. C'est son heure de gloire. C'est lui qui a réuni toutes ces têtes pensantes, ces sommités, ces détenteurs du savoir. Et aussi ces journalistes devant lesquels il enchaine les conférences de presse, les interviews, les reportages. Il explique comment il va sauver "ce joyau inestimable de notre patrimoine national", de quelle façon il dirige les travaux de cette "magnifique commission d'éminents experts". Car il aime s'écouter parler. Il discourt, use de périphrases ampoulées devant les caméras, et d'un jargon technocratique lors des réunions. Il n'est question que de communication impactante, d'éléments de langage et de référentiel de procédure. De décisions que l'on acte, de problèmes qui sont vrais et de considérations extrêmement actuelles aux jours d'aujourd'hui. Ce qui n'a pas empêché l'eau d'atteindre le rez-de-chaussée. Elle baignait les premières marches du grand escalier à la fin de l'été.

La dernière réunion s'est tenue hier. Dans les combles. Tous avaient la mine abattue, lui seul semblait ignorer le naufrage imminent. Dernière réunion, deux ans après le début de cet inutile remue ménage. Nous sommes sorti par un vasistas et avons regagné le rivage à bord d'une petite barque sous les huées de la foule. Ce matin, l'eau avait tout recouvert.

20 février 2007

Chronique des Pyrrhocoris apterus et des immeubles extraordinaires

Pour certains c'est le jardin moi, c'est l'immeuble que j'ai d'extraordinaire. Non seulement l'accès au parking nécessite plus de clés que la péripétie finale de Fort Boyard, mais les couloirs sont faits de telle sorte que même dedans on est dehors. C'est une prouesse de l'architecture moderne. C'est un concept novateur, entre le banal puit de lumière et le dispendieux atrium. C'est un trou. Pour vous figurez la chose, imaginez simplement un couloir duquel on aurait ôté tout un pan de mur, avant de combler ce vide relatif par quelques arbres faméliques agonisant dans du gravier. L'espace à ciel ouvert ainsi créé, si il n'apporte aucun éclairage supplémentaire (les rayons du soleil vont stupidement droit devant eux) permet malgré tout aux courants d'air de circuler et à la pluie de dégouliner sur le carrelage. C'est grandiose.

Ce rude rappel des forces de la nature permet au citadin de conserver cet esprit aventurier qui lui fait si souvent défaut. Louons le progrès qui rapproche l'homme tous les jours un peu plus de son idéal écologique. Et de l'hôpital, parce que le carrelage mouillé, ça glisse.


Mais c'est à l'autre extrêmité du couloir que le génie architectural de la fin du XXème siècle exprime son génie de la façon la plus éclatante. Le hall d'entrée abrite en-effet, dans un bac en béton trop grand pour une jardinière, un tas de gravier qui prend des airs de jardin zen miniature ou de bassin à poissons rouges. Tout dépend de la pluviométrie. Car ce truc bizarre est régulièrement plein d'eau. C'est en ces termes que je l'ai présenté l'autre jour sur msn à Céline. (renvoi d'ascenseur !) Cela fait donc quelques jours qu'elle attend le fin mot de l'énigme.

Après réflexion, il faut se rendre à l'évidence : il s'agit de la descente des eaux de pluie. Lors de la construction, il aura été jugé plus pratique ou plus chic de les faire passer à l'intérieur, plutôt que de les envoyer bêtement dans le caniveau, où elles auraient pu causer la noyade de quelques escargots. Sans parler des Pyrrhocoris apterus, qui est le nom scientifique de ce rigolo petit insecte rouge en forme de losange, communément appellé "gendarme". Il porte sur son dos des motifs géométriques qui ne sont pas sans évoquer certains masques africains. C'est un insecte passionant. Ethnique pour tout dire. J'en remplissais enfant des petites boites que je secouais vigoureusement avant de les ouvrir. Les bestioles libérées reprenaient aussitôt le cours de leurs activités, ce qui prouve leur plus grande faculté d'adaptation au changement que les fonctionnaires.


Si je parlais à Céline de ce tas de graviers qui nous a entrainé aussi loin, c'est parce que je me suis retrouvé une nuit, entre minuit et une heure plus précisement, à l'observer avec perplexité, accoudé à la balustrade de mon étage. C'est une histoire haletante et légérement effrayante, les âmes sensibles peuvent donc cesser ici leur lecture.

Tout commence alors qu'il est un peu plus de 23h. Minuit peut-être. Tout est calme dans l'immeuble extraordinaire, lorsqu'un bruit sourd éparpille le silence. Boum. Il est aussitôt suivi d'un autre. Boum. Et encore un autre. Boum. Très rapprochés. Boumboumboumboum. Quelques mesures de silence, puis ça repart, boum, boum, boumboumboum. Je suis vaguement inquiet, me demande ce qu'il se passe et regarde machinalement autour de moi, comme si la source du bruit allait soudainement m'être signalée par une grosse flèche clignotante. Boum. On dirait bien que c'est tout proche. Juste à côté pour tout dire. Boum. Ah oui, c'est sûr ce coup ci. Mais qu'est ce qu'elle trafique la voisine ? Bouuuuum. Et mon coeur fait de même. Pas vraiment effrayé, mais pas franchement rassuré non plus. Je tends le cou et l'oreille du côté de la cuisine. Boum, le bruit vient effectivement de là. Me voilà maintenant dans l'entrée, j'écoute les bruits venant du palier -car cette fois c'est sûr, il y a quelqu'un derrière la porte- et m'interroge pendant quelques minutes sur la conduite à tenir. Faire le sourd ? Ca va être difficile. Et puis, il se passe peut-être quelque chose de grave ! Appeller la police alors ? Pour leur dire quoi ? Autant savoir ce qu'il se passe d'abord.

Boum, je ferme la porte donnant sur ma vaste pièce unique. Boum, je tourne une première fois la clé. Boum, second tour de clé. Il n'y a désormais plus qu'une porte sans défenses entre moi et l'inconnu. Boum, légère hésitation. Boum. J'entrebaille la porte. Le hall est éclairé, il y a donc quelqu'un. Boum. J'ouvre en grand, prêts toutefois à refermer violemment au premier signe de menace.


Que se passait-il donc sur ce palier, une nuit pourtant si tranquille jusqu'alors ? Se tenaient là ma voisine, son papa, sa maman et quelques outils dont un burin avec lequel madame était en train de taper sur la porte, ou plus exactement sur la serrure de celle-ci. Ah ben excusez nous, on est désolé pour le bruit mentit le papa. Que se passe t-il ? demandais-je avec curiosité. J'ai cassé la clef dans la serrure répondit la fille. Et là je pense "super, et vous allez faire ce bordel encore longtemps ?" ce que je traduisis habilement par "et il y a longtemps que vous êtes là dessus ?" J'apprends alors qu'ils ont bien pensé appeler un serrurier mais que vu l'heure ça allait faire drôlement cher. Ah vu comme ça, bien sûr. Tapez donc madame, tapez (qu'on en finisse).

Car seule madame tapait, relayée de temps en temps par sa fille, tandis que monsieur regardait... Je me suis bien proposé, sans trop insister toutefois, car je ne voulais pas prendre le risque de m'écraser un doigt me montrer inconvenant. Je ne suis pas du genre à m'imposer. Je suis néanmoins resté jusqu'au dénouement, ma curiosité l'imposait et leur raffut ne m'autorisait pas à dormir. Elle s'armait de temps en temps d'une perceuse sans fil à bout de souffle, essayant d'obtenir un illusoire résultat, mais elle ne parvint qu'à casser quelques mèches. Après le sacrifice inutile du matériel et de mon cycle de sommeil, j'ai pu enfin me montrer utile en leur fournissant un annuaire pour qu'ils appellent l'homme de cochon, de l'art pardon.

Il était petit, vêtu de rouge avec des motifs géométriques noirs dans le dos. Ethniques pour tout dire. Il s'est adapté très vite à la situation, bien qu'il ait sûrement dû se secouer avec vigueur pour trouver l'envie d'intervenir à cette heure tardive. Il a ouvert la porte récalcitrante en moins de trois minutes. A empoché ses 150 euros, puis est reparti rejoindre sa colonie. Non sans nous avoir adressé un amical battement d'antennes.

17 février 2007

Le cadavre que l'on porte en soi

Je viens de voir Amélie Nothomb dans Metropolis ; j'en retiens cette phrase extraordinaire sur l'écriture : "Ecrire c'est vivre, mais écrire c'est aussi laisser la parole au cadavre que l'on porte en soi"

Interview vraiment très intéressante, vraiment très loin du rôle qu'elle joue - qu'on lui fait jouer ? - habituellement dans les émissions de variétés se prétendant plus ou moins culturelles.

Et en plus elle avait un chapeau extraordinaire !


Cela me fait penser à Prévert, qui disait quelque chose d'assez semblable, dans Paroles, ou Spectacle, je ne sais plus :
Comme cela nous semblerait flou
inconsistant et inquiétant
une tête de vivant
s'il n'y avait pas une tête de mort dedans

Sur ce, direction le cinéma ! Au programme : Odette Toulemonde. Une histoire où l'écrit a sa place si j'ai bien compris. On en sortira pas !

14 février 2007

Chronique de l'humain assis

J'ai assisté à une réunion hier matin. Une de plus. La réunionnite est la maladie chronique de Sammy du fonctionnaire. Il y aurait d'ailleurs beaucoup de choses à dire sur les réunions d'une façon générale. Leur utilité, les raisons profondes de leur existence, comment dormir sans se faire remarquer. Car réunir, c'est dormir un peu, telle est ma devise.

Celle-ci fut tout de même assez instructive. Pas utile, ce serait trop beau. Seulement instructive mais c'est déjà beaucoup ; ce n'est pas tous les jours que l'on peut écouter un président de Tribunal administratif. Il y eu malgré tout quelques longueurs que je mis à profit pour observer l'assistance et noter au passage quelques observations sur les spécimens humains les plus remarquables, dans l'idée de les partager avec vous. Si je savais dessiner, je vous les aurais croqués.

Juste en face de moi se tient une femme d'allure posée, calme. La cinquantaine respectable. Elle écoute attentivement, sourit d'un air affable. Son visage inspire un sentiment de douceur et de sérénité. Tout se gâte dès qu'elle se met à prendre des notes. Elle écrit avec une frénésie assez effrayante, agitée de tressautements irréguliers, tant la pression qu'elle imprime à son bic est forte. Tout en maintenant sa feuille à l'aide de sa main gauche posée bien à plat sur le papier, les doigts fermement appuyés et écartés les uns des autres, elle penche la tête jusqu'à venir toucher son épaule avec son oreille. C'est remarquable. Mais quelle violence dans cet exercice ! Elle fronce les sourcils avec vigueur et un rictus lui tire le coin droit de la bouche à la manière d'une tare congénitale. Je suis fasciné. Dès qu'elle cesse d'écrire, elle retrouve une apparence normale. A l'instant où elle trace un début de lettre sur sa feuille, sa fureur la reprend.

Un peu plus loin est assis un officier de gendarmerie débonnaire. Poussah indéchiffrable, il semble fait de pâte molle. Un mouvement imperceptible de ses lèvres ondulantes comme un arc mongol à la double courbure caractéristique le fait passer de ce qui semble être une moue ironique à l'indifférence la plus parfaite. A moins que ce ne soit l'inverse. Il en est de même pour ses yeux, semblables à deux billes qui rouleraient dans les fentes horizontales que délimitent de lourdes paupières.


Un peu plus à droite encore se tiennent côte à côte deux femmes qu'en apparence tout oppose. Deux allégories. La beauté méprisante et la frustration revêche. La première, belle fille à l'allure hautaine, affiche ostentiblement les signes d'un ennui profond. Bras croisés, jambes de même, elle se tient très droite et fait mine d'être parfaitement indifférente à ce qui est dit, ainsi qu'aux regards des hommes glissant sur elle. Jeans et col roulé, elle ne s'astreint pas au code vestimentaire en cours, qui fait croire à certains que l'étiquette est un gage de sérieux. La seconde au contraire, applique un peu trop rigoureusement les règles implicites du standing et se tasse sur sa chaise et dans son strict tailleur muraille. Honnêtement, c'est l'archétype de la vieille fille. Moue pincée, collants noirs (mon arrière grand-mère en avait de semblables), coiffure moins affriolante que bien des perruques, et poses affectées. Elle n'a eu de cesse de se toucher le cou, les joues, se masser sous les yeux. Et remettre en place une idée de mèche blonde derrière son oreille, main tournée vers l'extérieur et regard féroce.

Et tout ceci a été noté par un jeune prétentieux mal rasé, tantôt accoudé avec nonchalance, tantôt griffonnant quelques mots sur un grand cahier qu'il récupéra un jour dans une corbeille à papier du service. [c'est authentique, il était parfaitement neuf] Il a posé son chapeau sur son duffle-coat plié avec soin -l'animal semble maniaque- révélant du même coup une coiffure négligée et des lunettes graisseuses. Parfois, il ferme les yeux et glisse lentement sur sa chaise. Il parait alors dormir. Mais ne vous fiez pas aux apparences. Non seulement il a tout écouté, mais il vous a observé avec la plus grande attention...

07 février 2007

Combien de temps encore ?

Après les dessins, le procès. Bienvenue au Moyen-Age.

Je ne suis toujours pas guéri de mon allergie à la bêtise. J'aimerais écrire de grands articles enflammés pour exprimer mon dégoût, mais je n'ai pas le talent de Cavanna. Ou tout simplement pas le courage. Je n'en suis pas très fier, à une époque où il faudrait justement se battre contre la marée montante des conneries obscurantistes. Mais j'en viens à me demander si il est vraiment possible de faire quelque chose...

Nous vivons dans un pays où nous avons le droit de penser librement et de rire de même (mais pas avec tout le monde Desproges avait bien raison)

Mais pour combien de temps encore ?

8 février 2006


7 février 2007

05 février 2007

La langue de Molière, chronique de l'inspiration

Le précédent étant mort au champ d'honneur, tombé glorieusement la pointe en avant, je projetais depuis un moment de faire l'acquisition d'un stylo plume. J'ai bien tenté de m'accoutumer aux divers erstaz que les papetiers mettent à notre disposition, mais rien à faire, ça ne va pas. Celui-ci écrit trop gros, celui là trop bleu -c'est rédhibitoire- un tel trop lentement et tel autre a su surtout faire preuve de sa capacité à fuir. J'ai donc fait cette importante acquisition un soir à C*rrefour. Pour tout dire, j'en ai acheté deux, ne pouvant me résigner à choisir entre ces exemplaires au semblable mérite. Quelle folie. Le premier fait six euros, c'est l'exemplaire de luxe, il reste à la maison. Le second n'en coûte que cinq et se satisfait très bien de voir du pays en voyageant dans mes poches.

Celui qui voyage est en plastique bleu et transparent. Moderne, dynamique, original. Son tracé fin est appelé aux choses les plus grandes. Les mémoires, les comptes-rendus. Voire les feuilles de congés. Il transcrit la parole du chef. C'est dire qu'il a su se rendre indispensable. Je prends des notes rapides et aériennes, soulignant d'un trait vif les points à retenir et entourant d'un large cercle les choses à faire tout de suite. Pour les affaires les plus pressantes, le cercle se multiplie en autant d'épaisseurs qu'il y a de retard accumulé. C'est magnifique.

La plume maison, au corps métallique et froid, sert au griffonnage, brouillonage et autres listes de choses à faire. Dois-je l'avouer ? Il a comme un air de souvenir d'enfance. Mon tout premier ressemblait fort à celui-ci, peut-être même était-il plus beau. Il dû lui aussi tristement finir, au terme d'une servitude scolaire de plusieurs années. Car mes histoires avec les stylos plumes sont des amours contrariées. Pourtant, je ne suis pas comme l'impétueux Jean-Baptiste Poquelin en proie à une crise d'inspiration, jetant rageusement sa plume sur le bureau. Il faut dire que c'était une plume d'oie et que le côté archaïque de l'outil faisait aussi sa solidité.

C'est plus ou moins avec cette scène que le film du même nom débute vraiment. Non, il ne s'intitule pas Jean-Baptiste Poquelin, mais Molière, tout simplement. Pourquoi Molière au juste ? Parce que "la langue de Poquelin" ça sonnait mal.



Ce n'est pas "la vie de Molière", ce serait plutôt "un mois dans la vie de Molière" Ou comment, après avoir été jeté en prison pour dettes, il disparait pendant plus d'un mois, au terme duquel il entrainera sa troupe en tournée pendant 13 années à travers le royaume. C'est authentique. Aujourd'hui encore ses biographes ignorent ce qu'il a bien pu bricoler pendant l'intervalle entre la sortie de prison et le départ en tournée. C'est cela que le film imagine, ce qu'il s'est passé, et c'est tout simplement génial. L'histoire, que je ne vous raconterai pas, c'est du Molière, avec des intrigues comme chez Molière : le bourgeois enrichi qui se voudrait gentilhomme, la comtesse méprisante, les servantes et les amours contrariées. Pas avec des stylos et des plumes cette fois. Non, c'est du Molière vous dis-je ! Mais entre de beaux jeunes gens confrontés à l'autorité paternelle.

Ce serait de ces instants décisifs que Molière aurait tiré la matière de toute son oeuvre future. Elle ne serait qu'une forme de transposition de cette aventure. Ou comment l'auteur utilise son vécu pour créer son oeuvre... L'ensemble comporte donc de vrais morceaux de Molière ! On retrouve quelques uns de ses futurs personnages, et quelques phrases lancées dans le feu de l'action deviendront ses répliques les plus célèbres, Le petit chat est mort, Belle marquise mourir vos beaux yeux d'amour me font, Cachez ce sein... et autres Qu'allait-il faire dans cette galère. C'est vraiment très drôle, très fin, on rit tant des clins d'oeil que de l'histoire elle-même, portée par un Romain Duris brillant. Ce type est formidable ; je ne sais pas si vous aviez vu "De battre mon coeur s'est arrêté", où il était déjà très bon, mais je me suis rendu compte que je ne le reconnaissais pas. Autant Luchini fait du Luchini (pardon Céline), mais du bon Luchini quand même ! autant lui devient véritablement Molière. D'ailleurs, il mérite un César rien que pour la scène où il fait le cheval. Je ne vous en dit pas davantage, je vous laisse découvrir...

Pour en savoir plus, vous devez maintenant aller le voir... Et plus vite que ça encore ! Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne réplique point...

02 février 2007

Yabadabadooo

Le machin est ressuscité ! Ouf, j'aurais pas pu passer le week-end sans ! Il y a encore du boulot, mais le plus gros est là !

Ah ben c'est balot...

Quand ce ne sont pas les commentaires qui se mettent en grève, c'est l'ordi qui me lache. Le lâche.

Je l'allume ce matin -j'ai voulu chasser une poussière, mon doigt a dérapé par inadvertance sur le bouton, ce sont des choses qui arrivent, je connais quelqu'un qui va se marrer en lisant ça- et môssieur fait son gros caprice après seulement 5 minutes de fonctionnement. Redémarrage de la bête, ah mais voilà, la bête bébête fait son show et ne veut plus redémarrer. Au fallacieux prétexte qu'il lui manque un fichier. Tatillon l'engin quand même. Pire que moi pour tout dire. Comme si un fichier système était important à ce point... Quoi ? Si ?! Ah bon. C'est balot.

En attendant le formatage rédempteur qui viendra à bout du probable vilain virus pas beau qui va mettre ma dépendance cybernétique a rude épreuve, je ne peux accéder aux blogs en général et au mien en particulier que depuis le boulot... et je ne voudrais pas abuser...

Alors, laissez moi des dizaines de commentaires (élogieux, bien sûr), ce sera ma consolation du lundi matin !

01 février 2007

Chronique des miniatures et autres japillages

J'ai interrompu mon récit de mes promenades lyonnaises acque beline Delphine à la Demeure du Chaos, promettant de vous narrer la suite au plus vite. Après toute une série d'intermèdes aussi littéraires que radiophoniques, il était temps que je m'y mette, sinon vous auriez fini par m'ablager sans vergogne.

Il existe au coeur du vieux Lyon un endroit tout entier empli de petites choses chenuses comme tout. Fabriquées avec amour, exposées avec le plus grand soin et admirées avec plus d'enthousiasme encore par les grands que par les gones. Qui se pressent néanmoins en une bourdifaille canante et cancanante, quelques tarabates couvrant même les pias pias des autres. Pour tout dire, ils trafiquent comme des galapiats.


Il s'agit du musée international de la miniature, et c'est une visite que je conseille à tous ceux qui auraient l'occasion de passer par Lyon, et qui se demanderaient comment occuper une après-midi où l'abat interdit de se bembaner autant que l'on voudrait par les rues de cette bonne ville. Surtout si l'on a un parapluie pour deux. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de constater à quel point le bugne qui orne mon gadin était résistant à la pluie. Me voilà rassuré sur ce point, car je me posais justement la question peu de temps auparavant.

C'est sans cesser de bajafler que nous avons investi ce lieu chargé d'histoires. La grande et les petites. Celle que suggère le cadre de la Maison des avocats et du quartier Saint-Jean, et celles que raconte Françoise Coüasnon à travers les saynètes de l'exposition temporaire "Le petit musée de madame Hum". Ce petit brin de femme en pâte à sel vit ses aventures complétement ordinaires dans des petites boîtes. On l'espionne à travers une vitre. On la voit dans son bain, au restaurant, dans un magasin de chaussures. Ou dans son salon en train de regarder les feux de l'amour. Tout ceci est fort indiscret. Mais c'est tellement drôle. On ne peut faire autrement que sourire devant ces histoires racontées par le seul décor faussement naïf.

Les feux de l’amour © copyright Françoise Coüasnon

Toujours dans le domaine de la mise en scène, le musée abrite dans ses caves les décors du film Le parfum, adapté du roman éponyme de Patrick Süskind. Mais si, vous savez bien, cette histoire à l'humour grinçant qui commence par ces mots : Au dix-huitième siècle vécu en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables... J'espère que vous vous êtes épargné le film et que vous allez bien vite (re)lire cet odorant roman !

Car le musée de la miniature est aussi celui des décors de cinéma. D'ailleurs les plus beaux décors sont bien souvent des maquettes... Celles de Ronan-Jim Sevellec me semblent à ce titre exemplaires. Au point que je vous ai ramené ce splendide documentaire pour illustrer mes dires :


Maquette
envoyé par SammyFisherJr

Le musée renferme bien d'autres trésors...Des petits personnages de coquillage, des fourmis joueuses de jazz, une arche de Noé en timbres-poste, des origamis... Les plus beaux sont au dernier étage. On jurerait voir exposés de ces meubles et divers objets du quotidien fabriqués tout exprès pour Gulliver par les artisans de la reine de Brobdingnag. A moins qu'il ne s'agisse de ceux ramenés de son voyage à Lilliput. J'ai vaguement espéré qu'un natif de cette lointaine contrée aurait pu être enfermé dans une armoire à sa taille, et m'attendait à l'en voir sortir. Mais je n'ai vu d'êtres minuscules dans aucune des vitrines. Gageons qu'ils se cachent à nos regards et attendent la nuit pour se dégourdir les arpions. A moins que tout ceci ne soit qu'un conte ? On m'aurait pris pour un benoni ? Je trouve que c'est pousser le Bouchon un peu loin...


***

Un site :
- Site du Musée international de la miniature et des décors de cinéma

Des livres :
- Les voyages de Gulliver : vous pouvez les relire sur internet ! Ici et là !
- Le parfum / Patrick Süskind
- Comme un roman / Daniel Pennac (m'a donné envie de lire le précédent)

Des mots :
- Dictionnaire lyonnais
- Le parlé lyonnais (le site de l'association @lyon est bien sympa, profitez en pour flâner un peu)
- Une source delphinienne ;-)

Et comme je suis gentil (si, si), voici le lexique lyonnais de cette chronique !

30 janvier 2007

Chaos debout

Petite surprise hier soir en m'amusant à regarder l'origine de mes visiteurs - Blogger n'offre pas de statistiques, je sais, c'est nul, mais j'ai trouvé plusieurs outils complémentaires pour pallier à cette déficience.

En fait de surprise, c'est la cerise sur le gâteau, non, la bombe sur le bunker : je suis référencé par le site officiel de la Demeure du Chaos.

C'est le début de la gloire.

29 janvier 2007

Ce n'est qu'un début / Continuons l'invasion

Oui, oui, je sais, vous attendez avec impatience la nouvelle chronique de Sammy ! Mais elle est presque finie-euh ! Yaka trouver le temps et Faut que je m'y mette... vous aussi vous connaissez ces fameux duettistes ?

En attendant, je fais un petit peu d'auto-promo et de compilation sur un thème qui me plait bien (non, non, ce n'est pas la synesthésie) : Space invader, ses mosaïques et les multiples déclinaisons que son travail a inspiré.

Je viens de tomber sur cet article (d'autres photos ici) et cela m'a rappelé que j'en avais parlé en août dernier, avant de constater que je n'étais pas le seul dans ce cas, Berlioz consacrant un article et un album au phénomène.

25 janvier 2007

L'autre qui écrit, chronique des bien justes contentements

Autant vous prévenir tout de suite : cette chronique sera tissée de fierté et d'autosatisfaction béate. Je ne vais parler que de ma petite personne et de mes joies égoïstes, les esprits chagrins sont prévenus, ils peuvent encore partir. Je m'accorde une petite séance de nombrilisme bien méritée, tel l'évadé d'Alcatraz qui voit miroiter l'eau de la baie de San Francisco après avoir creusé un tunnel aussi obscur que secret pendant ses 25 années d'isolement. Avec une petite cuillère. Il s'engage alors joyeusement dans l'eau calme du petit matin, et nage d'une brasse vigoureuse vers la liberté. En général, c'est à ce moment là qu'il découvre les requins.

Certains mails, certains textes plutôt réussis me font l'impression, quand je les relis quelques jours après pour me souvenir de quoi j'ai parlé afin de répondre à la réponse pour les premiers, ou en retombant dessus lors d'une crise de narcissisme par hasard pour les seconds, d'avoir été écrit par quelqu'un d'autre. Il m'arrive même de penser "waouh, c'est super bien !", avant de me souvenir que j'en suis l'auteur... C'est grave vous croyez ? Dites moi que je ne suis pas le seul dans cette situation. Et ne me dites rien dans le cas contraire, ne bouleversez pas mes fragiles illusions.

C'est d'ailleurs la meilleure manière que j'ai pu trouver pour me faire une idée à peu près correcte de mes productions : l'oubli. Oublier ce qui a été écrit et le redécouvrir avec l'oeil de celui qui le lit pour la première fois. C'est imparable et parfois cruel. Cela nécessite d'avoir du temps devant soi. L'idéal serait de ne rien publier avant d'avoir suffisamment laissé reposer. Comme pour les crêpes. Baudelaire a d'ailleurs très bien illustré la chose :
Dans une terre grasse et pleine d'escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde
Il a même pensé aux requins. C'est ce qui fait la marque du génie.

***

Il y a quelques semaines, j'ai reçu un mail de madame Brigitte Patient, de la radio suisse romande. Qui me demandait mon autorisation pour lire un de mes textes dans la chronique L'écrit du blog, qu'elle anime dans le cadre de l'émission Journal infime. Je relis plusieurs fois : on me demande mon autorisation pour parler de moi dans le poste ?! Vous pensez bien que je n'ai pas vraiment hésité...

Si se relire peut parfois faire un drôle d'effet, imaginez un peu ce que c'est que de s'entendre lire... Je viens donc de m'écouter (plusieurs fois de suite, mais je vous avais prévenus que je serai nombriliste), en ressentant le même plaisir à chaque fois. Brigitte Patient a une très jolie voix, et sait donner vie aux textes qu'elle lit -je ne suis pas aussi nombriliste que ça, j'ai écouté des extraits d'autres émissions- auxquels elle donne véritablement tout leur sens. Tu as raison Coumarine, il faut lire à voix haute de temps en temps, c'est ce qui donne vie à l'écrit.

Vous savez quoi ? C'est le genre de choses qui me donne envie d'aller vivre en Suisse...

***

Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps, je sais que vous mourez d'envie de savoir quel texte a eu les honneurs des ondes helvètes. Vous pouvez donc télécharger le fichier ici, et savourer (avec Real Player uniquement) vous aussi mon quart d'heure de gloire qui s'étale de la vingt-quatrième minute à la vingt-septième très précisément. Vous direz que c'est court pour un quart d'heure, mais les suisses sont des gens bien plus pressés qu'on ne l'imagine.

Circonstances exténuantes

Ca devait arriver. A trop différer la rédaction de ma nouvelle chronique, ma dernière participation à Paroles plurielles parait avant que je n'aie pu vous faire partager ma visite d'un grand musée tout entier rempli de petites choses... Tant pis, ça vous fera toujours de la lecture, et vous donnera matière à réflexion. Parce que cette consigne 38 ne manque pas d'originalité, jugez donc un peu : après avoir écouté autant de fois que nécessaire la chanson d'Hubert-Félix Théfaine "Confessions d'un never been", il s'agissait de s'en inspirer pour écrire un texte dont la première phrase serait les mots phares de la chanson : « J’ai volé mon âme à un clown… » avec pour consigne d’aller dans le décalé, le déjanté, le farfelu, l’hermétique… à l'instar d'un HFT présenté ainsi par Coumarine :

Les mots de Thiéfaine dans ses chansons sont de l’ordre 50/50
50% de mots qui veulent dire quelque chose, qui frappent, qui touchent, qui percutent
50% de mots en écriture volontairement hermétique, qui sont là pour la sonorité ou pour le fun

On ne saurait mieux dire. J'ai donc fait dans le décalé, l'hermétique, le presque poétique. J'ai eu beaucoup de mal à faire dans le déjanté. Comme dirait quelqu'un qui se reconnaîtra, il est difficile d'arriver à maintenir le même rythme endiablé de vocabulaire déjanté sur la totalité du texte, nous faut qu'on fasse des pauses à dire les choses bêtement morales ou logiques. C'est exactement ça. Mais il est temps que je vous laisse découvrir par vous même. La vidéo, c'est du bonus.


Les anges d'ammoniac des vapeurs sans clartés
Succombent au noir désir qui inspire des reproches
En suçant les glaçons qui inondent mes poches
Pour s'enfuir du bocal où l'espace s'est noyé.
Ca grésille, ça palpite, ça fusille et ça fume,
Tout finit par rêver dans un dernier soupir
Car la faux a sonné et ça pourrait être pire
Quand tes faux cils retombent sur mon marteau enclume.

J'ai volé mon âme à un clown
Lycanthrope dans la nuit du jardin orangé
J'ai volé mon âme à un clown
En criant sans syllabes l'amour irrégulier

Un léopard en string qui dévore sous la pluie,
Un saltimbanque pressé qui casse des coquilles,
Et puis enfin s'étire comme un voleur futile
Pour finir un travail qui n'a pas d'alibi.
Un champ d'algues cruel, archipel d'échos morts
Seulement visité de corbeaux lunatiques
Apprend à mieux mentir pour rester sympathique
Car voilà de la peur, la paie et le sale or.

J'ai volé mon âme à un clown
Puis j'ai dormi à mort, en espérant renaître
J'ai volé mon âme à un clown
Puis j'ai dormi toujours, pour enfin disparaître.

23 janvier 2007

Ils sont partout

Décidemment, les synesthètes me poursuivent. En voilà encore une !
Au fait... non, je ne suis pas synesthète !!! Mais j'ai quand même le droit d'en parler, non ?

22 janvier 2007

Pour saluer Henri Groues

Je rêve d'un Panthéon dont le fronton porterait, en lettres d'or : "Aux grands hommes qui ont ouvert leur gueule, l'humanité reconnaissante". Car ce qui compte dans la vie d'un homme, ce sont les actes. Ce que l'on fait, ou ce qu'on l'on tait ; les fois où l'on se lève, et celles où l'on détourne le regard. Toutes les fois où l'on ouvre sa gueule et remonte ses manches, fussent-elles de soutane. L'Abbé Pierre a dit vouloir que l'on marque sur sa tombe "Il a essayé d'aimer". Puissions nous aimer à moitié comme lui.

18 janvier 2007

Coup de fil âne, oh, Nîmes !

- Bonjour, alors voilà je suis stagiaire chez *biiiiip* et, alors voilà, nous faisons du prineutéduouaibe
- Pardon ?!
- Du print et du web
- [narquois] Vous pouvez répéter ?
- Euh... de l'impression et du... web
Alors voilà, je vous appelle pour savoir si je pourrais vous envoyer de la documentation sur notre entreprise
- Oui, bien sûr
- Vous pouvez me donner votre adresse s'il vous plait ?
- *biiiiip* [censuré] ;-)
- Vous avez un numéro de téléphone où je peux vous joindre directement ?
- Oui, vous faites le 30-18
- Ah bon, je fais 30 18 et je tombe directement sur vous ?!
- [silence consterné] Non, vous faites le numéro que vous venez de faire, mais avec 30-18 à la fin !
- Ah oui... pardon. Vous pouvez me donner votre nom ?
- Yannick *biiiiip*
- Deux S ou deux F ?
- [soupir] Deux S
- Y et... ?
- [épelle son nom plein de lettres qui donnent plein de points au scrabble]
- D'accord, merci au revoir
- Au revoir, bonne journée

Il a une belle carrière d'autiste comique lui...

***

J'adore ce boulot :-)

Vérité vraie ?

Je viens de lire ceci chez Fauvette...
J'ai bien envie de dire "c'est pas con", tiens... j'vais m'gêner ;-)
Auto-promo au passage, et hop !

Vérités désagréables

Il parait qu'un jour, on a enseigné la littérature à l'école... de toute façon, c'est bientôt fini...

17 janvier 2007

Chronique de la perfection douteuse

La scène se passe il y a quelques jours, en allant manger au restaurant de l'hôtel des impôts. La voiture arrêtée au feu rouge juste à ma gauche -une twingo pourrie aux occupants pas très nets non plus, un seul coup d'oeil me suffit pour en prendre note- commence à avancer par petits à coups pressés bien avant que le feu ne soit vert. Ce n'est pourtant l'affaire que de quelques secondes.

Son démarrage au rouge ne l'a pas avancé à grand chose, je suis déjà à sa hauteur (un conseil : oubliez le point mort, tenez l'embrayage...) ; c'est alors que notre admirable protagoniste décide de se rabattre, juste devant moi, (il a dû soudainement en avoir marre de rouler à gauche, ou alors la perspective de ne plus être devant moi lui a paru insupportable) et sans clignotants, évidemment. Je marque mon mécontentement d'un petit coup de klaxon bref (ce mot est inutilement comique ! mais avertisseur n'est pas terrible je trouve), histoire de lui rappeller qu'il n'est pas tout seul sur la route.

La civique réaction de l'intéressé ne se fait pas attendre. Son rétroviseur intérieur m'informe de son état d'esprit à mon égard, les gestes de son passager (qui semblent m'inviter à rechercher la compagnie de partenaires masculins, du moins est-ce ainsi que j'ai interprêté la chose) également. Il accélère brutalement, au risque de désintégrer son épave, pendant que ledit passager descend sa fenêtre et, d'un geste d'une perfection admirable, envoie sa clope sur mon pare brise. Sans se retourner. J'ai trouvé ça très fort.


Un autre qui est très fort aussi, c'est le nouveau cuisinier du restaurant des impôts. Cela faisait déjà quelques temps que la qualité se dégradait, mais il fait des progrès constant dans l'immangeable, et je tenais à lui rendre hommage. Les carottes, les courgettes, les haricots ne sont plus identifiables que par la vue ; pour ce qui est du goût, vous êtes priés de ne pas demander comment il fait pour obtenir ça, c'est un secret professionnel. Je ne peux même pas trouver de mots pour qualifier la chose. C'est tellement dégueulasse qu'il pourrait facilement travailler dans un hôpital. Ou à Air France. Un tel niveau de perfection dans l'immonde devrait pourtant être récompensé.

Sa dernière trouvaille surtout, mérite une mention spéciale. Cela consiste à mettre du nuoc mam dans la sauce salade, je ne sais pas si vous avez idée de ce que ça peut donner comme résultat... Avez-vous déjà humé l'odeur âcre qui se dégage des résidus de tonte de pelouse en décomposition ? Ca ressemble un peu à ça...

Il y a certaines perfections dont on se passe facilement...

16 janvier 2007

Le mot de la faim

En attendant la troisième chronique inspirée de mon séjour lyonnais (3 jours, 3 chroniques, normal), voici ma dernière production sur le blog-atelier d'écriture Paroles Plurielles, où je commence à prendre mes habitudes, malgré une absence sur deux consignes consécutives. Voilà ce que c'est que de prendre 3 semaines de vacances...

Un texte un peu moins "écrit" que les autres à mon sens, c'était surtout pour reprendre le fil de l'écriture. Je l'ai écrit assez vite, autour d'un clin d'oeil que je vous laisse découvrir, et le dernier jour encore...

L'incipit imposé était celui-ci : "Je suis un génie... et je suis modeste"


***

Je suis un génie... et je suis modeste. Je ne connais personne de plus intelligent que moi, c'est un fait. Encore ne suis-je pas seulement intelligent, je suis également un être raffiné. Il n'est jusqu'au meurtre que je ne commette avec délicatesse. A vrai dire je trouve mes confrères tellement ridicules, et les hommes en général tellement pitoyables...

Oui, c'est ça, approche toi encore un peu...

Personne n'est aussi intelligent que moi, c'est impossible. Et si ce petit flic m'a arrêté, c'est uniquement de la chance, rien de plus. Il est tout de même assez intelligent dans son genre, assez intelligent pour un homme normal je veux dire. Dès que je sortirai d'ici je l'inviterai à déjeuner pour le féliciter à ma façon. Il parait que c'est un homme de goût.

Encore un peu plus près... Montre moi ton cou, continue...

Mais quel dommage qu'il soit tellement impoli. Je ne peux pas tolérer le manque de courtoisie. Je devrais le féliciter, mais également lui apprendre la politesse. Il aurait dû se mêler de ses problèmes, pas des miens. Si je peux lui faire rentrer quelques principes dans le cerveau, je n'aurais peut-être pas totalement perdu mon temps.

Si seulement je pouvais bouger la tête...

Oui, je suis modeste, vraiment. Ils n'ont pas la moindre idée de mes facultés. Ils ont bien trop peur de moi pour m'appréhender dans ma complexité. Tout au plus suis-je un sujet d'étude pour quelques binoclards diplômés. Encore ne prennent-ils pas le risque de rentrer dans ma cellule.

C'est ça, continue de prendre des notes, mon agneau...

Ce n'est même pas une cellule, c'est une cage transparente à travers laquelle ils me questionnent. Ils aimeraient tellement me comprendre. Ils me filment, ils m'étudient, ils m'observent en permanence. Dix ans que je suis fermé dans cette cave. Je ne risque pas d'attraper un coup de soleil.

Ce morveux ne s'est pas lavé depuis combien de temps ? Il empeste l'écurie.

Je suis désentravé quelques heures par jour, avec deux gardes prêts à m'abattre si je bouge de mon lit. Ils sont tellement effrayés. J'en profite pour lire. Je suis un grand lecteur, il est vrai. De temps en temps, j'arrache une page et j'en fais un origami. Ca m'amuse beaucoup de les imaginer en train de chercher une signification à mes moindres gestes.

Hum, il a fait tomber un trombone sous le lit...

Je suis un génie, vraiment. Ce crétin de directeur qui vient me tourmenter tous les soirs me traite de génie du mal. Il ne comprend vraiment rien à rien. Lui aussi est invité à partager ma table, mais il ne le sait pas encore. Mais maintenant je sais que c'est pour très bientôt.

Une jeune femme doit me rendre visite aujourd'hui. Il parait qu'elle s'appelle Clarice...

12 janvier 2007

Chronique du chaos en sa demeure

Imaginez. C'est un matin, un matin comme tant d'autres. Les yeux encore embrumés des restes d'une trop courte nuit, vous ouvrez la fenêtre, votre fenêtre de cuisine par exemple, ou bien celle de la salle de bain, dans le but d'apporter la clarté, la chaleur et la vie dans cette pièce jusqu'alors plongée dans l'obscurité. Imaginez cette scène banale et quotidienne. Vous remontez le store ou poussez les volets, la tête encore pleine des songes du dernier sommeil et, faiblement éclairés par les premiers rayons d'un soleil oblique, seuls le chaos et la destruction habitent votre horizon endeuillé. Imaginez, imaginez vraiment, parce que vous n'êtes pas à l'abri d'une telle catastrophe.

Tous, nous sommes touchés par les malheurs du temps. Nous compatissons aux drames de l'époque, nous blâmons l'incurie des puissants, la guerre un peu partout, la folie humaine et le règne du chaos. Mais pas trop. L'Irak ? C'est loin. Hiroshima, c'est du passé. Le Liban, ce n'est pas notre problème. Nous avons l'information immédiate, l'émotion facile et la compassion différée. Puis un jour de septembre joyeux et ensoleillé, on voit deux tours de verre et d'acier qui s'écroulent en direct à la télévision. On voit les flammes, la fumée, la poussière. On voit le chaos par sa petite fenêtre. Jamais il n'a été aussi proche de nous. On sent la peur qui nous frôle et la mort qui exulte. Pendant quelques semaines, le monde s'inquiète, semble comprendre que la vie est brève et la sécurité illusoire. Puis tout se calme, tout s'apaise, les fumées s'évanouissent et les terreurs avec. On répare les dégâts, on enterre les morts, on commémore à date fixe. Tout rentre dans l'ordre. L'irruption du chaos ne peut être qu'éphémère.


Thierry Ehrmann lui, n'oublie pas. Certes, il était déjà excentrique avant, le millionnaire propriétaire du groupe Serveur et du site artprice. Cela faisait déjà quelques années qu'il transformait sa propriété de Saint-Romain-au-Mont-d'Or en happening artistique délirant et ésotérique. Mais le 11 septembre 2001 fut une révélation. Le monde ne veut pas voir le chaos ? La foule insoucieuse oublie un peu trop vite ? Il se charge de lui apporter le chaos à sa porte. De fait, grâce à l'activité d'un collectif d'artistes réunis sous l'égide de la salamandre, la propriété bourgeoise se transforme très vite en une gigantesque réduction des scènes de désolation évoquées plus haut, avec toutefois un grain de folie, la marque de l'emprise du champ de tous les possible, l'Art, qui trace la frontière essentielle entre la performance et la caricature.
Un espace à part, pris d’irréalité et en même temps submergé par le réalisme du chaos du monde.
C'est une véritable scène de guerre, un décor de catastrophe naturelle ou technologique, ou peut-être les deux à la fois. Le feu, qui ne peut détruire la salamandre, a laissé ses traces partout ; les pierres sont noircies et les décombres s'entassent. Des météorites ont enfoncé une partie du toit et du parking, du matériel de guerre tordu et calciné semble immobilisé à l'endroit où la destruction l'a saisi. Un peu partout, différentes installations sont venues agrémenter l'ensemble. Réplique de Ground Zero, bunker, inscriptions de Ben, piscine de sang... Tout cela est lugubre, sinistre, grinçant, morbide. Choquant surtout. D'autant plus que le cadre est celui d'une bourgade cossue et résidentielle proche de Lyon, d'à peine un millier d'habitants, posée en bord de Saône, dont ni vous ni moi n'aurions jamais entendu parler sans cette histoire.
Une oeuvre d'art qui ne dérange pas n'en est pas une.
Thierry Ehrmann
Car l'art peut choquer, et parfois l'art doit choquer. Olympia, Le déjeuner sur l'herbe, la maja desnuda, Madame Bovary, L'origine du monde, L'enterrement à Ornans ; les débuts du cubisme, Les fleurs du mal... rien de commun avec cette entreprise de déconstruction, mais nous n'avons aujourd'hui plus idée des scandales que provoquèrent ces oeuvres en leur temps. Aujourd'hui, le scandale est tout autre, et dépasse le champ de l'esthétique pour entrer dans celui du juridique. De procédure en procès, la Demeure du Chaos se trouve aujourd'hui menacée au mieux de mutilation, au pire de destruction (ce serait un comble) ; je ne vais pas m'attarder ici sur des questions juridiques (opposition entre respect du Code de l'urbanisme et statut de l'oeuvre d'art) par ailleurs totalement légitimes, je ne veux m'intéresser qu'à ce qu'elles ont de révélateur. Question d'époque ? Je ne pense pas. Le cas d'espèce est intéressant, et amène à se poser la question de la définition de l'oeuvre d'art, et par là même, celle de la place de l'Art dans la société, bien que je pense qu'un juge doit se trouver bien en peine d'apporter une réponse à cette problématique.


Mais il y a autre chose. La question qu'il faut se poser est celle de l'ampleur de l'affront fait à l'ordre des choses et à l'ordonnancement de nos petites certitudes rassurantes. Ici, tout ne devrait être que luxe, calme et volupté, alors que le chaos, c'est les autres, si vous m'autorisez ce double emprunt. C'est à mon sens cela que les adversaires de la Demeure du Chaos peuvent le moins pardonner à son instigateur. Nous mettre sous les yeux ce que l'on préferait (ne pas) voir à la télévision. Nous rappeler que nous vivons sous le règne du Chaos, mais aussi que l'art est une cathartis. C'est en déambulant autour de l'oeuvre interdite (au public) que j'ai compris. La Demeure du Chaos dépasse les bornes de l'inadmissible en nous donnant à voir le chaos tel qu'en lui même, bien loin des commémorations, des recueillements annuels et des monuments officiels. Vialatte regrettait déjà le manque d'enthousiasme des élus devant "la France avec des ailes, la Victoire avec des nichons pointus, des pyramides de casques, des faisceaux de baïonnettes, et des tas de choses allégoriques" [...] bref, "le grandiose". L'Art n'a aucune espèce d'importance, "Y s'en foutent. Y veulent leur poilu." (Battling le ténébreux, 1928)

La Demeure du Chaos est le plus sincère des monuments aux morts. Pas de patrie reconnaissante, pas de style rococo-militaire, ni d'exaltation guerrière, pas d'obus reconverti en pot de fleur ou en support pour barrière protégeant le monument d'une foule qui s'en détourne de toute façon. Pas de préférence pour tel massacre plutôt que pour tel autre. La Demeure du Chaos n'est pas une célébration du chaos, mais un oeil ouvert sur une réalité que nous travestissons pour nous rassurer. Elle nous montre les différents aspects que le chaos peut prendre, mais elle rend avant tout hommage aux morts de toutes les batailles, aux destructions causées par toutes les idéologies. A tous ceux qui sont morts pour rien. A tous ceux qui sont morts pour une idée qui n'était peut-être pas la leur. A tous ceux que le chaos a pris. Car le chaos est le produit de la folie des hommes.

L'Art est la seule folie raisonnable.

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La demeure du chaos, ça fait un moment que ça me trottait dans la tête... merci à Delphine pour cette promenade inspiratrice !

11 janvier 2007

A propos de synesthésie

Pfff, ils sont nuls chez Yahoo ! Ils font un article sur un gamin surdoué capable d'effectuer une multiplication de 15 chiffres par 15 autres -n'essayez même pas- en associant des couleurs aux chiffres, et pas une seule fois le terme de synesthésie n'apparait. Ah, vraiment j'vous jure ! Heureusement que Sammy est là !

Qu'est ce qu'on ne ferait pas pour ressortir une vieille chronique !
...notez l'évolution au passage, je n'écrirais plus ce genre d'article aujourd'hui.

06 janvier 2007

Le zèbre, la bougie et le petit lapin, chronique des années heureuses

Un cercle à bavarois, ce n'est pas exactement la même chose qu'un moule à bavarois, une mandarine ce n'est pas une clémentine, et le réveillon ce n'est pas encore la nouvelle année. Mais Delphine elle, est unique. Ouf. Car j'ai passé le réveillon et un petit peu plus au pays du Saint Marcellin, en compagnie de quelques personnes bien sympathiques ; c'est une année qui commence bien. Cela faisait quelques temps que nous projetions de nous revoir, et le réveillon s'est presque imposé de lui-même.

Ca a débuté comme ça. Sortant du métro avec chapeau et bagages (je n'ai pas d'armes), je me dirige vers sa rue en cherchant du regard aussi loin que mes yeux peuvent porter, et je ne la vois pas... alors qu'elle est juste là, à peine à 10 mètres devant moi, au bout du trottoir. Les publicités pour les dentifrices alliant l'éclat à la blancheur ont dû faire bien pâle figure à côté de nos sourires respectifs. Et ça fait comme une douce chaleur, on est de nouveau ensemble, on est bien, on pourrait rester sans rien se dire parce qu'on se comprend d'un regard, mais déjà les paroles fusent et le dialogue se poursuit, toujours aussi spontané et sincère.

Avec des sujets de conversation de haute volée, à deux, à trois, puis à huit. La façon d'accompagner les huîtres, comment préparer le foie gras, assortir les vins et apprécier le fromage, l'art de la semoule et la confection des desserts chocolato-crémo-rhumesque. Que l'on verse dans un cercle à bavarois avant de l'enfrigoter. Du verbe enfrigoter, mettre au frigo pour faire durcir. Ou dans un moule à bavarois, même si ce n'est pas exactement la même chose. Et ce n'est pas Bruno qui me dira le contraire. Surtout pour ce qui concerne la partie démoulage de la chose... Je te rassure tout de suite, tu as triomphé de cette adversité avec goût et imagination !


La fin de la nuit s'est déroulée dans une ambiance bon enfant, autour de quelques jeux de tables amusant, d'énigmes pas si faciles que ça et d'un échange de cadeaux rigolos. Je ne savais pas que l'on s'offrait des cadeaux pour la nouvelle année, et la consigne était "moins de deux euros !" Ah. Bon. Seulement voilà, soit je ne comprend jamais rien (c'est tout à fait envisageable), soit nous nous trouvons dans un des rares cas où nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde avec Delphine, mais j'avais interprêté ça par "un cadeau à moins de 2 euros par personne" alors qu'il fallait comprendre "un cadeau à moins de 2 euros pour tout le monde" J'avoue que j'ai du mal à imaginer ce que l'on peut trouver comme cadeau pour 8 personnes à deux euros... De toute façon, d'autres avaient certes mieux compris que moi, mais avaient malgré tout passé outre, tenant le même raisonnement. C'est ainsi que j'ai gagné de ravissants et inutiles objets qui donnent son titre à cette chronique et que je vais garder précieusement, mais où ? Il faudra que je fasse une "Chronique des appartements de 30m² plein comme un oeuf" un de ces jours...

Un cercle à bavarois, ce n'est pas exactement la même chose qu'un moule à bavarois, mais c'est un détail sans importance. L'amour, l'amitié, et les années heureuses sont les seules choses vraiment nécessaires.
Bonne année à tous !